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In Situ !

D 24 octobre 2006     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Trois comparses, la trentaine, la plume agile, ont rendez-vous là pour une publication trimestrielle : Nunzio d’Annibale, Raphaël Denys (auteur de Le Testament d’Artaud) et David Laurens Atria, le musicien poète du groupe.
Fréquentation de Stéphane Zagdanski. Attraction, à contre-courant des modes, de la planète Sollers.

Chacun expérimente, là, ses créations et les publie en épisodes. Nunzio d’Annibale : c’est un essai sur Glamorama, d’un certain Bret Easton Ellis. Raphaël Denys, lui, a entrepris un essai sur Paradis de Sollers, revisité à l’aube des années 2040... C’est dans In Situ ! N°3, automne 2006 qui vient d’être mis en ligne.

« C’est vrai, au fond, depuis quand n’avais-je pas rouvert Paradis ? Quinze, vingt ans, au moins !... Ce devait être un peu avant les premières vagues de déportations, 2020, 22... »

Vous êtes de ceux qui n’ont jamais lu Paradis. Vous êtes de ceux qui n’ont jamais pu le lire pour cause d’illisibilité.
Sollers illisible ? Eh bien non, à la lumière des éclairages de Raphaël Denys dans son nouveau chapitre « Le laboratoire Quai d’Anjou » commentés, ici, et illustrés par pileface :

« Regard sur Venise [...].voilà on dirait que la ville est sans cesse tirée en miroir qu’elle s’enfonce sur place deux faces brillant se voilant et se découvrant vagues soleil nuage infusé et encore soleil perfusé moteurs cloches bruit d’eau frissante soufflante orgue d’eau prélude fugue motets j’ai été follement heureux à venise régularité sobriété chasteté je m’y suis refait un squelette entier un nouveau poignet retourné et d’autres poumons et une autre oreille j’ai mon double d’encre là-bas détaché mince déplié planant sur les quais... »

2006 : Venise, pensione (de charme) La Calcina avec son restaurant La Piscina, sur les zattere - les quais, guartier général de Sollers en saison des amours et d’écriture - que trouve t-on sur le livre d’or ?

"J’ai passé un moment somptueux (spéciale dédicace pour la musique)."

P.S. Paris
4 janvier 2006

De ce même “ Ponte Calcina Zattere 775” , le 14 mai 1912, Rainer Maria Rilke écrivait une lettre adressée à la princesse Marie von Thurn und Taxis-Hohenlohe

...Le secret de Paradis exhibé des fouilles de Raphaël Denys, sorti de sa gangue, exposé, mis en lumière, présence réelle, là, sous vos yeux, palpable... : «  je suis entré aux gesuiti et le mouvement a fondu de nouveau sur moi de l’intérieur encens bois ciré orgue cloches enfance debout indestructible et debout montée frisson pores tapis rouge peinture plafond pigeons claquant du dehors. »

Sollers, l’inconstant constant qui en zizagant garde le cap, va bien sûr aggraver son cas en sollicitant de Jean Paul II, en 2000, une audience papale où il lui remettra un exemplaire de sa Divine Comédie, un livre où la papauté est bien présente...


2006, 18 Octobre, sur France 3, dans un échange avec Michel Onfray, ce dernier tente de fustiger Sollers pour être allé baiser le pied du pape. Les uppercuts d’Onfray s’enchaînent dans un solo rapide... pour se terminer dans ce baiser caricatural, outrancier.

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La mule du pape...
Mule offerte par le pape PIE VII au docteur Balthazard Claraz
lors de sa visite au Vatican en 1817.
Crédit : www.latraceclaraz.org

L’occasion est belle pour Sollers de reprendre la main : « Affabulation ! » ... et de forcer encore le trait : « ...non pas le pied, ...la mule du pape... » et de retourner le compliment : « Vous êtes suffisamment fin et cultivé pour savoir qu’un de vos grands prédécesseurs est allé baiser la mule du pape...? » Onfray va t-il tomber dans le piège que lui tend Sollers ? ... Court instant d’hésitation : « - Oui Montaigne ! » L’honneur est sauf, mais Sollers après avoir été poussé dans les cordes quelques instants quand Onfray a voulu l’amener sur le sujet Heidegger [1] se resaisit en renvoyant en écho « l’esprit de sérieux, trop... » et la vieille « moraline ... » d’Onfray. Les deux duettistes avaient d’ailleurs eu l’occasion d’échanger leurs points de vue sur Heidegger quelques jours plus tôt dans une émission radio : voir l’article d’Albert Gauvin intitulé Encore Heidegger.

Rappelons aussi que L’Infini N°95, été 2006 (numéro double 250 pages ) est entièrement consacré à Heidegger. Un article de ce site : « Le danger de l’être » en rend compte.

Un rien ou beaucoup de démagogie et de mauvaise foi, donc, quand Onfray apostrophe Sollers de citer souvent Heidegger, mais de ne pas l’avoir lu. Mais le talent d’Onfray, est réel dans le rôle de procureur, on pourrait presque le croire sur parole...

...Retour à Venise. C’est en 1963, que Sollers y a mis les pieds pour la première fois, qu’il est entré aux gesutti, ...quarante ans qu’il fréquente les églises selon sa liturgie propre, qu’il s’interroge sur la papauté, la Bible, le Paradis, Dante, Heidegger..., la guerre des sexes, du goût, la remise en lumière des grands textes de ses prédécesseurs... l’encyclopédie des fondements de l’être et du langage, « son essentiel, son nécessaire, son primordial » (Paul Ricoeur). Mondanité ? Bavardage ? Ironie sans contenu (une autre pique d’Onfray à l’encontre de Sollers) ?

Paradis, un texte fossile, témoin d’une expérimentation, d’une utopie sans lendemain ? C’est encore non ! Un texte toujours d’actualité, au contraire, (actualité au sens d’actuel). La dimension religieuse, symbolique, qui n’est qu’un thème parmi d’autres de Sollers a-t-elle disparu ? Le pape est-il tombé dans les oubliettes des caves du Vatican ?

Avril 2006, In Situ ! 1 interviewe Sollers sur Paradis ( Intéressant à double titre pour les exégètes :
1. le regard de Sollers et son commentaire trente ans après.
2. une interview qu’il a pris la peine de relire et de corriger).

In Situ ! - Une question pour tenter de « contextualiser » Paradis. Paradis est publié en 1981. Que se passe-t-il alors ? Qu’est-ce qui se fait ou ne se fait pas en littérature à l’époque ?) [...]

Sollers - [...] 1981...«  On a gagné ! ». Si vous êtes français, vous pensez ça. Evènement régional, national, avec le temps de toute petite envergure, ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est pas passé à l’intérieur de ce tourbillon quelque chose d’important.

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13 mai 1981, attentat contre le pape Jean-Paul II<BR>

Personnellement je pense que ce qui se passe en 1981, outre la parution de ce livre [Paradis] qui n’en est pas un mais qui est un évènement par lui-même avec son contenu, c’est plutôt l’attentat contre Jean-Paul II place Saint-Pierre de Rome, attentat de toute évidence perpétré par les services militaires soviétiques à travers les services bulgares. Ce qui n’a fait que renforcer la direction où j’allais m’engager encore davantage, c’est-à-dire de façon plus claire, sur ce qu’est la criminalité sociale planétaire.

Alors que la justice italienne a parfaitement établi les connexions de cet attentat avec les services ex-soviétiques etc. (je venais d’ailleurs d’écrire un article dans Le Journal du dimanche pour le rappeler), ce torchon qui s’appelle Marianne n’a pas trainé pour dire que ça n’est n’était pas vrai du tout. Andreotti en tête a estimé la thèse parfaitement ridicule [...] que c’est une accusation ridicule, avouez qu’il faut le faire ! Vous voyez donc que nous sommes en avril 2006 et que tout ça n’a pas pris une ride puisque le vrai, le faux, le vrai-faux, le faux-vrai, continuent à agiter les services. »

Et Sollers, parlant ici, en Avril 2006, ne savait pas encore qu’après Jean-Paul II qui «  à peine élu, attaque de front l’ex-empire soviétique, soulève la Pologne, prend deux balles dans le ventre, s’en tire miraculeusement[...] n’est pas pour rien dans la chute du mur de Berlin »,
son successeur, un certain Benoît XVI, l’allemand, lui, très benoîtement, jetterait
« 
un petit pavé dans la mare islamique lors d’une conférence universitaire. Il cite un auteur médiéval hostile à Mahomet et à la violence coranique, soulève la colère musulmane qui, comme pour lui donner raison, se déchaîne en hurlements divers, jusqu’à l’assassinat répugnant, en Somalie, d’une religieuse italienne de 70 ans. On lui demande de toutes parts des excuses, mais il se dit seulement désolé, attristé.[...] scandale aux abysses. Je lis Benoît XVI : très bonne dissertation, très claire, très convaincante, pas du tout « absconse »

C’est ce que Sollers n’a pas manqué de relever dans son journal du mois de septembre 2006.

Crédit : In Situ ! (Malheureusement la revue n’a pas survécu au temps, ni le lien Internet associé)


La démonstration de Raphaël Denys est convaincante quant à la lisibilité, la musique, le toujours actuel des thèmes abordés à travers les textes choisis.

Mais ce passage par le degré zéro de l’aide au sens que sont la ponctuation, les majuscules, les phrases, les paragraphes, les blancs, était-il nécessaire à la genèse de la musique et des thèmes abordés. Est-il consubstantiel du résultat ? Apporte t-il quelque chose en plus ? Et à qui ?

Sollers, nous donne une partie de la réponse en écrivant Femmes dont il a toujours soutenu que c’est la poursuite de Paradis sous une autre forme. La version "grand public" de Paradis. Si c’est un succès immédiat de librairie, force est de constater que Paradis suscite aujourd’hui plus d’études que Femmes, même si le nombre d’études sur Sollers reste limité.

Avec Femmes, Sollers a-t-il définitivement tourné la page. La encore, il a donné sa réponse avec la publication de Paradis II, quatre ans après Paradis I.

La Guerre du goût et l’Eloge de l’Infini prolongent la quête de Sollers aux sources de l’expérience humaine et de l’écriture, à travers les grands textes de ses prédécesseurs, dans une forme traditionnelle.

De même que Sollers dit que c’est toujours le même livre qui s’écrit depuis que l’humanoïde s’est mis à penser et à écrire sa pensée, on peut d’une certaine façon dire qu’il a mis l’essentiel de sa pensée dans Paradis et que depuis, il continue le même livre dans toutes les variantes possibles, avec la main, avec la voix, avec le corps, dans les livres, dans les différents genres de livres : roman, essai, biographie, livres d’art..., dans les chroniques de journaux, dans des entretiens et débats écrits, radio, télévisés, dans des enregistrements audio (Paradis, La parole de Rimbaud) dans des films (Méditerranée, L’isolé absolu, Une étrange guerre...).

C’est pourquoi Paradis, malgré sa très grande difficulté d’accès, malgré l’effort qu’il demande à un lecteur qui n’est plus prêt à ce genre d’effort, restera probablement, son oeuvre de référence, même si sa diffusion toutes éditions confondues ne dépasse pas 15000 exemplaires, et encore infiniment moins, ceux qui l’ont lu. Paradis restera moins pour avoir poussé la forme textuelle à la limite du seul verbe dépouillé de tout ornement, jusqu’à le rendre abscons dans son flux continu, dans sa symbolique de l’infini, que pour avoir poussé, là, le fond de son interrogation à ses limites. C’est là, seulement, qu’il ajoute une page nouvelle au grand livre des hommes. Ce fond qu’il continue à décliner et à commenter. Son livre essentiel...

V.K.


[1c’est ce que j’ai ressenti lors de l’émission, alors qu’Albert Gauvin, lui, était plutôt sensible à la mauvaise foi et à l’usage des arguments éculés « mondain » « bavardage »...

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3 Messages

  • Romain Fleischner | 30 janvier 2007 - 07:55 1

    Sollers est parfois drôle, c’est vrai.

    In Situ... ? Là, désolé, mais ce n’est pas drôle. Les quelques textes lu là-bas m’ont paru denses, mais inconsistants. On cite beaucoup, comme chez Sollers. En fait on retrouve tous les tics de Sollers. C’est pénible. Beaucoup de bavardage et de vanité. Rachel Denys semble avoir la tête bien enflée. Très prétentieux. De talent que pour le blabla. L’autre, c’est illisible, mal écrit, brouillon. Mention bien au musicien. Et Zagdanski bof !

    Sollers doit bien rire de ces médiocres imitateurs.


  • A.Gauvin | 20 janvier 2007 - 14:29 2

    C’est dans L’Infini n°30 (été 1990) que Philippe Sollers a publié le début de Paradis III, p. 121, juste avant la partie du numéro consacrée à La Chine, toujours.

    Cela commence ainsi : "mais oui je les vois s’étoiler partout maintenant gauche-droite comme s’ils avaient été lus dans un autre espace tempus perfectus ".

    Sollers précise en note : "Il s’agit ici du commencement du troisième volume de Paradis, livre qui se présentera un jour en continuité. On enchaîne donc directement avec la fin de Paradis II (Gallimard, 1986) : "tempus perfectus", "l’énergie en joie d’autrefois". "

    L’Infini n°79 (été 2002) annonce par ailleurs une édition critique entreprise à l’université de Paradis par Thierry Sudour.

    La Publication permanente continuera donc. Et, comme on sait, elle n’a pas de prix.


  • P | 20 janvier 2007 - 12:48 3

    Oh, PARADIS n’est absolument pas abscon ! Il demande d’être éveillé, pas crispé, relâché et concentré - c’est presque un état particulier du corps qu’il réclame.
    Par ailleurs : pourquoi n’évoque-t-on pas la possibilité de la parution de PARADIS 3 ? Alors que :

    1) c’est une élémentaire question de nombres.

    2) Dans Femmes, le narrateur américain discute avec son double, qui se trouve être Sollers, S., lequel est en train d’écrire, au même moment, ce qu’il appelle sa Comédie, comme pour souligner, si besoin est, le lien avec Dante.

    3) Sollers ne cesse pas de revenir à PARADIS, aujourd’hui encore, dans ses entretiens (y compris dans Poker)comme dans ses blogs.

    4) Il a publié un extrait de PARADIS 3 dans l’Infini, en 1990, je crois.

    5) Il me semble que dans l’Année du Tigre, une allusion est faite à l’écriture de PARADIS au présent, suggérant la continuation de la Comédie. Je n’ai malheureusement pas noté le passage.

    6) Dans l’Infini de cet hiver (ou de cet automne ?), Marcelin Pleynet évoque également la poursuite de PARADIS.

    7) Il serait magistral, en termes de stratégie guerrière (chinoise), de publier ce troisième panneau, plus de vingt ans après le second, quand plus personne ne s’y attend (à part l’un ou l’autre lecteur attentif à ce qui par ailleurs ne se cache pas du tout), et qu’on y fait référence comme à une sorte de passé mythique, emblématique de l’époque des avant-gardes, aujourd’hui révolu, et au point où en est Sollers maintenant, par exemple. Juste après Une vie divine. Et Fleurs ( voix fleur lumière ). Non seulement PARADIS est actuel, et lisible, mais il est aussi classique (comme S., dans Femmes, insiste pour le dire), de sorte qu’il n’était pas plus d’avant-garde en 1974 qu’il ne serait dépassé en 2007.

    8) En lisant l’oeuvre entière de Sollers, et le site de PileFace le montre bien, on s’aperçoit que, dans sa stupéfiante variété, elle est d’une stupéfiante cohérence, cohérence d’autant plus remarquable que l’oeuvre de Sollers se signale par son immense envergure, non seulement par sa taille, mais par son inscription dans le temps (qui en fait autant ? Comptons les années). Et ce n’est pas fini : la preuve, PARADIS 3 va arriver...