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Les Cahiers de Tinbad, n°7

mars 2019

D 16 mars 2019     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Le sommaire


LE SOMMAIRE
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Éditorial

Dans ce numéro des Cahiers de Tinbad, on fait le grand écart entre un propagateur joyeux et sincère du communisme, Dziga Vertov, et le premier critique radical de la Révolution soviétique en Occident, Louis-Ferdinand Céline. À la fin des années 20, Vertov croit tellement en l’avenir radieux du communisme réel (à regarder ce qui s’imprima sur ses bandes filmiques, on se prend à y croire avec lui — et c’est cela qui est magnifique : l’utopie collectiviste est inscrite sur les photogrammes d’Enthousiasme — cela a eu lieu ; on ne peut plus le nier) qu’il applique à son art les principes mêmes du matérialisme dialectique historique : l’engrenage d’une machine y a autant d’importance que le visage d’une actrice ; le drame bourgeois est (temporairement) vaincu ! Le scénario aussi (enfin !). Quelques années plus tard, le pouvoir oligarchique et la répression stalinienne qui se met en place lui font payer cher son formalisme : il lui sera de plus en plus difficile de tourner. Comme tous ses camarades avant-gardistes, on le castre, on l’empêche de produire librement — on le tue (même si lui, contrairement à Maïakovski par exemple, ne se suicide pas). À peu près au même moment (1936), Céline, encore considéré comme un écrivain progressiste et adoubé à ce titre par Louis Aragon et Elsa Triolet, fait un voyage en Union Soviétique pour dépenser ses droits d’auteur du Voyage ; peut-être croit-il après tout en la Révolution, pourquoi pas ? Or, stupeur chez ses premiers défenseurs, il en revient avec un « horrible » pamphlet (que nous, on trouve très joyeux) qui dénonce une imposture qu’il fut le premier à formaliser littérairement : Mea culpa . L’homme « popu » est vraiment trop mauvais, et tout a déjà échoué lamentablement. Qu’on compare cette vision à Moscou avec la Une des Lettres Françaises, alors dirigées par le Camarade Aragon, lors de la mort de Staline : « Ce que nous devons à Staline » ! D’un côté, il y a le constat humain trop humain d’un très grand conteur de notre langue ; de l’autre on trouve l’habituelle langue de bois des idéologues. Ce numéro n’aura pas d’autre ambition que de rendre à César ce qui appartient à César : c’est bien Vertov qui fut le plus convaincant des activistes du communisme réel ; mais c’est Céline qui fut notre Molière du XXe siècle : il démasqua toutes les tartuferies ; son délire fut aussi un immense éclat de rire ; et sa pitié pour l’homme fut universelle, quoiqu’on en dise aujourd’hui pour empêcher sa lecture en une opération de basse revanche contre son art / sa musique.

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Mettre cer­tains cau­che­mars et rêves en lumière

Les cahiers de Tin­bad pour­suivent leur tra­vail de fond autour de la lit­té­ra­ture et de l’art (et ici du cinéma) loin de toute pré­emp­tion idéo­lo­gique tou­jours nocive à la créa­tion. Pour preuve, dans ce numéro 7 L-F Céline, Dziga Ver­tov, Witold Gom­bro­wicz voi­sinent avec les auteurs et artistes d’aujourd’hui les plus signi­fi­ca­tifs : Per­rine Le Quer­rec, Jacques Cauda par exemple.
Textes et auteurs de ce cor­pus prouvent qu’une oeuvre est le fruit de toute une vie et que les auteurs qui ne veulent don­ner le change qu’au pré­sent causent leur perte et la nôtre.

Basquin l’illustre en mon­trant l’originalité de Dziga Ver­tov en sa capacité d’inventer un cinéma “comme der­nier refuge à l’utopie” et ce même si l’artiste se prit les pieds dans une idéolo­gie qui lui fit payer ses avan­cées. A sa manière, Céline ici lui répond dans sa vision du com­mu­nisme dont les maîtres à pen­ser n’ont fait qu’en rempla­cer d’autres “sur l’estrade des sou­te­neurs”. Dès 1936 Céline (à qui Claire Fou­rier rend grâce à la grâce) avait tout dit. Mais sa voix allait être jugée irre­ce­vable et la farce mar­xiste s’imposa pen­dant de belles décennies. L’idéologie fran­çaise ne se priva pas de téter le sein nourricier.

Les bonnes occa­sions de devi­ser dans des spé­cu­la­tions dou­teuses ont donc tou­jours la vie dure. Mais Per­rine Le Quer­rec est là pour des­si­ner d’autres fron­tières en redon­nant la main à Hanna H “seule femme Dada” qui lutta contre la mal nazi. Ste­ven Samp­son en décline cer­tains “jeux” du cirque. Christiane Hervé revient au pré­sent pour sus­ci­ter des réveils sans être vic­time du dégoût même lorsque le mal qui rejaillit sous de nou­velles formes anéan­tit la rai­son. Il ne faut se fier ni à l’un ni à l’autre : une cer­taine folie est donc précieuse et raf­fi­née. C’est pour­quoi il faut — comme Pres­chez ici — saluer Cauda. Il porte haut la vio­lence contre l’obscurité dans le désir de peinture de ses contre-portraits où l’on se voit mieux en consi­dé­rant les autres.
Ce ne sont là que quelques feuillets épars déta­chés du tronc de ce beau numéro. Il permet aussi de révi­ser autant Kafka que Godard, Gia­co­melli que Hit­ch­cock, tous ces géniaux marion­net­tistes qui dénon­çaient les spé­cia­listes de l’art de tuer. Chaque texte devient une flèche empoisonnée.

Face aux gron­de­ments sourds, des voix humaines s’élèvent pour qu’il ne nous reste pas le seul loi­sir de pleu­rer. Sans se prendre for­cé­ment au sérieux, les auteurs mettent cer­tains cau­che­mars et rêves en lumière his­toire de nous évi­ter de vivre dans le noir.

jean-paul gavard-perret, lelitteraire.com

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