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A Menton, sur les traces de Cocteau (II)

Exposition « Cocteau, Matisse, Picasso, Méditerranéens »

D 1er octobre 2013     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Point d’orgue du cinquantenaire de la disparition du "Prince des Poètes", à Menton avec l’exposition « Cocteau, Matisse, Picasso, méditerranéens ». Une exposition qui associe l’œuvre de Jean Cocteau à celles de deux autres grands artistes contemporains : Pablo Picasso et Henri Matisse. Un évènement proposé au public à partir du 11 octobre 2013, jour de la date anniversaire du décès de Cocteau, jusqu’au 3 novembre 2014..

Troisième exposition permanente depuis l’inauguration du musée Jean Cocteau collection Séverin Wunderman en 2011, après l’accrochage inaugural inspiré du Testament d’Orphée et le second parcours muséographique « Rouge et Or » tourné vers le théâtre, « Cocteau, Matisse, Picasso, méditerranéens » replace l’œuvre graphique et plastique de Cocteau dans le contexte artistique extraordinairement fertile de la Côte d’Azur des années d’après-guerre.
En effet, lorsque Cocteau s’y installe en 1950, Matisse vit à Nice et Picasso à Vallauris. Tous trois, mais chacun à sa manière, vont sublimer leur art grâce à la thématique méditerranéenne : les créatures fantastiques - faunes, sirènes, centaures - y côtoient les poissons, les pêcheurs mais aussi la musique ou la danse... De leur installation sur la Côte d’azur aux décors monumentaux qu’ils nous ont laissés, les films, photographies, céramiques, tapisseries et lithographies révèlent la suprématie d’un « art méditerranéen » propre à ces trois génies.

UNE HISTOIRE COMMUNE

Jean Cocteau (1889-1963), Henri Matisse (1869-1954) et Pablo Picasso (1881-1973) ont traversé ensemble le XXe siècle qu’ils ont marqué de leur génie touche-à-tout, partageant de surcroît une histoire commune. L’exposition à menton met celle-ci en lumière, à travers leur passion de la méditerranée qui a nourri tantôt leur complicité et tantôt leurs différences.

MATISSE et Cocteau se découvrirent un même attrait pour le dynamisme culturel qui agitait la Côte d’azur à leur époque. Francine Weisweiller, accueillant les plus grands artistes dans sa Villa Santo Sospir, n’y fut pas étrangère. Leur rencontre est celle de deux générations : Matisse conseille Cocteau - « Quand on décore un mur, on décore les autres » - qui dit en retour admirer le « sérieux juvénile » de son aîné. Ils se rapprochèrent plus encore dans leur recherche d’une inaltérabilité face au monde pressé ; le sud méditerranéen, « paradis » selon Matisse, leur parut en cela le refuge idéal : « Sur cette côte, nous avons essayé de vaincre l’esprit de destruction qui domine l’époque, nous avons orné des surfaces que les hommes rêvent de démolir. Peut-être que l’amour de notre travail les protégera » (Cocteau).

PICASSO et Cocteau n’avaient pas la même façon d’aborder les vicissitudes de la vie, mais ils n’en furent pas moins amis.
A tel point que ce dernier, dans ses écrits, parlait souvent du peintre hispanique avec bienveillance : « Le génie de Picasso lui tient lieu d’intelligence. Et son intelligence lui tient lieu de génie. Allez comprendre ! » la force de leur amitié se nourrira au fil des ans d’un dépit partagé, sans qu’il s’exprime a` l’identique cependant, face au conformisme de leur époque : « Picasso est le type de l’anti-intellectuel, celui chez qui le génie se présente sous forme d’acte pur et irréfléchi. »
Et le sud méditerrane’en finira de sceller leur amitié, magnifiant leur art comme le confiera Cocteau en découvrant Guerre et Paix peint par l’ami Picasso : « C’est d’une jeunesse, d’une violence incroyable ! Aucune forme n’est réaliste mais tout est vrai, de ce vrai interne, le seul qui compte. »

Des lieux et des hommes, nouvelle illustration,

Dans le numéro d’octobre 2013 dédié à Cocteau, Le Magazine littéraire commente cette exposition sous la plume de Sandrine Faraut-Ruelle.

« L’œuvre plastique de Cocteau est transfigurée par le soleil méditerranéen » écrit Sandrine Faraut-Ruelle dans le chapeau de son article.

Le musée Jean-Cocteau, collection Séverin Wunderman, célèbre le cinquantième anniversaire de la mort de Jean Cocteau par une exposition commémorative intitulée « Cocteau, Matisse, Picasso, méditerranéens ». Le choix thématique de ce nouvel accrochage est un regard croisé des trois artistes, durant la même période (1950-1963), sur la Côte d’Azur, à travers près de quatre cents pièces, selon un parcours muséographique : des ateliers du Midi aux chapelles peintes, en passant par les grands mythes revisités.

Cocteau Faune, 1961 {JPEG}

Chacun d’eux appréhende la Côte à sa manière. Mais, insatiable de travail, chacun y a laissé son empreinte personnelle. Se conseillant souvent, se disputant parfois. Les liens plus ou moins ténus entre ces trois artistes ont permis la création d’œuvres riches et majeures dans leur carrière, puisqu’ils ont séjourné une grande partie de leur vie dans cette région.

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Cocteau, Les Poètes, 1958
avec la représentation symbolique de Pégase.

Chacun laisse un lieu sacré décoré par ses soins : Picasso et la chapelle de Vallauris [1], Cocteau et la chapelle Saint-Pierre à Villefranche-sur-Mer [2], Matisse et la chapelle de Vence. Établir des relations entre eux n’est pas des plus aisé. Ce sont d’abord trois tempéraments bien distincts : Cocteau, autodestructeur, et sa vision introspective ; Matisse et sa vision résolument optimiste de la vie ; Picasso et sa fougue parfois dévastatrice. Il s’agit en fait de montrer la création artistique de chacun dans le Sud à travers des thèmes communs. De la céramique au cinéma Jean Cocteau fait de nombreux voyages sur la Côte d’Azur à compter de 1911. Il vient sur trois périodes : d’abord de 1911 à 1921, de 1922 à 1935, puis il devient un résident plus coutumier, de 1950 à 1962. Ses visites englobent le périmètre géographique de Marseille à Menton. Picasso, quant à lui, séjourne pour la première fois sur la Côte en 1919 en compagnie de sa femme Olga, et il y reviendra fréquemment pour s’y installer définitivement à partir de 1955 (il acquiert la villa La Californie à Cannes avec Jacqueline).

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Cocteau, Madame Favini, 1953

Jean Cocteau, qui se considère comme un Méditerranéen, touche à tous les modes d’expression sur cette côte, et pour certains de manière tout à fait nouvelle ou même innovante : le décor monumental avec la peinture murale (lorsqu’il entreprend son premier décor mural de grande envergure à la Villa Santo Sospir, durant l’été 1950, il se rappelle alors ce que lui avait dit Matisse : « Quand on décore un mur, on décore les autres ») et la mosaïque de galets, la peinture sur toile dans l’atelier qu’il installe à Santo Sospir, les céramiques qu’il façonne avec les potiers Madeline-Jolly, mais aussi les vitraux, les gemmaux, les résines, les tapisseries... et bien sûr le cinéma, puisqu’il tourne aux studios de la Victorine à Nice L’Éternel Retour et Le Testament d’Orphée. Il crée alors un style méditerranéen qui lui est propre - en référence à la mythologie antique. Les séjours successifs sur la Côte, à partir de 1950, permettent au poète de fréquenter de nouveau plus régulièrement son ami Picasso qu’il avait perdu de vue.
Ils sont voisins : Cocteau descend à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et Picasso réside à Cannes. Ses sentiments alors se dévoilent : il déborde de louanges dans ses écrits, malgré la distance que ce dernier conserve. Les deux artistes se connaissent depuis l’époque des Ballets russes et leur création commune pour Parade (1917).

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Jean Cocteau, Innamorati, les Adieux de du pêcheur et de la jeune fille, 1961
Musée Cocteau, Menton / Collection Séverin Wunderman

Quant à Matisse, c’est à Nice qu’il réalise une grande partie de son œuvre, de 1917 jusqu’à sa mort en 1954. Il trouve, sur la Côte, la lumière qui lui manquait tant. À partir de 1921, il commence à peindre des odalisques. S’ensuivra la série des Nus couchés. On trouve aussi dans sa palette le traitement du thème mythologique, notamment avec la parution de Pasiphaé (1944), illustrant le texte d’Henry de Montherlant, ou les eaux-fortes et dessins pour Ulysse de James Joyce (1934), La Nymphe dans la forêt (1941). Il commence la première utilisation des papiers découpés en 1937, puis systématiquement à partir de 1943, alors qu’il tombe gravement malade. En 1947, il fait paraître l’album Jazz. En 1948, il entame ses premiers projets pour le chœur et le mur sud de la chapelle du Rosaire à Vence qui sera bénie en 1951 [3].

Influences croisées

Picasso est, de son côté, influencé par Matisse durant certaines périodes [4] : en 1954 notamment, à la mort de Matisse, il fait le bilan et conclut : « À sa mort, il m’a légué ses odalisques. » L’hommage qu’il lui rend à travers ses créations est soit purement iconographique (ce sera le cas pour les Femmes d’Alger), soit pictural, à travers des thèmes qu’il revisite, comme l’atelier. Il parvient à atteindre le dépouillement matissien en 1957 (époque des Ménines). En 1959, il reprend La Joie de vivre de Matisse et en conserve l’atmosphère pastorale et idyllique. Après 1963, Picasso prend un tournant décisif dans son œuvre : il traite la figure isolée. Nous ne sommes plus dans le rapport du peintre et son modèle comme le faisait Matisse, mais dans l’identification du modèle puisqu’il s’agit bien de Jacqueline qui est représentée. Dans l’œuvre intitulée Les Deux Amies, la référence est de nouveau matissienne. Picasso tend à une simplification à l’extrême dans ses dernières œuvres : comme Matisse, à la fin de sa vie dessinait à vif dans la couleur, il parvient à peindre en dessinant. Les deux artistes se sont laissé porter par l’instinct. On constate que, régulièrement durant sa carrière, Picasso revisite l’œuvre de Matisse et que les démarches des deux maîtres sont parfois similaires.

Cocteau reçoit des conseils des deux peintres. Il est dans la mouvance du maître espagnol, qui le conseille et le guide dans de nouveaux domaines artistiques, à tel point que ses œuvres durant cette période deviennent très picassiennes. Outre le fait qu’il se met à la couleur sous cette influence (utilisation de nouvelles techniques : la peinture, les crayons gras et initiation à la poterie), le trait devient parfois cubiste (Portrait cubiste ; Inspiration, la femme peintre ; Madame Favini et sa fille, Colombe eucharistique à la chapelle des pêcheurs), et l’on ne peut que reconnaître alors la touche de son ami qu’il s’approprie et revisite selon son prisme.

Avec Matisse, il a pratiqué quelques échanges épistolaires, notamment pour la tapisserie Judith et Holopherne qu’il fera tisser à l’atelier Bouret à Aubusson [5]. Cocteau sera influencé par la démarche de Matisse, sa recherche vers la simplification de la ligne. Ce que Matisse a atteint à la fin de sa carrière : des configurations épurées, dénuées de tout détail anecdotique, ce sera également l’objectif de Cocteau. Le poète sera aussi charmé par les expérimentations chromatiques de Matisse : chez Cocteau, toutefois, la couleur s’impose progressivement, tandis que, chez Matisse, la couleur devient l’œuvre même (les gouaches découpées), jusqu’à atteindre une dimension spatiale dans la chapelle de Vence.

Sandrine Faraut-Ruelle
Le Magazine Littéraire, octobre 2013, N° 536


Cocteau le Méditerranéen

D’après Cocteau, la Méditerranée a pour particularité supplémentaire « que toutes les côtes qu’elle baigne forment une sorte de patrie et que les peuples qui habitent cette patrie composent une famille qui, même lorsque les apparences et le mur des langues le démentent, groupent une sorte de race, et [il] le répète, de famille [6] ». Il y a dès lors une forte chance que ses habitants et, à plus forte raison, ses artistes partagent une même tradition créatrice.

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Jean Cocteau, Petit faune boudeur, (1958)
© adagp, paris, 2013

© serge Caussé, photographe

Cocteau s’emploie à souligner cette appartenance en renvoyant, dans l’ensemble de ses œuvres, aux styles et modes d’expression méditerranéens, des temps les plus reculés jusqu’à son époque.

Il recourt ainsi abondamment aux motifs architecturaux de l’art grec et à la mythologie antique dans la villa Santo Sospir et sur le site du Cap d’Ail. Il se réfère au style minoen de Cnossos pour la salle des mariages de Menton et à celui des Étrusques pour ses poteries et céramiques. Il avoue sa proximité avec les peintres de la Renaissance italienne, en particulier avec les maîtres de la fresque. Pisanello est explicitement cité pour son apport à la villa Santo Sospir [7].

Cahiers Jean Cocteau N° 9
Jean Cocteau et la Côte d’Azur
sous la direction de David Gullentops

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Cocteau et Picasso à une corrida à Valloris en 1957

Cocteau a raconté sa première visite à PICASSO

Cocteau a raconté sa première visite à Picasso, en 1915, à l’atelier de la rue Schoelcher. Il est étonné de voir, dans l’escalier, un moulage de la frise du Parthénon. « Je n’aimais guère mieux, écrit-il, les statues nègres, mais bien l’emploi de leur bizarrerie par le moins bizarre des civilisés. » Les « statues nègres » et le parthénon : nous y sommes.

« Ce contraste du dionysisme et de l’apollinisme à l’intérieur de l’âme grecque, écrit encore Nietzsche, est une des grandes énigmes qui m’ont séduit dans la nature hellénique. Au fond, je ne me suis efforcé que de deviner pourquoi l’apollinisme grec a dû surgir d’un sous-sol dionysiaque ; pourquoi le Grec dionysiaque a dû nécessairement devenir apollinien, c’est-à-dire briser son goût du démesuré, du complexe, de l’incertain, de l’horrible, contre une volonté qui lui imposait la mesure, la simplicité, la soumission à la règle et au concept. Ce qu’il produisait de son fond, c’étaient les tendances extrêmes, désordonnées, asiatiques ; la bravoure du Grec s’affirme dans sa lutte contre son asiatisme propre ; la beauté ne lui a pas été donnée, pas plus que la logique, pas plus que le naturel des mœurs ; tout est conquis, voulu, enlevé de haute lutte ; c’est sa "victoire". »

Ces lignes sont datées de 1888. Impossible de ne pas penser ici à Cézanne qui, à ce moment-là, peint sur le motifla montagne Sainte-Victoire. Picasso, un jour qu’on lui signale l’existence d’un petit-fils de Cézanne, interrompt la conversation : « Le petit-fils de Cézanne, c’est moi. »

Philipppe Sollers
Picasso le héros
repris dans Eloge de l’Infini Gallimard/Folio, p. 147-148.

Visite chez MATISSE par Jean Cocteau

(Extraits de « Le Passé défini » -1951-1960)

Samedi 23 Février 1952 : Hier, visite chez Matisse au Régina [à Nice]. Dans son lit, véritable trône d’un roi nègre, presque au centre de la vaste pièce. On le soigne à l’acupuncture. Il a une bonne face rose. Il ne dormait plus et il dort. Il me parle de sa fatigue. Je lui dis que l’œuvre de certains peintres (Corot, par exemple) correspondait à leurs âges successifs, tandis que l’œuvre de Picasso et la sienne sont d’essence jeune, inventive, en lutte avec l’âge des hommes qui les exécutent.

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Red GROOMS, Dessin au stylo bille (détail), 1973

Picasso casse tout comme un enfant méchant. Matisse découpe du papier et colore des images comme un enfant sage couché avec une scarlatine. Matisse est vieux, Picasso vieux, leurs œuvres jeunes et exigeantes (insupportables). Il y a déséquilibre. Picasso s’en tire en n’arrêtant pas une minute.

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Matisse, autoportrait, 1918

Circulent de belles filles en blouses d’infirmières. Elles collent, découpent, épinglent, ressemblent par mimétisme aux dessins des murs.

Matisse me raconte qu’il a relevé sur les Rubens de la Pinacothèque de Munich des taches bizarres. Elles provenaient des copistes qui échantillonnent leurs couleurs sur le tableau.

Au Louvre il s’aperçoit qu’une nature morte de Chardin s’écaille et que les écailles tombent. Il prévient le conservateur. Le conservateur constate et s’écrie : « C’est terrible. » Et il ajoute : « Mais je ne dirai rien, cela ferait trop de complications. »

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Matisse et Cocteau
« Si je préfère les chats aux chiens, c’est qu’il n’y a pas de chat policier » (Jean Cocteau)

(Matisse) : « Dans le temps je ne pensais pas à peindre solide. J’ai appris à peindre solide pour que le tableau ne puisse s’abîmer, être photographié en couleurs, mal reproduit, etc. et qu’il exprime tout de même une force. » Michel-Ange disait : « Une statue doit pouvoir tomber du haut d’un toit, du haut d’une montagne, se casser en miettes et rester forte. »


Le pigeon devenu colombe de Picasso (par l’entremise d’Aragon) appartenait à Matisse. Il possédait ces pigeons frisés et comme il ne pouvait plus les nourrir il les porta chez Picasso. Voilà l’origine du slogan de Paix communiste.

Matisse dit : « Je n’ai pas la foi mais j’ai construit une chapelle. Je suis un bourgeois. J’ai fait ma première communion. Il m’arrive de prier pour m’endormir. J’en éprouve du calme. »

« Voilà trente ans qu’on ne se moque plus de moi, qu’on ne m’insulte plus. Je le regrette. Félicitez-vous lorsqu’on vous insulte encore. »

Au musée Grimaldi d’Antibes, avant d’être malade, Matisse s’installe devant le Picasso à l’amphore et commence à le copier sur son album. Un monsieur et une dame regardent ce vieillard sérieux, cette barbe blanche, ces lunettes d’or. Le monsieur s’approche. « Pouvez-vous me dire ce que représente ce tableau ? » et Matisse : « Vous voyez, j’essaye de le comprendre. »

Jeudi 19 Septembre 1952 : Moi. « Ce que j’admire chez Matisse c’est le sérieux juvénile. »

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Matisse, Nu bleu, 1952,

Crédit : http://www.apophtegme.com/PORTRAITS/

Archive INA, 1960. Cocteau interviewé par Louis Pauwels

Jean COCTEAU à Saint-Jean-Cap-Ferrat, interviewé par Louis PAUWELS selon le jeu de la vérité - Louis Pauwels à l’esprit curieux et profond, un accoucheur de vérité enfouie.


Jean COCTEAU pense que personne plus que lui n’a été couvert de légendes, on a fait de lui un personnage qui n’est pas ressemblant. "L’homme profond, c’est le vrai moi", on le connait peu. Il y a la vraie et la fausse solitude. Sa famille avait des goûts très éclectiques, il en a hérité.Tout en dessinant, il parle de sa méthode du dessin qui ressemble à l’improvisation du jazz. Il voit dans le dessin comme une grande jouissance, quand il dessine, il écrit. Il a tatoué sa villa comme un corps humain. Il définit l’état poétique : un mariage du conscient et de l’inconscient. Jean COCTEAU déteste la frivolité et la fantaisie, le poète est le contraire du fantaisiste. Son principal défaut, c’est le contrôle, l’intelligence est le pire ennemi. Il a essayé d’éviter le "décoratif", le "pittoresque".Il donne sa définition d’une morale. A propos de la mort, Jean COCTEAU n’a peur que de la mort des autres, il ne craint pas la sienne. Sur son salut, il répond par une anecdote de MARITAIN. "Le salut, c’est essayer à chaque seconde d’être propre".Interview illustrée de nombreuses oeuvres de Jean COCTEAU : dessins, poteries, mosaïques, tapisseries, peintures murales, tableaux...

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VOIR AUSSI : A Menton, sur les traces de Cocteau (I)

Portfolio

  • Matisse, autoportrait, 1918

[1Deux œuvres sont d’abord peintes en 1952 et accrochées dans la chapelle en 1954. La troisième composition illustrant les quatre parties du monde est installée après 1957.

[2Cocteau est également le décorateur de la chapelle de Notre-Dame-de-Jérusalem, à Fréjus. Il travaille au projet avec le peintre Raymond Moretti, mais l’œuvre restera inachevée à sa mort. Édouard Dermit décorera les murs d’après les dessins préparatoires de l’artiste

[3Matisse, de la couleur à l’architecture, René Percheron et Christian Brouder, éd. Citadelles Mazenod, 2002.

[4Matisse lui fera connaître l’art africain.

[5Cocteau dit dans son film La Villa Santo Sospir : « Matisse m’avait mis en garde contre l’absence de modulation qui provient des teintes plates de la tapisserie moderne. » Dans une lettre du 27 juin 1951, Cocteau répond à Matisse : « J’ai été à Aubusson. Le travail m’a stupéfait. Ils modulent au point qu’on croirait possible de souffler sur le pastel. »

[6« Gala de la Méditerranée », dans Le Passé défini V 1956- 1957, o.c., p. 925

[7Pour la fresque de saint Soupir, Cocteau a pris pour modèle La Vision de saint Eustache de Pisanello.

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2 Messages

  • V. K. | 10 octobre 2013 - 16:38 1

    Edith Piaf est morte un 10 octobre, il y a 50 ans. Jean Cocteau l’a suivie le lendemain. Après avoir rédigé la nécrologie de son amie.

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    Edith Piaf et Jean Cocteau dans la pièce "Le Bel Indifférent" (LIDO/SIPA)

    Ils étaient amis, à la vie, à la scène. A la mort aussi. Quand Edith Piaf disparaît le 10 octobre 1963 à Grasse, sa disparition n’est annoncée officiellement que le lendemain. Ce lendemain qui déchante, ce 11 octobre donc, Jean Cocteau est abattu par la triste nouvelle. Il prend le temps de rédiger la nécrologie de sa précieuse amie, de lire sa chronique à la radio. Avant de mourir à son tour(*).

    Crédit : Sophie Delassein, Le Nouvel Observateur 10/10/2013.

    (*) 7 heures du matin pour la « Môme de Paris » puis 13 heures pour le « Funambule de tous les Arts » - écrivait Le Parisien du 11 octobre 1963 qui précise que l’artiste n’a pas eu le temps de rédiger l’article nécrologique que venait de lui commander le magazine Paris-Match pour être publié le lendemain. Six heures après Piaf ! Son coeur a lâché dit Jean Marais interviewé je jour même, ajoutant qu’il souffrait d’un oedème du poumon. Sur sa tombe - dans la chapelle de Milly La Forêt, décorée par ses soins - est gravée l’épitaphe signée de sa main : « Je reste avec vous ». (note pileface).


  • V. K. | 3 octobre 2013 - 16:07 2

    Carte postale de l’hôtel Régina à Nice, où résidait Matisse quand Cocteau lui rendit visite
    (voir l’entrée du samedi 23 février 1952 de son Journal, ci-dessus). Chambre à l’année au Régina. Comme une star.

    Si vous voulez poursuivre sur les pas de Matisse à Nice - avant qu’il ne soit immobilisé dans sa chambre du Régina -, nous pouvez consulter le dépliant (pdf), conçu à cet effet et dont l’image ci-dessus n’ est que la couverture. Quinze pages vous y attendent


    • Voici quelques photos. Picasso et Cocteau.
      Amis aux personnalités bien différentes ; partageant cette même passion pour la Méditerranée - mer rassemblant autour d’elle les terres originelles -, source inépuisable de création et de joie. Il suffit de comparer ce portrait de Jean Cocteau par Man Ray (nous sommes en 1921) : visage sérieux et grave, cadre dans le cadre ; avec ces photos prises beaucoup plus tardivement (plus de trente ans après), en compagnie de l’hispanique : visage détendu et rieur, large sourire, temps d’une jeunesse (re)trouvée - et pour cause : quand on est jeune très tard, on reste jeune très longtemps.

      Picasso réveille-t-il en Cocteau une présence oubliée ? La joie ?... Nul doute, la Méditerranée, terre gorgée d’une singulière lumière kaléidoscopique évoquant une pluralité de visions et de sensations, est l’Ouvert : une façon de rendre possible ce qui ailleurs semble impossible. Une amitié. Un sourire.

      Je vous remercie par ailleurs de rappeler la référence de Sollers dans Picasso le héros au texte de Nietzsche, La Naissance de la tragédie. Car il faut avoir en tête ce contraste Dionysos/Apollon pour comprendre ce que vous nommez très justement, « une même tradition créatrice » .