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Martin Heidegger : Cours et Conférences (1951-1957)

Annexe : Entretien au Spiegel (1966)

D 13 février 2009     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Heidegger en 1950

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Was heisst denken ?

Qu’appelle-t-on penser ? (1951-1952)

Traduit par Aloys Becker et Gérard Granel Qu’appelle-t-on penser ? a été publié la première fois en 1959 aux P.U.F.

Dans un entretien avec Dominique Janicaud du 30 mai 1999, Gérard Granel déclarait :

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Gérard Granel
années 50
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Granel et Heidegger

« Was heisst denken ? a été pour moi l’occasion de la première rencontre avec Heidegger. Je n’ai pas fait cette traduction tout seul, mais avec un camarade allemand, Aloys Becker, et nous avions fini par remplir des feuilles entières de nos perplexités de traducteurs. Aussi avons-nous décidé d’aller tout simplement demander à Heidegger s’il pouvait nous aider à les dénouer. Et, à notre grande surprise, il a répondu avec une parfaite simplicité : « Mais, bien entendu, venez. » Donc j’ai découvert Die Hütte et Heidegger dans son inlassable gentillesse. C’est là que j’ai compris tout d’un coup qu’il avait dû être un professeur magnifique. En tout cas, nous sommes sortis tout requinqués et notre traduction est parue. »

Dominique Janicaud, Heidegger en France, vol. 2, Entretiens, Questions à Gérard Granel, 2001, p. 173-174.

Heidegger, dans l’Avant-propos du livre, écrivait : « Le présent ouvrage contient, sans qu’on y ait apporté de changement, le texte des deux cours, d’une heure hebdomadaire chacun, qui ont été tenus sous le même titre à l’Université de Fribourg-en-Brisgau le semestre d’hiver 1951-1952 et le semestre d’été de 1952. [...]
Les intervalles d’une semaine, et parfois plus longs encore, qui séparaient ces heures de leçon ont rendu nécessaire une répétition, grâce à laquelle les auditeurs fussent toujours remis dans le courant de ce qu’ils avaient entendu à la leçon précédente [...] »

Les extraits qui suivent correspondent aux toutes premières leçons du Cours que Heidegger donna lors du semestre d’hiver 1951-1952.

1. (4’52)

2. (5’23)

3. (4’51)

4. (4’53)

5. (5’16)

6. (4’49)

« Hölderlin dit, dans une esquisse pour un hymne :

Nous sommes un Monstre, privé du sens

Le poète continue par les vers suivants :

Nous sommes hors douleur
Et nous avons perdu
Presque la langue à l’étranger
[...] »

7. (5’01)

8. (5’08)

9. (4’54)

10. (4’53)

11. (3’55)

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Heidegger et Beaufret à Cerisy en 1955

Wohnen Bauen Denken (1h 16’ 55)

Bâtir Habiter Penser (05-08-1955)

Conférence faite dans le cadre du « IIe Entretien de Darmstadt » sur « L’Homme et l’Espace ». Publiée dans la reproduction de cet entretien (édit. Neue Darmstädter Verlagsanstalt, 1952, pp. 72 et suiv.). Traduit par André Préau in Essais et Conférences, Gallimard, 1958. Préface de Jean Beaufret.

Le début : « Dans ce qui suit nous essayons de penser touchant « l’habiter » et le « bâtir ». Une telle pensée concernant le bâtir n’a pas la prétention de découvrir des idées de constructions, encore moins de prescrire des règles à la construction. Cet essai de pensée ne présente aucunement le bâtir du point de vue de l’architecture et de la technique, mais il le poursuit pour le ramener au domaine auquel appartient tout ce qui est.
Nous demandons :
1° Qu’est-ce que l’habitation [1] ?
2° Comment le bâtir fait-il partie de l’habitation ? »

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Gelassenheit (5’21)

Sérénité (30-10-1955)

Le Discours a été prononcé à Messkirch le 30 octobre 1955, à l’occasion d’une fête commémorant le 175e anniversaire de la naissance du compositeur Conradin Kreutzer.

Extrait : La puissance cachée de la technique contemporaine

Édition Klett-Cotta, Stuttgart, 1959 (p. 18-19).
Publié dans Questions III et IV, Gallimard, 1976 (p. 141-142).

Traduction par André Préau du passage lu par Heidegger :

« La nature devient un unique réservoir géant, une source d’énergie pour la technique et l’industrie modernes. Ce rapport foncièrement technique de l’homme au tout du monde est apparu pour la première fois au XVIIe siècle, à savoir en Europe et seulement en Europe. Longtemps il est demeuré inconnu des autres parties de la terre. Il était entièrement étranger aux époques antérieures et aux destinées des peuples d’alors.
La puissance cachée au sein de la technique contemporaine détermine le rapport de l’homme à ce qui est. Elle règne sur la terre entière. L’homme commence déjà à s’éloigner de la terre pour pénétrer dans l’espace cosmique. Mais c’est seulement depuis tout juste une vingtaine d’années que la recherche atomique a mis en évidence des sources d’énergie si énormes que, dans un avenir relativement proche, elles couvriront les besoins mondiaux en énergie de toute sorte. Bientôt ce ne seront plus seulement, comme c’est le cas pour le charbon, le pétrole ou le bois des forêts, certains pays ou certaines parties du monde qui pourront se procurer à la source la nouvelle énergie. Dans un avenir assez proche, des centrales atomiques pourront être construites dans toutes les régions de la terre.
La question fondamentale de la science et de la technique contemporaine n’est donc plus de savoir d’où nous pourrons encore tirer les quantités requises de combustible et de carburant. La question décisive est aujourd’hui celle-ci : De quelle manière pourrions-nous maîtriser et diriger ces énergies atomiques, dont l’ordre de grandeur dépasse toute imagination, et de cette façon garantir à l’humanité qu’elles ne vont pas tout d’un coup — même en dehors de tout acte de guerre — nous glisser entre les doigts, trouver une issue et tout détruire.
Si l’on réussit à maîtriser l’énergie atomique, et on y réussira, un nouveau développement du monde technique commencera alors. Les techniques du film et de la télévision, celles des transports, en particulier par air, celles de l’information, de l’alimentation, de l’art médical, toutes ces techniques telles que nous les connaissons aujourd’hui ne représentent sans doute que de premiers tâtonnements. Personne ne peut prévoir les bouleversements à venir. Mais les progrès de la technique vont être plus rapides, sans qu’on puisse les arrêter nulle part. Dans tous les domaines de l’existence, l’homme va se trouver de plus en plus étroitement cerné par les forces des appareils techniques et des automates. Il y a longtemps que les puissances qui, en tout lieu et à toute heure, sous quelque forme d’outillage ou d’installation technique que ce soit, accaparent et pressent l’homme, le limitent ou l’entraînent, il y a longtemps, dis-je, que ces puissances ont débordé la volonté et le contrôle de l’homme [parce qu’elles ne procèdent pas de lui]. »

Questions III, 1966, p. 141-142.

La conférence dans son intégralité

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Sur la question de la Technique, voir Entretien avec Jean Beaufret, 6ème émission.

Sur la traduction et l’interprétation de Gelassenheit, lire : Gérard Guest, Gelassenheit pdf .

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Der Satz der Identität (45’45)

Le Principe d’Identité (27-06-1957)

« Le Principe d’Identité [2] est une conférence prononcée le 27 juin 1957 devant les facultés réunies de l’université de Fribourg-en-Brisgau, à l’occasion du cinq centième anniversiare de la fondation de cette université.
Dans La Constitution onto-théo-logique de la métaphysique on trouvera, revues et modifiées par endroits, les considérations qui ont servi de conclusion à des travaux de séminaire du semestre d’hiver 1956-1957 sur La Science de la Logique de Hegel. Ces considérations ont été exposées dans une conférence prononcée à Todtnauberg le 24 février 1957.
Le Principe d’Identité regarde en avant et il regarde en arrière. En avant, il considère le domaine d’où procédaient les vues de la conférence sur La Chose [...], en arrière, le domaine de l’origine essentielle de cette même métaphysique dont la constitution est caractérisée par la Différence.
Dans le présent travail, nous désignons l’appartenance mutuelle de l’Identité et de la Différence comme étant le thème à méditer.
Comment la Différence procède-t-elle de l’Identité ? Le lecteur le découvrira li-même, s’il écoute l’harmonie qui règne entre la Copropriation [3] et la Conciliation [4].
En ce domaine, où l’on ne peut rien démontrer, mainte chose peut être montrée. »

Todtnauberg, le 9 septembre 1957.

Martin Heidegger, Avant-propos au Principe d’Identité, in Questions I, p. 255 [5].

Voir le Séminaire de Gérard Guest — Quatrième séance, 19 janvier 2008 :

Chemins au fil du Séminaire sur « Temps & Être » et du Principe d’identité (Identité et Différence).

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Heidegger en 1966

Annexe

Entretien au Spiegel

Fribourg-Zähringen (23.09.1966)

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L’entretien a été traduit en français par Jean Launay et publié au Mercure de France en 1988 sous le titre Réponses et questions sur l’histoire et la politique.

Extrait de l’avant-propos

« Il a paru dans le numéro de l’hebdomadaire Der Spiegel du 31 mai 1976, quelques jours après la mort de Heidegger. » Heidegger « s’opposa résolument à une proposition qui lui fut faite d’avancer cette publication : « Il ne s’agit pas d’orgueil ni d’entêtement, mais seulement du souci de mon travail. La tâche de celui-ci est devenue avec les années toujours plus simple, ce qui, dans le domaine de la pensée, veut dire : toujours plus difficile. » »

Extraits de l’entretien (p. 44-53)

Spiegel : Il est bien évident, quand on regarde, que les hommes, en tout temps, sont incapables de maîtriser leurs outils ; un peu comme l’apprenti sorcier. Est-ce que ce n’est pas un peu trop pessimiste de dire : nous ne nous en sortirons pas avec cet outil assurément beaucoup plus grand qu’est la technique moderne ?

Martin Heidegger : Pessimisme, non. Pessimisme et optimisme sont dans le domaine de la réflexion que nous tentons en ce moment des prises de positions trop courtes. Mais surtout — la technique moderne n’est pas un « outil » et n’a plus rien à voir avec des outils.

Spiegel : Pourquoi devrions-nous être à ce point terrassés par la technique ?

Martin Heidegger : Je ne dis pas terrassés. Je dis que nous n’avons encore aucun chemin qui corresponde à l’être de la technique.

Spiegel : On pourrait cependant vous opposer tout à fait naïvement ceci : qu’est-ce qu’il s’agit de maîtriser ici ? Car enfin tout fonctionne. On construit toujours davantage de centrales électriques. La production va son train. Les hommes dans la partie du monde où la technique connaît un haut développement ont leurs besoins bien pourvus. Nous vivons dans l’aisance. Qu’est-ce qui manque ici finalement ?

Martin Heidegger : Tout fonctionne. C’est bien cela l’inquiétant, que ça fonctionne, et que le fonctionnement entraîne toujours un nouveau fonctionnement, et que la technique arrache toujours davantage l’homme à la Terre, l’en déracine. Je ne sais pas si cela vous effraie, moi, en tout cas, cela m’a effrayé de voir maintenant les photos envoyées de la Lune sur la Terre. Nous n’avons plus besoin de bombe atomique, le déracinement de l’homme est déjà là. Nous ne vivons plus que des conditions purement techniques. Ce n’est plus une Terre sur laquelle l’homme vit aujourd’hui. J’ai eu récemment un long entretien en Provence avec René Char, le poète et le combattant de la Résistance, comme vous savez. Dans la Provence on installe en ce moment des bases de missiles, et le pays est ravagé d’une façon inimaginable. Le poète, qu’on ne peut certainement pas soupçonner de sentimentalité ni de vouloir célébrer une idylle, me disait que le déracinement de l’homme qui a lieu là-bas signifie la fin, si une fois encore la pensée et la poésie n’accèdent au pouvoir sans violence qui est le leur.

Spiegel : Nous devons reconnaître que nous préférons être ici, et de notre vivant nous ne serons sans doute pas non plus obligés d’en partir ; mais qui sait si c’est la destination de l’homme d’être sur cette terre ? Il n’est pas impensable que l’homme n’ait aucune destination du tout. Mais en tout cas on pourrait voir aussi une possibilité de l’homme dans le fait que de cette terre il étende son emprise à d’autres planètes. Nous n’en sommes sûrement pas encore là d’ici longtemps. Simplement, où est-il écrit qu’il ait sa place ici ?

Martin Heidegger : D’après notre expérience et notre histoire humaines, pour autant que je sois au courant, je sais que toute chose essentielle et grande a pu seulement naître du fait que l ’homme avait une patrie (Heimat) et qu’il était enraciné dans une tradition. La littérature d’aujourd’hui, par exemple, est largement destructive.

Spiegel : Le mot « destructif » nous gêne ici, entre autres raisons parce que le mot « nihiliste » a reçu de vous-même et dans votre philosophie un sens dont le contexte est très étendu. Cela nous frappe d’entendre le mot « destructif » rapporté à la littérature, que vous pourriez très bien ou même devriez considérer comme faisant partie de ce nihilisme.

Martin Heidegger : J’aimerais dire que la littérature dont je parle n’est pas nihiliste dans le sens où je pense ce mot.

Spiegel : Vous voyez manifestement, et vous l’avez dit en ces termes, un mouvement mondial qui ou bien conduit, ou bien a déjà conduit à l’avènement de l’État absolument technique ?

Martin Heidegger : Oui !

Spiegel : Bien. Alors une question se pose, naturellement : l’individu humain peut-il encore avoir une influence sur ce tissu d’événements qui doivent forcément se produire, ou bien alors la philosophie peut-elle avoir une influence, ou bien les deux ensemble, dans la mesure où la philosophie conduit l’individu ou plusieurs individus à entreprendre une action définie ?

Martin Heidegger : Si vous me permettez une réponse brève et peut-être un peu massive, mais issue d’une longue réflexion : la philosophie ne pourra pas produire d’effet immédiat qui change l’état présent du monde. Cela ne vaut pas seulement pour la philosophie, mais pour tout ce qui n’est que préoccupations et aspirations du côté de l’homme. Seulement un dieu peut encore nous sauver. Il nous reste pour seule possibilité de préparer dans la pensée et la poésie une disponibilité pour l’apparition du dieu ou pour l’absence du dieu dans notre déclin ; que nous déclinions à la face du dieu absent.

Spiegel : Y a-t-il un rapport entre votre pensée et l’avènement de ce dieu ? y a-t-il là, à vos yeux, un rapport causal ? Croyez-vous que nous pouvons penser ce dieu de manière à le faire venir ?

Martin Heidegger : Nous ne pouvons pas le faire venir par la pensée, nous sommes capables au mieux d’éveiller une disponibilité pour l’attendre.

Spiegel : Mais pouvons-nous aider ?

Martin Heidegger : La préparation de la disponibilité pourrait bien être le premier secours. Le monde ne peut pas être ce qu’il est et comme il est par l’homme, mais il ne peut l’être non plus sans l’homme. Cela tient, d’après moi, au fait que ce que d’un mot venu de très loin, porteur de beaucoup de sens et aujourd’hui usé, j’appelle « l’être », est tel qu’il lui faut l’homme pour sa manifestation, sa garde et sa forme. L’essence de la technique, je la vois dans ce que j’appelle le Ge-stell, une expression souvent tournée en ridicule et peut-être maladroite. Le règne du Gestell signifie ceci : l’homme subit le contrôle, la demande et l’injonction d’une puissance qui se manifeste dans l’essence de la technique et qu’il ne domine pas lui-même. Nous amener à voir cela : la pensée ne prétend pas faire plus. La philosophie est à bout.

Spiegel : Dans le temps passé — et pas seulement dans le temps passé — on a tout de même pensé que la philosophie a beaucoup d’effets indirects, rarement des effets directs, mais qu’elle pouvait avoir beaucoup d’effets indirects, qu’elle a suscité de nouveaux courants. Si, à ne s’en tenir qu’aux Allemands, on pense aux grands noms de Kant, Hegel, jusqu’à Nietzsche, sans même parler de Marx, on peut faire la preuve que la philosophie, par des chemins détournés, a eu une énorme influence. Voulez-vous dire maintenant que cette influence de la philosophie a pris fin ? Et quand vous dites que l’ancienne philosophie est morte, qu’il n’y en a plus, est-ce que vous pensez en même temps que cette influence de la philosophie, si elle en a jamais eu, aujourd’hui en tout cas n’existe plus ?

Martin Heidegger : Une autre pensée pourrait avoir une influence médiate, mais aucune directe d’une façon qui ferait dire que la pensée « cause » un changement de l’état du monde.

Spiegel : Excusez-nous — nous ne voulons pas faire de philosophie, nous n’en sommes pas non plus capables — mais nous touchons ici la jonction entre politique et philosophie ; c’est pourquoi vous voudrez bien nous pardonner de vous entraîner ici dans un pareil entretien. Vous venez de dire que la philosophie et l’individu ne pouvaient rien faire en dehors...

Martin Heidegger : ... de cette préparation de la disponibilité du se-tenir-ouvert pour la venue ou la défection du dieu. L’épreuve de cette défection n’est pas non plus rien, mais bien une délivrance de l’homme de ce que dans Être et Temps j’ai nommé l’échouement (Veifallenheit) auprès de l’étant. La réflexion sur ce qui est aujourd’hui fait partie de la préparation à la disponibilité que j’ai dite. [...] Le rôle de ce qui fut la philosophie jusqu’à nos jours a maintenant été pris par le sciences. (…)

Spiegel : Et qui prend maintenant la place de la philosophie ?

Martin Heidegger : La cybernétique. (…) Je ne vois pas la situation de l’homme dans le monde de la technique planétaire comme s’il était en proie à un malheur dont il ne pourrait se dépêtrer ; je vois bien plutôt la tâche de la pensée consister justement à aider, dans ses limites, à ce que l’homme parvienne d’abord à entrer suffisamment en relation avec l’être de la technique. Le national-socialisme est bien allé dans cette direction ; mais la pensée de ces gens était beaucoup trop indigente pour parvenir à une relation vraiment explicite avec ce qui arrive aujourd’hui et qui était en route depuis trois siècles.

Spiegel : Cette relation explicite, les Américains, par exemple, l’ont-ils de nos jours ?

Martin Heidegger : Ils ne l’ont pas non plus ; ils sont encore ligotés dans une pensée qui, sous le nom de pragmatisme, fait sans doute avancer les opérations et les manipulations techniques, mais barre en même temps le chemin à une réflexion sur ce qui fait le propre de la technique moderne. Il y a cependant aux États-Unis, çà et là, des essais pour se défaire de la pensée pragmatique positiviste. Et qui parmi nous pourrait affirmer qu’un jour en Russie et en Chine ne s’éveilleront pas de très anciennes traditions d’une “pensée” qui contribueront à rendre possible à l’homme une libre relation avec le monde technique ? (…) Ma conviction est que c’est seulement à partir du même site mondial où le monde technique moderne est né qu’une conversion peut se préparer (…) La conversion de la pensée a besoin de l’aide de la tradition européenne et d’une nouvelle appropriation de cette dernière. La pensée n’est transformée que par la pensée qui a les mêmes provenances et destination.

L’original de l’entretien dans Der Spiegel

La transcription en anglais de l’intégralité de l’entretien.

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Entretien enregistré par la ZDF le 17.9.1969 (21’23).

"Entretien du Professeur Richard Wisser avec Martin Heidegger", in Michel Haar (éd.), Heidegger, L’Herne, p.93-97.

Voir le documentaire En chemin dans la pensée.

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[1 Das Wohnen , « l’habiter », désigne le fait et la façon d’habiter, non le logement, le local habité. Note du traducteur.

[2Titre original : Identité et Différence (Identität und Differenz).

[3Ereignis. Note du traducteur.

[4Austrag. Note du traducteur.

[5Tel, Gallimard. Traduit par André Préau.

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