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La nouvelle édition des "Essais" qui rajeunit Montaigne

Dossier. Montaigne à nouveau, avec Denis Mollat & Michel Onfray

D 16 juin 2019     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dossier. Montaigne, à nouveau  !

Nouvelle édition des Essais de Michel de Montaigne.
MOLLAT.COM

La Librairie Mollat et les éditions Robert Laffont se sont associées pour un événement éditorial le 14 mars 2019 : la publication des Essais de Montaigne dans une nouvelle édition établie par Bernard Combeaud accompagnée d’une préface éclairante de Michel Onfray sur la modernité d’un tel chef-d’œuvre.

À bien des égards, les Essais de Montaigne sont l’œuvre fondatrice des lettres françaises et de la pensée occidentale moderne. Malheureusement, rares sont ceux, en France, qui, hormis les spécialistes, savent lire Montaigne à cause de sa langue. Une œuvre d’une telle portée patrimoniale, et d’une incroyable modernité intellectuelle, ne pouvait rester un plaisir de spécialistes. Nos amis Japonais et Anglophones peuvent lire Montaigne dans des traductions neuves, et peuvent se plonger sans réticences dans ce texte majeur.
Cette nouvelle édition, n’est donc pas une « modernisation » et encore moins une « traduction en français moderne », mais propose un Montaigne (discrètement) « rajeuni » afin de rendre la lecture aisée pour les lecteurs d’aujourd’hui.

Permettre à chacun de profiter de la saveur de la langue de Montaigne et de la profondeur d’une pensée qui, sans aucun systématisme, élucide aussi bien les rapports à autres qu’à soi, tel est l’enjeu de cette édition.

Proposer aux lecteurs du XXIe siècle une édition bréviaire des Essais que l’on puisse lire quasiment sans notes, comme nous l’explique Michel Onfray : « cela devient fluide et simple, comme une conversation qui nous permet d’écouter Montaigne comme un contemporain ».

Crédit : Sud-Ouest

Le livre

Les Essais

Auteur : Michel de Montaigne

Éditeur : coédition Robert Laffont / Librairie Mollat

Feuilleter le livre sur amazon.fr

Résumé

Une oeuvre qui traite de sujets aussi divers que l’éducation, l’altérité, l’amitié, la mort, l’amour et les femmes. En cette fin de Renaissance, les intuitions, les formules, les mots de Montaigne inventent une attitude nouvelle face au monde et aux savoirs. ©Electre 2019

Quatrième de couverture

À bien des égards, Les Essais constituent l’oeuvre fondatrice des lettres françaises et de la pensée occidentale moderne, dont Montaigne est l’un des pères. Or rares sont ceux qui, en France, peuvent vraiment lire Montaigne, hormis les spécialistes, à cause des difficultés du moyen français. Une nouvelle édition des Essais s’imposait, non pas « modernisée » et encore moins « traduite en français moderne », mais rajeunie et rafraîchie, pour rendre enfin accessible l’oeuvre du plus contemporain de nos classiques, le seul qui sache allier savoureusement des réflexions sur l’amour, la politique, la religion, et des confidences plus intimes sur sa santé ou sa sexualité. L’objectif de cette monumentale entreprise conduite par Bernard Combeaud, avec le concours de Nina Mueggler, est d’offrir des Essais restaurés et revitalisés, à partir de l’édition de 1595, pour que chacun puisse s’entretenir commodément avec un écrivain aux idées foisonnantes, salué par Stefan Zweig comme « l’ancêtre, le protecteur et l’ami de chaque homme libre sur terre ». Les traductions du grec et du latin sont toutes originales, les notes ont été réduites au minimum. Seule la ponctuation, l’accentuation, l’orthographe ont été systématiquement modernisées dans le souci constant de préserver la saveur originelle d’une langue si singulière, de préserver les images, les jeux de mots, les idiotismes gascons ou latinisants propres au style de Montaigne. Dans une longue préface inédite et percutante, Michel Onfray désigne l’auteur des Essais comme l’un de ses maîtres à penser et à vivre. Il explique « pourquoi et comment il faut lire et relire Montaigne », philosophe qui apprend à « savoir jouir loyalement de son être ».

Denis Mollat, le goûteur de Montaigne

Denis Mollat à Bordeaux, dans la librairie qui porte son nom et qui, en 2016, a fêté ses 120 ans. Avec plus de 2000 m2 de surface et des dizaines de milliers de références, c’est la première librairie indépendante de France.

Le vert de la nature est encore tendre au printemps. De la terrasse du château de Saint-Michel-de-Montaigne, à la frontière de la Gironde et de la Dordogne, la vue se perd sur une étendue de bois et sur les vignes de Montravel. « Le paysage n’a pas beaucoup changé depuis Montaigne, commente Denis Mollat. Pas étonnant qu’il ait écrit ici Les Essais, qui est un livre de sagesse. »

Lunettes de couleur, cravate pimpante, le grand libraire de Bordeaux s’est comme épris de son illustre compatriote. Et comme il n’est pas dans ses habitudes de faire les choses à moitié, il s’est lancé à corps perdu dans sa vie et son œuvre. Que ne sait-il de Montaigne ? Que le grand-père de Michel, Ramon Eyquem, avait fait fortune et acheté une terre et un château du XIVe, situé sur une hauteur - une montaigne. Que le cercueil de l’écrivain a été récemment retrouvé par hasard, celé au Musée d’Aquitaine. Que le château fut racheté au XIXe siècle par Pierre Magne, ministre des Finances de Napoléon III, dont la famille le possède toujours. Qu’il brula, mais que la tour fut épargnée par les flammes.

Ce jour de mai, Denis Mollat arpente la cour du château de Montaigne reconstruit par la famille Magne qui y apposa force blasons - M et trèfles - allant jusqu’à faire graver des sentences tirées de l’œuvre du philosophe – un solennel « Que sais-je ? » orne le fronton de la maison, hommage appuyé au grand homme. En revanche, appuyée à une barbacane qui donne une idée de ce que fut le fief, la tour demeure en l’état, solide, austère, inentamée comme la pensée qui y naquit. Trois étages, chapelle, chambre, « librairie ». Partagé entre la prière, le repos, le travail, Montaigne y passa là vingt ans de son existence, entouré des livres de sa bibliothèque, notamment ceux laissés par son ami La Boétie. Sous un plafond décoré de sentences latines et grecques, la quintessence de la sagesse humaine que constituent L’Ecclésiaste, Horace, Lucrèce, Pline, Montaigne conçut son maitre livre.

« L’émotion saisit dès qu’on y entre, vous ne trouvez pas ? », dit Mollat.

Vins et nouvelles technologies

Pour rien au monde, il ne jouerait à l’érudit. Il est ce qu’on appelait au temps de l’humanisme un honnête homme : cultivé pour son seul plaisir, et celui de ses commensaux. Lui qui parle vins et nouvelles technologies avec une égale aisance confesse sans gêne un malaise que le commun des lecteurs a aussi éprouvé : le principal obstacle des Essais, c’est leur langue, celle du XVIe siècle, pleine d’obscurité. Peut-on lire sans difficulté une phrase comme celle-ci : « Ce Jeu de gayeté suscite en l’esprit des eloises vives et claires outre nostre clairté naturelle.  » En effet, pour aborder aux rivages de Montaigne, il a longtemps fallu se contenter de l’édition de la « Pléiade » due à Jean Balsamo, qui restitue le texte original de celle d’Honoré-Champion par André Lanly, qui a traduit le texte en français contemporain... L’une fort savante, conserve le charme et les afféteries d’une époque, l’autre procure l’efficacité de la langue vernaculaire. Aucune des deux ne contentait l’exigeant Mollat. Il a donc commandé à Bernard Combeaud, inspecteur général de l’Éducation nationa.le, une traduction dont il sera la mesure : le goûteur de Montaigne.

« Combeaud traduisait et me soumettait le texte. Si je comprenais, ça passait, sinon il devait retravailler. »

On imagine sans mal Mollat, sybarite courtois tester quelques phrases, les savourer, les commenter comme il le ferait d’un Petrus, un de ces grands crus qu’il a en affection et déguste avec un art gourmet. Assurément l’homme est singulier. Fils unique d’un libraire de Bordeaux, naturellement voué à reprendre l’affaire familiale, il lui tourne d’abord le dos et s’inscrit en médecine. Mais sitôt son diplôme en poche, l’enfant prodigue rejoint le bercail. De la vieille maison Mollat, originellement située dans une galerie et qui occupe désormais le rez-de-chaussée d’un immeuble construit à l’emplacement de la maison de Montesquieu, rue Porte Dijeaux, il va faire la première librairie indépendante de France : plus de 2 000 m2 de surface, des dizaines de milliers de références. En sa compagnie et grâce à une équipe inventive et passionnée, on se prendrait à douter qu’en France, en 2019, le public se détourne du livre.

Mollat ne se contente pas de vendre des livres. D’autres pourraient s’en charger aussi bien que lui. Son projet est d’œuvrer à la défense et à l’illustration de sa ville. Outre l’édition d’une Histoire des Bordelais, il a dirigé et édité plusieurs volumes d’histoire religieuse de Bordeaux, marquée comme on sait par le protestantisme et le judaïsme. Et, quasi sous presse, il a une histoire de la traite pour, explique-t-il « dépassionner » le débat : l’idéologie qui sévi aujourd’hui, mélange d’indigénisme et d’anachronisme, l’horrifie. Mollat l’éditeur veut faire œuvre d’intelligence contre les passions mauvaises.

Son nom figure encore au bas de l’ édition volumineuse des œuvres poétiques d’Ausone. Ceux qui ont entendu « ozone » se méprennent. Il s’agit d’un poète gaulois d’expression latine, auteur d’épi grammes, d’églogues et d’épîtres. Son patronyme complet : Decirni Magni Ausonii Burdigalensis, « De Bordeaux », le titre est suffisant pour que Mollat s’en fit le chantre. En ville, qui ne connait aujourd’hui Ausone, depuis qu’un fort volume de ses œuvres complètes est paru en 2010, traduit et présenté par Bernard Combeault ? « Bazas fut ma patrie, Bordeaux eut mes dieux lares »... Et surtout depuis qu’un studio audiovisuel dernier cri, adossé à la librairie pour recevoir conférences, concerts, projections, a été baptisé « Station Ausone ». L’ingénieux Denis Mollat l’a aménagé il y a quelques années dans un ancien garage. Il ne désemplit pas.

Combeaud est mort en 2018. C’est une jeune seiziémiste suisse, Nina Mueggler, qui a achevé l’édition des Essais, écrivant drôlement en tête de l’ouvrage, à la manière de Montaigne : « C’est ici une adaptation de bonne foi, Lecteur. Elle t’avertit dès l’entrée qu’elle est le fruit du travail d’un seul homme, Bernard Combeaud, humaniste des temps modernes à l’intelligence féconde, au savoir inépuisable. »

Envie de transmettre

Plus sérieusement, dans son avant-propos, Combeaud s’écriait : « Il est impensable que le public francophone le plus large n’ait pas accès à une édition claire et lisible de cette œuvre cardinale. » Voulant en assurer la plus grande diffusion possible, Mollat se tourne donc vers la collection « Bouquins », qui fête cette année ses quarante ans. Montaigne manquait au prestigieux catalogue - on aurait juré son fondateur Guy Schoeller plus perspicace. Qu’à cela ne tienne, l’actuel directeur Jean-Luc Barré saute sur l’occasion. Il décide d’en faire l’un des événements de l’anniversaire.

Michel Onfray, ami de longue date de Denis Mollat - leur amitié remonte à la publication de La Sculpture de soi (1993) - et récemment entré dans « Bouquins », assure Je trait d’union entre les deux hommes et en rédige la préface. Cela n’étonnera personne que Je vigoureux philosophe fasse des Essais une lecture audacieuse, et de Montaigne « l’inventeur » du « féminisme » et de « l’antispécisme  ». Plus raisonnablement, Stefan Zweig dans une monographie magistrale s’en était tenu à une célébration du « héraut le plus résolu de la liberté ».

À entendre Mollat parler de son activité intense au service de Bordeaux et de la culture, on songe qu’il est en ville quelque chose comme le vice-maire. Ou son ministre de la Culture. À tout Je moins un nom à ajouter aux écrivains de Bordeaux, les fameux trois M : Montaigne, Montesquieu, Mauriac ; et pourquoi pas Mollat ? Depuis toujours il refuse farouchement l’idée d’un quelconque engagement : il a tant d’activités. N’est-il pas consul du Mexique à Bordeaux, comme l’atteste une plaque à l’entrée de son bureau ? Toutefois les prétendants à l’hôtel de ville ne s’y trompent pas, qui ne manquent pas de passer par sa librairie. Luis’ en tient à son envie de transmettre :

« J’ai profité un jour de ce qu’Alain Juppé était immobilisé par une opération du genou pour lui faire lire Montaigne. Il n’en avait jamais eu vraiment le temps. »

Ces jours-ci, à la librairie Mollat, les meilleures ventes ne s’appellent pas Musso ou Bussi mais Michel, sieur de Montaigne. Une tête de gondole le claironne. Autour, les libraires s’affairent, conseillent, prescrivent. À la poitrine, ils portent un badge : Montaigne est sur un skateboard en plein saut. Plus qu’un gadget, la profession de foi de toute une librairie : le livre passe les siècles. •

Montaigne, « Les Essais », nouvelle édition établie par Bernard Combeaud, préface de Michel Onfray, Robert Laffont-Mollat, 1184 p., 32 €.

Crédit : Le Figaro Magazine 07/06/2019

Michel Onfray : "Montaigne invente la philosophie française"

Le 14 mars 2019 les éditions Robert Laffont et Mollat font paraître dans la collection Bouquins une nouvelle édition des "Essais" de Montaigne préfacée par Michel Onfray. Une édition simple, accessible pour comprendre pourquoi Montaigne est à la fois un immense philosophe et un immense écrivain.


Comparant "Les Essais" aux peintures de Jérôme Bosch, Michel Onfray explique que "la complexité de la composition" oblige à s’attacher aux détails.

"Trop littéraire pour les philosophes et trop philosophe pour les littéraires", commente Michel Onfray à propos de l’oeuvre deMichel de Montaigne. Une nouvelle édition des "Essais" vient de paraître aux éditions Robert Laffont | Mollat

A l’occasion de la nouvelle édition des "Essais" de Montaigne, parue aux éditions Robert Laffont | Mollat, le philosophe Michel Onfray a donné une conférence à l’Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux.

Pour Michel Onfray il faut procéder à une "réparation de Montaigne", oeuvre qui "trop littéraire pour les philosophes et trop philosophe pour les littéraires" n’est véritablement traitée par personne. Or, "Montaigne invente une façon claire et existentielle d’écrire la philosophie. C’est une philosophie que l’on peut pratiquer".

Comparant "Les Essais" aux peintures de Jérôme Bosch, Michel Onfray explique que "la complexité de la composition" oblige à s’attacher aux détails. Michel Onfray liste les grandes inventions philosophiques de Montaigne en insistant sur l’idée qu’il inaugure la laïcisation de la pensée et que la lecture de son oeuvre est aujourd’hui indispensable.

Michel Onfray, entretien avec Sylvie Hazebroucq le 14 février 2019 au Domaine de Chevalier [1], autour de la nouvelle édition des "Essais" de Montaigne établie par Bernard Combeaud coéditée Robert Laffont | Mollat, dans la collection Bouquins.

Philippe Sollers : "Montaigne Président"

La suite ICI (pdf)
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[1Grand Cru Classé de Graves

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