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François Meyronnis, Tout autre. Une confession

D 4 août 2019     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Paru le 26 septembre 2012.

Tout autre, Une confession
par François Meyronnis

Depuis que j’existe, je me suis tenu en dehors des normes admises. J’ai vu des gens, très divers ; mais le plus souvent dans un café, sans contrainte. Je n’ai jamais intégré aucun groupe social, ni fait partie de la moindre collectivité. Mieux : en quarante-huit ans d’exercice sur terre, je ne me suis jamais soumis à la loi du travail. Défense, une fois pour toutes, de prendre place dans la ruche ; et tant pis pour les gages, honoraires et autres rétributions.
Ma vie a toujours contrevenu à toute règle générale, et revêt aujourd’hui encore un aspect de contrebande. Je n’ai même pas eu à prendre ce pli, qu’on jugera sans doute mauvais : il s’est imposé à moi comme une nécessité, car vivre d’une autre manière m’eût été impossible.

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Librairie Mollat

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Interview par Frédéric Bonnaud

Le Mouv 21 novembre 2012

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Radio libertaire

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L’Express 28 novembre 2012-640.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Le Monde 30 novembre 2012.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Le Nouvel Observateur 22 novembre 2012.
ZOOM : cliquer sur l’image.
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« L’exception Meyronnis »

Cela débute comme un récit d’enfant rebelle ayant eu raison de tous ses dédains puisqu’à l’image de Rimbaud mais aussi de Lautréamont, il s’évade. Affranchissement des codes, franchissement des lignes, avènement à la parole en tant que parole, l’autoportrait que nous livre François Meyronnis dans Tout autre est celui d’un paria ayant réussi à déserter les impératifs catégoriques des familles et des sociétés. Paradoxe ultime de celui qui revendique son appartenance au groupe de ceux qui refusent le commun, le social, l’individu aplani par les idéaux universalistes et égalitaristes des Lumières. François Meyronnis est un autre, tous les autres et se retrouve tout autant dans cette lignée familiale qui le rattache à un prince toscan du XIIIe siècle qui aurait commis le sacrilège d’assassiner un prêtre, à ce rebelle corse de la Renaissance, Ferrante della Muracciole, que dans les légendes du peuple Dogon ayant érigé la figure du Renard pâle en mythe des origines de l’écriture.
L’unicité du soi est un leurre qui nie l’absolue singularité des expériences à travers lesquelles on arrive à se dessaisir de l’empire du moi, de la gangue étouffante qui nous assigne à l’identité du même. A l’image des mystiques touchant le puits sans fond du réel, Meyronnis trouve en l’écriture le remède, le pharmakon cher à Derrida, lui permettant de dépasser les limites de sa condition de vivant. Aux mortels qui s’engluent dans le brouillard d’une existence devenue aujourd’hui interchangeable, réduite à une pulsion comptable mortifère, l’auteur oppose la malédiction de celui qui, chamane, sorcier, peintre ou poète, fut élu afin d’embraser à travers les noms l’avilissement de toute langue réduite à la simple tâche de communiquer et de rassembler. À l’instar de Basquiat enjambant son propre squelette pour étreindre en lui la violence du réel contre lequel on se cogne, l’écrivain est celui qui "met la parole en état d’émulsion."
Tout autre se présente ainsi à nous comme le récit d’une scission à l’intérieur de soi mais tout aussi bien à l’intérieur de la République des Lettres elle-même qu’en compagnie de son acolyte, Yannick Haenel, François Meyronnis déserte depuis une quinzaine d’années. Première esquisse d’une histoire de la revue Ligne de risque qui reste encore à écrire, cette confession situe l’entreprise de leurs auteurs en marge de la production naturaliste qui leur est contemporaine et dont Michel Houellebecq, l’homme à la parka, constitue le fer de lance. En s’offrant comme un dialogue intertextuel ininterrompu avec tous les saints ressuscitables à souhait des anciens temps, des taoïstes aux prêtres védiques en passant par les talmudistes mais aussi par Rilke, Heidegger ou Jean Genet, l’oeuvre à la fois singulière et chorale de Meyronnis dont Prélude à la délivrance écrit en collaboration avec Haenel fut l’un des points d’orgue, constitue une exception de ce que la littérature française a pu produire de plus flamboyant depuis Bossuet. Ce qui est grand se tient dans la tempête.

Olivier Rachet

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La chronique de Yann Moix

Dans son autobiographie, l’écrivain français se révèle avec une grande finesse.

Être soi, jusqu’à l’indignation des autres, jusqu’à l’écœurement des institutions, c’est s’acclimater à la différence essentielle que nous incarnons tous, mais que bien peu atteignent, frappés de dogmatisme, abrutis de panurgisme, anesthésiés par le néant. Tout autre est le récit, « autobiographique », d’une obstination et d’une paresse : obstination à s’enfoncer dans sa propre étrangeté, à s’émerveiller des richesses prodiguées par son propre mystère, à se révéler soi-même à soi-même ; paresse d’imiter les semblables qui n’en sont pas, les figures collègues débarrassées de transcendance et faisant la moue devant le Verbe, les vedettes hilares qui finiront bouffées par les lombrics de l’anonymat.

Non pas tant suivre sa pente, mais descendre en soi, en des profondeurs inaccessibles aux camarades politiques, aux amis qui n’en étaient pas, à tous ceux pour qui la vie se résume à l’existence humaine au sein de la société « réelle ».

François Meyronnis, avec un courage qu’il s’agit de souligner à sa place, a fait vœu de pauvreté : non seulement financièrement, façon Péguy, mais ontologiquement, façon Husserl, mais spirituellement, façon Augustin. Il s’est placé en retrait, dans une enclave du monde spécialement dessinée pour lui, par lui, où sa subjectivité, son entêtement, sa pensée, sa littérature font contre vents et marée, très loin des loisirs et des parcs à thèmes, concurrence à la sécularisation ambiante.

Cette anfractuosité qu’il habite n’est pas la mise entre parenthèses d’une présence, l’insalubre cachette d’un complexé, le bunker névrotique d’un simple inadapté : mais le lieu de lutte de la parole, l’espace-temps préservé d’une conscience qui sécrète son propre tempo, à la manière des mystiques — la Parole, chez Meyronnis qui la reçoit pour la transmettre, se révèle dans la littérature.

L’écriture est un geste

Ce sont tous les mots de tous les (vrais) écrivains qui forment l’Israël portatif de celui qui, ici et maintenant, mélange dans cette « confession » le passé des souvenirs et le présent de la mémoire. L’écriture, pour Meyronnis, est un geste - ne méprisons pas ses répercussions sous prétexte qu’elles n’éclatent pas immédiatement au grand jour.

Y a-t-il jamais eu plus puissant ici-bas que quelques pages manuscrites ? Nous sommes là aux antipodes des élans publicitaires et des grimaces commerciales ; nous ne sommes pas, non plus, dans quelque pointilleux musée où, en des bains de formol, somnolent les vieilles gloires du patrimoine littéraire.

Du laboratoire de Meyronnis, qui frotte les joyaux des grimoires aux diamants des romans modernes, le silex de Moïse au silex de Lautréamont, s’échappe une poésie (c’est-à-dire une parole, c’est-à-dire une pensée) qui vibre, propage sa subversion sur la pierre glacée du monde, et frappe au cœur du système.

Appelons système l’ensemble des barrières, des obstacles, des barrages, mis devant les mots ; appelons système tout ce qui se met en branle pour que les mots ne forment plus que des phrases vidées de leur pouvoir de révélation, de leur latente apocalypse, de leur appétit de jaillissement.

Appelons système ce qui insulte le parti pris des choses et prend, avec un mauvais goût qui confine au ­crime, celui qui apporte la lumière pour un graphomane de l’ombre. Ce que nous donne ici Meyronnis n’est pas une leçon de vie : mais sa vie elle-même, infectée justement par zéro leçon. Il se révèle.

Yann Moix

LIRE AUSSI :
Angèle Kremer Marietti, Sur le livre de François Meyronnis, {Tout autre. Une confession} pdf
John Jefferson Selve, Généalogie de l’écart

Le blog du livre

A.G.

Première mise en ligne le 8 décembre 2012.

Dernier livre paru : Tout est accompli , 2019 (avec Yannick Haenel et Valentin Retz)


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