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Autour du courrier des lecteurs

Olivier-Pierre Thébault, Edouard Breme, Bernard Bouin

D 19 mars 2013     A par Viktor Kirtov - C 15 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Vagabongages autour du courrier des lecteurs, dans L’Infini, Printemps 2013 (La joie des oiseaux), et dans l’actualité.

OLIVIER-PIERRE THEBAULT :

Sur Flaubert vivant
La joie des oiseaux
--- Notre grain de sel
--- La colombe de la paix de Picasso(Ajout 13/04/2013)

EDOUARD BREME :

Traité de sagesse dionysiaque

BERNARD BOUIN :

Nietzsche, Venise et la musique au Musée de Rabastens (Tarn). Installation peinture-musique.

OLIVIER-PIERRE THEBAULT

SUR « FLAUBERT VIVANT »

Olivier_P. Thébault nous signale ce lien vidéo :

Crédit : youtube.com

Un document vidéo d’archive de la télévision suisse par Henri Guillemin, admirable conteur.

Sur Flaubert
par Philippe Sollers

En janvier 1880, vers la fin de son existence physique de saint halluciné, Flaubert écrit à Edma Roger des Genettes (sa correspondante préférée, avec Léonie Brainne et sa nièce Caroline, plutôt des femmes, donc) : « J’ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l’ours des cavernes, et en somme parfaitement bien, puisque, ne voyant personne, je n’entendais pas dire de bêtises. L’insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie, et le mot est faible. Presque tous les humains ont le don de m’exaspérer, et je ne respire librement que dans le désert. » Simple question : que dirait Flaubert aujourd’hui ? Autre prophétie pleinement réalisée : « L’importance que l’on donne aux organes uro-génitaux m’étonne de plus en plus. » Allons, bon : le sexe lui-même est en train de devenir Bête.

Quand ceci a-t-il été écrit ? Au lendemain de la publication du livre « La belle et la bête » de
Marcela Lacub dont on oubliera vite le nom sinon le titre, nous contant sa relation avec DSK au lendemain de l’épisode de la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York ? Non, c’est la conclusion d’un article « La rage de Flaubert » publié dans L’Infini n°103, printemps 2008, pré-publié dans Le Nouvel Observateur n°2250 du 20 décembre 2007. Et sur Pileface, ici.

D’autres articles relatifs à Flaubert sur Pileface

Liens sur la toile
Flaubert par Henri Guillemin (2)
Flaubert sur le site de l’université de Rouen

SUR « LA JOIE DES OISEAUX »


C’est le titre de l’article que signe Olivier-Pierre Thébault dans le dernier numéro de L’Infini, Printemps 2013 (N° 122). Voyage d’un lettré dans la littérature, la poésie, la bible, la peinture, la musique, en son jardin pour évoquer « l’expérience de la joie d’être au monde, par l’art d’écouter (et de voir l’oiseau) [... et] ce thème qui m’est cher celui de la résonance métaphysique entre la joie des oiseaux et celle de l’homme ».

Le texte d’Olivier-P. Thébault est d’une infinie richesse que seule la lecture intégrale peut restituer et nous vous la recommandons. Malgré les limites de l’exercice, nous avons souhaité vous en présenter des morceaux choisis. Notre seul choix. Partiel et partial (avec sous-titrage et mise en page pileface). Pour le plaisir des esprits curieux.

L’exergue

Au grand-duc de Virginie et au pygargue roux,

« La Joie qu’accompagne l’idée d’une cause intérieure, nous l’appellerons Gloire (Gloriam).  »
Spinoza, L’Éthique

« La plus expresse marque de la sagesse, c’est une éjouissance constante ; son état est comme des choses au-dessus de la lune : toujours serein.  »
Montaigne, Essais

Le début

Je me propose d’aborder ici un thème qui m’est cher et nourrit souvent mes réflexions pour les vivifier, celui de l’intime correspondance entre le concertant royaume des oiseaux et l’art paradisiaque le plus troublant. Je parlerai donc de « la joie des oiseaux », un peu comme nos traductions font parler « Tchouang Tseu » de « la joie des poissons », métaphore par laquelle celui-ci entend exprimer l’art de suivre ses « penchants naturels » - tout le contraire des pulsions et autres pseudo désirs falsifiés-, c’est-à-dire de vivre selon le Tao. Ce déplacement se justifie. En effet, si les poissons s’oublient dans les rivières et les lacs, de même les oiseaux : dans les airs, les arbres, la lumière, et leur propre chant. À les écouter, voir et méditer, nous nous oublions nous-mêmes ; nous souvenant de qui nous sommes, retrouvant la Voie. La délectation de la grâce qu’infuse en notre âme la présence des oiseaux nous ouvre un Éden-jouissance miraculeux et dérobé ; et c’est le monde. D’où la joie ; celle de ces êtres doux ou violents - mais toujours élégants-, parés de plumes et de couleurs, la nôtre, un lumineux arc discret les reliant.

Avec Haydn

D’autres analogies ou comparaisons peuvent venir en foule nourrir de leur feu fourni le cours de I’ argumentation ; il ne serait pas difficile d’en trouver d’autres, tout en nous rapprochant davantage de notre sujet d’élection : les oiseaux. Ainsi, si j’écoute en ce moment un concerto de Haydn avec clarinette, je ne peux pas m’empêcher de penser, à l’écoute d’une série de mouvements particulièrement ivres et virtuoses de cette dernière que c’est là le parfait pendant spirituel des premiers trilles tourbillonnants de joie des merles moqueurs et enchanteurs lorsqu’au cœur de l’hiver, et malgré un froid tenace, ils annoncent déjà la bonne nouvelle de la belle saison et la joie nuptiale des amours reverdies et refleuries, même si leur chant, bien entendu, ne comporte pas cette absolue négativité propre à l’Esprit infiniment créateur, en l’occurrence au génie de Haydn - lequel a aussi composé, pour poursuivre dans la même veine analogique et anagogique, un fabuleux quatuor nommé « l’oiseau » (en ut majeur, opus 33) [1] !

[Nota : D.B. à l’annonce de la nomination du pape François note, dans le forum pileface : « Hier soir, sous sa tombe en forme d’oiseau, Olivier Messiaen a dû entendre joyeusement son Saint François d’Assise. »]

Sur les oiseaux et la libre beauté musicale et spirituelle, il y aurait beaucoup à ajouter... en allant voir par exemple du côté du jazz (de Charlie Parker, dit « Bird », et son birdland, de Charles Mingus s’identifiant lui-même à un oiseau d’amour en intitulant l’un de ses albums, et l’une de ses chansons, Reincarnation of a love bird, de John Coltrane et son vertigineux Lazy bird, etc.),

Du côté des spiritualités et sagesses des civilisations

... en allant voir du côté :

du taoïsme où le saint se voit comparé aux oiseaux (« Le saint niche comme la caille, se nourrit comme l’ étourneau. Il va comme l’oiseau sans laisser de traces », nous apprend la traduction par Jean Levi des Œuvres de Maître Tchouang [2],

ou de la sagesse hopi (où c’est l’oiseau moqueur Y ahpah - celui du don des langues ! - qui a appris aux humains n’appartenant pas aux Hopis leurs langues respectives),

ou de la mystique juive (son Aleph ailé reliant les mondes, la langue sainte comparée à celle des oiseaux [3], les tsiporim, le dieu lui-même dépeint en « maître des ailes » ou en grand aigle, nesher hagadol, veillant sur ses petits ; et ce rôle cardinal des oiseaux dans la mystique juive se retrouve jusque chez un Lévinas lorsqu’il affirme - comparant ainsi art de lire et art de laisser s’envoler et être les oiseaux - : « Dans chaque mot se trouve un oiseau aux ailes repliées, qui attend le souffle du lecteur », etc.),

perse (civilisation berceau du mythe du Phénix ou oiseau de feu), indienne (le dieu Garuda, aigle en sanscrit et véhicule de Vishnu),

ou musulmane (cf. Mantiq at-Tayr, ou Le Langage des Oiseaux, du soufi Attâr Neyshâbouri, où la huppe a le beau rôle, dirigeant les conversations des trente oiseaux),

ou encore de la mystique chrétienne (Saint François d’Assise discutant avec les oiseaux, la proximité des mots moine et moineau [4]

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Giotto, François parlant aux oiseaux (fresque), Assise
« ...les oiseaux, comme si le Pape François depuis quelques jours nous les faisait tous regarder et entendre autrement...Ce Pape qui vient d’inventer son nom ! »
Dominique Brouttelande

Sur pileface, voir aussi « De François d’Assise au pape François »

...l’aigle des esprits justes aux chants dix-neuf et vingt - ciel de Jupiter - du Paradiso de Dante, la comparaison très judaïque entre le perpétuel pépiement des joyeux volatiles et les conversations sacrées, le fait que dans la sculpture médiévale des cathédrales un oiseau dicte les paroles « inspirées » aux scribes, etc.),

de l’ésotérisme (le langage des oiseaux, jouant sur les calembours et homophonies des mots), ou de la poésie du trovar dus, puis de la galanterie de siècles plus récents (les mots damoiseau et damoiselle - désignant toute personne jeune et noble - ne tombent pas du ciel, de même que le fait de parler d’humeur grivoise... ),

[de la littérature] ...plus près de nous (mais personnellement je sais et sens que tout ce qui est vivant m’est proche, et d’autant plus que je suis présent à moi-même), la littérature (Chantecler le coq dans Le roman de Renart, les oiseaux dans Les fables de La Fontaine, la diversité des espèces présentes dans Les chants de Maldoror, Céline et ses références fréquentes à la musicalité du langage des oiseaux, ou qu’on songe à ses danseuses-oiselles, etc.), et plus originellement, dès les Grecs où la déesse Athéna se trouve entre autres figurée par trois oiseaux, la chouette ( « l’oiseau de Minerve » qui « ne prend son envol qu’au crépuscule »), l’hirondelle (souvenez-vous de la troisième partie de L’Odyssée) et un oiseau de mer [5], en grec aithuia (puffin yelkouan, foulque, corneille blanche ou mouette argentée, les spécialistes sont divisés) [6], ou dès la Bible, où la colombe (hébreu yéhoûnah) est par excellence l’oiseau de l’esprit (hébreu réhoûhâh, même prononciation que la colombe), holy pigeon comme dira Joyce !, découvrant le monde, d’après le Déluge jusqu’au bienheureux baptême évangélique du divin Messie où, de ses ailes d’immaculé miracle, ce curieux volatile plane au-dessus du divin baptisé, etc. Je peux même encore et enfin remonter jusqu’à la scène du puits dans la grotte de Lascaux où figure un homme-oiseau priapique au centre d’une scène sacrificielle et extatique de toute beauté.

S’il est assez universel et non dénué de sens de comparer la joie des oiseaux et celle des hommes, il faut souligner que, peut-être au fondement de cette analogie, s’affirme également une comparaison entre la sagesse inspirée et le langage des oiseaux. Ainsi d’Athéna comme chouette guerrière ou de la huppe enseignant la parole dans le livre soufi Mantiq at-T ayr. Joie et sagesse, dans la symbolique associée aux oiseaux, semblent toujours devoir se tresser l’une l’autre, telles deux tiges formant une même couronne. Il se trouve en effet que ces volatiles volubiles incarnent à merveille ce qui fait, selon Montaigne, « la plus expresse marque de la sagesse », à savoir une « éjouissance constante ». Ce mot d’éjouissance introduit une légère et délicieuse déhiscence désirante, une simple voyelle mangeable, entre cet ancien terme et notre vocable moderne. Ai-je ouï le sens ? Alors la jouissance ne tarde pas (puisque cette mystique éjaculation lumineuse du dedans est infiniment protéiforme et toujours nouvelle). Le é initial d’éjouissance me rappelle aussi l’intonation tonique de l’espagnol (eje, ejemplar, Edén, etc.), celle-ci faisant mieux ressortir l’aspect jaculatoire du mot (et de la chose), son intime jaillissement jubilatoire. Si nous devons conquérir cette éjouissance constante, elle semble innée aux oiseaux qui nous manifestent l’état dans lequel nous pourrions en permanence nous trouver, même si bien sûr je n’oublie pas une seconde, à rapprocher par comparaison et à penser par métaphores, l’abîme qui se situe entre l’homme, pour qui il y a monde et pensée, et l’animal. Toutefois, le passage par la sagesse permet d’être plus attentif à la proximité, vue selon l’angle de la Beauté, entre la Nature et l’Art. Montaigne précise quant à lui ce qu’il entend par l’éjouissance en question : « son état est comme des choses au-dessus de la lune : toujours serein ». Les oiseaux - la comparaison évangélique et talmudique entre l’arbre tout remué et agité d’oiseaux et le royaume peuplé de ses élus n’est pas sans vérité - sont comme au-dessus de la lune (et Montaigne dit cela pour désigner le sacré, le divin, par opposition au sublunaire).

Du côté de la peinture

[...]voici le célèbre damoiseau (l’aviez-vous vu ainsi ?) :

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Watteau, L’indifférent

Ce galant de Watteau, dit L’indifférent, dépeint en des tons chaleureux, faunesques et contrastés (gris-vert, ocre, blanc, rouge, etc.), en fin connaisseur de la folie festive et mobile de la vie, a tout d’un oiseau apprêté pour son bal tournoyant et luxurieux. D’un élégant échassier, cigogne, aigrette ou héron, ce me semble. Regardez bien la légèreté de gaz de ses bras ailés dansant gracieusement dans l’air. Tout de nacre vêtu, ce messager d’une jouissance autre rejoint l’Éden. Nul besoin ici d’envier ou de jalouser des animaux l’innocence et la félicité, il est leur semblable sous la lumière de l’Un, il est oiseau. Il est rare d’avoir su peindre le bonheur de l’homme à ce point de délicatesse.

Du côté du langage

Je puis en effet relever dans le langage la présence universelle des oiseaux, que ce soit pour exprimer nos sentiments avec justesse, ou non sans manifester parfois une légère pointe de ressentiment latent contre la gratuité non servile de la Nature, voire, de façon plus symptomatique mais il est vrai fort rare, projeter sur celle-ci les traits d’une faiblesse ou d’une vilenie proprement humaines là où ils n’ont que faire. Une foule d’expressions surgit : vivre comme un oiseau ou être libre comme l’oiseau, être gai comme un pinson, grivois ou grivoise, avoir un crâne de piaf (où affleure bien quelque ressentiment ou du moins reproche fait à ces joyeux compères ailés de ne pas avoir cette intelligence lourde et besogneuse qui est le propre des hommes, pendus à leur quotidien labeur, mais pour moi, loin de caractériser le crâne évidé de qui ne pense pas, ce bel oiseau bistre et brun strié de noir, m’évoque avant tout, et à chaque fois que je l’écoute, la joie querelleuse de l’intellect ardent), une tête de linotte (sans doute vise-t-on ici la linotte mélodieuse, commune dans nos contrées, oiseau teinté de rouge qui n’arrête pas de répandre ses couplets mélodieux, ou peut-être cette manière de la qualifier est-elle due à son habitude de faire son nid un peu n’importe où, cette tournure est de toute façon plutôt amusante qu’autre chose), faire la politique de l’autruche (expression qui n’est pas sans actualité tant les autruches politiciennes prolifèrent dans le Spectacle régnant), employer le mot poulet (pour insulter qui vous savez), traiter une jeune fille écervelée de bécassine (bécasse), ou pire, de dinde, être voleur comme une pie (sauf que l’oiseau ignore le vol et ne fait que collecter des objets pour son nid), rapace comme un vautour (excepté que nul n’égale l’homme en rapacité), oiseau de mauvais augure (tournure qui nous remet en mémoire l’antique inséparabilité entre les oiseaux et le sacré), avoir un appétit d’oiseau (rien de plus faux en fait tant ils doivent, par nécessité vitale, équilibrer leurs dépenses d’énergie en mangeant fréquemment), être léger comme un oiseau, chanter comme un rossignol, être orgueilleux comme un paon, vieux hibou, vilain merle ou sale petite grue (pauvre paon, pauvre hibou, pauvre merle, pauvre grue !), les poules (de luxe ou non ; si vous avez la chance de voir de près la beauté d’un tel oiseau - babillard ou mélodieux ? -, vous ne pouvez que trouver à votre goût la polysémie de ce mot), et bien sûr je n’oublie pas les cocottes ou les oies, de celles qui cancanent ou dansent le cancan, etc. Chacun pourra facilement convier ses souvenirs et compléter cette liste volontairement brève mais toutefois suffisante pour attiser le foyer de la curiosité chez le lecteur : le langage exprime notre rapport double - reflet de notre propre dualité - au royaume des oiseaux, et dans ce rapport vient bien miroiter, en belle place, l’essentiel rapprochement entre la joie des oiseaux et celle de l’être mortel (en même temps, dualité démoniaque de l’être humain oblige, qu’un certain déparler déplacé vis-à-vis de la beauté des oiseaux se retrouve dans sa langue, qui malheureusement se réduit trop souvent à n’être qu’un éphémère petit organe vantard).

Dans l’immense creuset de la littérature

Cette dualité se retrouve de manière autrement féconde et profonde, et avec force notes d’humour, dans l’immense creuset de la littérature. Certains oiseaux peuvent ainsi permettre au génie de la langue, outre d’exprimer la joie la plus pure, de manifester avec justesse le mal, la laideur, l’erreur, l’inintelligence, pour s’en moquer et s’en déprendre à l’aide de métaphores - je te tiens canard humain aux lèvres de vermouth et au sourire stupidement railleur ! - qu’il ne faut évidemment pas prendre à la lettre en s’indignant que les oiseaux soient ainsi si maltraités, car c’est bien l’humain, et son mal, qui sont visés, cloués, retournés. Bref, il se pourrait que sous de singulières plumes (c’est le cas de le dire) l’expression « traiter de noms d’oiseaux » prenne un certain relief. Si traiter quelqu’un de merle, de butor (il n’y a qu’à voir à quoi ressemble ce petit oiseau échassier et charmant !), de poulet (pauvre volaille !), de linotte ou de piaf ne me semble pas relever de l’insulte cinglante et efficace (je pense que le lecteur sera d’accord avec moi sur ce point), il nous reste tout de même des oiseaux que l’on peut juger laids ou charognards, comme la corneille (Kafka distingue ainsi le ciel des aigles de celui des corneilles, mais ce n’est pas sans ambiguïté dans la mesure où lui-même, via son nom en tchèque, se compare à un chouka, oiseau très proche de la corneille ... ), le corbeau (voir l’usage qu’en font La Fontaine ou Poe et son illustrissime nevermore, mais curieusement on peut aussi le lire et l’entendre comme le corps beau), le vautour ou la buse (que l’on se souvienne ici des busards dans Tandis que j’agonise de Faulkner et l’impression d’accentuation tragique qu’ils font planer sur toute la scène mouvante du roman). Isi dore Ducasse fait bien usage du vautour, plusieurs fois, en lien au mal, et avec avantage. On se souviendra de cette tournure magnifique, « les singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte », ou de cette redoutable phrase également tirée de Poésies : « Décrire les passions n’est rien ; il suffit de naître un peu chacal, un peu vautour, un peu panthère ». Cet emploi du vautour brille déjà dans le Au lecteur de Baudelaire :

« Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, / Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, / Les monstres glapissants, hurlants, grognant, rampants, / Dans la ménagerie infâme de nos vices, / Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! »

(je relève que le vautour, seul oiseau de la bande, fait figure d’exception). Mais toujours est-il, hors le cas du vautour, et quelques rares autres, qu’il y a quelque chose d’inapproprié à employer des noms d’oiseaux pour désigner le mal (étant donné leur absolue innocence), sauf quand un génie, Ducasse par exemple, s’en empare, forgeant des métaphores inouïes (n’est-ce pas chère poule cochinchinoise !) ou pour servir d’insultes littéraires bien placées. Certains mammifères semblent toutefois d’une tout autre et redoutable efficacité, en premier lieu peut-être la hyène. La littérature en atteste, le plus bel exemple étant pour moi à puiser dans Poésies II, où Ducasse parle de Milton et de Dante (Dante !) comme de « hyènes de première espèce » - cette pique acide, il fallait tout de même l’oser. Vous pourrez d’ailleurs noter avec moi comment les oiseaux figurent merveilleusement dans Les Chants de Maldoror, qu’il s’agisse des grues, des étourneaux, des aigles (pygargue roux), des hiboux (grand-duc de virginie), des serins (les trois Marguerite), des cygnes (Maldoror en cygne noir), des cacatoès, etc. Je citerai pour mémoire ce passage témoignant de la connaissance des oiseaux (qui lui vient pour une bonne part de Buffon) chez l’auteur des Chants  : « Je savais que la famille des pélécaninés comprend quatre genres distincts : le fou, le pélican, le cormoran, la frégate. La forme grisâtre qui m’apparaissait n’était pas un fou. Le bloc plastique que j’apercevais n’était pas une frégate. La chair cristallisée que j’observais n’était pas un cormoran. Je le voyais maintenant, l’homme à l’encéphale dépourvu de protubérance annulaire ! » (Il s’agit bien d’un pélican, mais ici d’un pélican humain ; comme souvent chez ce génie l’oiseau peut servir à dépeindre l’homme - voyez les grues du début des Chants visant les savants, pédants et pseudo-lecteurs en tout genre, grues que Lautréamont qualifie de frileuses avec une subtile drôlerie désignant par là leurs mœurs migratoires -, avec humour, et avec les plus grands égards, par ailleurs partout constatables dans sa prose, pour les oiseaux en général).
[...]

« Volez, planez, jouissez »

À parler de leur joie, je ne peux pas omettre également d’enjoindre à méditer leur vol, et comment celui-ci se charge métaphoriquement de la signification de la liberté, de la pensée, ou de la gratuité pour l’humain. Un slogan de mai 68 - non dénué d’ailleurs d’une magnifique ambiguïté - se rappelle à moi à point nommé afin d’illustrer la joie souveraine et gratuite du vol ou du vol plané, celui des oiseaux, celui du désir humain (ou plutôt transhumain et transdivin, le grand désir) : « Volez, planez, jouissez ». ]’ai alors une pensée particulière pour le vol des hirondelles, leur élégante manière de girer, vibrer, planer, accélérer, piquer, et de crier, ou de gazouiller fièrement à un rythme torrentiel, dévoilant leur volubile jouissance d’être.

Ainsi, nombreux sont les oiseaux qui, dans l’ardeur de l’été dont ils ont la garde, aiment à s’envoler gratuitement, pour rien, et à tourner dans les cieux, avec feu, pour s’enivrer (difficile ici de ne pas penser à Brise marine de Mallarmé : « Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres  ! D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! » ). C’est le cas, aisément constatable dans nos contrées, des féeriques hirondelles - toujours elles -, ou des mouettes rieuses [7] (que voilà un qualificatif bien placé par le génie de la langue) jouant avec les vents, ou encore, pour parler de la belle Afrique, de certaines jeunes cigognes de la vallée du Zambèze, de la Luangwa ou d’ailleurs. Elles tournoient, elles tournoient, délicieux manège à féeries, c’est une véritable jouissance qui s’envole, et ce n’est pas là simple métaphore : leur jouissance est bien réelle, audible, palpable, nimbant l’air et le monde.

Afin de manifester comment l’oiseau peut être une fort adroite métaphore de nos pensées, je vous récite quelques vers de Baudelaire, dans Élévation :

« Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse  ! S’élancer vers les champs lumineux et sereins ; / Celui dont les pensers, comme des alouettes,  ! Vers les cieux le matin prennent un libre essor,  ! - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort  ! Le langage des fleurs et des choses muettes ! »

Le poète est lui-même oiseau et ses pensées sont, elles aussi, des oiseaux !

« L’ouïe active »

Maintenant, au sujet de l’affirmation de l’analogie entre le vol plané des oiseaux et la jouissance ou le désir, intériorisés et tout entier faits écoute active - Hegel ne nomme pas par hasard la voix « l’ouïe active » -, je ne vois pas d’exemple plus clair et plus probant que l’initial somptueux de Paradis II, de Philippe Sollers : « soleil voix lumière écho des lumières soleil cœur lumière rouleau des lumières moi dessous dessous maintenant toujours plus dessous par-dessous toujours plus dérobé plus caché de plus en plus replié discret sans cesse en train d’écouter de s’en aller de couler de tourner monter s’imprimer voler » (je souligne). Ne manquons pas de remarquer la gradation des verbes qui conduit, telle une fugue ésotérique, du primat de l’écoute à l’envol paradisiaque permanent qui la déploie : écouter, s’en aller, couler, tourner, monter, s’imprimer, voler. Parvenant à écouter vraiment, vous vous en allez - c’est-à-dire que vous quittez la commune réalité tout en la sondant dans votre dedans -, ça coule de source et vous vous plongez dans cette source, le flot incessant vous emporte, vous fait girer, tournoyer, vous élève, désormais ça s’imprime pour ainsi dire tout seul, l’écoute intensive est un vol plané. La parole, en vous, jouit d’un amour intellectuel infini. C.Q.F.D.

Nouvelle confirmation : l’envol de certains oiseaux féeriques correspond avec le don intense de l’écoute, de la jouissance, de la parole, comme la Beauté naturelle et l’art le plus subtil se répondent. J’aurais pu penser également à cette phrase éclair de Rimbaud, dans Vies : « Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée. »

Poursuivons. Le langage porte trace de cette proximité essentielle de l’envol paradisiaque, ou du paradis en général, et des oiseaux. Si en un sens tous les oiseaux - à deux ou trois exceptions près, comme le vautour, qui confirment la règle - sont des oiseaux de paradis, la formule « oiseau de paradis », ou paradisier (latin paradisaeidae), existe et désigne un nombre restreint d’espèces d’oiseaux tropicaux, généralement d’Indonésie ou de Nouvelle-Guinée. Leurs noms sont éloquents : paradisier rouge, royal, grand-émeraude, superbe, etc. Si la langue peut être le plus grossier et mensonger des organes, elle peut (et sait) être aussi le réceptacle de la vérité. Cette formule magique « oiseau de paradis » en apporte une nouvelle preuve. Car il n’y a que des oiseaux qui se voient qualifier ainsi, nul reptile, mammifère, champignon ou insecte, ne se trouve auréolé d’une telle grâce langagière élective. Et comme nous le vérifions ici à chaque ligne, le paradis (jouvence, jouissance, joie) et les oiseaux ont partie liée !

Pas un hasard non plus si le fait de renaître éternellement de ses cendres et de vivre pour toujours soit attribué à un oiseau, le fameux Phénix, phoenix en grec, mais c’est également le Simurgh perse, ou l’oiseau Khôl des juifs-hébreux (selon le Midrash Rabbah, lorsqu’Adam et Eve mangèrent de l’arbre de la connaissance et que la mort fut décrétée pour eux, tous les animaux mangèrent eux aussi du fruit interdit et partagèrent le même sort sauf l’oiseau Khôl qui ne mangea pas de ce fruit : cet oiseau est édénique pour toujours l). Le mythe d’un oiseau éternel - des oiseaux comme signes mêmes de l’éternité ? - semble commun à un très grand nombre de peuples. En plus de ceux mentionnés, nommons les Russes, les Chinois (l’oiseau Fenghuang), les Amérindiens (l’oiseau-tonnerre), les Aborigènes (l’oiseau Minka), ou les différentes versions européennes ou africaines (égyptienne, éthiopienne) du mythe du Phénix.

Sur l’idée de ce texte

L’idée de ce texte sur la joie paradisiaque et éternelle des oiseaux m’est venue d’une expérience pratique que je crois bon de mentionner. En effet, lorsque j’écoute les oiseaux (et ici à la campagne, la Nature commence par l’oreille), je ne puis m’empêcher d’entendre un appel profond - qui n’a rien d’humain, ce pourquoi les humains généralement occupés, accaparés, voire possédés, par leurs petites affaires dites humaines n’y portent aucunement attention - à la joie, à la jouissance - mais aussi, inséparablement, à l’éveil de notre propre tonalité en direction de celle du tragique le plus fondamental, car il ne s’agit évidemment en rien d’oublier l’abîme dans une jouissance que l’on pourrait à bon droit qualifier de facile, mais d’écouter l’appel au jouir et au désir profond alors même qu’on se trouve éveillé à l’étendue de la catastrophe nihiliste de la planète emportée, toujours en cours.

Ainsi, lorsque le merle à la fin du jour vient chanter rituellement son cantique de grâces face à ma fenêtre, j’en entends très distinctement - enfin quand je me trouve suffisamment libre et disposé - les paroles : alors, un « je suis l’oiseau qui toujours dit "jouis !" » me traverse l’esprit, me ravit l’âme, m’émeut le corps. De même avec la mésange (surtout celle parée de bleue), et je ne puis pas ne pas songer à ce moment-là que mes anges (protecteurs) jouissent et qu’une sorte de douce et ardente bénédiction - encore une fois, ça n’a rien d’humain - vient des oiseaux vers les hommes, en permanence, et le plus souvent à l’insu de ceux-ci, comme si l’Esprit même, à travers eux, appelait - tout en précisant bien sûr que cet appel n’émane d’aucune volonté, fût-elle divine ; et qu’il n’y a pas à proprement parler d’appel mais juste un chant pour rien, pour personne, d’où le « comme si » figurant plus haut.

Il m’arrive également de noter, mentalement ou sur le papier, subjugué par la beauté d’un oiseau se découvrant en une heure propice, ce genre de phrases :

« Je regarde, pendant de longues et savoureuses secondes, le moineau friquet (qui veut dire vif en ancien français). Il est posé là, sur le muret ocre tout de pierres taillées, face à ma fenêtre. Il semble comme le signe sensible, extérieur, du détachement absolu qui m’anime du dedans. Mais dans l’extase il n’y a plus ni dehors ni dedans. Nous sommes l’un et l’autre, en deux points diamétralement opposés qui seraient en même temps le même, en paix avec le néant. »

[...]

Parler de la joie des oiseaux semble tout d’abord inapproprié, philosophiquement inadéquat. En effet, la joie est proprement humaine. Spinoza : « La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection. » L’oiseau a priori ne passe pas d’une moindre à une plus grande perfection. Mais n’y aurait-il là qu’un anthropomorphisme déplacé ? Si la joie n’existe pas comme telle, comme sentiment, qui plus est consciemment médité, chez l’oiseau - qui pour le nier ?-, n’est-elle pas malgré tout en soi présente chez ces valeureux volatiles ? Car comment expliquer que les hirondelles se mettent à giroyer avec davantage d’aise et d’intensité et à crier lorsque le temps est au beau fixe, et non quand il pleuviote, ou comment expliquer de même que le merle se mette à chanter alors qu’il sent venir le printemps ? N’est-ce pas dans ces cas, et de nombreux autres, que l’oiseau sent son être devenu plus parfait, ou en tout cas habité par une plénitude et une chaleur bénéfique qu’alimente la Nature-soleil, ce dieu de feu ? Dans la plénitude de leur être ne voit-on pas se mirer notre joie intime, ou plutôt ne voyons-nous pas miroiter en eux la cause, infinie, de notre joie la plus profonde ?

[...]

Olivier-Pierre Thébault
Saint-Denis de Jouhet, été 2012
L’Infini, Printemps 2013 (N° 122)

L’intégrale de « La joie des oiseaux ».

Olivier-P. Thébault sur Pileface

Notre grain de sel

« D’autres analogies ou comparaisons peuvent venir en foule nourrir de leur feu fourni le cours de l’argumentation » n’a pas manqué de souligner l’auteur. Chacun peut en effet compléter, comme il lui plaira, la carte pourtant exceptionnellement somptueuse proposée par l’auteur. Comme Olivier-P. Thébault nous invite à le faire, voici deux ou trois correspondances additionnelles en post scriptum :

La joie des pingouins...

La première correspondance de notre post-scriptum est puisée dans l’actualité. L’auteur ne pouvait pas prévoir le buzz déclenché par « Le pingouin », le titre d’une chanson de Carla Bruni, ex première dame, inséré dans son album à paraître le 1er avril. Poisson d’avril pour ce drôle de volatile ? Non ! "Avec Carla, c’est du sérieux..." avait dit Nicolas Sarkozy en son temps. Non, une caricature, une charge à l’encontre de l’hôte de l’actuel de l’Elysée ? Les pingouins - s’en donnaient déjà à cœur joie dans les dessins humoristiques de Xavier Gorge [8] dans les colonnes du Monde, les célèbres « indégivrables ». Le pingouin est un volatile pataud mais sa verticalité, sa silhouette le rapprochent de nous. Et il n’a pas sa langue dans sa poche pour épingler les travers des humains. Carla Bruni non plus. Attention ! Femme blessée, femme dangereuse. Déjà, la compagne de l’actuel président s’était illustrée par un gazouillis vengeur au doux nom de tweet et au hiéroglyphe d’oiseau bleu. C’était direct et sans humour, mais efficace.
Là, c’est moins direct, mais très ciblé. Avec l’irruption du pingouin dans son quatrième album, Carla Bruni a-t-elle voulu briser la glace se demande Marc Fourny dans Le Point ? La métaphore aviaire permet de dire beaucoup en se moquant. Le pingouin n’a pas de nom, mais chacun peut lui en donner un, à sa guise :

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Le portrait officiel de François Hollande par Raymond Depardon.
Dans les jardins de l’Elysée

« ni laid ni beau, l’pingouin, ni haut ni bas, ni froid ni chaud, l’pingouin, ni oui ni non" [9]

« T’as l’air tout seul dans ton jardin » [10]

« Il prend son petit air souverain/Mais j’le connais, moi, l’pingouin/N’a pas de manières de châtelain/Hé, le pingouin ! Si un jour tu recroises mon chemin/Je t’apprendrai, le pingouin, je t’apprendrai à me faire le baise-main". [11]

Pan sur le bec ! C’est ainsi que le jovial pingouin apprit à ses dépens que femme blessée peut voler dans les plumes et donner de la voix sans en avoir beaucoup.

La joie des oies sauvages est communicative...

C’est la deuxième correspondance que nous vous proposons puisée aussi dans l’actualité récente. La joie des oies sauvages serait-elle communicative ? On peut le croire en contemplant les fous rires du peintre chinois Yue Minjun, exposés jusqu’au 25 mars à La Fondation Cartier. Mais attention, entre le rire et le cri, la frontière est ténue dans ses œuvres.


01. Yue Minjun, Sky, 1997, huile sur toile, 200 x 280 cm Private collection, Europe. ©

02. Yue Monjun, Eternal Goose

03. Aphrodite à cheval sur une oie, 480 av. J.C. (British Museum)

04. Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède(Selma Lagerlöf).

Faire glisser le curseur pour découvrir les autres images

Demeure que l’oie sauvage est très présente dans la tradition chinoise. A Xi’an - la ville de l’armée en terre cuite de l’empereur Qin Shihuangdi - « La grande Pagode de l’Oie sauvage » construite sous les Tang est devenue l’emblème de la ville. Présente aussi dans le "Qi Gong de l’Oie Sauvage", cette gymnastique traditionnelle chinoise associant mouvements lents, exercices respiratoires et concentration, une science de la respiration fondée sur la connaissance et la maîtrise de l’énergie vitale, et venue de la tradition taoïste [12]. En Chine, l’oie est considérée comme un principe yang qui illumine la nature et pour les Tchéous l’oie symbolise le mariage, le mari doit offrir une oie lors de la signature du contrat de fiançailles, une vieille tradition médiévale : « un signal, un message pour faire comprendre à une jeune fille choisie par un jeune homme qu’elle devait, devant le présent d’une oie qui lui était fait, mettre un terme aux résistances de la pudeur sexuelle, à l’exemple de ces animaux sauvages au début du printemps. » [13]. En Russie, en Asie Centrale et en Sibérie, le terme d’oie est aussi utilisé métaphoriquement pour désigner la femme désirée [14] et déjà Aphrodite a été représentée chevauchant une oie [15] ou sur un char tiré par des oies blanches ou des cygnes [de la même famille que les oies]. Chez les anciens Grecs l’oie ou le cygne sont porteurs de la même symbolique [16].

En Egypte, les oies sauvages étaient considérées comme des messagères entre le ciel et la terre. L’avènement d’un nouveau roi était signalé par un lâcher de quatre oies sauvages aux quatre coins de l’horizon. [...l’union de la terre et du ciel pour une ère paradisiaque...!] Et le vieux jeu de l’oie qui avait réussi à se perpétuer jusqu’à l’invasion des jeux électroniques serait à l’origine un jeu de divination...

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Black bird

Et la perfide Albion ?

La troisième correspondance que nous vous proposons est puisée dans la langue anglaise. Examinons quelques uns de ses dictons, ces condensés de l’esprit d’une langue. C’est ainsi que « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » se dit « a bird in the hand is worth two in the bush »,
que « faire d’une pierre deux coups » se dit « to kill two birds with one stone »
et « qui se ressemble s’assemble » devient « birds of a feather flock together »

Est-ce à dire que les Anglais aiment encore mieux les oiseaux que les affidés du coq gaulois ? Peut-être bien que oui. C’est ainsi qu’au temps de La Boum, un séjour en Angleterre m’apprit que les Anglais utilisaient le mot « bird » pour dire « nana », l’objet/le sujet de mon désir, une jolie nana, ...une oiselle de paradis en somme.

Et côté cinéma, un Anglais nommé Hitchcock n’est-il pas l’auteur du film « Les Oiseaux »

Des oiseaux d’épouvante, certes, mais il n’y a pas que des oiseaux de paradis dans le ciel, il y a aussi les oiseaux de proie, les oiseaux de mauvais augure... et l’auteur l’a souligné « les noms d’oiseaux servent dans les deux sens, pour exprimer le meilleur ou le pire » et illustré cette dualité par différents exemples, mais le cinéma, et Les Oiseaux de Hitchcock, ne seront pas évoqués. Dommage ! Le cinéma de Hitchcock dans cette métaphore du viol est aussi une talentueuse illustration de la face noire des oiseaux. Mais l’auteur nous avait prévenu : "D’autres analogies ou comparaisons peuvent venir en foule nourrir de leur feu fourni le cours de l’argumentation... »

Et pour finir une note de poésie

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Antonio Ferragut, Ocells esquius III, 2010,
Acier Corten 47 x 44 x 31 cm
avec ce haïku de l’artiste :
<< Brise d’après-midi :
caresse des jambes
héron dans l’eau >>

Alors que l’hiver et sa froidure vient de remontrer le bout de son nez avant l’arrivée du printemps :

Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Théophile Gautier
Fantaisie d’hiver

Comme la joie des oiseaux, les pas étoilés des oiseaux me transportent en paradis.

*
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La joie des oiseaux
*

La colombe de la paix de Picasso

Avril 1949, Aragon et Pierre Daix(*) viennent solliciter Picasso pour une affiche destinée à annoncer le « 1er Congrès mondial pour la paix ». Picasso indique un carton à Aragon « Tiens regarde la dedans ! » Et Aragon de « monter au plafond » nous dit Pierre Daix, quand il découvre la « colombe » au rameau d’olivier, devenue depuis symbole universel de la paix. En fait, un pigeon sur le dessin original ! Comme les pigeons blancs que Picasso garde en cage dans son atelier et ceux des arbres de son enfance à Malaga .


1957 : Plusieurs versions de L’atelier (les pigeons), dont celle-ci :



Dora Maar, et la cage aux oiseaux dans l’atelier de Picasso
ZOOM... : Cliquez l’image.

(*) Pierre Daix (1922-), journaliste et écrivain, il adhère au Parti communiste. Résistant, il est arrêté et transféré au camp de concentration de Mauthausen. Il sera rédacteur en chef des Lettres Françaises et collaborateur de Louis Aragon de 1948-1972, période où les chemins de Pierre Daix et Picasso vont se croiser dans les allées du parti communiste auquel adhèrent alors beaucoup d’intellectuels.


EDOUARD BREME - TRAITE DE SAGESSE DIONYSIAQUE

Cher amis,

Je fréquente depuis quelques années désormais votre site.

Une lecture découverte sur Paroles des Jours que je recommande vivement aux adeptes de votre site.

L’auteur est un ami, via Stéphane Zagdanski et Olivier-Pierre Thébault (et Dionysos donc).

Ce sont des extraits de son texte, bientôt disponible sur Amazon (nouveau titre : "Traité de sagesse dionysiaque").

Je me permets de faire une petite publicité pour lui, car il souffre vraiment de défendre ses écrits. Il a écrit ce texte à 25 ans.

http://parolesdesjours.free.fr/dionysiaque.pdf

Merci.

Bien à vous.

E. Breme

*

Edouard Breme, Edouard de Breme, @EdeBreme, Edouard de Mirand, E. d. M....,

promotion, autopromotion ?

Pourquoi pas !

Que ce texte soit accueilli par Stéphane Zagdanski, sur son site, vaut label « digne d’intérê t ».

En exergue :

"Il n’y a pas d’anéantissement, donc la jeunesse du monde
doit renaître de notre décomposition.
"
Hölderlin, lettre à Hegel

"L’homme parfait est sans règles"
Shitao

*

BERNARD BOUIN : NIETZSCHE, VENISE ET LA MUSIQUE

From : Bernard Bouin

Sent : Wednesday, March 6, 2013 11:51 AM

Subject : Musée de Rabastens ( Tarn)


La joie
ZOOM... : Cliquez l’image.

Vous trouverez ci-joint le carton d’invitation ( "La joie" 114 x 146 cm correspondant à la séquence musicale "Le convalescent" de l’oeuvre Richard Strauss) à mon exposition : Nietzsche, Venise et la musique au Musée de Rabastens (Tarn). [du 17 mars au 16 juin 2013]

Dans la première salle consacrée aux expositions temporaires du Musée, on pourra découvrir l’installation peinture-musique "Ainsi parlait Zarathoustra" d’après le poème musical de Richard Strauss et l’oeuvre de Friedrich Nietzsche. Ce sera également un hommage à Nicolas Poussin. Ce travail est dans la continuité de l’installation peinture-musique « Le Chant du jour » réalisée avec le violoncelliste Bruno Cocset en 2010.Les textes de Friedrich Nietzsche sont pris librement dans « Ainsi parlait Zarathoustra ». La composition de l’ensemble pictural suit la structure de l’oeuvre musicale de Richard Strauss, c’est le scénario......

En effet, j’aimerais que mon projet soit comme un éloge à la musique comme elle a été au centre de la vie de Nietzsche.Je suis donc revenu à Nietzsche par la musique...Je veux lier ainsi peinture, musique et philosophie.Bien sûr, il n’était pas question pour moi d’embrasser l’ensemble de l’oeuvre mais plutôt d’en donner ma vision personnelle.L’exposition se poursuivra dans la deuxième salle avec un ensemble de peintures récentes sur "Venise".

C’est à la suite du concert « Ainsi parlait Zarathoustra »de Richard Strauss (Dimitri Liss et Orchestre de l’Oural) au moment de la Folle Journée de Nantes en 2011 que j’ai imaginé cette œuvre de 14 peintures. J’ai donné aux peintures mes propres titres qui correspondent aux 9 séquences de l’oeuvre de Richard Strauss (un seul a été gardé à l’identique le dernier : Le chant du voyageur de la nuit).

On suivra donc les peintures en écoutant l’enregistrement choisi (Decca Herbert Von Karayan et Orchestre de Vienne 1959).

A cette fin, un écran placé dans la salle diffusera la Vidéo qui permettra de voir les peintures au rythme de la musique.

Pour voir le projet faire : http://www.bernardbouin.com/ainsi-parlait-zarathoustra/
Bien amicalement.
Bernard

PJ. carton d’invitation (pdf)

Bernard Bouin sur pileface


[1Hasard objectif ou nécessité absolue, je découvre, dans le numéro 116 de la revue L’infini, un entretien de Philippe Sollers avec Aliocha Wald Lasowski, intitulé Haydn, où le premier déclare, après avoir précisé que la « virtuosité » de Gould jouant des sonates de Haydn « évoque irrésistiblement la vie des oiseaux » : « Je suis à la limite d’une réserve d’oiseaux et croyez-moi qu’à six heures et demie du matin, si vous mettez une sonate de Haydn, vous êtes dans ce qu’on peut appeler le lever de la nature en oiseaux. » Mouvements intimes de la Nature à son lever « en oiseaux » et mouvements de la musique correspondent (au sens baudelairien du terme

[2J’ajoute que dans la même traduction se trouve également cette perle : « La Nature, en étant cultivée, fait rerour à la Puissance créatrice, la Puissance à son stade ultime s’identifie avec le commencement et, s’y identifiant atteint au Vide. Étant vide, elle est grande. Elle fusionne avec le bec de l’oiseau pépiant ; confondue avec le pépiement de l’oiseau, elle l’est aussi avec l’univers. » Le chant de l’oiseau sert ici de métaphore sensée et sensible à l’identification, grâce au Tao, avec le Vide, l’univers, l’unité existentielle.

[3Ici, je ne puis que renvoyer à mon livre Le Secret, pp. 133-4 où vous verrez s’intriquer savamment langage, langage des oiseaux, langage des anges et messianisme.

[4Ce dernier est « dérivé de moine par comparaison entre le plumage de l’oiseau et le vêtement des moines ; cf. l’ancien français moinet au sens de moineau », d’après le dictionnaire.

[5Je note au passage que ces trois oiseaux sont complémentaires et qu’avec eux l’on retrouve routes les facettes de l’oiseau, qu’il soit marin ou terrestre, migrateur ou non, diurne ou nocturne.

[6Sur cet aspect d’Athéna et les sens possibles d’aithuia, noramment dans le texte homérique, on consultera avec un profit certain l’étude de Marcel Détienne Le navire d’Athéna, et son livre, écrit avec Jean-Pierre Vernant, Les ruses de l’intelligence, la métis des Grecs.

[7Philippe Sollers leur rend hommage parfois, comme ici, p. 202 de L’Édaircie  : « Elles sont clairement divines. Leurs larges cercles, par pans inclinés rapides, sont un tissu d’équations. À cette heure, elles ne chassent plus le poisson, ne piquent pas vers l’eau, se contentent de voler pour voler, mais pas n’importe où, ici, rite et prière. C’est bouleversant de beauté. »

[8Je cherche juste à rigoler des absurdités de notre société plutôt que m’en désespérer.

[9« Monsieur ni oui ni non », est l’un des surnoms octroyés au chef de l’État.

[10comme le président lors de la photo présidentielle dans les jardins de l’Elysée

[11Tout rapprochement avec l’épisode de la passation de pouvoir mal vécu par le couple sortant ne serait que parfum de suspicion. L’actuel président n’avait pas eu l’élégance de raccompagner le président sortant jusqu’à sa voiture le 15 mai 2012, geste usuel de politesse et de courtoisie.

[12l’école taoïste Kun Lun qui remonte au troisième siècle de notre ère

[13Dictionnaire des symboles, Paris : Brepols, 1992

[14ditto

[15une assiette peinte trouvée à Kameiros, datée d’environ 480 avant J.C. en témoigne (exposée au Bristish Museum à Londres)

[16on peut aussi consulter sur pileface « Leda et le cygne » qui témoigne de l’influence de ce symbole dans l’art

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13 Messages

  • V. Kirtov | 3 novembre 2014 - 17:45 1

    2 Nov 2014 : « Mort de Pierre Daix, intellectuel engagé et ami de Picasso » titre le journal La Croix :
    « Il aura juste eu le temps de visiter le Musée Picasso rénové, comme un dernier salut à son ami de trente ans. L’écrivain Pierre Daix, grand spécialiste de l’artiste, est décédé dimanche 2 novembre, à l’âge de 92 ans. »

    « Facétieux » télescopage de l’actualité, tandis que le Musée Picasso de Paris ouvre ses portes, Pierre Daix sort. ...Pierre Daix, le découvreur avec Aragon de la Colombe de la Paix de
    Picasso, en fouillant dans l’atelier du peintre qu’ils étaient venus
    solliciter pour une affiche destinée à annoncer le « 1er Congrès mondial
    pour la paix » en 1949. Ce sera la colombe au rameau d’olivier – en fait un
    pigeon !
    Ils sont maintenant tous deux en paix.

    La colombe de la paix d Picasso


  • V.K. | 21 décembre 2013 - 07:52 2

    Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
    S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;
    Celui dont les pensers, comme des alouettes,
    Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
    - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
    Le langage des fleurs et des choses muettes !
    Baudelaire, Élévation :

    *

    Vol d’oiseau
    Oiseau voleur
    De prières
    Oiseau volage
    Ouvre la cage
    Et tombe
    Précieuse petite pierre
    Anna Maria Celli

    *

    S’en va compter les feuilles,
    celles qui s’accrochent encore à leur branche gelée, et se fardent d’un bref éclat de lumière ; celles aussi, petites mains mortes, recroquevillées, mordues par le temps, que l’on foule indifféremment, et qu’une quinte du vent balaie, petites mains mortes et tendues vers notre mémoire d’enfant.
    Anna Maria Celli

    Crédit : https://www.facebook.com/annamaria.celli.9


  • V. Kirtov | 30 novembre 2013 - 16:24 3

    La joie des oiseaux ?

    GIF - 232.3 ko
    Point de vue
    un pileface hivernal.

    Crédit : Guido Colombo


  • V.K. | 24 juillet 2013 - 22:50 4

    Diderot : Lettre à Sophie Volland de Langres où il s’est rendu à la suite du décès de son père le 4 juin 1759. Extrait de "MOI et DIDEROT (et SOPHIE)" de Henri LHERITIER, préface de Michel ONFRAY, Ed. Trabucaire, 2013 :

    "...Denis a une belle façon de parler de la mort à Sophie : N’avez-vous pas remarqué quelquefois à la campagne le silence subit des oiseaux, s’il arrive que dans un temps serein un nuage vienne s’arrêter sur un endroit qu’ils faisaient retentir de leur ramage ? Un habit de deuil dans la société, c’est le nuage qui cause en passant le silence momentané des oiseaux. Il passe et le chant recommence... C’est la seule réflexion que lui inspire le décès de son père, c’est beau et impersonnel. A lire ce passage avec circonspection, c’est trop primesautier pour la mort de quelqu’un qui le touche de si très. Le silence momentané des oiseaux, cela ferait un beau titre de roman.

    Ecrivez-le ou lisez le livre d’Henri LHERITIER, "...ses poussées libidinales, inénarrable obsédé textuel, et autres morceaux d’anthologie littéraire " nous dit Michel Onfray. "Moi et Diderot (et Sophie) " Quel titre ! Quelle audace ! Quelle ambition [...] écrire avec Diderot, tutoyer Diderot, s’immiscer dans sa corres^pondance, intervenir dans ses dialogues, fréquenter ses amis, commenter ses commentaires ! Il fallait oser ! Henri Lhéritier l’a fait et c’est tant mieux" nous dit son éditeur. Il nous fait partager l’intimité de Diderot en le suivant tout au long des 186 lettres qu’il a adressées pendant 15 ans à Sophie Vollant.

    Lecture de vacances jubilatoire !


  • D.B. | 29 avril 2013 - 22:10 5

    Cage, oiseau, musique ?
    Que nous dit Céline de ses propres "cages" ? La fièvre ? "Je bourdonne toujours et tellement des deux oreilles que ça peut plus m’apprendre grand-chose." La folie ? "j’ai déliré plus vite qu’elle, je l’ai baisée, je l’ai possédée au "finish"... Mais ajoute-t-il, "ma grande rivale c’est la musique, elle est coincée, elle se détériore dans le fond de mon esgourde... Elle en finit pas d’agonir[...] Je possède encore en moi tout seul une volière complète de trois mille cinq cent vingt-sept petits oiseaux qui ne se calmeront jamais..." Mort à crédit


  • A.G. | 29 avril 2013 - 14:21 6

    Ouvrons L’étoile des amants. L’héroïne, Maud, vient d’écouter Mood Indigo enregistré par Duke Ellington en 1945 :

    « Trois mouettes flottent sur l’eau bleue, j’embrasse ses cheveux, je sors.
    Le prochain disque sera un Charlie Parker, " The Bird ", l’Oiseau. Il y en a des tas, dans la vieille armoire, à gauche. Plein ciel, celui-là acrobate en feu.
    Les étoiles, les oiseaux, l’air, les mots : c’est notre voyage. »

    Écoutez.


  • anonyme | 21 avril 2013 - 03:35 7

    La même, en damoiselle ailée et parée de ses plumes rieuses :
    http://www.youtube.com/watch?v=3QVEQ6XZ3V8
    (Siouxsie & The Banshees Painted Bird)

    « on lead poisoned wings you try to sing
    freak beak shrieks are thrown at your confusing hue
    the peacock screaming eyes show no mercy no mercy

    painted bird it’s absurd
    just a tainted bird hurting their twisted nerve

    […]

    i hear your sorrow maybe tomorrow
    you’ll lose you sorrow
    when a fated weather will cleanse away
    that painted feather and all that sorrow

    a coquette in fur purr for the painted bird
    confound that dowdy flock with a sharp honed nerve
    because we’re painted birds by our own design
    by our own design there’s no more sorrow

    have you heard about the painted bird
    just a tainted bird hunting their twisted nerve

    we’ve lost our sorrow now it’s tomorrow
    no need to hide your feather under a fated weather
    no more sorrow...

    now we’re painted birds mocking that twisted nerve »

    Olivier-Pierre


  • A.G. | 16 avril 2013 - 17:13 8

    Poème de Mao, traduit par Philippe Sollers, Tel Quel 66 (Eté 1976)

    DIALOGUE D’OISEAUX 1
    automne 1965
    Sur l’air de Nien-nu-chiao

    L’oiseau peng déploie ses ailes
    90 000 lis
    Tourbillon vrllle spirale
    Son dos portant le ciel bleu
    Il regarde en bas
    Partout villes murailles
    Flammes déchirant l’air
    Balles défonçant la terre
    Un moineau effrayé dans l’herbe
    — Que faire je voudrais voler
    — Mais où ça ?
    Le moineau : — il y a une montagne magique, on palais de jade,
    ne vois-tu pas qu’il y a deux ans,
    sous la claire lune d’automne,
    on a signé on traité à trois ?
    Et, eu plus, y a de quoi manger,
    patates bieu cuites au goulasch !
    — Assez ! Arrête de péter comme ça !
    Tu vas voir le chambardement ciel-terre !

    Traduction de Philippe Sollers.

    1. Renversement d’un récit de Tchoang-tseu dans le Siao yao yeou (Divagations). Les oiseaux sont ici Mao (l’oiseau géant peng) et Khrouchtchev (le moineau). Thème : l’illusion jouisseuse des Russes et, en général, des révisionnisles, C’est bien de péter qu’il s’agit (certains ne manqueront pas, paraît-il, d’être choqués de cette trivialité dans un poème). Le « traité à trois » : sur l’interdiction partielle des essais nucléaires entre les USA,la Grande-Bretagne et l’URSS (1963).


  • V. K. | 13 avril 2013 - 21:27 9

    Avril 1949, Aragon et Pierre Daix viennent solliciter Picasso pour une affiche destinée à annoncer le « 1er Congrès mondial pour la paix ». Picasso indique un carton à Aragon « Tiens regarde la dedans ! » Et Aragon de « monter au plafond » nous dit Pierre Daix, quand il découvre la « colombe » au rameau d’olivier.... En fait, un pigeon...!
    Voir archive vidéo ici


  • V. K. | 8 avril 2013 - 22:24 10

    ...avec Antonio Ferragut et sa série "Ocells esquius" :

    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, Ocells esquius XV
    Etapes de polissage du marbre des oeufs

    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, Ocells esquius V, acier corten
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Alberto Ferragut, Ocells esquius XV
    Le sculpteur façonnant les oeufs de la sculpture XV

    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, Esquius Ocells XIV (oiseaux insaisissables)
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, notes pour Ocells esquius XV
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, note pour sculpture petit format : Ocells esquius XVI
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, : Ocells esquius VIII (detail) Oiseau né dans la fourche d’un arbre (j’imagine)
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, Ocells esquius XII (fragment)
    J’entends le put-put
    des élégantes huppées

    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Antonio Ferragut, une nouvelle pièce dans la série des oiseaux
    ZOOM... : Cliquez l’image.
    Hirondelles affrontant une tempête de neige au Canada.
    Se blottir ensemble pour se tenir au chaud. (Photo par Keith Williams)

    ZOOM... : Cliquez l’image.

    ...en guise de petit poème (poemilla) / "poèmette" sur la série des Oiseaux :

    « bruyants,
    insaisissables,
    dérangeants,
    curieux,
    ils m’accompagnent
    les Oiseaux. »

    Antonio Ferragut
    http://www.toniferragutescultor.com


  • V. K. | 7 avril 2013 - 10:21 11

    Les pingouins manifestent...


  • A.G. | 23 mars 2013 - 14:48 12

    Ô nature ô ma tante " semble clamer l’oie...

    Autant des "roses de la vie" et "sapin du soleil et liane", dont les "jeux" constituent "l’enclos" et comme la "cage" des passereaux... et les "troupes d’oiseaux" ("ô iaio iaio") qui chantent naturellement dans ces voyelles..., dans la parole qui parle. Homère : " Quelle parole s’est échappée de l’enclos de tes dents ? " — Jeux enclos... jusqu’à l’agréable palais de Jupiter.

    Ce savoir particulier est essentiellement poétique : par anticipation l’être révolu est , écrit Heidegger, " l’élan de l’être-là à l’encontre de sa possibilité extrême, et dans la mesure où cet " élan à l’encontre de " est sérieux, l’être-là est rejeté durant cette course dans l’encore-être-là de lui-même ".

    Avec Plates-bandes d’amarantes... se découvre pour la première fois le savoir jamais vu qui donne une dimension insoupçonnée à la musique des grandes proses de Une saison en enfer et des Illuminations. Encore faut-il faire crédit à Rimbaud de l’intelligence de ce qui se dissimule sous le cliché : la nature et les femmes.

    "Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartai du ciel d’azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d’or de la lumière nature. De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible" (Alchimie du verbe dans Une saison en enfer).

    Que Rimbaud se crédite d’un savoir singulier sur cet "enclos" et tel qu’il en joue avec une totale désinvolture, la lettre, dans laquelle en mai 1873, il annonce à Ernest Delahaye qu’il travaille à Une saison en enfer ("je fais de petites histoires en proses") en porte, graphiquement, témoignage. Elle est accompagnée cette fois, non plus de poésies mais d’un dessin où Rimbaud s’est représenté dans la nature, et, vigoureusement armé, poussant devant lui une oie.

    Le dessin est surchargé de trois commentaires écrits : " Ô nature ! Ô ma mère ! " — " ô nature ô ma soeur ! " - enfin " ô nature ô ma tante " que semble clamer l’oie. [...] " (M. Pleynet, Rimbaud en son temps, p. 142-144).

    Rimbaud, Lettre à Delahaye, mai 1973. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

    Voir Richesse de la nature.


  • V. K. | 22 mars 2013 - 12:01 13

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    Berthe Morisot L’Oie, 1885

    Dans « notre grain de sel », nous avions souligné le thème de l’oie chez l’artiste peintre chinois Yue Minjun. Et voici que dans les jours qui suivent, comme un chien à l’arrêt, me voilà campé devant un grand panneau décoratif, grandeur nature : une oie en bordure d’un lac. Un tableau signé Berthe Morisot au musée Marmottan à Paris. Pas que le thème de l’oie soit mon quotidien, ...ni en foie gras dans une assiette, mais vous l’avez-vous aussi sans doute constaté : un thème, un mot inusuels chez vous, sur lesquels vous avez eu l’occasion de porter une attention particulière, vont surgir à nouveau de façon inattendue dans votre quotidien alors que vous ne les aviez jamais ou si peu rencontrés. L’inaperçu jusque-là devient aveuglant !

    Comment est né ce tableau ? Quelle place occupe-t-il dans l’œuvre de Berthe Morisot ? Clic sur le guide audio : « Entre 1882 et 1883, Berthe Morisot et Eugène Manet font construire un hôtel particulier rue de Villejust (aujourd’hui rue Paul Valéry), dans le XVIème arrondissement de Paris,
    Ainsi pour décorer son nouveau salon, l’artiste entreprend une série de quatre panneaux décoratifs dont seule « L’oie », exposée ici, est finalement réalisé. Pour ce panneau Berthe multiplie les études. C’est surtout au Bois de Boulogne quelle trouve l’inspiration. D’une part elle y étudie les rives du lac et notamment le motif des roseaux pour composer le fond de son panneau. D’autre part, elle y observe les cygnes, les canards et les oies pour camper les volatiles de son décor grandeur nature.
    Par ses dimensions exceptionnelles, « L’oie » illustre l’intérêt nouveau de l’artiste pour la grande décoration ; ce genre passionne alors les impressionnistes sans pour autant que les autorités publiques ne leur passent de commandes officielles.

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    Couverture : Edouard Manet, Portrait de Berthe Morisot étendue, 1873.

    Arrêt à la librairie du Musée à la sortie avec acquisition de cet opuscule « Mallarmé-Morisot, correspondance 1876-1895 ». Une oie en cachant une autre, à l’intérieur, une pointe sèche de 1889, reprend le panneau de 1885 à quelques modifications près. Un exemplaire de cette pointe sèche apparaît dans une ventes aux enchères de 2005 (Piasa) avec ce libellé « Très belle épreuve sur vergé crème, timbrée (et numérotée. Grandes marges. Tirage à 25 épreuves. » (Estimation 400/500€).

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    Le thème sera également repris dans un autre tableau de 1889 : « La Fille dans un Bateau avec les Oies », 1889, exposé à La Noational Gallery of Art, Washington.

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    Berthe Morisot La Fille dans un Bateau avec les Oies, 1889

    De l’oie au cygne, nous le savons, nous restons dans la même famille (comme chez les Manet où Berthe - Mme Eugène Manet - est devenue la belle sœur d’Edouard Manet qui la célébrait). Berthe prolongera le thème et illustrera avec son « Cygnes ».1888) le poème « Le cygne » de Mallarmé.
    [On lui doit aussi « Sur le Lac » ou « Petite fille aux cygnes », 1884]