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La Fortune, la Chance

Chroniques romanesques, Marcelin Pleynet

D 19 avril 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Présentation de l’éditeur

« Ici aussi les dieux sont présents  » s’était justifié Héraclite, surpris par des visiteurs en train de se chauffer autour d’un four à pains. Aux coins de cet humble foyer, en cet endroit sans prétention, le grand penseur de l’Antiquité énonce sa pensée in situ.

Cette anecdote, que nous rappelle Marcelin Pleynet dans ces Chroniques romanesques, résume ce que l’auteur appelle, en infléchissant légèrement le sens courant de ce mot, une situation. Tout penseur, tout écrivain, tout poète, observe et décrit le monde à partir d’un lieu et inséré dans un contexte précis, et cette situation détermine autant sa vision des choses que la manière dont il les perçoit. Une situation est ainsi « une tactique qui se meut dans l’instant, et se joue des événements pour en faire l’occasion... la chance  ». La chance ? celle de mettre en perspective ce qui est rencontré au hasard, par fortune. Métamorphoser les faits en chance, c’est-à-dire en opportunité positive et heureuse, telle est la leçon de Marcelin Pleynet dans cet ouvrage.

Marcelin Pleynet, qui publie régulièrement dans la revue L’Infini des extraits de son journal littéraire, sous le titre Situation, accorde ici une attention toute particulière à l’année 2000, à la veille du passage d’un siècle à l’autre...

La Fortune, la Chance  : comment en disposons-nous au seuil de ce troisième millénaire ? N’est-ce pas toujours en situation qu’elles se déclarent ?

Rédacteur de la revue L’Infini, Marcelin Pleynet est écrivain, critique d’art et de littérature, et éditeur aux

éditions Gallimard.


PARTI PRIS / Josyane Savigneau dans Le Monde des Livres du 06.04.07

Depuis très longtemps, Marcelin Pleynet tient un journal, ou plutôt des carnets. De temps en temps, il en isole un extrait, le recompose pour lui donner sa cohérence, et le publie. Après Le Jour et l’heure (Plon, 1989), Les Voyageurs de l’an 2000 (Gallimard, 2000) et quelques autres, voici La Fortune, la chance, « chroniques romanesques » de l’année 2000.

Le début du siècle, c’est 2001, mais 2000 a été, symboliquement, l’ouverture du troisième millénaire. Pleynet commence donc par une description magnifique de Paris en fête, « dans sa légende luxueuse ». « Souplesse des corps. Jeunesse des regards qui se croisent. » Déambulation dans une ville merveilleuse, qui « danse ». « J’écris Paris comme un pari » — pari que l’on retrouve dans Le savoir-vivre (Gallimard, « L’Infini », 2006), très beau récit de l’expérience de la maladie.

Pourquoi publier ce journal, et pourquoi en fragments — il serait peut-être bon de les réunir un jour ? « L’intérêt que peuvent présenter ces carnets, écrit Pleynet, réside fondamentalement dans la sorte de dialogue, qui, ainsi, jour après jour, année après année, s’établit, s’interrompt et se reprend, sans doute moins avec tel ou tel livre, tel ou tel tableau, que dans ce qui les traverse en les associant. »

Des extraits de ces carnets paraissent aussi régulièrement dans la revue L’Infini, dont Marcelin Pleynet est le secrétaire de rédaction, sous le titre « Situation ». Dans la livraison de ce printemps (n° 98), il s’interroge notamment sur la biographie de Mao Zedong par Jung Chang et Jon Holliday, publiée en 2006 chez Gallimard. Pour ce qui concerne la réception critique, il relève surtout les articles de L’Express, jugeant Staline plus « sentimental » que Mao et du Monde, qualifiant Mao d’ « ordure de première classe » (1).

Dans La Fortune, la chance, Marcelin Pleynet revient sur ce mot de « situation », évoquant le Sartre de L’Etre et le néant : « Il n’y a de liberté qu’en situation, il n’y a de situation qu’en liberté. » Ce qui le conduit tout naturellement au Siècle de Sartre, de Bernard-Henri Lévy, publié en janvier 2000.

Il s’attache à une analyse de fond, rarement menée, du livre et des « embarras » de Sartre. Sans jamais d’aigreur, de ressentiment, ni de haine à l’égard d’un homme dont il ne méconnaît en rien l’importance, lui qui fut un lecteur de la première heure des Temps modernes et a soumis à Sartre l’un de ses premiers textes.

Mais demeurent les « embarras ». D’abord la politique. Même si Le Siècle de Sartre est « assez loin du style d’un des plus importants essais que Bernard-Henri Lévy publie, en 1981, L’Idéologie française », « je ne peux finalement pas m’empêcher, précise Pleynet, de considérer ce « Sartre » comme une sorte d’appendice à ce que dévoilait alors L’Idéologie française ... ». Suit une démonstration assez implacable.

Mais « comme Bernard-Henri Lévy l’a bien vu, les embarras » de Sartre « sont d’abord et essentiellement littéraires » et c’est ce qui intéresse Pleynet au premier chef : « Du débat sur la littérature tel qu’il oppose une conception instrumentale du langage à une conception essentiellement poétique, conclut Pleynet , les enjeux sont déjà, aussi explicitement que possible, exposés dans la réponse que Heidegger apporte, en décembre 1946 (date à laquelle il adresse sa Lettre sur l’humanisme à Jean Beaufret) à L’Existentialisme est un humanisme, que Sartre a publié au début de la même année. »

Publié aussi en 2000, un volume du Journal de Renaud Camus, jugé antisémite, a suscité une polémique. Marcelin Pleynet fait une lecture impitoyablement freudienne de cette « affaire », se demandant pourquoi « R.C. a insisté pour manifester ainsi un antisémitisme de souche ». Tout ce qu’il dit sur les « conventions », les « lieux communs » de « la communauté homosexuelle » va déplaire à ladite communauté. Et, à tous, déplaira ce rappel d’un propos de Freud : « L’origine homosexuelle de ce qui constitue la plus grande partie de la civilisation est assez évidente puisque nos sentiments sociaux sont aussi de nature homosexuelle. »

Marcelin Pleynet est réfractaire à toute communauté et son analyse de la société est, constamment, d’une radicalité absolue, celle de ces « esprits libres », qui, seuls, forcent son admiration. « Ce que j’ai voulu mettre en scène, dans ce petit livre biographique à plus d’un titre, c’est, dans le français, une traversée tranchant en guerre ce qui s’est établi et règne dans l’opinion. »

Les « esprits libres » qu’il admire sont souvent poètes, peintres et musiciens. Cette traversée de l’an 2000 est donc aussi une attention passionnée pour Cézanne, Picasso, Rimbaud, Baudelaire... et se termine à Venise, assez loin de Sartre (qui n’aimait pas cette ville) et de toutes les conventions, dans le bonheur de la musique de Monteverdi...

JOSYANE SAVIGNEAU

La Fortune, la Chance,

Chroniques romanesques
Marcelin Pleynet
Editions Hermann, mars 2007.



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