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Pile ou Face ? Variations sur le nu féminin

Philippe Abergel, Dali/Gala, Maillol/ Dina Vierny

D 8 novembre 2012     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Variations d’une part avec « Muses et Musées » par le photographe Philippe Abergel.

D’autre part avec « Muses et Artistes », sur les pas de Gala et Dali à Port Lligat de Cadaqués en Catalogne espagnole ainsi que Dina Vierny et Maillol à Banyuls en Catalogne française.

Deux artistes catalans avec une muse d’origine russe. Gala,la muse d’une vie, pour Dali, née Elena Dmitriena Diakonova à Kazan [1] et surnommée Gala dès le berceau [2]. Dina Vierny, la jeune muse de Maillol des dix dernières années de sa vie est née Dina Zviguilsky, à Odessa en Ukraine.

Aussi de l’influence des lieux sur la création : la maison de Dali à Port Lligat dont il disait « Il est impossible de comprendre ma peinture sans connaître Port Lligat. » Une maison folle, isolée, dans une crique idyllique.
La « métairie »-atelier de Maillol, dans l’arrière-pays de Banyuls est tout aussi isolée mais à l’inverse, austère et rustique, noyée dans les arbres et les oliviers pour la protéger du soleil, au bout d’un long chemin de terre en cul de sac, le ruisseau est à sec, le sol est sec. Maillol aimait s’y réfugier. Il y créait ses œuvres dans son atelier intérieur ou « en extérieur » dans la nature environnante.

14/09/2014 : Ajout section « In Voluptate Mors
 »

L’esprit des lieux, muses et musées

Par le photographe Philippe Abergel. Il réalise depuis de nombreuses années des reportages et des reproductions pour les plus grands musées et les galeries. Il oriente son travail de recherche personnel vers des sujets sur l’architecture, les lieux et le nu.

Une sélection pileface :



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Les musées sont des lieux magiques.
Les musées sont des îlots de paix dans les villes.

Je suis parti d’un rêve : celui de rester enfermé dans un musée, et de me laisser imprégner des couleurs des odeurs et des sensations que procure la force desœuvres majeures. De piéger les apparitions de ces êtres que l’on appelle des muses.

C’est un hommage que j’ai voulu rendre à ces musées et aux artistes qu’ils hébergent ; aux hommes, aux femmes et au rêve, qui sont, souvent, à la source de l’envie, de l’amour et du désir de créer.

J’ai eu envie de redonner une vie imaginaire à des œuvres qui sont nées dans l’energie de leur créateur et qui sont maintenant là , posées comme des icônes immobiles . J’ai eu envie de jouer avec des artistes sacrés que j’admire profondément mais avec qui je voulais me “frotter”.

Ce projet, qui s’articule autour d’une trilogie qui inclut le musée, l’artiste représenté et “ une muse”, à débuté en mars 2002. J’ai travaillé jusqu’à présent sur 10 lieux au Mamiya 6x7 sur film Fujichrome.


Philippe Abergel

 


Muses et artistes

Octobre en pays catalan espagnol et français sur les pas de Dali à Port Lligat de Cadaques et de Maillol à Banyuls.

DALI / GALA


01. Gala de dos, face à la baie de Port Lligat, 1955

02.

03. Gala - Fundacio Gala-Salvador Dali, Figueras

04.

05.

06. La crique de Port Lligat vue de l’intérieur de la maison.

07. Dali de dos peint Gala de dos face au miroir. A g., la baie vitrée de la photo précédente.

08. La maison de Port Lligat, Ph. JORDI PUIG

09. Oeuf sur le pigeonnier.

10. Autre vue du pigeonnier, Ph. V.K.

11. Dans le jardin de Port Lligat

12. Gala appuyéé sur Dali,dans le jardin. En haut, le pigeonnier, Ph. DESCHAMPS

13.

14. Dali et Françoise Hardy, Port Lligat, octobre 1968.

15. L’obsession de Dali, d’avoir tué son frère...

16. Dans la chambre de Dali et Gala. Hors cadre, à g. deux lits jumeaux rouge.

17.

18. Leda atomica, 1949, Fundacio Gala-Salvador Dali, Figueras

19. A distance (20 m.), devient le portrait d’Abraham Lincoln. Musée de Figueras

20. Gala et Dali, Ph. BETMANN CORBIS

21. « Pourquoi portez-vous une moustache ? - Afin de passer inaperçu... »

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Gala

« Je veux que vous me fassiez crever »

Gala

« C’est une muse redoutable. Mi-ange, mi démon, elle a envouté les hommes de sa vie, mais terrifié son entourage » nous dit Dominique Bona [3]. Epouse de Paul Eluard, maîtresse de Marx Ernst, la rencontre Dali-Gala a lieu à Cadaqués, l’été 1929 poursuit Dominique Bona. « Accompagnés de leur fille, les Eluard sont venus au bord de ma Méditerranée en convalescence amoureuse Eluard tente de récupérer l’amour en miettes de Gala qu’il vient de soumettre lui-même à la tentation du partage. Marx Ernst en a profité et Gala s’est laissée subjuguer. Max l’a peinte sous toutes les coutures sur les murs et les portes de sa maison d’Eaubone, transformée en cathédrale dédiée à l’amour de Gala. Une sainte païenne magnifique et nue qui peine à se remettre de cet épisode.
L’été brûlant de Cadaqués. La beauté des criques et la simplicité biblique du paysage enchassent un coup de foudre, qui restera dans les annales des histoires d’amour. Gala la Russe, comme l’appellent les surréalistes, envoûte littéralement le jeune Dali. Elle rend les armes devant sa jeunesse (dix ans de moins qu’elle), ses yeux de jais, ses éclats de rire phénoménaux et son accent où roulent des cailloux.[...] A sa question de chevalier servant. « Que voulez-vous que je vous fasse ? », la moins mièvre des muses, allongée sur un rocher brûlant répond : « je veux que vous me fassiez crever. »
Paul Eluard, repart seul avec sa fille.

Gala va devenir la muse, maîtresse, épouse, impressario, elle est consubstantielle à Dali qui dit : « Sans elle, je ne sais ni respirer, ni marcher, ni descendre un escalier ». Si Gala disparaissait disait-il à son ami Louis Pauwel, personne ne pourrait prendre sa place. C’est une impossibilité absolue. Je serais seul. »

Pour Dali, Gala est LA femme, la seule qu’il ait con nue et aimée. Elle est la mère et l’amante ; La sœur incestueuse. Transgressant tous les tabous, il la voit comme son autre moi. La moitié de lui-même. Le reflet de Narcisse dans les eaux de la mémoire, nous dit aussi Dominique Bona.

Mais Gala, c’est aussi « Avida Dollars » comme l’a surnommé Breton. Et Soupault, l’a vite taxée de « gale ». Elle « intimide ou agace », « parle peu et sourit rarement »... Elle a pourtant jeté son dévolu et réussi des prises d’exception. D’où tient-elle son pouvoir ? Peut-être de Kazan d’où sont originaires, dit-on, les femmes réputées les plus voluptueuses de l’Orient. [4].

*

Port Lligat

Il est impossible de connaître ma peinture sans connaître Port Lligat.

Dali

Une petite baie bucolique vous attend là comme aux premiers jours de la création, ou presque, quelques barques de pêcheurs amarrées sur le quai de pierre ou sur le sable, la « barque de Gala » vous attend sur la placette devant l’entrée réservée aux visiteurs. Ils sont peu nombreux en ce mois d’octobre, l’endroit est paisible, une grande bâtisse éclatante de blancheur, est dressée là, en escalier, les tronçons suivant la pente de la côte rocheuse sur laquelle la maison de Dali est bâtie. Des percées vitrées dans le mur donnent sur la mer. De l’intérieur, les points de vue sont autant de tableaux naturels et vivants de la baie. Ils disent le temps atmosphérique, l’heure, la lumière, la vie des pêcheurs. Ce n’est plus la petite cabane de 1930, là où était remisé le matériel de pêche. C’est en effet, cette année là que Salvador et Gala, s’y étaient retirés, parcourant les deux ou trois kilomètres qui séparent cette petite crique de Cadaqués , à dos de mulet, sur un chemin terreux et abrupt, avec des valises chargés de livres.

Dali est un enfant du pays, son père est natif de Cadaqués - autre perle - et y possède une maison familiale. Salvador avait l’habitude d’y séjourner, jusqu’au jour où son père l’en chassa. Suite d’une querelle née d’une provocation de Dali pour étonner ses amis surréalistesparisiens : sur un chromo acheté sur la rambla de Figueras, représentant le Sacré-Cœur, il avait écrit : « Parfois, je crache par plaisir sur le portrait de ma mère ». Trop, c’est trop, Maître Dali, père, notable de Figueras où il est notaire, se fâche. Salvador n’est plus le bienvenu dans la maison familiale de Cadaqués. Il s’achète alors cette fameuse cabane de pêcheur à Port Lligat, puis un mois après, une autre, puis d’autres voisines au fil du temps. Résultat cette demeure labyrintique aux nombreuses petites pièces et escaliers rattrapant le niveau du rocher pour passer d’une première construction à la suivante, attenante. Le tout marqué de la patte de l’artiste et de celle de Gala. Les bouquets de fleurs séchées qu’elle suspendait un peu partout sont toujours là - changés tous les deux ans... Dali et Gala sont partout dans cette maison. Ils sont encore là. C’est incontestable. Allez-y, vérifiez !

Le tout, dans un jardin d’oliviers avec beaux points de vue sur la baie, et agrémenté des œuvres délirantes du maître. Un œuf symbolique des obsessions du maître se dresse sur le pigeonnier, les oeufs de Castor et Pollux sont aussi là. Deux œufs à visage humain les symbolisent. L’un est entaillé , comme fendu par un coup de hache. Il a tué sin frère croît-il, en venant au monde. La mythologie de Léda et le cygne sera réinterprétée dans son tableau célèbre « Leda atomica », 1949 avec Gala en Leda. ...Une piscine, inspirée du chemin d’eau de l’Alhambra à Grenade, avec nombre d’œuvres folles à découvrir. Il y recevait ses amis.
Sept mois de l’année, la maison de Port Lligat se transformait en centre du monde dalinien. Les serveurs qui s’en occupaient et la gardaient en constituaient le premier cercle : on avait le droit d’y voir le maître « en visage de maison ». En 1971, il posa avec Gala et eux sur une photo intitulée La Calèche des oubliés [5]

Vous ne regretterez pas d’être venu jusque là, après avoir gagné Cadaqués par une unique petite route en lacets, avant de descendre sur la mer. Le goudron a aussi remplacé le chemin de mulet jusqu’à Port Lligat, mais le lieu a conservé toute sa beauté naturelle et les délires de Dali comme s’il était encore là, hier.

La maison de Dali à Port Lligat

Un documentaire de 27’ de François Chayé dans la série "Une maison, un artiste" (France 5) :

" Salvador Dali, le génie et le bouffon de Port Lligat "

L’émission : En 1930, Salvador Dali, jeune peintre espagnol, souhaite s’installer dans une maison en Espagne avec sa compagne, Gala. Mais celle-ci est une femme mariée. La situation provoque une rupture avec sa famille installée à Cadaques. Il décide alors d’acheter une petite maison de pêcheurs à deux kilomètres de la demeure familiale, au bord de la mer, dans la crique de Port Lligat. Au fil des années, le couple agrandit progressivement la maison en acquérant des bâtiments voisins dont ils conservent le caractère simple d’habitat de pêcheurs. Ce refuge du couple témoigne du génie et de la folie de Dali, un des plus grands artistes de l’art moderne. (notice de présentation du documentaire)

In Voluptate Mors

Cet assemblage de corps nus formant un crâne, repris depuis à de nombreuses occasions (dont cette affiche de Dom Juan à la Comédie Saint-Michel, en 2009), c’est Salvador Dali qui le conçut et dessina. Et Philippe Halsman le photographia comme portrait de Dali en 1951 à New York.
7 femmes qui ont posé pendant 3 heures pour s’approcher du croquis original de Dali. Variation sur le thème du sexe et la mort, l’œuvre est intitulée « In Voluptate Mors ».
Le making off de l’œuvre, ici : http://www.lense.fr/.../dali-derriere-la-photo-in.../

A lire, à voir


22.

23.

24.

Dali au Centre Pompidou

Du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013
Magistrale rétrospective Savador Dali
recréant l’univers délirant de l’artiste.

DVD de référence
Proposé dans la boutique de la maison de Port Lligat. Multilingue. Fonctionne très bien en français.

Dominique Bona, Gala, la muse redoutable, Flammarion/Grandes biographies, 2004

*

MAILLOL / DINA VIERNY


03. Dina en 1936, Ph. Pierre Jamet


01. Dina et L’Harmonie, vers 1943


02. Dina et Maillol, Ph. Pierre Jamet

04. Peinture à la métairie

05. Dina devenue galeriste. Le modèle et le tableau

06. Expo Marilyn à la Métairie, oct. 2012. Ph. Bert STERN

07. Les Trois Grâces, Jardin des Tuileries

08. La Méditerranée
<img src="http://www.pilefacebis.com/sollers/IMG/jpg/dina09.jpg" alt="" border="0">
09. Tombe de Maillol avec La Méditerranée devant La Métairie, Ph. V.K.

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« [J’ai rencontré Maillol en 1934, j’avais quinze ans, il en avait 73 [6]. C’est l’architecte Dondel qui a parlé de moi à Maillol. Il avait l’habitude de venir à la maison, aux séances de musique de chambre organisées par mon père.]

Et il a parlé de moi à Maillol en disant que je ressemblais à tout ce qu’il faisait et que je ressemblais aussi aux personnages de Renoir. Maillol m’a écrit une lettre : « Mademoiselle, on me dit que vous ressemblez à un Maillol et à un Renoir. Je me contenterai d’un Renoir. » Dondel m’a dit : « Il faut y aller.[...]. La première fois que j’y suis allée, [...] il y avait beaucoup de monde. On m’avait dit : « Il faut aller vers celui qui vous paraîtra le plus âgé. Alors je suis allée vers celui qui me paraissait le plus âgé pour le saluer, un homme avec une belle barbe blanche, mais ce n’était pas du tout Maillol, c’était Van Dongen ! Tout le monde a ri et c’est comme ça qu’on a brisé la glace.

Et alors, comment ça s’est passé avec lui ? Il a vu que vous étiez un Maillol ou bien un Renoir ?

Il a trouvé que je ressemblais en effet à tout ce qu’il avait fait. Et il a souhaité travailler avec moi...
[il ne sculptait plus. Avec moi, il a repris la sculpture monumentale]

Extrait de Dina Vierny, Histoire de ma vie racontée par Alain Jaubert, Gallimard / Témoins de l’art, 2006.

PLUS SUR MAILLOL et DINA VIERNY, ICI.


[1capitale de la République de Tatarstan

[2Dominique Bona, auteur d’une Biographie de Gala, cher Flammarion

[3auteur d’une biographie de Gala parue chez Flammarion, et d’un article « L’amante » dans le hors-série « C’était Dali », Le Figaro , à qui nous empruntons de larges extraits

[4Dominique Nora, L’amante, Hors série Figaro : C’était Dali, p. 91, 2012

[5Fiona Levis, C’était Dali, Hors série Le Figaro, p.72, 2012

[6Il décédera en 1944

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1 Messages

  • V. K. | 29 août 2013 - 12:07 1

    Salvador Dali, le génie et le bouffon de Port Lligat

    La maison de Dali à Port Lligat dans sa Catalogne natale mérite le détour, mais grâce à la vidéo de la série« Une maison, un artiste » récemment diffusée par France 5, et ajoutée à l’article ci-dessus, vous allez pouvoir la visiter sans faire le voyage. Néanmoins, si vous en avez l’opportunité, allez y.