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"Paradis" par Laure de Noves et Christophe Delerce

suivi de "Mysliveček" par Christophe Delerce

D 21 novembre 2015     A par Viktor Kirtov - Laure de Noves - Christophe Delerce - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


... Je réalise un travail sur les textes de Dante et de Philippe Sollers, j’ai pensé que cela pourrait vous intéresser.
Il s’agit de PARADIS.
Nous donnons deux représentations à Paris dans l’appartement de Tristan Tzara avenue Junot le 30 novembre à 20 h et le 6 décembre à 17 h.
En quelques mots :
Je suis comédienne et chanteuse, je travaille avec un musicien : Christophe Delerce.
Il ne s’agit pas d’une représentation théâtrale où tout est fixé, répété, mais d’une composition instantanée avec le texte et la musique qui selon les lieux et les personnes présentes diffère, néanmoins nous nous préparons en amont des représentations, le texte est connu par cœur.
Nous avons rencontré Philippe Sollers en Avril dernier pour lui parler du projet, il a été enthousiaste et nous a généreusement donné l’autorisation de dire ses textes.
[…]

Laure de Noves

Nota : La sélection des extraits de texte, des illustrations et des compléments documentaires a été réalisée sous la seule responsabilité de pileface (V.K).


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Rencontre avec Philippe Sollers pour PARADIS le 14 avril 2015

Cela commence par une coïncidence merveilleuse :

« Jeudi de Pâques 14 avril 1300 dans la matinée ». Ainsi commence le Paradis de Dante.

Avec une exactitude qui ne s’invente pas mais surgit, nous avons rendez-vous jour pour jour, 715 ans plus tard, dans le bureau de Philippe Sollers chez Gallimard.

En mars nous lui avions envoyé les extraits de Paradis 1 et 2 et du Paradis de Dante sélectionnés pour notre projet. Il est question de droits d’auteurs.

Pourquoi un spectacle sur le Paradis aujourd’hui ?

Ce sont ces textes qui ont suscité le désir. Pour leur rythme, leur lumière, leur vitalité, la convocation des sens toujours en alerte, l’attention aux mouvements de l’univers et des âmes, pour les liens qu’ils tissent par delà le temps entre les hommes, les lieux, les oeuvres, parce que la langue chante, court, danse :


« soleil voix lumière écho des lumières soleil coeur lumière rouleaux des lumières moi dessous dessous maintenant toujours plus dessous par dessous toujours plus dérobé caché sans cesse en train d’écouter de s’en aller de couler de tourner monter s’imprimer vers le soleil »
(Paradis 2)

ou ceci :


« il me semblait qu’un nuage nous couvrait, brillant épais dense et polis, comme un diamant frappé par le soleil, à l’intérieur de soi cette perle éternelle nous reçut comme l’eau reçoit
un rayon de lumière en restant close
 »
(Dante – Paradis)

Rien à faire il faut les apprendre, les dire, les faire entendre ! Créer une musique chaque fois nouvelle dans des lieux singuliers pour un public unique. Alchimie !

Il faut parler du Paradis aujourd’hui c’est vital ! Ne pas se laisser assommer par les doctrines, les dogmes, la barbarie. Parce que le Paradis c’est ici et maintenant si on peut écouter à travers les vents contraires. Ce n’est pas une promesse sous condition, passant par des massacres. Ce serait plutôt une question de regard, une sensibilité au microcosme dans le macrocosme, à la beauté, à l’Autre. Un accord avec le temps.

Le rendez-vous est fixé à 17 h. On arrive en avance. Premiers jours de beau temps. Premiers sorbets dans la rue. On marche un peu, on s’arrête dans le square, derrière l’Académie Française. Trois majestueux prunus en fleur rose montent vers le dôme dorée de la coupole. Superbe lumière jaune sur le mur en pierre. On se prépare à cette rencontre comme pour une improvisation musicale : prêts à tout ce qui surgira. On remonte la rue Jacob, tourne dans la rue Gallimard. On se présente aux hôtesses d’accueil. Petit coup de téléphone pour nous annoncer. On attend dans le hall. Christophe regarde Laure, assise dans le fauteuil, très belle dans sa robe blanche imprimée de fleurs rouges - Laure voit Christophe secrètement impatient, elle sait qu’il est en affinité profonde avec cet écrivain. Marcelin Pleynet salue les hôtesses en partant, avec un large sourire.

Nous voyons ses chaussures puis son pantalon descendre les marches comme s’il descendait d’un navire. Effet comique. Il s’arrête au milieu, se penche pour laisser passer sa tête au-dessous du plancher du premier étage et hèle "Monsieur Delerce !" comme un médecin appelle ses patients. Poignée de main, sourire bienveillant, on remonte les marches, première à gauche, première à droite. « Laissez tout là, ça ne risque rien. Mon bureau est trop petit ». On laisse toutes nos affaires dans le couloir accrochées aux portemanteaux, comme à l’école primaire !

C’est petit mais chaque chose semble à sa place et tout est à portée de main. Des livres partout, le papier, l’encre, la lumière est vive, l’énergie positive. Deux bureaux dans la pièce : celui de Marcelin Pleynet, Laure s’assoit à cette place, et Christophe prend celle en face de Sollers. Aucun ordinateur, aucun écran, un cendrier, des calligraphies chinoises accrochées au mur. Voilà, nous y sommes.

Le trio peut commencer. Cigarettes Camel sur la table, fume-cigarettes dans la bouche. Sur son bureau des piles de livres neufs, les siens, quelques autres. Il nous remercie et nous félicite pour le choix des textes. Il semble très touché. Nous aussi.
- Vous êtes musiciens. Vous permettrez que j’y mette quelques bémols.

Il rectifie très peu de chose. Il commence à nous poser des questions. C’est un mélange de raffinement et d’animalité. Toujours aux aguets.
- Vous habitez où ?

Avant que Christophe ait le temps de répondre, il relit l’entête de sa lettre et ajoute
- Ha oui ! Orly ! Vouououou...

Il imite le bruit des avions dans le ciel, ouvre les bras et remue son corps comme les gosses en récréation. Rires.

A Laure
- Et vous ? Laure de Noves ! comment va Pétrarque ? Vous n’êtes pas loin du Marquis non plus.
- Je suis une demoiselle d’Avignon c’est pour ça que j’ai choisi ce nom, tout en conservant mon prénom.
- Vous, vous faîtes de la clarinette. C’est très bien. Vous faîtes un peu de jazz ?
- Non. Pas du tout.
- D’accord. Et vous ? Vous êtes comédienne ?
- Oui et chanteuse.
- Vous êtes musiciens ! Excellent ! C’est très bien ! En musique, on ne peut pas tricher. Alors qu’en peinture, en littérature, on peut. Moi je peux faire une expo peinture la semaine prochaine, si je veux. ça sera blindé de monde ! Succès assuré !

Il nous donne quelques indications de tempo :
- Le texte de Dante est lent, le mien est rapide. La clarinette registre grave et registre aiguë.

On parle d’Anton Stadler le clarinettiste pour qui Mozart écrit le quintette et le concerto. C’est rare de pouvoir parler de Stadler comme si on l’avait croisé hier.
- Votre traduction de Dante ?
- Jacqueline Risset.
- Très bien. Si vous avez besoin de mon appui pour les droits, faîtes moi signe. J’interviendrai.

Il demande nos âges puis commence à dérouler une chronologie de l’Histoire en nous incluant comme si nous étions des personnages historiques :
- En 68, vous aviez 4 ans, Laure. Et vous, vous n’étiez pas né. En 81, Mitterrand, vous aviez 18 ans et vous, 8 ans. 89, chute du mur de Berlin, 25 ans et vous, 15 ans. En 2000, 37 ans et vous 27 ans. Intéressant. C’est pour vous mettre dans une perspective historique.

Il ouvre la fenêtre qui donne sur une terrasse. Derrière lui le soleil fait vibrer les couleurs des fleurs toutes proches. «  méfiez-vous d’un homme ou d’une femme dont le premier geste en arrivant dans une pièce quel que soit le temps n’est pas d’ouvrir la fenêtre  ». Paradis 2.

Le temps passe vite, il virevolte. Sourire, malice, curiosité de toutes parts. Tout est très aiguisé dans ce bureau. Les cigarettes se succèdent, suspension de la fumée dans la pièce, suspension du silence entre deux phrases. Musique !
- Au fait ! Ma secrétaire, Anne Vijoux, sait tout le temps où me trouver. Vijoux. Comme la joue.
Il se caresse doucement la joue.
- Je ne vous raccompagne pas vous trouverez la sortie par vous même.
Nous ressortons joyeux et émus comme deux enfants.

Laure de Noves, Christophe Delerce, Novembre 2015.

*
https://youtu.be/nTwiNuhBPxA

Christophe Delerce par Laure de Noves

Limprovisation est son domaine. Ici la musique, là le tango : il danse et joue aussi cette musique là. Ses préférences musicales sont Mozart, Bach, Haydn, Haendel et la musique improvisée. Grâce à lui je rencontre la contrebassiste Joëlle Léandre avec qui il fait un concert au Triton en 2013, mais aussi Julyen Hamilton, Billi Hanne , Emmanuelle Pépin tous trois enseignent et interprètent la danse improvisée.
Nous commençons à jouer ensemble, une fois par mois à la Galerie G, puis au Kiosque Flottant dont il assure la programmation de concerts et performances, pendant deux ans. Nous sommes invités au Festival Musique Libre de Besançon en novembre 2014, pour jouer "Moving in the dark" : texte d’Henri Michaux "Mouvement" et de Marilyn Monroe. Il écrit un article sur le compositeur Mysliveček qui est publié en 2014 dans la revue l’Infini.
Il aime Casanova, Sollers, Muray, lit beaucoup Spinoza, Nietzsche, Heidegger, Aristote, dont il se nourrit depuis l’adolescence. Il s’intéresse à l’astrophysique, la peinture à la chaux et aux cabanes en bois. L’espace naturel, le silence, le soleil lui sont essentiel, c’est avec eux qu’il compose, peut lire et écrire, longtemps. Il aime vivre en dehors de la Société et choisit quelques femmes pour tisser des conversations agréables qui sont le contrepoint d’une solitude fertile. C’est ainsi que nous avons imaginé P A R A D I S. Les textes de Philippe Sollers Paradis 1 et 2, sont un coup de cœur, appelant la musique improvisée, puis Dante s’impose et il devient évident de les faire dialoguer.

Laure de Noves par Christophe Delerce

Laure de Noves revient de loin. Pétrarque déjà, suivait attentivement sa trajectoire.

Avignon la vit naître, grandir puis travailler comme comédienne mais aussi comme musicienne. Les mots et le souffle ça lui suffit, ça remplit sa vie. Monteverdi, Bach, Bartok, Sallinen, Mozart, Ravel, Schubert, le jazz aussi, alternent, dialoguent avec Echyle, Corneille, Pommerat, Maeterlink, Michaux, Monroe, et ses propres textes parfois.

Laure glisse subtilement de sa voix parlée à sa voix chantée sans qu’aucune rupture n’apparaisse ; la voix ouverte à toutes ses possibilités ; et dans cette voix, un corps. Un corps sur scène qui s’adresse à vous comme un proche qui vous dit quelque chose d’important, face à face. Vous l’écoutez. Vous ne pouvez pas faire autrement que l’écouter. Alors quand elle vous parle de Paradis non seulement vous l’écoutez mais vous la croyez. D’ailleurs, elle n’a aucune révélation à vous faire. Tout ce qu’elle va vous dire vous le saviez déjà mais personne ne vous l’avait dit de cette façon, personne ne vous l’avait adressé comme ça. Du coup vous voilà légèrement transformé, imperceptiblement changé, une petite déclinaison s’est produite à l’intérieur qui vous fait sentir autrement, vous allège de la lourdeur, des tracas, des embarras. Vous avez senti la lumière surgir de sa voix. Vous y êtes.


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Ici, un extrait d’un autre de ses talents : Laure de Noves, chanteuse
Peacocks - Jimmy Rowles, Laure de Noves, Bernard Désormières
Photos : Laure de Noves
Tableaux : Edouard Hopper, Kees Van Dongen.

Laure de Noves, Pétrarque et Sade

Laure de Noves (vers 1307-1348) dite la belle Laure, muse de Pétrarque et aïeule du Marquis de Sade, était la fille d’Audibert de Noves. Elle épousa en 1325 Hugues de Sade. Elle était Laure de Sade quand elle fut remarquée dans l’église de Sainte-Claire à Avignon, en 1327, par Pétrarque, qui conçut pour elle un amour romanesque. Elle mourut prématurément de la peste noire qui sévit en cette année 1348.

Dante avait immortalisé Béatrice, Pétrarque immortalisa Laure dans son « Canzoniere » [1] comprenant 317 sonnets répandus dans toute l’Europe qui ont rendu célèbre la beauté de Laure. L’italien se prétant par ailleurs a diverses images allégoriques :

Lauro (le laurier, emblème poétique qui ceint le front de Dante, de Pétrarque… ; il lui sera décerné à Rome, dans le Capitole en 1341),
l’aura (le vent),
l’aureo (le doré, et Laure est en outre blonde),

Prolongé par l’utilisation récurrente du tendre diminutif de Laureta.

Le coup de foudre de Pétrarque
6 avril 1327 : le poète Pétrarque
rencontre Laure de Sade à Avignon

Laure sortait de l’église du couvent de Sainte-Claire à Avignon quand elle fut aperçue et remarquée par François Pétrarque. Il avait 23 ans, elle en avait 19 ou 20. Dès lors, Laure devint la chaste inspiratrice du poète. Lui, qui affirmait haïr la cité papale, versifia :

Béni soit le jour et le mois et l’année,
La saison et le temps, l’heure et l’instant
Et le beau pays, le lieu où je fus atteint
Par deux beaux yeux qui m’ont tout enchaîné.

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Mais la belle ne se laisse pas facilement apprivoiser :


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Plaque commémorative apposée par l’Académie de Vaucluse sur la façade du couvent Sainte-Claire à Avignon.
Le charme magnétique de Laure
« Charles de Luxembourg (le futur empereur des Romains, Charles IV) était convié à Avignon, en 1346. Parmi les fêtes qu’on donna en son honneur, il y eut un bal où étaient réunies toutes les beautés de la ville et de la province. Charles, ayant aperçu Laure écarta par un geste les autres dames, s’approcha d’elle et lui baisa les yeux et le front. Tout le monde applaudit ; et Pétrarque, suivant sa coutume composa, sur cet événement, un sonnet, où il témoigna à la fois sa joie et sa jalousie de cet hommage public rendu aux charmes de sa belle. » [2]
A quoi ressemblait Laure de Noves ?

Outre les sonnets de Pétrarque célébrant la beauté de Laure, différentes illustrations reproduisent des portraits de Laure.

Parmi les nombreuses biographies anciennes de Pétrarque, deux émergent : « celle de Tomasini, dans son Petrarcha redirirus, 1650, a fourni de bons matériaux à ceux qui sont venus après lui. Les autres méritent peu de considération jusqu’à l’ouvrage de l’abbé de Sade » [3], celui-là même qui recueillit pour quelques années son neveu Donatien âgé de 4 ans, le futur divin marquis, l’abbé de Sade donc, fait paraître en 1764, Mémoires pour la vie de François Pétrarque […],qui s’est fait de la gloire de Pétrarque un intérêt de famille.Et « Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne– 1843 », présente une synthèse de ces sources et ces beaux volumes offrent des portraits de Pétrarque et de Laure.

Toutes ces illustrations sont des copies de copies, dans le temps étalé sur plusieurs siècles, de source incertaine, et auxquelles s’ajoute la libre interprétation des artistes. La source de « première main » remonte néanmoins à Simone Martini, immense peintre siennois, contemporain et proche de Pétrarque et de tous les amoureux de peinture ancienne, qui réalisa un double portrait de Laure et Pétrarque :

« En 1339, le peintre Simon de Sienne appelé pour embellir le palais pontifical d’Avignon, fit le portrait de Laure et le donna au poète, avec lequel il était lié, et qui l’en récompensa par deux sonnets. Il en fit par la suite la figure principale de plusieurs tableaux notamment sur la voute du péristyle de l’ancienne église métropolitaine d’Avignon. » [4]. Les portaits originaux ont aujourd’hui disparu.

Nous avons retenu, ici, le double portrait de Laure de Noves et Pétrarque, un tableau de l’école vénitienne (vers 1510) faisant partie de la collection L’Ashmolean Museum d’Art et d’Archéologie (Université d’Oxford)

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Laure de Noves et Pétrarque
Ecole vénitienne (vers 1510),
huile sur toile : 56 x 70 cm

Pétrarque y est représenté, le front ceint d’ une branche de laurier, un attribut de la poésie. La source pour les portraits est un manuscrit toscan du 15ème siècle dans lequelle les sujets sont représentés séparément.L’artiste inconnu, dont le style est proche de Bartolomeo Veneto, a pu connaître ce manuscrit ou une copie.

La mort de Laure

« Une peste affreuse venue de la Chine, après avoir ravagé l’Asie et les côtes d’Afrique, pénétra en Sicile, et se répandit dans toute l’Europe, qu’elle désola pendant trois ans. Elle se manifesta dans Avignon en janvier 1348 et y emporta dit-on 120 mille âmes dans l’espace de sept mois. Tous ceux qui en étaient attaqués, mouraient en trois jours. La belle Laure sentit les atteintes du mal le 3 avril ; la fièvre continue, le crachement de sang, qui en étaient les premiers symptômes ne laissait aucun espoir […] elle se prépara tranquillement, fit son testament le même jour, reçut les sacrements […] Elle expira sans agonie le 6 avril, à 6 heures du matin, âgée d’environ quarante ans ; et vers le soir, suivant ses dernières volontés, son corps fut porté à l’église des Frères Mineurs (les Cordeliers), et enterré dans la chapelle de la Croix, où était la sépulture de la maison de Sade. Des songes sinistres, d’effrayantes visions avaient préparé Pétrarque à ce coup terrible qu’il apprit à Parme […] » [5]

Pendant les années qui suivirent, Pétrarque empli d’une douleur vraie, touchante et profonde, ne cessa de continuer à glorifier son inspiratrice.

Le Canzoniere, recueil des poèmes de Pétrarque dédiés à Laure se divise en deux parties : les poésies sur Laure vivante, Rime in vita di Laura, et celles d’après sa mort, in morte di Laura, écrites en toscan.

Laure de Noves dans le Jardin du Luxembourg

Aujourd’hui, on peut voir une statue de Laure de Noves dans le Jardin du Luxembourg.


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A partir de 1843, une série d’une vingtaine de statues de reines de France et femmes illustres, choisies pour leur rôle marquant dans l’histoire de France, leur vertu ou leur renommée, a été commandée à des artistes pour venir orner le jardin, de part et d’autre du bassin.
Cet ensemble de statues reste exceptionnel dans sa volonté de ne célébrer que des femmes.

Laure de Noves a été réalisée par le sculpteur Louis Marie Ottin (1811-1890) , représentée sous la forme d’une amoureuse, tête penchée, perdue dans ses rêves. Le feuillet qu’elle tient dans sa main droite est sans doute un poème de Pétrarque… Cette statue en marbre, d’une hauteur de 2,30 m. a été commandée à l’artiste en vertu d’un arrêté ministériel en date du 15 novembre 1846, moyennant la somme de 12.000 F.
Aux côtés de reines de France !
C’est dire la « notoriété » dont jouissait encore l’inspiratrice de Pétrarque dans le panthéon collectif du temps.


JOSEPH MYSLIVEČEK (1737-1781)

Il Boemo [6]
par Christophe Delerce

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Christophe Delerce, musicien

Extraits

« . .. Sono un viaggiatore...  » Lettre de Léopold à Wolfgang
Mozart du 15 octobre 1777.

« Je devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres
ont une fatalité de bonheur.
 » Rimbaud

Acte I


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Joseph Mysliveček... Son nom ne vous dit probablement rien. Un sportif venu de l’Europe de l’Est ? Pas vraiment... Joseph Mysliveček est un compositeur qui n’écrivit pas moins de 26 opéras, 55 symphonies, 17 quatuors à cordes, 12 sonates pour piano, 8 oratorios, 14 cantates ... C’est le compositeur d’opéras le plus célèbre en Europe entre 1765-1780. Mais il est surtout le premier musicien libre de l’Histoire : il ne dépend d’aucun Prince, d’aucune cour, d’aucun Clergé ; il n’occupe aucune fonction dans un orchestre : il travaille sur commande, compose et voyage.

Joseph Mysliveček est né en Bohême le 9 mars 1737 à Prague. Quelques minutes plus tard, son frère jumeau Jachym naît. Cette gémellité va jouer un rôle positif dans la vie de Joseph. Leur père est meunier et offre à ses enfants une solide instruction dans l’idée qu’ils fassent prospérer l’entreprise. Il les inscrit dans une école jésuite à Prague. C’est là qu’ils apprennent entre autres les premiers rudiments de musique que ni père ni mère ne pratiquent.

[…]

Acte II

Soudain au début de l’année 1762, c’est l’étincelle... Puis l’explosion. Mysliveček change radicalement de cap. Il a son diplôme de meunier en poche. Peut-être avant de mourir son père lui avait-il fait promettre de le passer ? Il ne s’en servira jamais... Il laisse la charge de meunier à son frère jumeau. C’est une des périodes les plus fascinantes et les moins renseignées de la vie de Mysli. Comment devient-il le plus célèbre compositeur avec un diplôme de meunier et quelques notions de base de musique ? Où trouve-t-il les appuis nécessaires ? Qui l’encourage ? Que s’est-il réellement passé ? Comment ça se décide en lui ? Il est très seul probablement quand il prend cette décision. Sûrement a-t-il préparé son plan depuis plusieurs années. Le feu brûle ardemment en lui. Urgence. La création n’attend pas. Dans son entourage familial, personne n’est amateur de musique. De toute façon c’est rarement de ce côté-là qu’il faut se tourner à cet âge. Pour compléter le tableau, durant son enfance et son adolescence, c’est le désert absolu à Prague en matière de musique. Nous sommes en 1762 et aucun opéra n’est monté avant 1760 : la guerre Succession autrichienne d’abord (1740-1748), puis la guerre de Sept Ans (1756-1763) ont ravagé la vie musicale. C’est seulement à partir des années 1760 que l’opéra seria « italien connaît un renouveau à Prague. Quels opéras Mysli est-il allé écouter ? Où a-t-il entendu les musiques qui l’ont fait se réveiller, sortir de lui-même pour y rentrer plus intimement ? Les influences et les motivations qui l’ont poussé à faire de la musique sont assez mystérieuses.

[…]

La formation de Mysli va être très rapide. À Prague, il va apprendre auprès de deux compositeurs. Le premier s’appelle Franz Habermann (1702-1783). C’est le Maître de Chapelle du monastère de Cajétans (des théatins). Il est connu pour ses compétences en contrepoint et ses œuvres dramatiques. Il a pas mal voyagé dans sa jeunesse en France, en Italie et en Espagne. Mais Habermann ne va pas assez vite. Est-il lent, besogneux, un peu laborieux ? Mysliveček a besoin d’apprendre plus vite. Après 3 mois avec Habermann, il change de professeur et va étudier auprès de Joseph Seger (1716-1782), organiste de l’église de Ty’n. Seger n’a pas composé d’œuvres dramatiques et n’a jamais quitté son pays, il écrit essentiellement pour orgue ; cependant il apprend rapidement à Mysliveček les bases essentielles de la composition. Il faut imaginer ses journées entières à lire les partitions, à les recopier, à écouter la musique, à jouer du violon, du clavecin, de l’orgue... Il aide aussi à mettre au propre les partitions de ces maîtres. Immersion totale dans les sons et leur organisation. Il rattrape le temps perdu. Ou plutôt il apprivoise le temps, se l’approprie, apprend à jouer avec : une minute c’est une heure, une journée une minute, une seconde un mois... Tout s’accélère et peut se ralentir facilement... Le temps devient sensible.

L’époque regorge d’enfants prodiges ; il a dû en voir passer à Prague, ces enfants qui jouent, improvisent, composent parfaitement au clavecin et au violon avant de savoir lire une phrase dans un livre. Aussi vite portés aux nues qu’ils sont oubliés ou dénigrés parce que rattrapés par la puberté. Une comparaison donne le vertige : à l’âge de 25 ans, alors que Mysliveček commence seulement à apprendre la composition, Mozart quant à lui s’apprête à écrire L’Enlèvement au Sérail, il a déjà compose près de 400 œuvres dont une dizaine d’opéras, des concertos pour piano, des sonates, des messes et a fait plusieurs fois le tour de l’Europe...

C’est fait ! La première partie de la formation de Mysli est finie : elle aura duré six mois ! Qui dit mieux ? En six mois il a fréquenté deux compositeurs et en a assez appris pour composer ses premières symphonies.

[…]

Ses premières symphonies publiées, il cherche à les faire jouer et frappe à la porte du Comte Vincent Waldstein. C’est la première rencontre déterminante de Mysliveček. Les Waldstein sont une grande famille de Bohême qui encourage les artistes par le mécénat. Un cousin de Vincent Waldstein, Ferdinand, est l’ami de Beethoven, pour qui ce dernier compose la célèbre sonate Waldstein na 21 op. 53. Un autre cousin, Joseph Carl Waldstein, embauche Casanova comme bibliothécaire à la fin de sa vie et rachète l’ensemble de ses manuscrits. Incroyable famille ! Voilà des frères, des cousins qui ont l’oreille fine ! J’imagine les Waldstein à une fête à Vienne, à Prague ou ailleurs en Europe, une coupe de champagne à la main, discutant pêle-mêle de Casanova, Beethoven, Mozart, Mysliveček, Haydn... J’entends leurs conversations...

Mysli interprète ses premières symphonies dans le Palais de Vincent Waldstein refait à neuf à Mala Strana (Prague). Vincent tombe sous le charme de cette musique au style déjà très affirmé et décide de la soutenir financièrement.

Acte III


« Il y a, en Italie, un érotisme musical de l’air et de la lumière ... Ce que je découvre immédiatement : à Venise... Érotisme savant et créateur de la lumière et du temps. » Marcelin Pleynet, Chronique vénitienne.

Le 5 novembre 1763, avec le soutien financier du Comte Vincent Waldstein, du comte Franz Joseph von Pachta - ami commun de Casanova et de Mozart -, Joseph Mysliveček part pour le Sud, direction l’Italie. Avant de rejoindre Venise, il fait une halte à Florence et à Rome. Il reste peu de correspondance de Mysliveček et la majorité des lettres qui nous sont parvenues proviennent de cette période où il écrit au Comte Waldstein pour lui raconter les péripéties de son voyage de Prague à Venise. Rapidement, il manque d’argent. De Florence, il écrit à Waldstein pour lui en réclamer ; il a cette expression magnifique : c’est « l’air italien » qui le rend à court d’argent ! Humour ? Folie ? Ironie ? Pour qui se prend-il ce Bohémien ? Vincent Waldstein ne lui enverra jamais de supplément d’argent. On apprend plus tard, par la note d’un tailleur italien envoyé au Comte Waldstein, que l’argent a servi à l’achat de vêtements, attributs nécessaires pour s’immiscer dans les cercles aristocratiques des mécènes italiens.

Arrivée à Venise. « On y jouit d’une liberté que la plupart des honnêtes gens ne veulent pas connaître : aller en plein jour voir des filles de joie, se marier avec elles... Pouvoir ne pas faire ses Pâques... Être entièrement inconnu et indépendant dans ses actions : voilà la liberté que l’on a... ». C’est un homme d’aujourd’hui qui parle (Marcelin Pleynet, Chronique vénitienne) mais ce pourrait être Mysliveček car « Venise hier, c’était demain ». Il goûte cette liberté qu’offre Venise. Il faut un peu d’imagination pour deviner comment il vit : découverte de la ville (lumières, perspectives, architectures, couleurs), rencontres avec les compositeurs, les peintres, les chanteurs, les chanteuses et comédiennes, les écrivains, les aristocrates amateurs de musique... Pour gagner un peu d’argent, il enseigne, donne des concerts de violon et compose de la musique de chambre (quintettes, quatuors et trios à cordes). À Venise, la concurrence entre compositeurs est sévère, beaucoup d’Italiens et une poignée d’étrangers se partagent les commandes. Il acquiert rapidement une très bonne réputation de compositeur.

Mysliveček rencontre alors Giovanni Battista Pescetti (1704-1766). Il apprend à ses côtés l’art d’écrire pour la voix. Pescetti a écrit 25 opéras, tous perdus, et aussi un magnifique livre de sonates pour Clavecin (1739) à mi-chemin entre le baroque et le classique, enregistré par Filipo Emanuele Ravizza. Mysliveček fut probablement l’un des derniers élèves de Pescetti qui meurt deux ans après son arrivée à Venise.

Rapidement, il a l’intuition que pour être indépendant il doit composer des opéras. Les besoins à l’époque sont immenses. Chaque grande ville possède son théâtre et commande plusieurs œuvres tous les ans pour le carnaval. En écrivant un ou deux opéras par an, un compositeur assure sa sécurité financière. Après cinq ans d’apprentissage, Mysli écrit Semiramide qui marque le début d’une série ininterrompue d’œuvres composées jusqu’à la fin de sa vie. Les commandes vont se succéder jusqu’en 1780. Mysliveček fait irruption dans l’Histoire de la Musique. L’opéra est monté à Bergame durant l’été 1766. C’est à cette occasion que l’on voit apparaître pour la première fois son surnom « Il boemo » sur les imprimés de l’époque ; il est aussi appelé Venatorini, « petit chasseur », traduction littérale de son nom tchèque. Ce Bohémien est un petit chasseur très audacieux : pour son premier opéra, il reprend le livret de Pietro Metastasio, le plus célèbre librettiste de l’époque. Venise l’encourage et le soutient dans son ambition démesurée. « Je vis à Venise dans l’ouverture ponctuelle et toujours présente d’une échappée du temps. » (M. P.)

Semiramide est repris avec succès à Alexandrie en octobre 1766 et à Parme où il fait deux rencontres capitales : d’abord avec une célèbre chanteuse, Lucrezia Aguiari avec laquelle on lui prête une liaison amoureuse. Lucrezia est une cantatrice exceptionnelle. Mozart la décrit à sa sœur le 24 mars 1770 : « ...Nous l’avons entendue chanter, fort bien, chez elle. C’est la célèbre Bastardella (« la petite bâtarde » était son surnom), 1) une belle voix, 2) le gosier fort galant, 3) une hauteur de voix incroyable. » On note en passant l’ordre de sa sensibilité : d’abord l’ouïe, ensuite la vue (petit clin d’œil à Casanova) et enfin les prouesses techniques. Dans cette lettre, Mozart recopie à sa sœur le petit air qu’il a composé pour Lucrezia Aguiari : des vocalises incroyables allant jusqu’au contre-ut aigu, qui s’enchaînent avec des trilles à des hauteurs vertigineuses. Léopold, lui-même, est très surpris : « Je ne pouvais pas croire qu’elle pouvait atteindre le do sopra acuto (contre-ut aigu), mais mes oreilles m’ont apporté la preuve... », et il ajoute : « Sinon, elle a une bonne allure et donc un bon caractère et une bonne réputation. » Leopold ne plaisante pas avec les convenances sociales ! Nous le verrons au sujet de Mysliveček. Et cette remarque surprenante : « Elle jette parfois un regard sauvage comme les gens qui ont des convulsions et boitent d’une jambe. » Art du portrait, précision des détails... Est-elle l’amante de Mysliveček ? A-t-il été séduit par ce « regard sauvage » ? Rumeurs ? Mensonge ? Cabale pour déstabiliser ce jeune compositeur très prometteur ? Tout est possible. Et Mysliveček probablement en joue et en rit. Il s’en moque et retourne les rumeurs à son avantage. Il est en train de vivre sa musique et de jouer musicalement sa vie.

À Parme, Mysliveček fait une autre rencontre déterminante : Semiramide attire l’attention de l’ambassadeur de Naples. La musique de Mysli le séduit. Naples est la ville la plus importante pour l’opéra, avec le plus prestigieux théâtre d’Italie : il Teatro di San Carlo. L’ambassadeur conquis par la fougue de sa musique lui commande un nouvel opéra pour le carnaval de Naples de 1767. C’est une opportunité inimaginable et rare à l’époque. Mozart cherchera en vain à provoquer une telle opportunité : « On jouit d’un grand crédit lorsqu’on a écrit des opéras en Italie, surtout à Naples... Si je compose pour Naples, on me réclamera partout. » (Lettre de Mozart à son père, 10 octobre 1777). Ce n’est pas Mozart mais Mysli que l’Italie va réclamer partout à partir de 1765 ! ,

Il a 30 ans ; cela fait cinq ans qu’il s’est mis sérieusement à la composition et il s’apprête à composer une œuvre pour le plus prestigieux théâtre du XVIIIe siècle. Tout va bien. C’est son deuxième opéra : il doit être mieux que le précédent. Il écrira un chef-d’œuvre : Bellerofonte. La distribution des rôles est aussi importante que l’œuvre pour assurer le succès : Anton Raaf et Caterina Gabrielli chantent les rôles-titres. Tous les deux sont les stars du moment et chanteront plus tard l’un dans 1 domeneo et l’autre dans Ascanio in Alba de Mozart. Caterina Gabrielli a étudié avec Garcia et Porpora à Venise et chante déjà pour tous les grands compositeurs : Jommelli, Gluck, Galoppi, Hasse. Quand elle rencontre Myslivecek, elle a 37 ans, Caterina qu’on surnomme aussi La Cochetta (« petite cuisinière » à cause de son père cuisinier) sera présente tout au long de la vie de Myslivecek. Belle fidélité musicale ! Mysli s’entoure de femmes qui lui sont fidèles musicalement et le soutiennent. Elle est d’ailleurs d’après les rumeurs l’amante de Mysli. Chaque nouvelle femme qu’il rencontre lui inspire de nouveaux airs, une nouvelle façon de respirer, de nouveaux tempi, une nouvelle façon d’écrire, de vivre, de ressentir le temps.

Ouverture de Bellerofonte en trois mouvements : allegro-andante-presto. On sent une urgence. Mysli est amoureux. C’est évident. Il suffit d’écouter sa musique et surtout les airs écrits pour Caterina Gabrielli. Dans cet opéra la vie et la musique de Mysli s’entremêlent étroitement. [… dans] l’air de l’acte II « Palesar vorrei col pianto », bien qu’il soit indiqué sur la partition Aria Solo, il s’agit en fait d’un duo entre une voix féminine et un cor. C’est, à ma connaissance, l’unique duo de ce genre dans un opéra. La voix c’est Caterina, le cor c’est Mysli. Ils se répondent, s’imitent, s’opposent, jouent ensemble, s’échangent les rôles, se précèdent, se suivent... « Je voudrais révéler mes larmes... » Argène est tourmentée et triste parce qu’elle ne pourra pas épouser Bellerofonte. La musique de Mysli transfigure tout. Vous lui donnez un mauvais livret (intrigue alambiquée, des tonnes de sentimentalisme à toutes les pages, pleurnicheries en tout genre, grosses ficelles psychologiques pour faire avancer l’intrigue) Mysli prend tout à bras-le-corps, le transforme en une musique légère, profonde et sublime. Ici nous sommes très loin d’un sentimentalisme romantique, de la lourdeur affective et pesante, de la tristesse plombante.

Le duo Bellerofonte et Argène de la fin de l’acte l « Vanne pur ma dimmi pria la cagion di quel sospir » est de la même veine. « Va, mais d’abord dis-moi la raison de tes soupirs » Bellerofonte est un rôle de castrat, Argène est une soprano. Dans la version enregistrée, c’est une voix de femme qui chante le rôle d’un homme ce qui sème le trouble et la confusion. Le XVIIIe siècle en action passe d’abord par l’oreille. Les rôles pour voix de basse sont d’ailleurs très rares : les rôles d’homme sont chantés par des ténors ou des castrats. Ainsi la haute tessiture des voix amène une lumière et une clarté dans les timbres et une certaine confusion des genres.

Incroyable liberté de Mysliveček : il voyage, écrit des opéras pour les scènes les plus prestigieuses d’Italie, il gagne pas mal d’argent, en dépense beaucoup (jeux, vêtements, femmes...). Écoutez sa musique, elle est à l’image de l’intensité de sa vie : changements de tempi à l’intérieur d’un même air, rythmes rapides, ruptures, accélérations, fulgurance ! Il ne cherche pas à occuper un travail fixe de compositeur auprès d’un aristocrate ou d’une église comme le font tous les musiciens de l’époque. Il travaille pour lui-même. En quelques années la musique l’a rendu libre. Il écrit dans une lettre à Leopold Mozart « ... sono un viaggiatore ... », je suis un voyageur... Il invente une nouvelle façon de vivre en composant de la musique et une nouvelle musique en vivant librement. Il faut l’imaginer parcourant l’Italie de ville en ville ; il voyage avec peu de choses : son violon, quelques partitions, du papier, de l’encre, des plumes, des vêtements somptueux, quelques objets ; le tout tient facilement dans deux malles. Il est à Milan puis à Naples, revient à Florence, fait un détour par Parme, passe par Turin ou Rome. À Turin, il loge peut-être gracieusement, comme Mozart, dans l’appartement attenant à l’hôtel particulier d’un aristocrate amateur de musique qui lui fournit en prime un ou deux domestiques. On lui prête pour amantes de célèbres cantatrices et d’autres femmes aussi qu’il rencontre au gré de ses voyages. Il n’a aucune intention de se marier, ni de s’installer quelque part :

Venise est un port et c’est son seul point d’attache. Il y retourne fréquemment et en repart quand il veut. C’est la ville ouverte, idéale.

Énorme succès de Bellerofonte à Naples en janvier 1767. Pendant sa vie de musicien, Mysliveček sera le compositeur le plus joué au Teatro di San Carlo de Naples devant tous les compositeurs italiens. Comme prévu, après son succès à Naples, les commandes vont s’enchaîner très vite. En novembre 1767, c’est Farnace pour Naples. Puis tout de suite après, Il Trionfo di Cledia toujours d’après le livret de Metastasio pour le carnaval de Turin de 1768. Dans le rôle-titre c’est encore et toujours Caterina Gabrielli.

La mère de Mysliveček meurt à Prague en 1768. Maigre héritage familial. Retour dans sa ville natale où il ne s’attarde pas. On y joue pour l’occasion Bellerofonte qui est accueilli triomphalement. Mais Mysli ne pense plus à Prague. Sa ville, c’est Venise et son ciel, l’Italie.

Il écrit plusieurs oratorios : Tobin (1769), 1 Pellegrini al sepolcro (1770), Betulia liberata (1771), et Giuseppe riconosciuto (1771).

1769, c’est la création à Venise de Demofoonte d’après le livret de Metastasio. Le succès est tel qu’un noble vénitien lui rend hommage en faisant écrire quelques vers de cet opéra sur un panneau en bois qu’il fait accrocher à la façade du théâtre San Benedetto de Venise. Cette année-là, le théâtre de Florence lui ouvre ses portes. On y joue Ipermestra avec Anton Raaf, le célèbre ténor qui a déjà chanté pour lui ; Caterina Gabrieli est attendue pour le rôle-titre mais, retenue à Palerme, elle ne pourra finalement pas venir chanter. Sont-ils toujours amants ?

De Florence, Mysliveček part pour Bologne et monte La Nitteti en 1770. Succès considérable. Il y rencontre un personnage important et influent dans le monde musical : Giambattista Martini. Le Padre Martini, comme on l’appelle, correspond avec tous les compositeurs et intellectuels qui s’intéressent à la musique : Gluck, Frédéric le Grand, Quantz, Rameau, Tartini, Mozart, Bach... sont ses correspondants réguliers ; il compte parmi ses élèves Johann Christian Bach, Mozart, Sarti, Jommelli. Il est compositeur, musicologue, mathématicien, théoricien de la musique et surtout spécialiste du contrepoint. Il possède une bibliothèque de 17000 ouvrages. Martini connaît tous les compositeurs et les chanteurs de son temps et s’amuse à les mettre en relation.

Toujours à Bologne, la même année 1770, Mysliveček fait la connaissance d’un très jeune compositeur (14 ans) qui voyage avec son père. C’est la première fois qu’ils se rencontrent. Il s’entend tout de suite très bien avec le père et le fils ; ils parlent allemand comme lui et sont catholiques. À Bologne, ils marchent ensemble dans les rues et boivent des bières. Ce jeune adolescent a l’air très doué pour son âge. À 14 ans, il a déjà écrit une centaine d’œuvres dont quatre opéras. Il a voyagé dans toute l’Europe. Il s’appelle Wolfgang Amadeus Mozart. C’est une période très heureuse de la vie de Mozart. Il écrit à sa mère et à sa sœur des lettres pleines d’humour, de légèreté et de jeux de mots. L’air et le ciel italien l’irradient. Mozart veut composer des opéras pour l’Italie et en particulier pour Naples ; cette rencontre avec Mysliveček lui laisse espérer qu’il peut atteindre son but.


Le Teatro San Carlo, l’opéra de Naples édifié le 4 novembre 1737
(l’année de naissance de Joseph Mysliveček). Ce théâtre où, lui, l’artiste consacré, avait promis au jeune Mozart de lui obtenir une commande d’opéra. Promesse qu’il ne tiendra pas, à l’origine de leur brouille. - ZOOM... : Cliquez l’image.

Mysliveček devient rapidement un ami intime de la famille Mozart. Leopold Mozart y fait souvent référence dans les lettres à sa femme. Il est le seul compositeur de toute la correspondance dont Wolfgang recopie le début de l’ouverture de Demofoonte (lettre du 22 décembre 1770). Mozart apprécie beaucoup la musique de Mysliveček et s’en inspire pour ses symphonies, ses opéras et ses concertos pour violons. On sait qu’il apprécie aussi beaucoup l’homme « plein de feu, d’esprit et de vie ». Mozart veut partir de Salzbourg où il se sent à l’étroit et cherche à vivre de ses compositions en voyageant à travers l’Europe, détaché de toute charge... comme Mysliveček. C’est le début d’une amitié qui va durer sept ans.

Tout va bien pour le jeune Mozart : il vient de signer la commande d’un opéra pour le prochain carnaval de Milan : Ascanio in Alba. Et c’est Caterina Gabrielli - l’amie-amante fidèle de Mysliveček- qui est prévue pour le premier rôle. Cette tournée italienne organisée par Léopold est pleinement réussie.

[…]

En 1772 Mysli voyage beaucoup à travers l’Europe. On perd un peu sa trace. C’est probablement à cette période qu’il attrape la syphilis. Il passe par Vienne voir des amis musiciens et revient à Milan à l’automne. Rencontre amicale avec les Mozart qui sont là pour les répétitions de Lucio Silla. Ils passent un marché qui est à l’origine de leur brouille : pendant que Mozart essaie d’obtenir la commande de concertos à Salzbourg pour Mysli, celui-ci est chargé d’obtenir celle d’un opéra au Teatro di San Carlo de Naples pour Mozart. Le marché n’est pas vraiment égal : Mysli l’accepte certainement car sa renommée n’était plus à faire.

[…]

Durant un voyage qui l’amène à Naples, il a un grave accident de voiture. Il dira plus tard que cet accident est la cause des traces que laisse progressivement la syphilis sur son corps. Mais personne n’est dupe sur les causes de sa maladie, surtout pas Leopold Mozart.

Dernières correspondances avec le Comte Waldstein. Il lui dédicace ces magnifiques quintettes à cordes enregistrés par le Münchner Streichquintett.

Fin 1773 on joue Antigona à Turin et tout de suite après la Clemenza di Tito à Venise (carnaval de 1774). Cette même année 1774, Casanova fait son entrée à Venise après 19 ans d’exil à travers l’Europe. Il arrive trop tard pour écouter l’opéra de Mysli. Ils ont beaucoup d’amis en commun à Venise et à Prague : les Waldstein, les von Pachta, les Grimini ; ils se sont vraisemblablement croisés... Conversation amicale entre deux voyageurs : des nouvelles de Mozart ? Des Waldstein ? Comment va telle chanteuse, telle comédienne ? En aparté : et les bordels en Europe ? A rivederci, A presto...

[…]

À partir de 1776, la maladie ralentit ses déplacements mais pas le rythme de ses compositions : au contraire plus elle gagne du terrain, plus Mysli écrit. Retour à Florence pour l’oratorio Isacco figura del Redentore. Trop affaibli, il ne peut pas se rendre à Munich à la fin de l’année 1775 et décide de rester à Florence durant l’année 1776. À la fin de l’année il va mieux et part pour Munich pour créer une nouvelle version à’Ezio. Mais la distribution des rôles est moins bonne qu’à Naples. Une chanteuse perd même sa voix durant la représentation. Décidément Munich ne lui porte pas chance. En revanche son oratorio Isacco figura dei Redentore a un retentissement considérable : « Tout Munich en parle », écrit Mozart à son père !

Sa maladie progresse, elle provoque la destruction des os et l’oblige à se faire opérer pour une ablation totale du nez. C’est le stade tertiaire de la syphilis qui survient en moyenne 3 ans après la contamination. Mysli devient physiquement monstrueux : sans nez, défiguré et plein d’ulcères sur la peau. Aucune tristesse pourtant ne vient affecter sa musique : elle est toujours « pleine de feu, d’esprit et de vie ». L’oratorio Isaeco figura deI Redentore est d’une étonnante bonne humeur. Ça va beaucoup décevoir les romantiques et tous les sentimentalistes : comment peut-on être malade à mourir et écrire une musique aussi joyeuse et pleine d’espoir ? A Munich en plus des opéras, des oratorios, des répétitions, il trouve le temps de composer un très bel octuor à vent, des pièces pour clavecin, des concertos, des symphonies et un mélodrame en Allemand, Theodrich und Elisa.

Dernière entrevue entre Myslivečeket Mozart ; nous sommes en octobre 1777.

Mozart est avec sa mère à Munich. Il a maintenant 21 ans, ce n’est plus l’adolescent qui rencontre Mysli pour la première fois. Son père est resté à Salzbourg et lui déconseille d’aller le voir. D’abord il condamne moralement la « méprisable vie » qui l’a rendu malade, ensuite il commence à pressentir qu’ils se font manipuler. En effet la commande de l’opéra pout Naples n’arrive pas alors que l’Archevêque de Salzbourg a déjà commandé 6 concerti à Mysliveček pour la somme de 25 ducats. Wolfgang a droit à un sermon plein de morale et de méchanceté de la part de Leopold sur le thème : si Mysli est malade c’est parce qu’il l’a bien cherché, il est juste qu’il soit puni pour sa faute.

Wolfgang laisse « parler son cœur » et va voir Mysli qui séjourne à l’Hôpital ducal de Munich. Dans la lettre datée du 10 octobre 1777, Wolfgang décrit très précisément sa dernière rencontre avec Mysli. Il est prudent car il craint d’être contaminé et surtout ne supporte pas la forte odeur qui se dégage de son corps ulcéré. Il demande que le rendez-vous se passe dans les jardins de l’hôpital où Mysliveček fait sa promenade tous les jours entre Il heures et midi. Mozart s’y rend avec sa mère. Il le reconnaît tout de suite à sa démarche (imaginez la démarche de Mysliveček et celle de Mozart qui se rencontrent dans le jardin de l’hôpital de Munich : magnifique chorégraphie !) : « Si ce n’est son visage, il serait toujours le même, plein de feu, d’esprit et de vie. Un peu amaigri, naturellement, mais sinon, le même homme, bon et éveillé ». Mozart rapporte un petit dialogue qu’il a avec lui :
- Voyez comme je suis malheureux ! dit Mysli.

Ces mots m’allèrent tellement droit au cœur que je ne pus que lui dire, pleurant à moitié :
- Je vous plains de tout mon cœur, mon cher ami... Il remarqua mon émotion et reprit aussitôt très gaiement :
- Mais dites-moi, que faites-vous donc ? On m’a dit que vous étiez ici, mais j’ai eu du mal à le croire. Comment est-il possible que Mozart soit ici et ne m’ait pas depuis longtemps rendu visite ?

Mozart, très choqué et ému, perd un peu ses moyens en voyant son visage monstrueux. Le soir même, il n’a « rien pu avaler » et n’a « dormi que 3 heures » croyant « avoir perdu la raison ». Mysliveček, qui fuit les passions tristes, enchaîne alors subitement sur un sujet plus léger en le taquinant. Pas d’apitoiement : il ne s’appesantit pas sur son sort. Never complain, never explain.

Rapidement, il est question de la commande pour l’Opéra de Naples : pour cette année c’est trop tard mais pour l’année prochaine, ce sera bon : « J’ai tant de Crédit à Naples que lorsque je dis : engagez celui-ci, ils le prennent. » Mysliveček manipule-t-il Mozart ? Est-il trop malade pour se permettre de perdre une commande ? Que serait-il advenu s’il était parvenu à décrocher ce contrat pour Mozart ? Il ne serait sûrement pas tombé dans l’oubli juste après sa mort et Mozart aurait probablement quitté Salzbourg et joui d’une grande notoriété en Italie. Après cette dernière rencontre, les liens se distendent. Mozart commence à perdre ses illusions. Au printemps 1778 le nom de Mysliveček est évoqué une dernière fois dans une lettre à son père ; puis plus rien.

Acte IV

Ce sont les trois dernières années de la vie de Myslivecek. À la place de l’opéra tant espéré par Mozart, le carnaval de Naples de 1778 programme deux opéras de MysIivecek : La Calliroe et L’Olimpiade. L’air « Se cerca, se dice » de ce dernier est très remarqué.

À Venise on monte Ciree en 1779. Casanova est-il allé le voir ? Il est repris à Naples la même année.

[…]

On ne sait presque rien de la fin de vie de Mysliveček. […] Les dernières semaines, il vit dans un logis plutôt misérable sur la Strada del Corso. Antigona, son dernier opéra, est donné à Rome pour le carnaval en avril 1780. Pour gagner un peu d’argent, il fait jouer sa musique religieuse (messes, oratorios). Mais ça ne suffit pas, il doit emprunter au Mont de Piété. Mysliveček meurt début février 1781, on ignore la date exacte. La cérémonie d’enterrement a lieu le 4 février à l’église San Lorenzo de Rome. Les frais sont payés par un certain James Hugh Smith Barry (1746-1801), un anglais amateur d’art vivant en Italie. Onze jours après son enterrement, un inventaire de ses effets personnels est dressé, par un notaire, à la demande de Giuseppe Raimondi Monaldi représentant de l’ambassadeur de la cour de Vienne : des vêtements, des reçus de prêt du mont de Piété... Aucun instrument de musique, aucune partition : ont-ils été volés ou vendus ?

Le 28 février 1781, la Wiener Zeitung publie à Vienne une notice sur son décès.

Quelques semaines plus tard, Mozart s’installe définitivement à Vienne et commence à vivre librement de ses compositions. La correspondance de Mozart ne fait aucune référence à sa mort. Les influences de Mysliveček sur Mozart sont pourtant importantes dans les opéras, les symphonies et les concertos pour violons composés dans les années 1770. Mais le plus touchant est cette citation de Mysliveček par Mozart en 1791 au début de la Flûte Enchantée dans le premier air de Papageno « Zu Hilfe, zu Hilfe » qui fait écho presque note pour note au récitatif « Eterno Dio » de l’oratorio Isacco figura del Redentor de Myslivečekentendu par Mozart probablement à Munich en 1777 !

Après sa mort aucun théâtre ne rejoue ses opéras. Seuls quelques oratorios sont donnés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Un grand silence de 150 ans commence alors pour la musique de Mysliveček. Des musicologues du XIXe siècle attribuent par erreur son oratorio Isacco figura dei redentore à Mozart ou à Haydn. Stanislav Suda compose en 1912 « Il divino Boemo  », un opéra noir et déprimant inspiré par la fin de vie de Mysliveček : pauvreté, misère, maladie, abandon... Vaine tentative de récupération par l’idéologie romantique de la vie et de l’oeuvre de Mysli. Lorsque la partition de Medonte est redécouverte en 1929, les musicologues l’attribuent dans un premier temps à Mozart... En 1931, pour la première fois, Md-ze uma est rejoué à Prague. En 1937 Ezio est joué à Naples pour fêter le 200e anniversaire de sa naissance. Ensuite il faut attendre les années 1970 pour voir réapparaître la musique de Mysliveček en Europe. En mai 2013, je vais écouter L’Olimpiade à l’Opéra de Dijon. Aucun opéra de Mysliveček n’a été joué à Paris depuis plusieurs années... La salle est à moitié vide, la mise en scène et les costumes un peu ringards, mais la musique est toujours aussi vivante et forte. Le 26 mai 2013 operamania75 publie Climpiade sur YouTube : enregistrement pirate d’un(e) amateur/trice) d’opéra qui voyage, enregistre et diffuse gratuitement.

Qu’est-ce qui a le plus contribué à l’oubli de Mysliveček ? Son nom difficile à retenir ? Sa vie libre et « scandaleuse » ? Son rapport à la mort détaché de tout pathos ? Sa promesse non tenue envers Mozart ? Sa musique dénuée de toute souffrance et de tout sentimentalisme qui laisse place à une insolente bonne humeur ? La musique de Mysli poursuit sa course : rythmes haletants, tempi rapides et changeants, style acéré, art subtil de la mélodie pour la voix, air vif et transparent du Sud. Elle n’a rien perdu de sa vivacité ; elle parle encore à celui qui est à l’écoute de ce musicien « plein de vie, plein de feu et d’esprit ».

Christophe Delerce
Extraits de « Mysliveček », L’Infini N° 131, Printemps 2015.

oOo

[1Oeuvre poétique en langue vulgaire, composée de pièces diverses, élaborée à partir des années 1342-1343 et souvent retravaillée. L’un des manuscrits, daté de 1366-1367, porte le titre : "Rerum vulgarium fragmenta". - Le titre "Canzoniere" vient de l’édition de 1516. - Comprend 317 sonnets, 29 chansons, 9 sextines, 7 ballades, 4 madrigaux. Divisé en 2 parties : poésies écrites du vivant de Laure, poésies écrites après sa mort. - Beaucoup de poésies exclues par l’auteur sont désignées sous le titre "Rime extravaganti"

[2Michaud -Biographie universelle ancienne et moderne– 1843

[3Michaud -Biographie universelle ancienne et moderne– 1843

[4Michaud -Biographie universelle ancienne et moderne– 1843

[5Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne– 1843

[6Résumé : Joseph Mysliveček est le premier compositeur libre de l’Histoire. Il naît à Prague en 1737 dans une famille de meuniers qui ne pratique pas la musique. Il part pour Venise en 1763 pour y apprendre à composer des opéras auprès de Giovanni Bartisra Pescetti. Sérnirarnide écrit en 1766 est un succès qui entraîne une série ininterrompue de commandes d’opéra à travers l’Italie. Il rencontre Mozart en 1770 et devient un ami de la famille. L’influence de Mysliveček sur Mozart, qui est à cette époque encore un adolescent, est évidente sur un plan musical et sur celui du mode de vie. On n’a pas la certitude que Mysliveček et Casanova se soient rencontrés, cependant ils partagent beaucoup d’amis (les familles Waldstein, von Pachta, Grimini... ) et sont tous les deux à Venise à l’époque où Casanova fait son grand retour dans sa ville natale après 19 années d’exil. Mysliveček ne se marie pas : il voyage, principalement en Italie, au gré des commandes. À force de fréquenter les prostituées et d’avoir pour maîtresses les chanteuses, il finit par se faire une très mauvaise réputation. Il se brouille avec Mozart à la suite d’un marché qu’il ne parvient pas à honorer. Il meurt de la syphilis à Rome en 1781, nous laissant 26 opéras, 55 symphonies, 17 quatuors à cordes, 12 sonates pour piano, 8 oratorios, 14 cantates.

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