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Journal du mois de septembre 2006

Dans le Journal du Dimanche

D 1er octobre 2006     A par Viktor Kirtov - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Papes Sarkoségo Biométrie Opium Mao Voltaire


Papes
Décidément, les deux derniers papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, sont étranges. Le premier, à peine élu, attaque de front l’ex-empire soviétique, soulève la Pologne, prend deux balles dans le ventre, s’en tire miraculeusement, devient une star mondiale, est en voie de canonisation. Il n’est pas pour rien dans la chute du mur de Berlin, mais on lui reproche son peu d’enthousiasme pour le préservatif et le trafic d’embryons. On finit par lui donner une place à Paris, devant Notre-Dame, mais les manifestants sexuels ne sont pas contents. Malaise historique, trouble biologique.
L’autre, Benoît XVI, l’Allemand, jette un petit pavé dans la mare islamique lors d’une conférence universitaire. Il cite un auteur médiéval hostile à Mahomet et à la violence coranique, soulève la colère musulmane qui, comme pour lui donner raison, se déchaîne en hurlements divers, jusqu’à l’assassinat répugnant, en Somalie, d’une religieuse italienne de 70 ans. On lui demande de toutes parts des excuses, mais il se dit seulement désolé, attristé. Le New York Times lui-même trouve le discours papal « terrible et dangereux ». Benoît XVI rallié à la croisade Bush ? Peu probable. Quoi qu’il en soit, scandale aux abysses.

Je lis Benoît XVI : très bonne dissertation, très claire, très convaincante, pas du tout « absconse » comme l’ont dit certains journalistes. C’est une apologie de la raison vivifiée et amplifiée par la foi, qui culmine, selon lui, dans la fusion de la révélation biblique et de l’Antiquité grecque. Si j’ai bien compris, Dieu n’aime pas le sang, le délire, la transcendance inaccessible, le calcul rationaliste borné. Il termine ainsi : « C’est à ce grand logos, à cette immensité de la raison que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. » Mais c’est très bien, ça, et je ne vois que des obscurantistes pour ne pas applaudir. Là-dessus, vous me dites que toutes les religions sont virtuellement déraisonnables et criminelles. Voilà quand même un pape qui vous propose gentiment d’en sortir, « ce qui n’inclut en aucune façon l’opinion qu’il faille désormais revenir en arrière, avant les Lumières, en rejetant les convictions de l’ère moderne ». Très bonne copie, 16/20.


Sarkoségo
Comparé à ce tourbillon tragi-comique, le petit théâtre de marionnettes présidentiables françaises fait peine à voir. Le cirque Sarko, avec Johnny Hallyday et Doc Gynéco, s’épuise en province, et une photo prise à la sauvette avec Bush fait plutôt froid dans le dos.

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Par le petit bout de la lorgnette<BR>
12/09/2006 Nicolas Sarkozy rencontre le Président américain. Comment fait-il pour hisser son regard au niveau de celui de Georges Bush que l’on sait être particulièrement grand ?
Sur la photo non cadrée, le regard du collaborateur de la Maison Blanche et son sourire nous donnent la réponse. Non, il n’est pas de petit moyen pour devenir grand. Et si la toise du commun des mortels mesure leur taille, celle des grands hommes mesure leur grandeur. Ainsi en fut-il de Napoléon. Sarko-Napoléon perce t-il sous Sarko-Bonaparte ? il y aura peut-être un nouveau Victor Hugo pour nous le dire. A moins que ce ne soit pour célébrer Ségo. Sollers a déjà commencé. Il a dit sa préférence : oui à Ségo. L’avenir appartient aux femmes et à la mort ? Femmes

Quant à Ségo, elle sent quelque chose : la France, avec jeu de mots, est en train de devenir la Hollande, elle veut une grande soeur maternelle, elle a bobo. Du simple point de vue publicitaire, si elle ne se fatigue pas trop vite, Ségo a un avantage : elle porte avec elle un avenir indiscutable de films, de magazines, de fringues, de sacs, de souliers, de bijoux, de lingerie fine, de produits de beauté, de propreté, de pureté, de dignité, de sécurité, de respect, de désirs d’enfance. Elle réprimande une petite Bretonne ? Et alors ? Elle se montre avec le play-boy Montebourg ? Pourquoi pas ? Le spectacle la veut et l’impose, face à des concurrents d’avant le 11-Septembre et le quinquennat. Problème de la parité : combien de femmes à droite ? Et à gauche, à part la vedette ? On attend de voir. Quant à Chirac, regonflé à l’international, impossible de ne pas l’imaginer pensant à la future passation de pouvoir : Sarkozy sur le perron de l’Elysée ? L’enfer. Ségolène s’avançant vers lui tout sourire ? Bernadette fera la tête, mais tant pis.


Biométrie

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Philippe Sollers dans Portrait du Joueur
Edition Futuropolis
Illustrée par Martin Veyron

Si j’étais le Diable, j’encouragerais partout le terrorisme au nom de Dieu, pour renforcer la sécurité en tous sens, et prendre ainsi le contrôle des corps de façon de plus en plus intime. C’est en bonne voie. Je lis ce qui suit dans une enquête vertigineuse du Monde 2 : « En ce XXIe siècle, le corps prend sa revanche. C’est à lui que l’époque moderne confie la tâche de lire l’identité de la personne, de dire qui est qui et qui, par conséquent, a le droit d’entrer. Pour s’assurer que vous êtes bien celui que vous prétendez être et que vous êtes, en outre, bien répertorié dans le système, la biométrie vérifie ce qu’elle sait lire de vous : empreinte de doigt, d’orteil, contour d’une main, d’un iris, extrait d’ADN, traits d’un visage, réseau de veines. Un jour sans doute utilisera-t-elle aussi la modulation d’une voix ou le rythme d’une démarche. » L’auteur de l’article n’a pas osé évoquer les préférences sexuelles et les enregistrements des divers stimuli ou sécrétions locales. Mais ça viendra, on n’arrête pas la folie.


Opium
On peut imaginer la tête du pape en lisant la nouvelle : l’Afghanistan produira 92 % de l’opium mondial en 2006. Tous les records sont battus, avec une production en augmentation de 49 % et une amplification des surfaces cultivées de 59 %. Juste un détail : dans la province de Helmand, où sont déployés 3.000 militaires britanniques, les surfaces cultivées ont augmenté de 162 %. Les talibans étaient odieux, mais, comme on voit, la démocratie a son charme. La communauté internationale dépense plus de 2 milliards de dollars pour lutter là contre la drogue, la corruption et le crime organisé. C’est trop peu : il faut augmenter la dose. Elle ne sera pas perdue pour tout le monde.


Mao

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Philippe Sollers dans Portrait du Joueur
Edition Futuropolis

Dans l’excellente et sérieuse revue Commentaire, je lis ce qui suit : « Philippe Sollers, parfois considéré comme le plus talentueux des écrivains français vivants, est revenu au catholicisme, comme l’avait prévu François Mauriac. Le pape de l’avant-garde devient l’avant-garde du pape. Il pourrait mieux faire pourtant en contrition. Il prend encore la mouche pour Mao et ne bat pas sa coulpe. »
Les bons pères de Commentaire ont raison : je fais acte de contrition, je bats ma coulpe. Dans mon délire de jeunesse, j’ai aimé un monstre, et j’avoue que, parfois, la fièvre me reprend furtivement. Mais je me soigne, je prie, je jeûne, je me confesse, je progresse dans le renoncement, l’humilité, la méditation. Il faut quand même me dire jusqu’à quand je dois expier mes crimes commis il y a plus de trente ans. J’ai obtenu mon pardon du pape. J’ose espérer que les bons pères me l’accorderont.


Voltaire
Avis aux amateurs, qui sont beaucoup plus nombreux qu’on ne croit : procurez-vous la magnifique édition de Candide avec des illustrations de Hugh Bulley et une préface d’André Magnan. C’est une publication du Centre international d’étude du XVIIIe siècle, diffusée par les Amateurs de livres international, 62, avenue de Suffren, Paris 15e. L’adresse du Centre est tout simplement BP 44, F, 01212 Ferney-Voltaire cedex. Je donne ces précisions avant que l’auteur de Mahomet, béni en son temps par Benoît XVI, soit interdit sur toute la planète. Le texte est ce qu’il est : éblouissant, immortel. Les illustrations sont pleines d’invention et de fraîcheur. Un cadeau de rêve (je l’envoie à Benoît XVI). Et puis une autre merveille : la Correspondance Vauvenargues-Voltaire, 1743-1746, textes réunis et présentés par Lionel Dax (1). Là, le plaisir et la liberté d’esprit éclatent à chaque page, à chaque ligne. Lettre de Vauvenargues à Voltaire, depuis Nancy, le 4 avril 1743 : « Dans les matières de goût, il faut sentir sans aucune gradation, le sentiment dépendant moins des choses que de la vitesse avec laquelle l’esprit les pénètre. » Et Voltaire de répondre le 15 avril : « Le grand nombre des juges décide, à la longue, d’après les voix du petit nombre éclairé. Vous me paraissez, Monsieur, fait pour être à la tête de ce petit nombre. »
_ (1) Editions du Sandre, 57, rue du Docteur-Blanche, Paris 16e.

Philippe Sollers
Journal du mois
Le Journal du Dimanche, 24 septembre 2006



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6 Messages

  • A.Gauvin | 16 décembre 2006 - 18:23 1

    Sollers regardant Le déjeuner sur l’herbe de Manet

    Cette photo est reproduite dans le numéro 97 de L’Infini, p. 3, juste avant la re-publication, sous le titre EDITORIAL, du Journal du mois de septembre.


  • A.G. | 18 novembre 2006 - 19:11 2

    Pour être tout à fait complet sur les Benoît, rappelons que Sollers a publié dans L’Infini n° 94 La lettre encyclique de Benoît XV à l’occasion du sixième centenaire de la mort de Dante Alighieri. Elle date du 30 avril 1921.

    Et il s’agit bien de Benoît XV (15 !).


  • viktor | 18 novembre 2006 - 18:13 3

    Voila l’objet du délit d’initié relevé avec pertinence et brio par "lariost", le vrai faux texte de Sollers dans Portrait du Joueur Edition Futuroplis.

    Sollers a eu une Vision à New York, des hallucinations, enfant, et le spécialiste de Nombres s’emmêle dans les chiffres. Autant dire qu’il se prend les pieds dans le tapis quand il évoque le Mahomet de Voltaire et Benoît XVI réunis par anticipation ...C’est la faute à Voltaire !

    Et le Prophète de trouver que la leçon vaut bien son pesant de harissa pour le catholique romain Sollers qui honore si fort Rome et ses papes, mais si mal les chiffres romains, alors que les arabes ont donné aux catholiques, et au monde, des chiffres vraiment universels - y compris le zéro que ces romains n’avaient pas imaginé. Pour une religion dont le nom même signifie « universel » en grec, c’est un mauvais début persifla le Prophète in petto.

    « Il n’y a rien de mieux que ce que les Français font bien et rien de pire que ce qu’ils font mal. »
    _ lui répondit Benoît XIV , l’officiel, le contemporain de Voltaire.

    PS : Comme PostScriptum et comme Philippe Sollers. Peut-être, tout benoîtement, est-ce un reste de dyslexie ? Lui, dont l’enfance a été perturbée par toutes sortes de maux, comme il le dit aussi dans Portrait du Joueur. Ici - (en bas d’article) .


  • A.G. | 18 novembre 2006 - 11:25 4

    1. Faut-il voir dans cette faute typographique (ou ce lapsus ?), répétée dans chaque édition de "Portrait du joueur" (Edition blanche, 1984, p.261 - Futuropolis, p. 159) une curieuse... prémonition ? Dans ce cas : Felix culpa !

    2. Dans "Portrait du joueur" la référence à Benoît "XVI" intervient au milieu d’une "apologie" de la Sainte Trinité dont on sait l’importance dans tous les romans de Sollers depuis "Paradis" (mais Joyce déjà).

    3. Pour en savoir plus sur ce qui relie (peut-être) Benoît XIV à Benoît XVI, on pourra lire l’article d’Emmanuel Le Roy Ladurie (référence ci-dessous).

    (A noter qu’il y eut aussi un anti-pape Benoît XIV en Avignon de 1425 à 1430)

    Voir en ligne : L’héritage idéologique du nouveau souverain pontife : Benoît XVI dans les pas de Benoît XIV par Emmanuel Le Roy Ladurie


  • lariost | 18 novembre 2006 - 01:41 5

    Je tiens a faire remarquer que cette erreur entre benoit XVI et benoit XIV, n’est pas aussi benoîte qu’elle en a l’air, d’ailleurs il y a comme une insistance, une résonance qui est faite pour attirer l’oeil, on perçoit tout de suite qu’il y a un problème.

    Au dessus de ce texte, dans ce blog, il y a une illustration du portrait du joueur. Je me souviens avoir lu celui-ci dans sa forme illustrée, il y a un passage sur la papauté, dans lequel apparait un certain Benoit XVI, j’ai relu plusieurs fois le passage, surtout la position de la barre après le V, ainsi je me suis rendu compte qu’effectivement il y avait un problème, il ne pouvait s’agir que de Benoit XIV et aucunement de Benoît XVI.

    Je pense que cela serait passer totalement inaperçu si nous n’avions pas eu ce nouveau Pape. J’ai lu une première fois le portrait du joueur bien avant ce pape et à l’époque, je n’avais pas perçu l’erreur, ce n’est qu’en le relisant sous sa forme illustrée que tout cela m’est apparu.

    Je pense que ce petit hasard a du arriver aux oreilles de Philippe Sollers, qui s’en est amusé.
    Sollers par ce Benoit XVI qu’il met volontairement et non pas accidentellement en relation avec Voltaire, devient en quelque sorte un contemporain de Voltaire , une façon pour Sollers de se sentir en plein dans son XVIII ème Siècle ou plutôt, vu que c’est le pape benoit XVI qui fait la relation, voila ce bon vieux Voltaire et son mahomet projetté dans l’actualité de l’année CXVIII.

    Moralité : si vous voulez pas d’embrouilles, utilisez les chiffres arabes, vous éviterez de nombreux problèmes.


  • A.G. | 11 octobre 2006 - 16:52 6

    C’est, bien sûr, par Benoît XIV, et pas XVI, que l’auteur de Mahomet a été « béni ». Tout le monde aura rectifié.

    Il y a 270 ans Voltaire s’était attiré quelques ennuis avec sa tragédie "Le fanatisme ou Mahomet le prophète".

    Rien de nouveau sous le soleil ?

    Ne faut-il pas prendre les choses plus...BENOÎTEMENT ?

    Qu’on en juge :

    "Benoît, Voltaire et Mahomet

    Droit de rêver : et si les Benoît étaient des papes ouverts et tolérants ?

    Depuis que Joseph Ratzinger s’appelle Benoît, les experts gambergent : que signifie le choix de ce prénom, dérivé du latin benedictus ("béni") ?

    Réponse théologique : un hommage à Benoît XV, pape pacifiste de 1914-1922 qui essaya en vain d’arrêter la tuerie sordide de la Première Guerre mondiale, ce qui lui valut de se faire traiter de "pape boche" par Clémenceau, et de "franzozische papst" par le général-en-chef allemand Ludendorf. Bref, un type bien.

    Elu pape le 3 septembre 1914, le jour où débuta la bataille de la Marne, il passa le premier mois de sa mission à rédiger l’encyclique Ad Beatissimi, où il n’allait pas avec le dos du goupillon :

    « De tous côtés domine la triste image de la guerre, et il n’y a pour ainsi dire pas d’autre pensée qui occupe les esprits. Des nations sont aux prises : faut-il s’étonner si, munis d’engins épouvantables, dus aux derniers progrès de l’art militaire, elles visent pour ainsi dire à s’entre-détruire avec des raffinements de barbarie ? Plus de limites aux ruines et au carnage : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés. »

    Très actuel, n’est-il pas ?

    Mais cela ne fait que repousser la question, car Benoît XV, né Della Chiesa, rendait, lui, hommage à Benoît XIV. Et c’est là qu’on s’amuse. Car ce Benoît là s’avère encore plus open. Pontife de 1740 à 1758 (donc sous Louis XV), réformateur du droit canon, cultivé, il dialoguait par lettres avec des Encyclopédistes, des scientifiques et des philosophes des Lumières. Pour le faire bisquer, Voltaire, l’infatigable bouffeur de curés, écrivit en 1745 une tragédie musulmane titrée Mahomet, qu’il lui dédia et lui fit parvenir.

    Ce que Voltaire n’avait pas prévu, c’est qu’au jeu de la tolérance, il se ferait battre par un pape. Benoît XIV en effet accepta le cadeau et répondit à Voltaire d’une missive très courtoise.

    Tout ça pour dire que les Benoît sont des papes plutôt sympas, à commencer par Benoît II, pape de l’an 685, qui piquait dans la caisse de l’Eglise pour distribuer aux pauvres de Rome."

    Epoques bénies ?

    Si on veut se faire du bien, on peut relire Voltaire et son Mahomet.

    Voir en ligne : Le fanatisme ou Mahomet le Prophète