vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Christian Boltanski c’est quelqu’un !
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Christian Boltanski c’est quelqu’un !

D 27 janvier 2010     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Actualisé le 06-02-10.
MP3 restaurés le 13 mai 2014.

Christian Boltanski expose au Grand Palais jusqu’au 21 février [1] et, en parallèle au Mac/Val de Vitry-sur-Seine jusqu’au 28 mars [2]. Expositions troublantes et... controversées.
Dans un entretien paru dans le supplément au numéro d’art press de janvier, Richard Leydier lui demande :
« Votre exposition sous la verrière du Grand Palais s’intitule Personnes. Qu’y verra-t-on ? »
Réponse de Boltanski : « Beaucoup de monde. C’est pour cela que cette exposition s’intitule Personnes, au pluriel. Mais ce titre désigne tout à la fois quelqu’un et la négation de quelqu’un. Dans ce projet, il s’agit du passage entre « être » et « n’être plus », entre personnes et personne. »
Puis : « Derrière les expositions du Grand Palais et du Mac/Val, il y a Dante. Ces deux expositions sont deux cercles liés. J’ai vraiment pensé à La Divine Comédie. »
R. Leydier : « Après l’Enfer du Grand Palais et le Purgatoire du Mac/Val, un troisième volet nous emmènera-t-il au Paradis ? »
Boltanski : « Je rêve de terminer sur une pièce heureuse. Car il y a dans mon travail beaucoup plus d’humour qu’on pourrait le penser, surtout sur le versant dérisoire des choses. »

Présentation : Christian Boltanski : Portrait en trois temps de l’homme et de son oeuvre..

Ci-dessous : un diaporama, des entretiens radiophoniques et videos avec Boltanski, le Making of de Personnes, un aperçu de l’exposition Après, et quelques points de vue.

*

Personnes. Diaporama.




Photos A.Gauvin, 18 janvier 2010.

« Boltanski voudrait, pour son exposition au Grand Palais, qu’une grande grue dotée d’une sorte de mâchoire mécanique — un grappin de métal dont il me montre le schéma d’ingénieur — saisisse et relâche, alternativement, les lambeaux multicolores d’un tas de vêtements usagés, un très, très gros tas de vingt-cinq tonnes. On essaie ensemble d’imaginer combien de corps cela « fait », vingt-cinq tonnes de vêtements recueillis. On essaie d’imaginer ce jugement dernier à l’usage des marmots. Je pense quant à moi — Boltanski y pense-t-il aussi ? inutile de le lui demander, il a bien sûr recroisé tout cela depuis longtemps — que l’une des rarissimes photographies du camp de Treblinka montrait justement un appareil de ce genre, une grue avec sa mâchoire mécanique pour creuser les fosses où faire disparaître les corps. »

Il me dit : « C’est la mâchoire de Dieu. » Je l’interroge en retour : « Pourquoi as-tu besoin d’en appeler à Dieu ? » Il me répond : « Parce que je ne sais pas quoi dire. » Il appelle « Dieu » quelque chose qui serait plutôt la lutte à mort des vivants, perdue d’avance, avec la mort et le temps de la destruction. [...]

« Les enfants, on le sait, jouent à mourir, ils jouent également à ne jamais devoir mourir. L’installation de Personnes serait alors à regarder comme un gigantesque joujou, un objet d’enfance disproportionné. Un jouet inversé, un paradoxe, une miniature géante. Dérisoire monument obtenu par l’exagération enjouée de ce que tout enfant possède au fond de quelque tiroir, dans sa chambre : des vêtements mis sens dessus dessous, en tas, oubliés par la loi de la machine à laver, modestes objets de quelque survivance. Et la petite grue que l’on actionnait du bout des doigts en tournant une manivelle. »

Georges Didi-Huberman, art press, supp. au n°363, janvier 2010.

Photographie anonyme. Excavatrice de Treblinka, 1943.
Jérusalem, Yad Vashem archives.

*

Christian Boltanski s’entretient

1. Avec Arnaud Laporte le 21 janvier (39’35). Humour.

Crédit : Tout arrive.

*

2. Avec Laurent Goumarre le 21 janvier.

Etait également invité le chorégraphe Joseph Nadj qu’on entend dans la 3ème partie.

Extraits

1er extrait : l’actualité, les expositions : Personnes et Après (8’08)

2ème extrait : Dante, les deux cercles de l’Enfer, Je ne crois pas au Paradis, Dieu est mauvais (6’23)

3ème extrait : mettre ma vie en boîte, le film (3’43)

Crédit : Le RenDez vous.

*

Christian Boltanski - Monumenta

Entretien avec Sylvain Bourmeau (Mediapart).


Christian Boltanski – Monumenta 1/3 (Mediapart)
envoyé par Mediapart


Christian Boltanski – Monumenta 2/3 (Mediapart)
envoyé par Mediapart


Christian Boltanski – Monumenta 3/3 (Mediapart)
envoyé par Mediapart

*

Christian Boltanski Personnes Monumenta 2010

Entretien pour ARTNET.


Christian Boltanski Personnes Monumenta 2010
envoyé par ARTNET_france

*

Le making of de Personnes

Suivez Christian Boltanski pendant le montage de son installation inédite pour Monumenta 2010, dans un reportage signé Heinz-Peter Schwerfel.


Le making of de Personnes - Christian Boltanski
envoyé par monumenta

Christian Boltanski Après 2010


Christian Boltanski : Après
envoyé par ARTNET_france

*

« La légèreté est la plus belle chose »
Interview par VIncent Noce dans Libération du 30 janvier 2010
A l’occasion de son exposition « Personnes », au Grand Palais, à Paris, le plasticien Christian Boltanski a reçu « Libération » dans son atelier, à Malakoff, autour de deux bouteilles de vodka cerise.

*

La chute des corps selon Boltanski

par Philippe Dagen

Pour expliquer le fait que l’essentiel de leur art soit funéraire, des archéologues ont supposé que les Etrusques étaient obsédés par la mort. Si tel était le cas, il y a donc de l’étrusque dans Christian Boltanski. Que l’oeuvre et l’homme soient obsédés par le passage du temps, le vieillissement, la certitude de la disparition, cela se voit depuis très longtemps, depuis ses premiers travaux. Vers 1970, ses Vitrines de référence étaient des reliquaires bricolés, dédiés à lui-même, dérisoires et inquiétants à la fois. Dans les années 1980, sont venues des installations : Réserve Canada, Les Portants, Menschlich qui, pour les unes, évoquent de façon générale la succession des générations et, pour les autres, se réfèrent à l’extermination des juifs d’Europe.

En présentant simultanément Personnes au Grand Palais et Après à Vitry-sur-Seine, Boltanski réunit les sujets. Personnes, c’est le stade industriel de la mise à mort. La nef est jonchée sur toute sa longueur de vêtements étalés sur le sol de ciment et éclairés par des néons blancs. Une pince à cinq dents rouges monte et descend le long de ses câbles, à l’extrémité d’une flèche. Elle puise dans un immense tas de vêtements, les élève dans l’air et les lâche. Ils flottent en retombant, comme les corps d’une chute des damnés. La scène est éclairée par deux projecteurs d’une lumière crue de chantier. Un bruit très puissant et durement saccadé de machine-outil retentit sous la verrière. Il couvre les battements de coeur diffusés dans la nef par de petits haut-parleurs attachés à des poteaux d’acier bruni.

Les changements que, durant le montage, Boltanski a introduits par rapport à son projet ont accentué l’expression du tragique. Bien plus violemment que ces prédécesseurs dans la série des Monumenta, Anselm Kiefer et Richard Serra, il prend possession du Grand Palais et le métamorphose. En plaçant très bas les rangées de néons, il modifie la perception que l’on a de cet espace renommé pour son ampleur et sa lumière. L’accumulation de vêtements — des dizaines de tonnes ont été nécessaires — et le vacarme d’usine portent à son paroxysme l’idée d’un système inhumain. Il est impossible de ne pas penser au "canada", cet endroit où, dans les camps, étaient stockés et triés les effets de ceux qui avaient été gazés.

Personnes est une installation d’histoire, au sens où l’on parlait autrefois de peinture d’histoire. Boltanski, qui est né en 1944, appartient, comme Kiefer, à la génération des artistes qui avaient entre 20 et 30 ans quand ils ont commencé à entendre les historiens parler enfin clairement de la Shoah, du nazisme et, en France, de la collaboration. Le film de Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié, est sorti en 1969. Et La France de Vichy, ouvrage majeur de Robert Paxton, a paru en France en 1973. Toute une partie de l’oeuvre de Boltanski s’inscrit dans cette histoire collective. L’oeuvre y est pensée comme commémoration et avertissement à la fois, adressés au plus grand nombre par des moyens plastiques et sonores aussi intenses que possible.

Après est dans l’autre registre de l’artiste, à la première personne du singulier. Dans la très haute salle du MAC/VAL, il a construit des parallélépipèdes couverts de plastique noir qu’agitent légèrement des souffleries. Dans les ruelles obscures qui séparent ces volumes, des mannequins faits de quelques planches, de quelques tubes de néon et d’un manteau, posent au visiteur des questions.

La voix calme de Boltanski demande : "Dis moi, as-tu chié sur toi ?", "Dis moi, y avait-il une lumière ?", "Dis moi, comment es-tu mort ?" Tel est le principe en effet : on est après son propre décès, dans un lieu indistinct que l’artiste nomme "limbes". Ces interpellations, souvent très crues, ont la fonction que tenait, dans les vanités picturales d’autrefois, le crâne vide, le fruit pourri, la chandelle éteinte. La différence est dans la brutalité. Peints avec grâce, les plus effrayants symboles deviennent d’exquises natures mortes qui n’effraient plus. En frappant à coups répétés, en jouant de la pénombre, Boltanski fait tout ce qui est possible pour rappeler à ses contemporains combien ils sont menacés et éphémères. On ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir à objecter à ce rappel, si douloureux soit-il.

Philippe Dagen, Le Monde du du 16.01.10.

"Personnes", Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris 8e. De 10 heures à 19 heures les lundis et mercredis, de 10 heures à 22 heures du jeudi au dimanche. Jusqu’au 21 février. De 2 ? à 4 ?.
"Après", MAC/VAL, place de la Libération, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Tél. : 01-43-91-64-20. Du mardi au dimanche, de 12 heures à 19 heures. Jusqu’au 28 mars. De 2,50 ? à 5 ?.

La Vie possible de Christian Boltanski, Entretiens avec Catherine Grenier, Seuil, 330 p., 20 ?.
Boltanski, de Catherine Grenier et Daniel Menselsohn, Flammarion, 208 p., 39 ?.
Le Dessin impossible de Christian Boltanski, de Dominique Radrizzani, Buchet Chastel, 128 p., 19 ?.

*

Faire parler l’absence-Exposition Boltanski au Grand Palais

par Daniel Sibony

L’installation réalisée par C. Boltanski au Grand Palais sous le titre Personnes est impressionnante. On entre, et d’emblée on est devant un mur assez large et haut, tapissé de grosses boîtes de conserve, au métal oxydé avec des numéros, évoquant des urnes. Puis on contourne le mur (de l’autre côté, les mêmes boîtes ressemblent à des pierres) et l’on tombe sur une vraie « cité » formée de cases carrées, au nombre de 69, occupant presque toute la nef. Dans chaque carré, éclairé au néon, il ne reste que le sol recouvert de vêtements mis à plat ; dans chaque carré, un appareil caché transmet le bruit d’un coeur qui bat. Plus au fond, on arrive en face d’une énorme pyramide de vêtements, eux aussi familiers, de tout genre et toute couleur. Elle a 10m de haut, 20m de diamètre, et pèse 70 tonnes, elle est surmontée d’une grue qui répète le même mouvement mécanique : fouiller — avec une pelle à double croc — dans le tas, comme dans un grand Corps, et en arracher des vêtements qu’elle soulève et laisse retomber dans le tas ; et elle reprend le même geste, sans fin.

Bien sûr on pense à ceux dont il ne reste que les vêtements, d’abord mis à plat dans une sorte de vaste Camp, avec presque des rues — les baraques ont disparu, on n’a que les vêtements de ceux qui y vivaient. Qui sont ceux qui portaient ces vêtements que l’on retrouve dans ce grand tas ? L’ambiguité admirable du titre, dit que c’étaient des personnes réelles, vivantes — l’oeuvre est là pour les rappeler, les évoquer, et même l’artiste fait pour elles un acte réparateur : leur rendre les vêtements qu’elles portaient avant qu’on les arrête dans leur vie et qu’on les déshabille. (Etrange envie des fonctionnaires de ce Meurtre : voir la nudité des corps et récupérer les vêtements.) Ils leur sont donc rendus ; ils sont là, ils les attendent. Mais il n’y a personne, et c’est l’autre résonance de l’oeuvre : Personne ; c’est ce qu’on entend dans le grondement.

La suite sur le blog de Daniel Sibony.

oOo

Art Mégalo, Art Démago ?

A propos de Boltanski au Grand Palais

par Gilles Hertzog

Grands ancêtres du Mega-Art : Alexandre Calder et ses gigantesques Stabiles de Montréal et Chicago, suivis du Pouce de César à la Défense, d ?Espoir de paix d’Arman à Beyrouth, un empilement de 30 mètres de haut de chars d’assaut coulés dans du béton, et de la Tour aux figures de Dubuffet dans l’île Saint-Germain à Issy les Moulineaux. Puis ce furent Donald Judd en ses deux ranches et son fort de Marfa, Texas, dédiant des kilomètres carrés au milieu du désert au Minimalisme mégatonnique américain, Christo et ses emballements du Pont-Neuf et du Reichstag. Leur succédèrent Anish Kapoor avec, entre autres monstres, une sculpture d’acier inoxydable de cent tonnes au Millenium Park de Chicago, Cloud Gate, puis l’Ange de la métamorphose, alias Jan Fabre installant au Louvre quarante pierres tombales entre lesquelles rampait un ombilic géant, dans la salle des Marie de Médicis de Rubens, ou encore l’inénarrable Jeff Koons gonflant ses Gonflables chez le Roi-Soleil à Versailles, ou Bernar Venet projetant de poser une barre d’acier de 70 mètres sur l’Arc de Triomphe, ou l’Urb-artiste Dani Karavan créant un Axe triomphal de trois kilomètres à Cergy-Pontoise. Ce furent enfin, hier même, Anselm Kiefer et ses tourelles géantes aux portes de l’Enfer, baptisées Poussières d’étoiles, suivi des Promenades, stèles d’acier minimalistes-maximalistes de Richard Serra, tous deux investissant le Grand Palais comme terrain de Je(u). Aujourd’hui, même endroit, troisième édition de MONUMENTA avec Christian Boltanski, qui présente une gigantesque installation au sol, baptisée Personnes.

La suite sur laregledujeu.org

oOo

[1Voir l’interview avec Catherine Grenier, commissaire de l’exposition, par Léa Bismuth dans art press n° 364.

[2L’exposition du Mac/Val s’intitule Après. Voir ici.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document