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Chine, un million d’artistes

Jean-Michel Carré

D 8 août 2019     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Gigantisme des ateliers, prolifération des artistes et des lieux d’exposition, écoles d’art qui ne désemplissent pas : décryptage de la frénésie d’art contemporain qui a saisi l’Empire du Milieu, avec de grands noms comme Ai Weiwei, Cang Xin ou He Yunchang.

En 2012, la Chine est devenue numéro un mondial du marché de l’art. Comment expliquer ce phénomène ? Quelles formes ce pays, hier "usine" du monde et aujourd’hui "atelier artistique" planétaire, invente-t-il ? Depuis la fin de l’ère maoïste, les créateurs ont peu à peu rompu avec les directives esthétiques du Parti. L’art contemporain chinois s’est transformé en observatoire privilégié des dérives de la société, symbolisant les blessures du passé, la violence de l’État ou le consumérisme galopant – qui n’épargne pas les œuvres d’art… (arte.tv)

Chine, un million d’artistes

Réalisation :
Jean-Michel Carré
France 2016

La Chine, le nouvel empire des artistes

C’est au siège de sa maison de production, Les Films Grains de Sable, que le cinéaste Jean-Michel Carré nous reçoit pour la présentation de son dernier documentaire réalisé en Chine sur les artistes de ce pays. Rencontre avec l’auteur du documentaire Chine, un million d’artistes.

Diffusé l’été dernier par la chaîne Arte, Chine, un million d’artistes s’attache à définir l’un des phénomènes les plus importants de ces dernières décennies : la reconnaissance de la Chine et de ses artistes au niveau international. De l’avis même du cinéaste, ce documentaire s’inscrit dans la continuité de son précédent film — Chine, le nouvel Empire — avec une « volonté d’aller beaucoup plus loin dans la complexité de cette société chinoise  ». Car la méconnaissance du public occidental à l’égard de la Chine reste, à ses yeux, « profonde ». Le parcours personnel de Jean-Michel Carré, le fait de s’être passionné pour la révolution chinoise dans les années 60-70, explique d’autant mieux cet intérêt pour la Chine, son histoire, et ses artistes. Pourtant, de longues années durant, Jean-Michel Carré a principalement réalisé des films sur des problèmes de la société française : échec scolaire, prison, prostitution, psychiatrie, souffrance au travail… Puis, peu à peu, il est allé voir à l’étranger, au Vietnam, en Afrique, en Amérique latine, avant de se tourner vers les puissances émergeantes, d’abord la Russie puis la Chine.

Au-delà des archives proprement dites, Jean-Michel Carré est naturellement allé à la rencontre de peintres, sculpteurs, écrivains, poètes, musiciens et surtout cinéastes qui, mieux que quiconque, brossent la complexité et la beauté de la Chine jusque dans ses contradictions les plus terribles. Ces rencontres ont eu lieu en province, à Chongqing notamment, mais aussi et surtout à Pékin qui est de facto « la capitale culturelle ». Les célébrissimes Wang Guangyi, Yue Minjun ou encore les frères Gao s’expriment devant la caméra du cinéaste. Le plus émouvant d’entre eux est sans doute le peintre Zhang Xiaogang. Alors que la Chine s’ouvre au reste du monde dans les années quatre-vingt, ce dernier raconte son bref séjour en Europe. Sa rencontre avec l’œuvre de Van Gogh notamment, « son désarroi absolu » nous confie Jean-Michel Carré devant tant de beauté ; lui qui — comme tous ceux de sa génération — vient de subir quelques années plus tôt les tourments de la Révolution culturelle sait aussi que cette épreuve a définitivement marqué l’évolution du pays. Ecoutons-le : « Les artistes Taïwanais sont exempts de l’influence du communisme, les Hongkongais aussi. Ils sont seulement porteurs de la tradition millénaire chinoise et de l’influence occidentale. Pourquoi trouvez-vous que les artistes de Pékin sont si forts ? C’est parce que coule dans leurs veines cette idéologie communiste. C’est très prégnant, on ne peut l’oublier ni s’en libérer »… Chine, un million d’artistes tente ainsi une peinture globale d’une histoire contemporaine très riche. Il permet aussi de mesurer le parcours accompli par des artistes dont toute une partie de la vie avait été marquée par un haut degré de « technicité » — le réalisme-socialiste en art — qui transparaît encore dans chacune de leurs œuvres et qui est à l’origine de ce courant que les Occidentaux ont été les premiers à promouvoir : le « pop’art culturel ».

« Entre tradition et modernisation, il y a un conflit, et c’est inévitable. Mais comme la vague uniformisante de la mondialisation est la plus forte, elle va progressivement recouvrir ces trésors de la tradition »

« En effet, après avoir rencontré de nombreux sinologues de différents pays, un des paris de ce film (comme pour le premier) fut, dès le départ, de ne l’imaginer qu’à partir du regard singulier de Chinois vivant et travaillant en Chine, de toutes classes sociales et de tous âges, sur l’histoire, la culture, les choix économique et politique de leur pays. Je ne suis pas journaliste et, comme pour chacun de mes documentaires, je ne posais pas de questions pour avoir des réponses mais proposais une écoute qui, par ma compréhension de leurs actes et de leur vie, amenait mes interlocuteurs à pouvoir se livrer peu à peu, sans que je m’interdise d’exprimer parfois mon désaccord profond ou mon incompréhension. Il me restait à leur rendre ce qu’ils me donnaient en respectant leur pensée et en faisant un film le plus juste possible. J’avais craint un moment la langue de bois, mais non… Jamais aucun de mes interlocuteurs ne s’est offusqué de questions critiques ou sensibles, ni n’a éludé aucun sujet, assumant totalement les risques qu’ils prenaient à me parler à visage découvert ». Mais ce qui a le plus fasciné le cinéaste est ce retour à des formes de tradition comme celle mettant à l’honneur la peinture des encres ou celle des « paysages » (shanshui) avec des supports qui, eux, peuvent être en revanche très différents de ceux employés à l’époque impériale. L’œuvre de l’artiste Yang Yongliang est de ce point de vue d’autant plus intéressante qu’elle se trouve à mi-chemin entre l’art conceptuel et la peinture. L’expression d’un art vernaculaire et d’une véritable singularité qu’elle soit en rapport avec la tradition ou avec le réel est ce qui, selon Jean-Michel Carré, caractérise le mieux l’art en Chine d’aujourd’hui. Pourtant, note Yang Yongliang avec une pointe de pessimisme : « Entre tradition et modernisation, il y a un conflit, et c’est inévitable. Mais comme la vague uniformisante de la mondialisation est la plus forte, elle va progressivement recouvrir ces trésors de la tradition ».

Sans doute est-ce lié à l’acquisition d’un véritable métier, d’une virtuosité même que l’on enseigne dans les écoles des beaux-arts de ce pays et dont le concours d’entrée reste très dur. En définitive, ce que l’on observe à partir de la scène artistique chinoise, la création d’un marché, avec son réseau de galeries et de biennales vaut pour la compréhension globale du pays et de son évolution par rapport à l’Occident notamment. « Quand on observe la formidable montée en puissance de la Chine depuis quelques années, on s’aperçoit que nous sommes en train de vivre le changement le plus important depuis quatre siècles, le déplacement du centre de gravité du pouvoir de l’Atlantique vers le Pacifique. La Chine n’est pas capitaliste, et n’est pas prête à l’être malgré l’utilisation de l’économie de marché qui n’est reconnue en Chine que comme un outil au service d’une politique autre, encore en gestation. C’est une des forces incontestables de ce peuple que de tester, éprouver, expérimenter des procédures étrangères et de les confronter à ses conceptions originelles. L’esprit mercantile qui existe actuellement en Chine et qui est la valeur dominante de l’Occident a montré ses limites. Parions que les Chinois sauront, peut-être mieux que nous, faire la part des choses et inventer un autre système, du moins s’ils arrivent rapidement à combattre la corruption et instaurer un état de droit. C’est le pire qu’on peut leur souhaiter et nous souhaiter car nous pourrions peut-être aussi en profiter ! ».

Paraphrasant Deng Xiaoping, l’approche de la réalité contemporaine chinoise à travers ses arts par le cinéaste a consisté à toucher chaque pierre de la rivière en la traversant. L’entrechoc des faits, leur mise en contradiction permet en cinquante-deux minutes de saisir un état de la complexité de la société chinoise et de ses artistes par la très grande diversité des points de vue recueillis. Si certains d’entre eux appartiennent au « top 100 » des plus grands artistes internationaux — une donnée statistique tangible qui nous renseigne aussi sur l’efficacité du «  soft power » chinois — d’autres sont d’augustes inconnus. Chine, un million d’artistes nous restitue sous la forme d’une sociologie objective un certain état de la réalité chinoise. Et cette réalité, Jean-Michel Carré en a fait une passion au point de travailler à la réalisation d’un troisième documentaire. Cette fois-ci, il aura trait au Tibet et en désacralisera bien des mythes qui ont largement cours en Occident. Sortie programmée à la fin d’une année qui s’avère riche en promesses…

Emmanuel LINCOT, Chine info

Emmanuel Lincot est spécialiste d’histoire politique et culturelle et Professeur à l’Institut Catholique de Paris.

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Coming Home

Réalisation : Zhang Yimou
Chine 2014

Réhabilité après la Révolution culturelle, un homme se heurte à son retour à l’amnésie de sa femme... Sept ans après "La cité interdite", le cinéaste Zhang Yimou met en scène, avec sobriété, dans une douce palette sépia, d’émouvantes retrouvailles avec sa muse Gong Li.

Danseuse douée, Dan Dan convoite le premier rôle du prochain ballet officiel, en pleine Révolution culturelle. Mais le parti communiste local le lui refuse, lui faisant payer l’évasion de son père, l’opposant politique Yanshi, qu’elle a à peine connu. Une course contre la montre s’engage entre cette jeune fille ambitieuse, prête à dénoncer le fugitif, et sa mère, Wanyu, qui tremble pour son mari et tente de lui venir en aide. Mais celui-ci n’échappe pas à l’arrestation. Libéré quelques années plus tard, il rentre chez lui et découvre que sa femme, traumatisée par les malheurs subis, ne le reconnaît pas...

Retrouvailles

Coming Home est découpé en deux parties : au film d’action, avec danses et poursuites, qui culmine tragiquement avec la capture de Yanshi au milieu de la foule, succède le mélodrame intimiste. Yanshi, le mari nié, ravale sa fierté et tente cent fois, mû par un indéfectible amour, de faire recouvrer la mémoire à son épouse, avec la complicité inquiète de sa fille repentie. Cet espoir sans cesse déçu perd son caractère déchirant à mesure que ces tendres tentatives rapprochent les deux êtres. Sept ans après La cité interdite, le cinéaste Zhang Yimou met en scène, avec sobriété, dans une douce palette sépia, d’émouvantes retrouvailles avec sa muse Gong Li, formidable Wanyu. L’actrice exprime avec sensibilité la raideur et les sautes d’humeur de cette femme d’âge mûr, passionnée et égarée. On a reproché au film d’édulcorer le contexte politique. Il montre au contraire les ravages de la répression jusque dans l’intimité, au sein d’une cellule familiale chinoise typique – une couple et un unique enfant – qui peine à se reformer.

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