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Sprezzatura et ses auteurs
Nota : Illustration en regard de cette page : BRONZINO, Présentation de Marie au Temple, 1598, San Martino, Lucques.
Q&R
R. : Je n’ai rencontré qu’une seule fois Sollers chez Gallimard pour la publication de mon livre. Je pense qu’il voulait savoir quelle était la main derrière le manuscrit qu’il avait reçu.
Q. : Un détail ? R. : Il connaissait parfaitement mon manuscrit (c’en était impressionnant). Il m’a interrogé sur une citation de Debord dans mon livre : "Ne m’appelle que pour une véritable révolution". Il a décroché le téléphone à côté de lui et dit "Oui, j’écoute." "Alors, Le Maguer, qu’est-ce que vous me dites ?" Nous avons alors parlé du détournement, du suicide de Debord, de l’enterrement catholique de Lautréamont en pleine Commune, etc. Bref, un entretien à vitesse maximale. Q. : J’ai commencé à lire votre livre : un style allègre, vif, démonstratif, un parti-pris de convaincre. CQFD. Argumenté, érudit, mené comme une enquête policière (section police scientifique) ...Jusqu’à apprendre l’hébreu après le grec pour que la démonstration soit la plus convaincante possible ! Réussi. Vous avez souligné le rôle qu’a joué Bernard Dubourg dans votre démarche, l’étincelle qui a mis le feu à la plaine... « Il suffit d’une étincelle ... » disait Mao. Mais l’étincelle ne fait pas la plaine, quelle était votre plaine ? R. : Merci pour vos compliments. Je m’intéressais (comme je m’intéresse toujours) à la littérature « classique » en général (dont la Bible faisait partie) mais aussi aux « avant-gardes ». C’est dans l’Histoire de Tel Quel de Forest que j’ai entendu parler de Dubourg pour la première fois (deux lignes). La chance a fait que quelques jours plus tard je suis tombé nez à nez avec ses ouvrages (je le raconte en introduction de mon livre). J’ai l’habitude de m’embarquer dans des aventures de longue haleine, c’est en tout cas le mode de fonctionnement que je me suis reconnu. J’ai travaillé dix ans sur le sujet (les nuits y furent courtes mais merveilleuses). Il s’agit de mon baptême en littérature : faire revivre un texte, le ressusciter. Je crois que la grande chance que j’ai (la reconnaître est une des figures de la sprezzatura) est que ce livre ouvre sur cent livres nouveaux. Je ne m’en suis rendu compte que très récemment. Je peux donc maintenant voguer vers d’autres îles. Q. : Dans la discussion inaugurale à la naissance de Sprezzatura, d’emblée vous faîtes référence à Guy Debord au sujet de l’individu au sein de La Société du Spectacle : « Il voudra sans doute se montrer ennemi de sa rhétorique, mais il emploiera sa syntaxe », c’est très pertinent, mais le chemin de Debord a été très emprunté. ..
R. : Vous avez raison de mettre cela sur le plan de la pensée et non - comme ON le fait toujours - sur le plan de l’action révolutionnaire, qui est une dimension à laquelle il est généralement réduit. Les deux sont en réalité complémentaires - je l’évoque dans mon article. Etrangement, pour prolongement de Debord, je pense à nos amis de Ligne de risque (sur des plans très différents mais extrêmement pertinents) qui, au passage, ont réservé un accueil enthousiaste à Sprezzatura. Je pense aussi à Stéphane Zagdanski qui a produit le seul véritable ouvrage de pensée sur Debord et dans le prolongement de sa pensée. Ce qui m’intéresse aussi c’est la dimension stratégique de Debord. Sa pensée est pensée de la stratégie et stratégie de la pensée. Il me semble d’une extraordinaire fraîcheur en ce sens (et Sollers, par exemple, ne s’y est pas trompé). C’est pourquoi mon article met en regard Debord avec le stratège le plus inventif de son siècle (que curieusement il ne cite jamais, mise à part une allusion dans une lettre à Lebovici). Q. : « Dans l’idolâtrie, et je crois avoir commencé de le montrer dans mon Portrait d’Israël en jeune fille, tout est en jeu, le temps, l’espace, tous les rapports pervers au temps, tout est en jeu à chaque fois. » dîtes-vous. Je crois que votre réflexion actuelle porte particulièrement sur le temps.
R. : Je ne peux répondre que brièvement car je suis actuellement en pleine réflexion sur ce sujet et les dimensions en sont multiples ainsi que non- réductibles (voyez Heidegger et l’ajointement des trois dimensions classiques du temps dans Temps et Etre). Cela rejoint la réponse sur mon livre. Toutes les réflexions théorisantes sur le temps m’ont toujours parues plates. Le pire étant celles que formulent les scientifiques (dont j’étais jusqu’à hier) même lorsqu’ils invoquent des dimensions philosophiques ou littéraires (cf. par exemple, les livres d’Etienne Klein). C’est le judaïsme qui m’a ouvert les yeux et les oreilles sur des intuitions fondamentales de notre rapport au temps, ou plutôt sur le rapport que le temps entretient avec nous. C’est donc mon point de départ. Beaucoup d’écrivains se sont penché sur le temps : Proust (en épiphanies), Nabokov (Ada), Sollers (Le Cœur absolu), etc. Mais je crois que personne ne l’a fait vivre massivement. Cela pose un réel problème de langage, tout en évitant l’illisibilité. Bref, ce livre (car ce sera un livre) est impossible, ce pourquoi il m’intéresse de tenter de l’écrire. J’ai le temps. Q. : Vos lectures en cours ou récentes ? R. : Mes (re-)lectures récentes : tout Sade. - Infiniment merci, Nota : mise en page écran : pileface A propos de l’auteurNote pileface [1]
Ultime diplôme de l’université ! Dans les jours qui suivirent, Sandrick Le Magueur a démissionné pour se consacrer à l’écriture. Il a traduit le Midrash sur les proverbes (Nouveaux Savoirs, 2005) et publié Portrait d’Israêl en jeune fille, Genèse de Marie (Gallimard/L’Infini, 2008) Portrait d’Israël en jeune fille - Genèse de Marie, (présentation) Gallimard, 2008 Le Midrash sur le Livre des Proverbes, (présentation) Nouveaux Savoirs, 2005 _______ Portrait d’Israël en jeune fille
VOIR SITErevue.sprezzatura.free.fr[1] reconstituée à partir d’informations disponibles sur le Net. M’interrogeant, suite à différents indices, sur son éventuelle démission, elle m’a été confirmée par S. L-M.
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