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Rire des vieilles amours mensongères (II)

" Le marché des amants " de Christine Angot -

D 10 septembre 2008     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« ... sur le ton des choses qu’il fallait que je sache, mon père me disait que « sur le marché des amants un Noir vaut moins qu’un Blanc ». Que c’était une évidence, c’était presque son rôle de père, éducatif, de me prévenir. Je le racontais à Bruno. Il me disait : ah bon, que sur le marché des amants ? Je savais pas qu’il y avait que sur le marché des amants, ça va bien alors. »

Le marché des amants, p.213.


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Le livre

Le marché des amants est un roman. Un roman sur les frontières de l’amour. Cela se passe à Paris, de nos jours. Dans une société qui a changé, qui change toujours plus vite. Une femme blanche rencontre un homme métis, Bruno. Ils n’ont a priori rien à faire ensemble. Pourtant leur histoire d’amour déjoue les attentes, et le lecteur se laisse surprendre, au point de mettre en question ses propres catégories. Plus tard, arrive Charly. L’ami de Bruno.
Dans une scène emblématique, la narratrice monte sur le scooter de Bruno et le couple file vers le 18e arrondissement, à la porte de la Chapelle. Il fait nuit. Pour elle, c’est un territoire qui n’est pas familier, et qui fait peur. Mais c’est de là que vient son amant : à l’intersection de la banlieue et de la ville. Tout pourrait sembler proche, quelques stations de métro, mais les frontières n’en sont pas moins réelles, et solidement ancrées dans les esprits, même quand elles sont à peine visibles. C’est le nouveau monde de l’autre. C’est le nouveau territoire de l’amour.
Dans ce roman de vérité, Christine Angot met le doigt où ça fait parfois mal pour dire la réalité contemporaine de la ville nouvelle, et pour nous ouvrir à la complexité des individus, bien plus intéressants que leur image, et toujours inattendus.

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Critiques

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Bruno Beausir et Christine Angot

"Le Marché des amants", de Christine Angot : à la recherche de l’amant

Christine Angot a choisi la voie étroite des écrivains qui ne peuvent pas susciter l’assentiment social. Elle s’y tient, et c’est heureux. Mais elle doit affronter l’hostilité grandissante que cela provoque. Elle ne peut que déplaire à beaucoup de femmes en leur proposant d’observer, à la loupe, leurs névroses et leur mauvaise vie. Les névroses, on dirait que sa narratrice les concentre toutes, dans ses relations avec les hommes, ce qui est terrible. Mais Angot sait les décrire, les écrire, les mettre en roman, ce qui dérange.
Quant aux hommes, ils n’aiment guère, sauf exceptions, la manière dont elle dément les clichés qu’ils se fabriquent encore sur "la" femme pour mieux ignorer les femmes. Angot a pourtant ses fidèles, pas inconditionnels - le fanatisme est plutôt du côté de ceux qui la détestent -, mais attentifs, soucieux de comprendre ce qui, depuis 1990 et dix-sept livres, lui donne ce style si singulier, cette manière d’écrire au souffle, à l’oreille, tantôt dans la pulsion, tantôt dans une certaine retenue, comme dans ce Marché des amants.

Elle a voulu, voilà quelques années, dans Les Désaxés [1], montrer qu’elle pouvait faire un roman traditionnel, avec intrigue et péripéties. C’est son livre le moins réussi. Heureusement, avec Rendez-vous [2], elle est revenue à elle-même, à sa manière unique d’explorer la banalité, à sa recherche de la vérité, si cruelle qu’elle soit pour elle comme pour les autres.

"Bons" amis

Mais cette fois-ci, avec Le Marché des amants, elle va plus loin, et avec une aisance qu’on ne lui connaissait pas. Sa narratrice, généralement la figure dominante du roman, est ici affrontée à un homme qui la relègue au second plan. Il est le plus beau personnage masculin jamais mis en scène par Angot. Il s’appelle Bruno, est métis, a été élevé dans une cité, et en est sorti en devenant rappeur. Il est connu, à la scène, sous le nom de Doc Gynéco. Il n’a pas très bonne réputation, et, en outre, s’est embourbé récemment dans les méandres du sarkozysme. Peu importe ce que chacun pense de cette image sociale, le Bruno du Marché des amants dit autre chose.

On voudrait croire que dans la petite bourgeoisie intellectuelle de gauche, le racisme et la détestation du déclassement sont de vieilles lunes. Angot montre qu’il n’en est rien. Dès que sa narratrice rencontre Bruno, ses "bons" amis lui expliquent que cela ne pourra jamais marcher. Il est vrai que c’est difficile. Bruno ignore tous les codes de "bonne conduite". Il part en disant "A tout à l’heure" et oublie de revenir. Il mange un sandwich debout alors qu’on l’attend à table. Si l’on s’en plaint, il propose de partager le sandwich...

A l’évidence, cette femme blanche et cet homme noir ne sont pas du même monde. Mais ils s’aiment. Pas dans cette sorte de troubadourisme amoureux qui ravit les amateurs de romans d’amour. Dans leurs différences et leurs incompréhensions mutuelles. Elle a peur, elle se sent vite menacée, agressée. Lui, jamais : "Faut pas avoir peur. C’est pas bon." Ils tentent de partager les lectures, les musiques. "Le soir on s’appelait, on restait des heures l’un avec l’autre, imbriqués, fusionnels au téléphone. Je n’avais eu des coups de fil comme ça avec personne d’autre. J’écoutais ses disques."

Entre en jeu un autre homme, Marc, qui dirige un hebdomadaire culturel. Avec lui, tout serait plus facile. Il fait partie de ceux qui cultivent "la connivence" - totalement étrangère à Bruno, trop brut pour cela. C’est le "bobo" type, sympathique, avenant, de gauche et de la rive gauche, qui a la sensation de s’exiler en traversant la Seine. Il semble être tombé amoureux, et la narratrice aurait envie d’y croire. Mais elle constate qu’on est là dans l’empire du faux : "Or, toi tu n’es pas dans ce que tu dis. Il y a quelque chose de faux dans tout ce que tu m’as dit."

Et puis "ce n’était pas les mêmes sensations qu’avec Bruno. La ville autour avec Bruno, c’était un décor pour une aventure qu’on allait vivre par le simple fait de sortir. Avec Marc c’était un trottoir sur lequel d’autres étaient passés, et passeraient encore". Pire : à cette femme qui a été sauvée par la psychanalyse après avoir tout essayé pour souffrir moins, "la médecine, les médicaments, l’acupuncture...", il dit qu’il aurait aimé en entreprendre une "par curiosité"...

La narratrice et Bruno sont, eux, du côté de la vérité. Elle a de la tendresse pour lui, c’est un artiste, il a le sens du rythme, il a une élégance singulière. Pourtant ils vont se séparer, on le sait très vite, lorsqu’un soir, après une altercation avec un chauffeur de taxi, Bruno passe la nuit en garde à vue. "Je suis avec toi pour en finir avec tout ce qui est les flics, le mal, le danger, c’est la première fois que je passe une soirée chez des amis à toi, et je finis en garde à vue." Il croyait s’échapper avec elle, et soudain se sent renvoyé d’où il vient, du mauvais côté du "marché des amants".

Josiane Savigneau, Le Monde des livres du 28.08.08.

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Vie privée

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La cabale anti Christine Angot, expliquée par Catherine Clément

Catherine Clément est philosophe, romancière.

Sur France Culture, le 10 septembre dernier, elle explique, en présence de Christine Angot, pourquoi et comment s’est organisé contre Le marché des amants une authentique et véritable cabale.

Des éléments, rapportés par des attachées de presse, de maisons concurrentes, dès le mois de juin, donc « trois mois à l’avance ». Décrivant une « attaque en règle », elle envisage une théorie du complot.

Voir aussi :Les échos

Parutions

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[1Stock, 2004, et Le Livre de poche.

[2Flammarion, 2006, et "Folio" .

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