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L’écrit est insubmersible

Philippe Sollers, Média n°11, décembre 2006.

D 16 mars 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook




Omniprésent dans les débats, Philippe Sollers est un homme aux multiples fonctions : écrivain, essayiste, directeur de collection, chroniqueur. Il nous parle de son expérience des médias des deux côtés de la barrière.

Cela vous ennuie si l’on vous dit que vous êtes plutôt bon journaliste. « La France moisie [1] », par exemple, est un article qui est resté ?

Philippe Sollers : Non, bien au contraire. C’est une chose à laquelle je tiens : pouvoir m’exprimer de plusieurs façons, aller du simple au complexe. La langue française est capable de remplir cette fonction. Cela me paraît naturel. Il n’y a pas de séparation entre les deux écritures. Elles procèdent de la même pensée et se complètent.

En même temps, il existe toujours une espèce de dépréciation des journalistes, un catalogage.On dit de plus en plus souvent « les journalistes » comme « les Arabes », « les juifs », « les pédés ». Il y avait voilà quelque temps dans Le Monde [2] un article de Francis Marmande qui épinglait cette tendance « La faute aux journalistes » disait-il.

Ph. Sollers : Mais là, l’affaire est grave. Si je me souviens bien de son article et si je l’ai bien lu, il se terminait sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Sa « faute » c’est très exactement son honneur, celui de s’être exposée jusqu’au bout et de le payer de sa vie !

Un journaliste peut être déprécié et aussi assassiné. Et cependant ce métier mal vu suscite toujours des vocations. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Ph. Sollers : Premièrement, le journalisme recouvre un champ considérable d’activités selon ce que l’on écrit et la façon dont on parle. Selon ces cas, les canaux de communication sont très différents. Deuxièmement, il faut distinguer à mon avis le journalisme d’écrivain du journalisme journalistique, du journalisme d’investigation, du journalisme d’enquêtes, du journalisme de révélations, du journalisme polémique, lesquels peuvent entraîner de redoutables conséquences selon le pays dans lequel on exerce ce métier - Anna Politkovskaïa en étant l’exemple majeur et funeste. Personnellement, je m’en tiens au journalisme d’écrivain, c’est-à-dire à quelque chose qui, touchant l’actualité, s’obstine à diffuser chaque fois un petit message. Sur la littérature, par exemple. C’est ce que je fais quand j’écris des articles. C’était ainsi dans Le Monde voilà quelque temps. Maintenant j’essaie de le pratiquer dans Le Nouvel Observateur. Ainsi j’ai parlé récemment d’un petit livre merveilleux et peu chroniqué jusqu’alors, paru chez Horay [3], sur la façon dont la police de jadis fichait les écrivains - à mon avis elle continue d’ailleurs de les ficher mais avec moins d’application que la bonne vieille police républicaine. Vous y trouverez d’extravagants fichiers sur Hugo, sur Verlaine, sur Rimbaud, sur Proust. Pour le journalisme d’écrivain, le grand exemple n’est pas à aller chercher très loin : c’est évidemment le bloc-notes de Mauriac qui peut être considéré comme un chef-d’ ?uvre. Un journalisme d’intervention, avec un fond, qui dans son cas est prodigieux, et reste constamment très littéraire. Dans Le Journal du dimanche, une fois par mois, je commence par des considérations sur l’actualité, le discours de Benoît XVI, le match « Ségo-Sarko », et petit à petit, j’essaie d’introduire des références, des livres à lire, des curiosités dont on ne parle pas forcément. Par exemple, je peux signaler un éditeur ultramarginal, qui a publié un livre extraordinaire, la correspondance entre Vauvenargues et Voltaire [4]. C’est ce que j’essaye de faire aussi à la radio ou à la télévision : inciter à la lecture, partager mes découvertes. Je pratique donc un journalisme de recommandation pour aller chercher des oreilles ou des yeux qui, éventuellement, pourraient capter ce message toujours minoritaire par définition et aider à faire comprendre de quoi il retourne lorsqu’on écrit vraiment.

Est-ce que l’on peut encore regarder le journalisme comme le voyaient Balzac ou Maupassant, un marchepied vers le pouvoir ou vers la gloire ?

Ph. Sollers : Il y a un livre que vous pouvez relire tout de suite, définitif sur le sujet, c’est « Bel-Ami », un chef-d’ ?uvre, qui correspond exactement à l’époque où la presse obtient un statut de pouvoir considérable et c’est Maupassant qui écrit.
Qui pourrait être le Bel-Ami de notre temps ?

On l’a dit à l’époque de Jean Ferniot...

Ph. Sollers : Je pense que Giesbert va plus loin dans la mesure où la puissance journalistique est aujourd’hui plus grande et où elle s’inscrit dans le jeu historico-politico-économique de façon très directe. J’ajouterai en passant que le rêve de Giesbert est bien entendu d’être pris pour un très bon écrivain et d’entrer éventuellement à l’Académie française pour l’ensemble de son ?uvre. Là on est un peu dans le retournement de situation, un patron de presse ou directeur de publication dont le rêve secret est de devenir écrivain. Même chose pour le fichage de police dont je parlais tout à l’heure. Quand on songe que la dernière affaire qui soit sortie au sujet de Mitterrand est celle des écoutes téléphoniques ! Il était tout à fait grotesque de placer Edern-Hallier sur écoutes. Cela ne rimait pas à grand-chose. Il suffisait de fréquenter certains bars et surtout la Closerie des Lilas et de l’entendre parler pour savoir exactement ce qu’il avait en tête et ce qu’il avait à dire. Mitterrand a agi de la sorte parce qu’il avait lui aussi des prétentions littéraires, une sorte de visée, de rêve de littérature. Il écrivait des poèmes. Il s’intéressait à tout ça. Il fréquentait la librairie Gallimard où il achetait des grands papiers, surtout de Jacques Chardonne, de Julien Gracq. Je crains qu’avec Mitterrand, cette époque soit close. Je ne vois pas d’homme ou de femme politique nourrir des rêves de littérature, même médiocres.

Giscard d’Estaing ? Il est académicien...

Ph. Sollers : C’est le dernier vivant. Mitterrand fut le dernier au pouvoir. Il existe effectivement un roman de Giscard d’Estaing dans la veine de Maupassant, mais il n’a pas beaucoup insisté. Pour Mitterrand, c’était une vraie question. Je crois qu’il en rêvait. Il avait tendance à investir l’écriture d’un pouvoir considérable.

Autre aimable qualification réservée aux journalistes : « les chiens ».Vous savez,dans la phrase « l’honneur d’un homme jeté aux chiens ».

Ph. Sollers : C’était à propos de la mort de Bérégovoy. Mitterrand visait Plénel, par ailleurs excellent journaliste sur le plan de l’investigation, de la révélation, de l’enquête. Il a « sorti des affaires » comme on dit. Mais quand il y a des affaires et quand on les sort, il faut être à la hauteur. Et tout le monde ne l’est pas. C’est d’ailleurs ce genre de révélations journalistiques qui risquent d’être jugulées de plus en plus en France à la faveur des normalisations générales et d’une baisse de puissance de la presse écrite.

Qu’est-ce que vous pensez de ce qualificatif de « chien » ?

Ph. Sollers : Qu’en réalité ce ne sont pas les journalistes mais le pouvoir qui aboie.

Autre critique récurrente, les journaux seraient peuplés de militants, donc incapables de la plus élémentaire neutralité ?

Ph. Sollers : Ça se discute. La profession recouvre quand même un éventail assez large. Il est certain que l’idéologie fourmille partout, même si arrive une presse que je qualifierai d’ultrapublicitaire et qui risque de l’emporter définitivement sur toute autre. La presse écrite s’adresse désormais à des clients plutôt qu’à des lecteurs, c’est-à-dire des gens qui lisent vraiment avec un esprit critique. Il est aisé de constater que ce lectorat averti, exigeant, est en constante dilution. D’un autre côté, il est vrai que dans la presse dite « de gauche », l’influence de Bourdieu a été considérable. La mort de Bourdieu, qui nous paraît déjà si lointaine, presque préhistorique désormais, a été solennellement célébrée. J’étais alors éditorialiste au Monde et Le Monde en avait fait la une, comme pour un événement planétaire, alors qu’aujourd’hui l’assassinat d’Anna Politkovskaïa n’a valu qu’une modeste manchette. Ce seul détail devrait porter à réfléchir. J’aurais été directeur du Monde, j’en aurais fait la une, comme l’a fait Libération. Car derrière ces assassinats perpétrés contre des journalistes, on perçoit de plus en plus nettement toutes sortes de pressions à l’ ?uvre, à commencer par la pression économique sur les choix journalistiques. Ça va devenir, sans aucun doute, de plus en plus présent. Est-ce que Libération s’est permis cette une dans une sorte d’attitude réfractaire par rapport à sa situation qui est très menacée ? C’est une question. Est-ce que pour la plupart des responsables politiques, l’assassinat d’Anna Politkovskaïa va être considéré comme un regrettable accident de parcours ?... Tout de même, entre Gazprom, EADS, tous ces formidables contrats en jeu, il est évident que le pouvoir économique tend à s’infiltrer partout de façon plus ou moins hypocrite et à primer sur tout le reste.

Sans vouloir diminuer le mérite de Libération, il ne rate jamais un mort...

Ph. Sollers : En effet, c’est dans sa culture. Ce qui prouve que l’idéologie subsiste jusque dans des situations économiquement contraintes.

En matière de journalisme, vous vous référez presque exclusivement à la presse écrite. Or, aujourd’hui, ne pensez-vous pas que le vrai pouvoir se trouve dans les couloirs des studios des télévisions ?

Ph. Sollers : De la presse au médiatique, nous changeons de registre technique, presque de nature. En tout cas d’échelle.

C’est-à-dire ?

Ph. Sollers : Qu’il n’y a pas de commune mesure entre ces moyens d’expressions. Réfléchissez simplement au fait que le plein emploi de la technique télévisuelle, ou même des radios, a tout juste 20-25ans. Ce n’est donc qu’un début. On entre sur une autre planète, planète qui rime d’ailleurs avec Internet. Les blogs, voilà de nouveaux moyens d’influence, de pouvoir. Et ils sont très catégoriques.

Diriez-vous que ce que l’on appelait l’« espace public » - les meetings, les réunions - se réduit désormais à l’espace médiatique ?

Ph. Sollers : Ce n’est pas moi qui ai inventé la formule « société du spectacle ». Ça ne veut pas dire simplement la représentation médiatique, ça signifie que tous les rapports humains sont médiatisés par des images et que « les gens », comme on dit, ont de plus en plus tendance à jouer un jeu de rôle par le truchement de leur image à l’intérieur d’un film général. Il y a une évacuation de la perception individuelle, de la sensation de soi immédiatement représentée par des images. Donc le spectacle comme société, puisque c’est la même chose. Mais attention, cela ne veut pas dire simplement des moyens de communication ou la télévision, ce que Bourdieu avait tendance à croire, alors qu’il avait tort dans sa logique de marxiste archaïque à tendance stalinienne avérée. Il s’agit d’une prise en mains technique, généralisée, de la vie même des humains. On a raison de dire que le XIXe siècle a duré très longtemps et ne s’achève que ces jours-ci probablement. Et encore, pas dans toutes les têtes. Peut-être jusqu’à l’époque où j’ai publié, car on travaillait ensemble, l’excellent livre de Philippe Muray qui s’appelle « Le Dix-Neuvième Siècle à travers les âges ». Il faut lire « Bel-Ami » et « Le Dix-Neuvième Siècle à travers les âges » en même temps. Et Debord de préférence à Bourdieu...

C’est donc la fin de l’espace public, du rassemblement, de la parole vivante ?

Ph. Sollers : Une manif non diffusée par la télé n’existe pas. Ce qui n’est pas filmable n’existe pas. Ce qui n’est pas représenté n’a pas eu lieu. Anna Politkovskaïa, journaliste russe assassinée, n’a jamais eu autant son image sur les écrans que parce qu’elle est morte...

Que pensez-vous du dispositif télévisuel négocié au centimètre près par les trois candidats socialistes ?

Ph. Sollers : Hallucinant. Je dirais même que c’est une preuve d’archaïsme évident. Le Parti socialiste est très en retard. C’est du XIXe, du paléo-soviétisme. Or ce n’est pas du tout le débat qui a lieu au sein du Parti socialiste. Seule Ségolène Royal a senti que l’on pouvait apparaître de façon absolument déstabilisatrice alors que Jospin n’a rien compris à la nature spectaculaire de la société. Voilà pourquoi les socialistes sont en retard. Peut-être vont-ils se rattraper grâce à Ségolène Royal. Il vaut mieux qu’elle parle le moins possible, elle s’en rend compte. C’est très bien comme ça.

À propos du domaine politique et de ses relations avec les médias, que pensez-vous de l’entrevue, paraît-il houleuse, entre François Bayrou, Étienne Mougeotte et Patrick Le Lay après que Bayrou les avait accusés de faire le jeu du bipartisme au détriment de la pluralité démocratique ?

Ph. Sollers : Je n’étais pas dans les coulisses, mais ça me paraît relever de la négociation. Bayrou a poussé un cri. Pour autant la polémique aura-t-elle vraiment lieu ? Non. Parce que de toute façon le système fonctionne. Les grands groupes d’argent, Lagardère, Rothschild, Dassault, tiennent les médias. Cela veut dire que la presse, l’information, les médias dans leur ensemble correspondent à des intérêts économiques précis. Qui va dire le contraire ? Personne.

Mais où se trouve le véritable pouvoir alors ?

Ph. Sollers : Dans l’économique, bien sûr.

Et pourquoi ce pouvoir économique actuellement si absolu a-t-il besoin d’un relais médiatique, d’un groupe de presse de peu de rapport. Comme d’une danseuse ?

Ph. Sollers : Cela dépend de besoins très précis. Premièrement, se renforcer constamment, et, deuxièmement, éviter le plus possible les contestations non prévues ou des ruptures dans le flux de la marchandisation générale. C’est un pouvoir qui ne va plus forcément prendre de gants. Pourquoi le ferait-il d’ailleurs, puisqu’il a un boulevard devant lui. Voltaire me semble plus que jamais bienvenu.

Pensez-vous qu’il puisse exister encore des lieux de résistances, des publications qui auraient la capacité de créer d’autres débats hors des zones médiatiques habituelles ?

Ph. Sollers : C’est intéressant que vous posiez cette question dans ce bureau qui est celui de cette revue trimestrielle sans publicité. (Philippe Sollers embrasse d’un geste la minuscule pièce de six mètres carrés envahie de livres où se fabrique L’Infini.) Un numéro consacré entièrement à Heidegger a été épuisé et ce numéro, divine surprise, l’a été en même temps qu’éclatait la polémique sur le fait de savoir si le livre consacré à Heidegger pouvait paraître ou non chez Gallimard. C’est un travail qui nous a demandé trois ans. À notre grande surprise, il y a eu un intérêt immédiat. Je vous citerai un autre exemple. En 1989, nous avons sorti un numéro, qui a demandé deux ans de travail, entièrement consacré à Voltaire, numéro spécial qui, troublante coïncidence, est paru au moment où éclatait l’affaire Rushdie. Ce numéro est aujourd’hui introuvable. Mais qui, il y a vingt-cinq ans, imaginait la situation actuelle autour des phénomènes intégristes ? Seul à l’époque, René Pommeau, ce vieil ami mort maintenant, grand spécialiste du XVIIIe siècle, l’un des rares à avoir lu intégralement les treize volumes de la correspondance de Voltaire, disait dans ce même numéro, qu’il n’est pas sûr que son « Mahomet » pourrait être représenté en France. Ça ne vous dit pas quelque chose ? Voyez « Idoménée » déprogrammé à Berlin. Mozart est un jeune débutant qui mérite mieux que cela d’après moi. L’autocensure ou la peur commencent à apparaître. Récemment, dans un déplacement en province, j’ai commencé à parler de Casanova, de cette actualité-là, de cette peur qui s’empare de notre société et qui peut dégénérer, la mettant en parallèle avec l’affaire Redeker. Il paraît que je n’aurais pas dû dire cela. On me l’a fait courtoisement remarquer.

Vous ne pouvez pas nier l’ambiguïté de la sphère médiatique qui peut à la fois entonner le grand air de la repentance, multiplier les demandes d’excuses, les appels à la prudence et dans le même temps publier une tribune libre comme celle de Redeker.

Ph. Sollers : Non, mais elle se trouve en accord avec son temps. Car il existe des personnes qui, sur ce plan-là, restent d’une fermeté totale - la chancelière d’Allemagne, Madame Merkel, au moment de cette scandaleuse déprogrammation de l’opéra à Berlin, a été exemplaire. Et puis vous avez tous ceux, de plus en plus nombreux, qui vous expliquent que si on a des ennuis, c’est qu’on l’a bien cherché.

Vous ne pensez pas qu’une guerre médiatique est également en train d’apparaître par écran interposé entre l’Occident et une autre partie du monde ?

Ph. Sollers : Dans cette guerre-là, il suffit qu’à un moment donné, dans tel ou tel événement, une personne compétente sélectionne un petit bout de phrase, d’image ou de déclaration, l’amplifie et déclenche ce qu’elle a envie de raisonnablement attendre. C’est magnifiquement vu. Dans la conférence universitaire que Benoît XVI donne à Ratisbonne, est-ce que sa citation, empruntée à l’empereur byzantin du XIVe siècle, Manuel le Paléologue, un epsilon dans son intervention, a un rapport avec l’ensemble de sa démonstration ? Non, bien évidemment. Mais dès lors que l’infime détail tronqué est envoyé sur Internet, qu’il est lu en Indonésie, ou en Somalie où, au passage, on tue une vieille religieuse italienne, alors le résultat est atteint. C’est là qu’aujourd’hui réside le problème. Cette sélection de l’information à des fins politiques fait que tout ce que vous dites pourra être retourné contre vous, car largement diffusé ; et qu’il vous sera impossible d’expliquer l’ensemble de votre pensée. En sélectionnant, je crée l’information. Ce que vous dites n’est pas ce que vous pensez. On n’a pas le temps. C’est la question à laquelle on est confronté constamment avec le médiatique. Le temps. À la télévision, le type regarde l’horloge, il n’écoute pas ce que vous dites. Donc le mot guerre n’est pas exagéré. C’est un conflit nouveau, un rapport de force jusqu’alors ignoré. Il faut s’organiser en conséquence.

Quand vous avez fondé Tel Quel [5], au début des années 1960, était-ce dans une stratégie de prise de pouvoir ?

Ph. Sollers : Pas immédiate. C’était une revue trimestrielle au ton nouveau. Nous étions tous très jeunes. Mais je ne crois pas pour autant qu’on puisse vivre, exercer une activité quelconque, à moins d’être d’un jésuitisme profond, sans penser à des questions de pouvoir. Mais quel pouvoir ? Celui qu’on exerce vraiment ? Celui qui nous a été concédé ? Celui qui m’est encore attribué ? Il paraîtrait que j’aurais dirigé Le Monde des livres. Et pourquoi pas, tant que nous y sommes, la maison Gallimard et l’ensemble de la presse littéraire. Le pouvoir fait fantasmer. Surtout ceux qui l’ont déjà.

Aujourd’hui, vous auriez l’âge que vous aviez quand vous avez créé Tel Quel, fonderiez-vous une revue ou un blog ?

Ph. Sollers : Une revue. Sans hésiter. Tout revient à l’écrit car l’écrit est insubmersible.

Entretien réalisé par Yves Harté et Pierre Veilletet


[2Le Monde, 12 octobre 2006

[3Bruno Fuligni, « La Police des écrivains », éditions Horay, 168 p.

[4« Correspondance Voltaire et Vauvenargues », texte établi par Lionel Dax, Éditions du Sandre, 94 p.

[5En 1960, Philippe Sollers fonde la revue Tel Quel aux éditions du Seuil, puis, en 1982, la revue L’Infini, aux éditions Gallimard où il dirige une collection du même nom

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