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Colloque Picasso-Sculptures avec Alain Kirili

Transcription illustrée

D 19 avril 2016     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



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AU PROGRAMME DU SAMEDI MATIN 26 mars 2016

Malheureusement, la plupart des intervenants lisaient leur texte, ce qui donnait lieu à des exposés fades, sans relief. Plus, la traduction simultanée anglais-français pour les locuteurs en langue anglaise était manifestement réalisée à partir du texte écrit et non de la lecture. Désynchronisation gênante ! Même en perdant quelques mots, l’audition sans traduction s‘est avérée grandement préférable. Conditions techniques audio également très mauvaises pour les micros qui équipaient la « table ronde », si bien que l’organisateur a décidé, avec humour – le musée a été réouvert récemment après de longs et coûteux travaux - de supprimer les « tables rondes » au profit de la seule utilisation du pupitre central par l’orateur principal, suivi de questions avec micro baladeur dans l’assistance.

Ca ne commençait donc pas très bien. Et ces exposés, lus, avaient du mal à captiver. A l’exception notoire de l’italienne Catherine ZAPPIA qui avait beaucoup à nous dire sur la sculpture de Picasso et l’Italie, illustré par de nombreux documents, mais n’a pu pleinement le faire, par suite d’un temps imparti court et réduit par les dépassements de ses prédécesseurs…

A l’exception aussi d’Alain KIRILI qui, atout supplémentaire, était le seul artiste - sculpteur de surcroît -et pouvait ainsi nous parler du sculpteur Picasso qu’il admire, dans un exposé vivant, vécu, « incarné », confrontant sa propre expérience de son art et certaines de ses œuvres avec celles de Picasso sculpteur. Dialogue d’un « abstrait » avec un sculpteur aux œuvres protéiformes. Alain Kirili a réussi son pari.

Deux autres mentions positives, toutefois, malgré les limites déjà citées :
- pour l’exposé de Malgorzata DABROWSKA sur le dialogue Picasso - Sculpture cubiste en Pologne qui s’exprimait dans un très bon français. Riches illustrations pertinentes et saisissantes dans leur parallélisme.

- pour l’exposé de l’américain Pépé KARMEL qui a fait l’effort de s’exprimer en français, et à qui l’on pardonne, de ce fait, la lecture de son texte. Le sujet qu’il abordait, était par ailleurs intéressant pour nous : une analyse sémiologique des signes dans la sculpture de Picasso.

Quelques images

CATHERINE ZAPPIA : L’Italie et la sculpture de Picasso...


à g. : Picasso, Tête casquée 1933
plâtre, métal et pierre, 120,7 x 8,8 x29,4 cm, New York, Museum of Modern Art
à d. : Art étrusque, Ajax se suicidant, Florence, Musée archéologique.
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PEPE KARMEL : Picasso et la matérialité du signe


Pablo Picasso, Roland Barthes
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A g. Femme enceinte , Vallauris, 1949,
Bronze, fonderie C. Valsuani, 126,8 x 36,_ x 11 cm. Collection particulière.
A d. Femme enceinte, 1er état , Vallauris, 1950,
110 x 22 x 32 cm, The Museum of Modern Art, New York
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La Femme enceinte, Ier état
Vallauris, 1950,
Plâtre avec armatures métalliques,
bois, vaisselle de céramique et cruches
en poterie, 110 x 22 x32 cm
The Museum of Modern Art, New York
Don de Louise Reinhardt Smith et don
de Jacqueline Picasso (les deux par échange), 2003.
La Femme enceinte, IIe état
Vallauris, 1950 - 15 mars 1959
Bronze, fonderie C. Valsuani, 109 x 30 x 34 cm
Musée national Picasso-Paris
Dation Pablo Picasso, 1979.

La sculpture de Picasso et les signes des premières écritures
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En haut : Pablo Picasso, bronzes 1957 et 1959, Cannes été 1956,
fonderie C. Valsuani, Musée national Picasso-Paris. Dation Pablo Picasso, 1979.
Dessous : Naissance de l’alphabet  : genèse de la lettre A à partir du hiéroglyphe égyptien de la Tête du Taureau sacré (Apis), avec ses évolutions phénicienne (Aleph), grecque (Alpha) avant d’aboutir au signe A latin

LA CONFERENCE D’ ALAIN KIRILI
Picasso sculpteur : un secret du XXe siècle

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE
Quand la transcription était difficile, par suite de mots peu audibles, ceux-ci ont été reconstitués et placés entre crochets.

AVANT PROPOS
En réponse à une question d’un auditeur qui se demandait quelle était la part autobiographique dans l’utilisation de ces signes, Pepe Karmel avait conclu (en substance) qu’il ne fallait pas trop rechercher de références autobiographiques dans ces signes… Ce qui n’est pas du tout le point de vue d’Alain kirili, lequel a apporté la contradiction au début de son exposé.
En outre, ce commentaire - dans un email échangé avec lui - qui peut servir de fil rouge à sa conférence :

« J’ai attaqué fort contre le formalisme universitaire qui s’empare de l’oeuvre de Picasso afin de valoriser l’intime relation de son geste créatif avec la sexualité. Dans le langage de la sculpture nous employons régulièrement le terme “attaque” : Picasso attaquait tous les matériaux et les transformaient en chair. Ses sculptures sont des corps vivants etc… »

La dimension autobiographique des œuvres de Picasso

(en réponse à Pépé KARMEL)


[…] C’est une magistrale oeuvre autobiographique,
qui pour moi a été, en tant qu’artiste, essentielle,
car je crois qu’on peut, dans une sémiologie abstraite,
aussi, créer une abstraction autobiographique.

J’ai consacré plus de 40 ans de ma vie à exprimer ça.

Donc, les tendances au formalisme
sont souvent pour moi un faux nez d’un puritanisme
qui tient à exclure les subjectivités,
l’amour, la saveur, le goût des choses
et, le sens de la vie, de la mort
qui traversent l’œuvre de nombreux artistes,
et tout particulièrement, celle de Picasso.

Je voulais faire le point là-dessus,
et rappeler aussi que, Roland Barthes, dans sa leçon,
avait bien mis en avant
la soumission, si j’ose dire, du savoir à la saveur.

Donc, j’y tiens, beaucoup
que l’on respecte cet aspect-là chez Picasso.


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L’Homme au mouton , Paris, mars 1943
Bronze, fonderie C. Valsuani, entre 1948 et 1950, 222,5 x 78 x78 cm
Musée national Pablo-Picasso. Dation Pablo Picasso, 1979.
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L’Homme au mouton sur la place du marché à Vallauris

[la soumission, si j’ose dire, du savoir à la saveur. Donc, j’y tiens, beaucoup - que l’on respecte cet aspect-là chez Picasso.]
...Et, ça a, très tôt, joué sur moi,
d’une façon empirique,
car j’ai vécu mon adolescence dans le Midi de la France,
et j’ai été très marqué par la [Chapelle de Vence- 1266#section1],
J’ai été très marqué par des têtes de Boisgeloup en ciment exposés au Château d’Antibes.
Et j’ai été bouleversé par l’installation de cette sculpture, L’Homme au mouton,
sur la place du petit village de Vallauris.

C’est bouleversant, parce que ça permet à la sculpture de Picasso,
de sortir du musée,
de sortir de l’institution universitaire,
Et d’être dans la joie de vivre du quotidien.
Ce rituel est pour moi extraordinaire : Picasso a souhaité que sa sculpture,
soit au milieu d’un marché, deux fois par semaine,
…avec des fruits, des légumes, tout ce qu’il y a dans un marché,

Et j’ai pris, dans mon adolescence, des photos,
de la façon dont l’œuvre était traitée pendant les jours de marché.
Et je voyais ces choses extraordinaires, des grands rituels laïques,
célébration de la vie,
qui consistait à déposer des fruits et des légumes
au pied de la sculpture L’Homme au mouton.

Donc, vous savez, ça c’est simple,
mais ça peut déterminer la carrière d’un artiste pour toute sa vie.
C’est bien mon cas.

Un art de sublimation de la sexualité

Je vais lire, juste quelques mots, ici, avant de reprendre une parole improvisée :

CITATIONS DE PICASSO

« L’art n’est pas chaste, on devrait l’interdire aux ignorants innocents, ne jamais mettre en contact avec lui ceux qui y sont insuffisamment préparés. Oui, l’art est dangereux. Ou s’il est chaste, ce n’est pas de l’art. »

*

« L’artiste est un réceptacle d’émotions qui viennent de partout. »

*

Sur l’âge et faire l’amour :
« On ne le fait plus mais on en a encore envie »

« L’œuvre de Picasso est une force de résistance contre le désenchantement.
Contre ce fameux détachement émotionnel qui marque tellement l’art contemporain, aujourd’hui, et qui tourne tout, en sociologie et en kitsch.

Toute son œuvre est un défi à la négativité.
Une victoire de la longévité
qui garde et révèle le désir de la vie.

Picasso est l’antithèse du puritanisme.

Je le souligne.
Ca fait 40 ans que je vis aux Etats Unis,
je sais très bien ce qu’est une pensée formaliste,
et quelles sont ses racines.

Picasso est l’antithèse du puritanisme,
des forces de [rétention].
Son œuvre célèbre la diversité des matériaux,
des techniques, des styles,
qui s’unissent - dans quelque chose sur lequel j’aimerais insister -
dans le désir d’incarnation.
Voilà à quel point je veux insister sur le fait
dont on a si peu parlé, encore ces derniers jours,
à une ou deux exceptions près,
c’est le rapport de Picasso à la sexualité,

C’est-à-dire, son geste, son acte créatif,
son sens de l’attaque du matériau, qui est,
un art de sublimation de la sexualité.
Sa sculpture n’est pas objet,
mais un univers de corps tactiles, rétiniens,
de corps vivants.
L’œuvre sculptée de Picasso, ce sont des corps vivants.
La matière, qu’elle soit celle des matériaux ou celle du vide est palpitante, et je répète, sexuée,
et comme chacun sait ici, Diana Widmaier Picasso l’avait mis en quatrième de couverture de son livre -
Picasso lutte avec une force extraordinaire contre [la pruderie].[…]

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Le livre sur amazon.fr

Picasso : "L’art ne peut être qu’érotique"
de Diana Widmaier Picasso
Ed. Assouline, 1995

Diana Widmaier Picasso, née en 1974 en France, est historienne de l’art et juriste, spécialiste d’art moderne, vivant à New York. Fille de Maya Picasso, elle est la petite-fille de Marie-Thérèse Walter et Pablo Picasso

La dimension de la sexualité dans le geste créatif : Sollers et moi, même combat


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© Alain Kirili - ZOOM... : Cliquez l’image.


...Là, justement, en 1977, nous avons fait un tour avec Philippe Sollers,
- tout de même, un de nos plus grands écrivains -,
et avec qui, nous avons souvent eu des discussions
sur le formalisme sémiologique,
et pour l’arrivée du désir et de la sexualité
dans l’écriture littéraire, aussi bien qu’artistique,
et là, nous sommes tous les deux ensemble
sûrement, en train de parler de ces problèmes là
au Musée d’art moderne de New York.

Les coussins d’Eugenia Errázuriz et la part d’abstraction dans l’œuvre de Picasso


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VUE DE BIBLIOTHEQUE D’ATELIER D’ALAIN KIRILI
Livre : “Les Sculptures de Picasso” Daniel Kahnweiler Photographies de Brassaï 1948
Coussins exécutés en tapisserie par Eugenia Errázuriz sur un dessin de Picasso

© Alain Kirili - ZOOM... : Cliquez l’image..


Je voulais signaler mes liens de famille, des aspects justement très autobiographiques,
j’ai depuis tant d’années dans la bibliothèque de mon atelier de New York,
Le désir attrapé par la queue en présentation
Et j’ai aussi, évidemment, le livre Picasso sculpteur.

Je voudrais aussi signaler qu’on a un lien de famille avec Eugenia Errázuriz,
que vous voyez en haut à droite,
et ce dessin – alors là, je seras enchanté si quelqu’un pouvait m’informer où il se trouve -,
ce dessin avait été demandé à Picasso
pour pouvoir faire les tapisseries de ces deux coussins
que nous avons réinstallés dans mon bureau.
Je vous montre ça, afin que l’on comprenne, justement,
les éléments autobiographiques qui habitent mon oeuvre,
mais je dirais aussi, pour moi, un élément de Picasso pas toujours si bien étudié,
c’est la part d’abstraction dans son œuvre.
Ici, on a des cas tout à fait significatifs.

EUGENIA ERRAZURIZ EN 1943 AVEC LE DESSIN DE PICASSO DONT ELLE A FAIT LES DEUX COUSSINS EN TAPISSERIE.

Nota :EUGENIA ERRAZURIZ dont le nom complet est Eugenia Huici Arguedas de Errázuriz était la grand-tante d’Ariane Lopez-Huici, la propre épouse d’Alain Kirili.
...Eugénia qui était une mécène amie de Pablo Picasso, Igor Stravinski, Jean Cocteau et le poète Blaise Cendrars. Et l’été 1918, c’est chez Eugenia, dans sa villa de Biarritz, que Picasso et sa nouvelle femme Olga Khokhlova, passèrent leur lune de miel.
Un autre lien, donc, qui relie Kirili à Picasso. Et c’est aussi à Biarritz qu’est née son épouse Ariane Lopez-Huici !

Figuratif et abstrait


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Photos de Georges Brassaï des sculptures de Picasso
Alain Kirili : Ivresse VII , 1984, Terre cuite, 38 x 20 x 15 cm
Ivresse VI , 1984, Terre cuite, 38 x 20 x 15 cm
Adamah IX , 2008, Terre cuite, 38 x 20 x 15 cm
Ivresse II , 1984, Terre cuite, 38 x 20 x 15 cm

© Alain Kirili - ZOOM... : Cliquez l’image.

Tout aussi significatif dans l’abstraction,
c’est, ces moments merveilleux, de modelage,
dans un geste de pulsion assez intense
- Il faut que ce soit une terre pas trop humide,
… afin qu’elle ne dégouline pas,
il faut qu’elle ait une certaine qualité,

Et là, ce geste de Picasso, magnifique,
qui fait que suis très sensible, personnellement,
à l’étude qui n’est pas assez souvent faite,
de l’intention kinésique d’un artiste,
qu’il soit d’ailleurs un écrivain, un musicien,
ou d’un peintre et d’un sculpteur.
Certaines œuvres demandent une invention kinésique,
du corps et du geste, pour pouvoir les faire.
Ce sera le cas de mes sculptures.
Là aussi, je voudrais dire que, grosso modo,
quand j’ai fait mes premières sculptures abstraites en modelé,
dans les années 70,
je ne connaissais pas ces sculptures de Picasso.
IL faut faire très attention au décalage,
En aucun cas, mes œuvres sont des illustrations de Picasso.
Mais c’est des rencontres a posteriori qui sont extrêmement gratifiantes,
émouvantes et j’admire chez Picasso
cette capacité d’être à la fois figuratif et abstrait.
Il faudrait quand même le mettre en valeur,
comme certains ont essayé de le faire… […]

Variété des matériaux. Diversité


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…Variété des matériaux.
En général, aujourd’hui, dans l’art contemporain,
je dirais que, on considère que la diversité des matériaux
ne se tolère, ne s’accepte,
que dans un esprit de déni, de la subjectivité,
de distanciation émotionnelle,
c’est-à-dire dans un esprit d’éclectisme.
Or, quand une œuvre s’exprime,
généreusement et largement - comme Picasso - dans la diversité,

Eh bien, je crois que, pendant longtemps,
- et je ne peux pas le décrire maintenant, en si peu de temps
mais jouer pour ou contre Picasso,
ça a été une longue lutte de Picasso,
pour faire admettre les transformations,
la richesse généreuse de sa diversité.
Je le vis moi-même,
parce que comme je vous ai montré
et vous allez bientôt le voir encore plus.

Il s’agit ici d’un ciment, d’un ciment modelé/abstrait.
Les deux [œuvres] sont consacrées à nos partenaires, à nos compagnes.
Ariane est mon épouse, elle est photographe à New York City -

Et dans ce ciment, j’ai pratiqué, une chose que j’ai découverte
- que l’on a un peu abordé, hier, grâce à Me Rosellini [1],
j’ai pratiqué de la taille directe dans du ciment,
c’est très beau et ça fonctionne très bien.

Plaisir tactile et corps à corps


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Alain Kirili, Sommation, 1981
Atelier de New York


Là, je travaille maintenant le fer,
…le fer - mais forgé -,
c’est-à-dire quelque chose
de très important dans la dépense pulsionnelle de création artistique.
…Forgé, c’est-à-dire une « attaque » directe.
Donc je m’intéresse beaucoup dans la sculpture,
non pas à une sculpture fabriquée,
mais à une sculpture dans laquelle il y a un plaisir quotidien,
mais je dirais aussi, ce qui est très très important pour la sculpture,
le plaisir tactile -
la sculpture, ça se touche !
Dans la grande tradition d’origine catholique de Picasso,
et dans la grande tradition de l’art,
de celle que j’ai connue dans la tradition catholique,
en France, au Portugal, en Espagne évidemment,
la sculpture, c’est un corps à corps. Elle fait partie du rituel.

On touche les parties du corps
Et contrairement aux experts, ça ne s’use pas
Cà s’améliore !

Les ensembles Segou et Totems installés au Palais Royal


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PABLO PICASSO
Les Baigneurs , Cannes, été, 1956, , bronzes 1957 et 1959, fonderie C. Valsuani
De g. à d. :
La Plongeuse , 264 x 83,5 x 83,5 cm
L’Homme aux mains jointes, 213,5 x 73 x 36 cm
L’Homme fontaine , 228x 88 x 77,5 cm
L’Enfant , 136 x 67 x46 cm
La Femme aux bras écartés , 198 x 174 x 46 cm
Le Jeune Homme , 176 x 65 x 46 cm
Musée national Picasso-Paris. Dation Pablo Picasso, 1979.

Alain Kirili, Segou, 2005, Fer martelé, 280 cm Hauteur, Palais Royal-Paris.
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Alain Kirili, Totems, 2005, Bronze, 250 cm Hauteur, Palais Royal-Paris.
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Question de Virginie Perdrisot [2] : Pouvez-vous nous parler de la dimension publique de vos œuvres ?

A.K. : Merci Virginie.
Je voudrais vous féliciter toutes les deux [3] pour la vraiment très belle exposition. Qui tient compte de la subjectivité dans la création de Picasso dans l’installation. Super !

Vous savez, la sculpture en espace public a longtemps été [déniée]…
On a passé une grande partie du XXe siècle avec des intentions de sculpture publique,
mais de là à les réaliser… c’est extrêmement rare.
Même dans une grande ville comme New York,
il y’a peu d’installations permanentes de sculptures.
On a un retard considérable dans ce domaine là.
On a Paris…. On a évoqué, hier, l’exportation des produits non ferreux [...?], mais [il est aussi nécessaire] de dire que plus de 300 sculptures ont été retirées de l’espace parisien pendant l’occupation. Donc il y a énormément d’espaces,
- relativement peu de présence de sculptures publiques.
Suite à une commande publique du Ministère de la Culture, [j’ai pu installer ma sculpture Grand Commandement blanc aux Tuileries].

J’ai fait comprendre [qu’il serait bien d’en installer davantage…]
[C’est ainsi que ] 50 sculptures d’art moderne contemporain ont été installées dans les Tuileries.

Mais je pense que l’on doit continuer cet effort là.

A. Kirili commente alors le visuel affiché à l’écran avec les ensembles Segou et Totems installés dans les jardins du Palais Royal.

Pour moi, ça été une belle expérience d’utiliser le Palais royal en installant ces deux ensembles

J’ai, a posteriori, pensé au Baigneurs de Picasso et je crois qu’aujourd’hui c’est sympathique de les rapprocher et de voir en quoi ça se constitue tout à fait bien en signes verticaux.

Il s’agit pour la partie haute de fer martelé et en bas de bronzes à la cire perdue, dont chaque élément est unique.

Picasso : le modelé et le "fa presto"


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Pablo Picasso, Figure
[Paris ? Boisgeloup ?], 1931
Fer et fil de fer, 26 x 12,5 x 11,1 cm
Musér national Picasso-Paris
Dation Pablo Picasso, 1979.


Alors là, c’est une proposition de Virginie.

Merci de m’avoir proposé [de mettre en dialogue] cette sculpture de Picasso..

Ca indique beaucoup de choses
sur le fait que Picasso traite le fer, et surtout le fil de fer,
comme un modelé,
comme un modelé en terre.
C’est un travail à froid,
c’est un travail très direct qu’a fait Picasso.
Et pour moi c’est pareil -
je les avais d’ailleurs exposées au Musée Picasso -.
c’est tout un geste spontané.
Et ce genre de situation là,
révèle une chose
dont on ne parle, peut-être, pas assez souvent chez Picasso,
- et qui concerne toute mon œuvre -,
c’et la notion du fa presto
c’est-à-dire combien il existe dans l’œuvre de Picasso,
une exécution [sans repentir], dans l’immédiateté.
…La célérité d’exécution.

Le processus de création illustré par Clouzot pour Picasso


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© Alain Kirili - ZOOM... : Cliquez l’image.
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Alain Kirili, In the Round in White
2015-1016, Fer forgé, 210 cm Hauteur


Là aussi, ce sont des sculptures que je vais exposer à New York, prochainement.
…Quand je fais des sculptures, je n’ai pas d’intention particulière,
elles arrivent, comme ça,
et c’est après, grâce aux amis qui visitent mon atelier,
que je recueille des informations,
et que certaines personnes m’ont dit Alain, tu devrais penser
aux images de Picasso travaillant avec un crayon lumineux
Et, j’ai eu la chance, en venant à Paris, au Musée Picasso
et visitant la très importante exposition des archives [4]
de voir ces photos là,
et le musée a été très gentil de me les confier, pour les mettre en dialogue.
Mais, évidemment c’est une situation, a posteriori. Je tiens toujours à souligner ça.
Je suis, par contre, enchanté de cette situation,
à mon avis, elle donne des indications
[dans ces sortes de climat …] sur la question des rapports possibles
de Jackson Pollock avec Picasso,
est pour moi, dans le prolongement, je dirais.

Mais il est évident que ce film qui a été fait, là Le mystère Picasso [5],
et celui de Hans Namuth - du dripping de Pollock [6] -,
posent des questions qui, pour moi, sont tout à fait centrales dans les sculptures que j’exécute en ce moment,
et que je présenterai le 21 avril, à la galerie Hionas, si certains d’entre vous passent à New York.

La Danse de Matisse - Forme ouverte


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Pablo Picasso dessinant avec un crayon lumineux


Alain Kirili pointe l’image de Picasso dessinant avec un crayon lumineux et pose une question, en aparté, à la commissaire de l’exposition, comme pour avoir confirmation de l’identification du dessin de Picasso

Moi je parlais tout à l’heure - ça me passionne toujours cet aspect là -
[…] C’est là où on trouve une invention […],
parce que Guerre et Paix c’est une œuvre architectonique
tellement grande que Picasso a été obligé de l’inventer,
et en même temps, je dirais même, il répond à Matisse,
qui, lui-même avait inventé cette kinésie
pour faire son fameux chef d’œuvre La Danse-,
…qui fait plus de 16 mètres de long, une œuvre considérable,
et avec laquelle, je dois dire, je vis beaucoup,
puisque je fais pas mal de mes sculptures
chez un forgeron de Philadelphie
et que je vais, avec grand bonheur, régulièrement,
à la Barnes Foundation, me recharger.

Là-haut, sur la droite, ici, je peux monter tout un développement physique,
pour créer cette rythmique, d’éléments posés au mur,
qui sera le thème de ma prochaine exposition.


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Alain Kirili, La Vague, 2015, fer martelé , 17 m de longueur - Art OMI, Ghent, New York.
© Alain Kirili - ZOOM... : Cliquez l’image.
Forme ouverte

Entretien avec le critique d’art Philippe Piguet, à l’occasion de l’installation de l’œuvre d’Alain Kirili « Rythmes d’automne ». 2012, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris – un ensemble d’éléments dans le prolongement de sa série des « Commandements ».

Philippe Piguet : […] C’est donc une pièce qui peut connaître toutes sortes de variations selon l’emplacement où elle sera présentée ?

Alain Kirili : Absolument. C’est basé sur un concept très important dans l’art, comme dans la musique, qui s’appelle la forme ouverte. Cette idée de forme ouverte s’exprime dans la répétition, la différence, l’imprévu ; c’est un projet qui n’a ni commencement, ni fin, dont les termes dynamisent, donnent la vie à la sculpture.

Et voilà je termine la dessus :
ça c’est la plus récente installation que j’ai faite à Arts OMI [7], donc, vous voyez, une installation architectonique de très grande taille,
17 mètres de long
que j’ai d’ailleurs appelée La Danse [8],
car tout est une question de métrique pour moi,
de dépense pulsionnelle,
mais aussi de rythmique,
que je retrouve dans la danse, la musique etc.,

Là (à droite), c’est une installation, chez moi, à mon atelier,
angulaire, mais qui peut s’étendre,
parce qu’elle est basée sur un concept du compositeur américain Earl Brown, qui avait inventé la notion de « forme ouverte » dans l’art.

Plus sur La Vague et La Danse, ICI...

Ainsi se terminait la conférence d’Alain Kirili.
suivie d’applaudissements du public.


Alain Kirili, à l’exposition "Picasso Sculptures".
Musée Picasso Paris, le 21 mars 2016, © Alain Kirili
ZOOM... : Cliquez l’image.
Crédit : les photos notées © Alain Kirili sont issues de ses archives, avec son aimable autorisation.

Idem pour les planches d’illustration de sa conférence,
en version originale ICI (pdf)

Les intertitres et encadrés sont de pileface

oOo

[1Anna Rosellini, professeur adjointe, Università di Bologna. Les sculptures en béton de Picasso.

[2commissaire de l’exposition « Picasso-Sculptures »

[3Virginie Perdrisot et Cécile Godefroy, commissaire associée de l’exposition « Picasso-Sculptures »

[4Il s’agit de l’exposition anniversaire ¡PICASSO ! Qui s’est tenue du 20 octobre 2015 au 31 janvier 2016 qui comportait outre l’exposition d’œuvres, la présentation d’environ 300 documents d’archive

[5Ce film d’Henri-Georges Clouzot - Prix spécial du Jury, Cannes 1956 - est une oeuvre unique et reste à ce jour la seule tentative de rendre compte cinématographiquement du processus de création. De juillet à septembre 1955, Pablo Picasso et Henri-Georges Clouzot se retrouvent tous les jours durant huit heures dans les Studios de La Victorine à Nice. Grâce à un procédé ingénieux de verre transparent et d’encre spéciale, Picasso compose plusieurs oeuvres sous nos yeux, au gré de son inspiration.

[6Hans Namuth a réalisé, en 1950, deux courts films montrant Pollock au travail, dans son atelier.

[7Ghent, NY

[8En fait, « La Vague », sans doute un lapsus d’Alain Kirili qui déclare volontiers, qu’a posteriori – comme toujours -, cette œuvre, avec ses « arabesques dansantes », lui fait penser à La Danse de Matisse.

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