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Zhu Xiao-Mei : « Bach est la réincarnation d’un grand sage chinois »

Retour en Chine

D 24 octobre 2016     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Zhu Xiao-mei
Photo Jean-Marc Gourdon.


Avec Zhu Xiao-Mei, la musique devient le reflet d’une destinée. Car son parcours d’artiste est le fruit d’une vie mouvementée qu’elle raconte dans son autobiographie La rivière et son secret – Des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach.
Née à Shanghai, Zhu Xiao-Mei a montré des dispositions précoces pour la musique. Mais la révolution culturelle est venue briser son ascension. Elle a passé cinq ans dans un camp de travail où elle devait se cacher pour jouer du piano. Dans la détresse la plus absolue, la musique était sa dernière planche de salut. Lors d’une tournée en Chine, Isaac Stern lui a permis de gagner l’étranger. Après une odyssée de dix ans de Hongkong à Los Angeles en passant par Boston, Zhu Xiao-Mei s’installe finalement à Paris, où elle devient une pianiste renommée pour ses interprétations de Bach.

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Zhu Xiao-Mei interprète les Variations Goldberg de Bach

La pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei occupe une place unique dans le monde de la musique classique. Elle se produit très rarement et son répertoire se concentre sur quelques œuvres qu’elle qualifie de « montagnes de l’âme ». Pour elle, Bach est d’ailleurs la « réincarnation d’un grand sage chinois ». Son enregistrement des Variations Goldberg a lancé sa carrière internationale. Lors de l’édition 2014 du Bachfest de Leipzig, Zhu Xiao-Mei interpréta ces célèbres variations pour clavier.

« Les Variations Goldberg sont le plus grand chef-d’oeuvre à mes yeux. Un chef-d’oeuvre universel que nous, les Chinois, avons encore davantage la capacité de comprendre, car il y a dans la culture chinoise la recherche de l’équilibre et de la sérénité que l’on trouve dans la musique de Bach. »
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Comment Bach a vaincu Mao

Paul Smaczny ("El sistema") filme la première tournée en Chine de la grande pianiste Zhu Xiao-Mei, déportée sous Mao pour son amour de Bach.

Née à Shanghai en 1949, l’année de l’arrivée au pouvoir de Mao, la pianiste Zhu Xiao-Mei est réputée pour ses interprétations profondes et limpides de Jean-Sébastien Bach, son compositeur de prédilection. En 1969, toute jeune artiste en passe d’achever sa formation, elle subit de plein fouet la révolution culturelle lancée par Mao. La musique classique est proscrite comme l’un des symboles de l’Occident impérialiste et ceux qui ont fait voeu de la servir, comme elle, sont sévèrement réprimés. Zhu Xiao-Mei est condamnée à cinq années de "rééducation" puis à cinq autres années de camp de travail, en Mongolie intérieure, avant de réussir à quitter la Chine pour se consacrer à son art.

Paul Smaczny, auteur de nombreux documentaires musicaux (dont le multiprimé El sistema, diffusé par ARTE en 2009), a suivi son premier retour en Chine, trente-cinq ans après son départ. C’est en tant que pianiste désormais acclamée et reconnue qu’elle retrouve son pays natal, pour une tournée triomphale autour des Variations Goldberg. Un chemin semé de concerts mémorables mais aussi de rencontres et de retrouvailles pleines d’émotion et de douleur. (arte)

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Zhu Xiao-Mei « Quand je joue Bach en Chine, j’ai peur de ne pas être comprise »

« En fait, dans L’art de la fugue, Bach est déjà en haut ; il n’est plus là. »

La pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei est réputée pour son interprétation sobre et profonde de la musique de Bach... C’est donc pour son nouvel enregistrement de l’Art de la Fugue, ainsi que le festival Piano aux Jacobins, que Lionel Esparza la reçoit aujourd’hui.
L’Art de la Fugue, véritable édifice architectural fondamental de la musique, si complexe à interpréter... La pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei relève ce défi, après s’est illustrée dans les deux livres du Clavier bien tempéré de Bach, les Partitas et les Variations Goldberg.

France Musique, Le Magazine, 15 septembre2014.

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« Bach est la réincarnation d’un grand sage chinois »
Zhu Xiao-Mei avec Michel Mollard “Retour en Chine”

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France Musique, studio 142... Philippe Venturini & la pianiste Zhu Xiao-Mei avec Michel Mollard (de g. à d.)
©Annick Haumier-Radio France
« Au-delà des drames de l’histoire, des différences de culture et de religion, la musique en particulier celle de Jean-Sébastien Bach, apporte un supplément d’âme, une ouverture spirituelle. Elle invite à la paix, à la beauté et au sens de l’universel. » Zhu Xiao-Mei

France Musique, Sous la couverture, 22 octobre 2016.
Lire : "Bach,un chemin vers la lumière". Entretien avec Zhu Xiao-Mei.

À l’automne 2014, la pianiste Zhu Xiao-Mei a donné une série de concerts en Chine. C’était la première fois qu’elle y rejouait en récital depuis qu’elle avait quitté son pays, près de trente-cinq ans auparavant, après cette tragique Révolution culturelle évoquée dans son livre-témoignage La rivière et son secret (Robert Laffont, 2007), traduit dans de multiples langues et qui a connu un large succès. Au cours de ce voyage, il ne s’est pas passé un jour sans retrouvailles bouleversantes ou moments de grande émotion. Interprète internationalement connue pour ses enregistrements de Bach (et notamment des Variations Goldberg) mais aussi des grands maîtres classiques et romantiques, Zhu Xiao-Mei est allée à la rencontre de la Chine d’aujourd’hui, à la fois jeune et avide de culture, mais aussi traumatisée par les années de folie maoïste. Qui en effet, dans ce pays, n’a pas été un jour touché dans sa chair ou dans son âme ? Pourtant, au-delà des drames de l’histoire, des différences de culture et de religion, la musique et en particulier celle de Jean-Sébastien Bach apporte à tous ceux qui l’écoutent un supplément d’âme et une ouverture spirituelle. Elle invite à la paix, à la beauté et au sens de l’universel. Tel est le message de Zhu Xiao-Mei.

Né en 1964, Michel Mollard a publié Le Voyage à Leipzig, une initiation au Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach et signé un premier film : Le retour est le mouvement du Tao (prix du meilleur essai, Festival international du film sur l’art, 2015) [1]. Dirigeant et créateur de plusieurs entreprises, il se passionne notamment pour la culture chinoise et la musique. (Salvator)

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La rivière et son secret

Zhu XIAO MEI

De Pékin à Paris, des camps de rééducation aux salles de concert, de Mao à Bach : le calvaire et la renaissance d’une grande artiste. Avec ce livre plébiscité par la critique et le public, Zhu Xiao Mei a su toucher un large public, bien au-delà des amateurs de musique.

Pékin, 1969. Zhu Xiao-Mei est un « être de mauvaise origine », c’est-à-dire qu’elle est issue d’une famille de bourgeois cultivés. Une tare d’autant plus lourde à porter pour la jeune Xiao-Mei qu’elle a un don précoce pour le piano et une passion pour la musique décadente – Shumann, Mozart, Bach. Logique, par conséquent, qu’elle soit envoyée en camp de rééducation par les autorités de la Chine communiste.
Frontière de la Mongolie, 1974. Zhu Xiao-Mei n’a plus rien d’une bourgeoise cultivée, plus rien d’une pianiste, plus rien d’une artiste. Elle est devenue une machine à obéir et à dénoncer. Son unique livre est le Petit Livre rouge, son unique rêve de manger à sa faim. Mais un jour, Xiao-Mei trouve dans le camp un vieil accordéon. Elle caresse les touches, se risque à jouer un accord, quelques notes de musique s’élèvent... Par enchantement l’espoir renaît : Xiao-Mei se jure qu’elle rejouera du piano.
Paris, 1985. Il a fallu à la jeune femme dix ans d’obstination pour pouvoir pratiquer ce qui est depuis toujours son vrai métier, pianiste. Partie de Chine dès les premiers signes d’ouverture, en 1979, elle reprend ses études musicales aux États-Unis tout en travaillant pour survivre comme baby-sitter, femme de ménage, serveuse, cuisinière... Puis elle s’exile encore, cette fois vers Paris. Et là, le miracle survient. Pour la première fois, on l’écoute, on lui donne sa chance... Sa carrière est lancée, elle ne s’arrêtera plus.

Professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Zhu Xiao-Mei donne de nombreux récitals en France et à l’étranger. Elle vit à Paris et retourne de temps en temps en Chine, ou elle a encore ses deux parents et ses quatre sœurs. En novembre 2007, elle a sorti un disque chez Mirarei suivi d’un livre en 2008, Le Piano rouge, aux Éditions le Sorbier. (Laffont)

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Mme Mao m’a envoyée dans un camp par Zhu Xiao-Mei

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« J’ai appris à jouer sur le piano maternel, rescapé de nos années « bourgeoises ». Adolescente, je suis admise au conservatoire quand, en 1968, ordre est donné d’expédier tous les élèves des écoles d’art en rééducation. Je vais passer cinq ans à creuser des canaux avec des pelles et à transporter des excréments. Seule la musique m’a permis de rester humaine.

Je suis née dans une famille d’artistes originaire de Shanghai qui est venue s’installer en 1950 à Pékin pour fuir la guerre civile entre le Parti communiste et le Guomindang. Nous étions sept, mes parents, mes quatre sœurs et moi, dans un deux-pièces situé dans un « siheyuan », un carré de maisons avec un seul point d’eau et un seul cabinet de toilette pour onze familles. Mes parents avaient rejoint une tante et travaillaient dans son commerce, alors que mes grands-parents étaient, eux, issus de familles aisées fascinées par l’Occident, sa culture et ses arts. Nos origines étaient donc « bourgeoises », ce que le régime naissant n’allait pas tarder à nous faire payer. Symbole rescapé de cette culture, le piano de ma mère, installé dans la minuscule chambre de mes parents.
Toute petite, je suis attirée vers lui. De mémoire, je martèle avec un seul doigt les notes des chansons apprises au jardin d’enfants, au point que ma mère décide de m’enseigner à lire la musique. Avec elle, tout me paraît joyeux, facile. Je vais déchanter en entrant à l’école de musique. Il y règne une discipline de fer. Nous sommes en 1955, c’est l’époque du Grand Bond en avant lancé par Mao. On nous inculque d’oublier l’individualisme bourgeois et de nous mettre au service du peuple. Pour que l’esprit du communisme entre bien dans nos petites têtes, nous suivons, tous les samedis, une séance d’autocritique et de dénonciation. Nous avons si peur d’être rejetés que nous sommes prêts à tout pour nous faire aimer. Pour moi, c’est encore plus difficile que pour mes camarades. Même si mon père a retrouvé un poste à l’université, je sens que mes parents ne ressemblent pas aux bons révolutionnaires décrits dans les livres. Ils doivent se racheter.
En 1960, l’année où je suis admise au conservatoire, le Grand Bond en avant tourne au désastre. A l’internat, nous travaillons le piano comme des forçats et la direction attise la rivalité entre nous : nous sommes constamment surveillés. Trois ans plus tard, alors que je vais sur mes 14 ans et que mon talent se révèle, mon maître favori décide de me faire préparer un récital d’une heure, ce qui est beaucoup plus que les simples examens trimestriels. Trois jours avant le concert, une nuit où j’ai envie de prendre l’air, je grimpe, avec des camarades, sur un toit et je lance, en plaisantant : « Si je sautais ? » Un gardien entend nos voix et une élève me dénonce. Je ne sais pas encore jusqu’où ira l’affaire. Aux yeux du pouvoir, j’étais suicidaire, coupable d’un acte de rébellion à l’égard du système. Il fallait m’extraire comme une mauvaise herbe.
Fin 1968, avec la Révolution culturelle, les sept membres de ma famille sont dispersés aux quatre coins de la Chine. L’ordre est donné par Mme Mao : toutes les écoles artistiques de Pékin doivent partir en camp de rééducation. Je suis affectée à Zhangjiakou, à la frontière de la Mongolie. J’imagine un séjour d’un an, deux au plus. J’allais y passer cinq ans. Ma mère me tend un sac qu’elle a préparé, nous nous séparons sur le seuil de la porte sans effusions : en Chine, on ne montre pas ses sentiments. Les pleurs viendront après. La gare grouille de monde, elle est couverte de banderoles à la gloire de la Révolution. Toutes les écoles d’art sont là : conservatoire, beaux-arts, cinéma, danse, opéra, des centaines d’artistes quittent leurs parents ou confient leur bébé aux grands-parents. Je tremble d’effroi. Arrivée le soir au camp 4 619 de Yazhanpu, à 500 kilomètres de Pékin, j’ai l’impression d’être au bout du monde. Tout respire la pauvreté et la tristesse. Je pénètre avec mes compagnons dans une chambre où des paillasses étroites sont posées à même le sol. Je dépose mes affaires sur la mienne : elle est couverte de cafards. Le lendemain matin, à 6 heures, nous sommes réunis sur la place d’armes. Le chef de camp nous dit : « Il y a parmi vous des tigres et des dragons en chinois “personnalités remarquables” mais vos esprits restent bourgeois, c’est pourquoi il faut vous rééduquer. » En peu de jours, vêtue d’un uniforme sombre, cheveux coupés, pantalon unisexe, je réalise que la vie au camp n’est pas faite pour nous éduquer mais pour nous abrutir. Toutes les journées se ressemblent, rythmées par les mêmes travaux forcés : creuser des canaux d’irrigation avec des pelles cassées, ensuite aller chercher les excréments dans les toilettes du camp pour les répandre dans les champs, rester des heures dans l’eau glacée. J’ai changé de camp plusieurs fois, je me suis échappée, je suis revenue. Plus tard, je suis même parvenue à rapatrier mon vieux piano au camp.
Grâce à la musique, j’ai pu rester humaine. Mais la Révolution culturelle m’a brisée. Les séances de dénonciation collective que j’ai subies pendant des années font que je ne peux plus avoir confiance, ni en moi ni dans les autres. Quand j’entre en scène lors d’un concert, il y a toujours un moment où je me demande pourquoi le public est venu. J’ai l’impression de ne pas mériter sa présence, qu’il faut le rembourser. A moins qu’il ne soit venu que pour me juger ? La Révolution a fait de moi une coupable. »

Paris Match, 15/01/2008

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[1Cf. Extraits.

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