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George Orwell en Pléiade - La liberté éprouvée de ses OEuvres

D 8 octobre 2020     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Parution le 8 Octobre 2020

*Bibliothèque de la Pléiade, n° 651

Léa Salamé dans le 7/9 de France Inter du 8 octobre

Traduit de l’anglais sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Véronique Béghain, Marc Chénetier et Patrice Repusseau.

1664 pages66 € jusqu’à mars 2021, 72 € ensuite

Ce volume contient

Dans la dèche à Paris et à Londres - En Birmanie - Wigan Pier au bout du chemin - Hommage à la Catalogne - La ferme des animaux - Mil neuf cent quatre-vingt-quatre - Croquis et essais (1931-1948).

Présentation

Ils ne sont pas légion, les écrivains auteurs d’un livre devenu plus célèbre qu’eux, si célèbre, à vrai dire, qu’il rayonne bien au-delà du cercle de ses lecteurs et touche des personnes qui, sans jamais l’avoir ouvert, en connaissent la trame et en utilisent les mots-clefs. De ce club fermé d’écrivains George Orwell est, aux côtés de Swift (qu’il a lu de près), un membre éminent. Le regard porté sur son œuvre en a été profondément modifié. Ses deux derniers romans, La Ferme des animaux et plus encore Mil neuf cent quatre-vingt-quatre, ont en quelque sorte requalifié ses écrits antérieurs, hissant leur auteur au rang de classique anglais du XXe siècle, sans pour autant mettre fi n aux débats : l’éventail des jugements portés sur Orwell demeure grand ouvert, et il va du dédain à l’idolâtrie.

Sans tomber dans aucune de ces extrémités, il faut reconnaître la cohérence de l’œuvre, tout entière fondée sur une ambition : « faire de l’écriture politique un art véritable ». « Un homme à la colère généreuse », « une intelligence libre », « le genre que haïssent également toutes les orthodoxies malodorantes qui s’affrontent aujourd’hui pour la possession de nos âmes » : ces traits empruntés à son portrait de Dickens dessinent l’autoportrait d’Orwell. Dans ses articles, ses essais, ses récits-reportages, ses romans mêmes, celui-ci fait partager ses convictions et ses refus. Ses écrits se nourrissent de ses engagements personnels, de sa démission d’un poste de fonctionnaire de la Police impériale des Indes (En Birmanie), de son intérêt pour la condition des indigents des deux côtés de la Manche (Dans la dèche à Paris et à Londres) ou pour le sort des mineurs du Yorkshire (Wigan Pier au bout du chemin), de son séjour dans l’Espagne en guerre (Hommage à la Catalogne) et de sa guérilla incessante contre les mensonges et les crimes staliniens. Mais ce sont donc ses deux derniers romans qui ont fait sa gloire ; l’allégorie animalière et la dystopie déguisée en farce tragique forment une sorte de diptyque dont la cible est la barbarie du totalitarisme.
Il reste que Mil neuf cent quatre-vingt-quatre occupe une place à part parmi les dystopies, si tant est que le livre ait réellement à voir avec ce genre. C’est que la puissance des scènes et des images inventées par Orwell demeure sans égale, qu’il s’agisse de l’affiche géante du Grand Frère, de l’oeil toujours ouvert du télécran, des minutes de Haine, et surtout, et avant toute chose, de cette langue, le néoparle (newspeak), créée pour éradiquer les pensées « hérétiques », autant dire toute pensée. Elle est véritablement au cœur du roman, et au centre des enjeux de sa traduction française. Comme tous les textes inscrits au sommaire de ce volume, Mil neuf cent quatre-vingt-quatre est proposé ici dans une nouvelle version, fidèle au style à la fois vif et rugueux de son auteur. L’ensemble, tous genres confondus, se lit comme l’almanach d’un quart de siècle de bruit et de fureur rédigé par un écrivain qui a toujours considéré qu’il n’existe pas de réalité sans observateur.

A propos de l’auteur

George Orwell (de son vrai nom Eric Blair) est né aux Indes en 1903 et a fait ses études à Eton. Sa carrière est très variée et beaucoup de ses écrits sont un rappel de ses expériences. De 1922 à 1928 il sert dans la police indienne impériale. Pendant les deux années suivantes il vit à Paris puis part pour l’Angleterre comme professeur. En 1937 il va en Espagne combattre dans les rangs républicains et y est blessé. Pendant la guerre mondiale il travaille pour la B.B.C., puis est attaché, comme correspondant spécial en France et en Allemagne, à l’Observer. Il meurt à Londres en janvier 1950.

La liberté éprouvée des « Œuvres » de George Orwell

CRITIQUE

Une partie de l’œuvre de George Orwell paraît en Pléiade. Écrite contre les totalitarismes du XXe siècle, elle nous sert de boussole aujourd’hui.

Antoine Perraud,

La Croix, le 08/10/2020

George Orwell (1903-1950) fut un hérétique de la politique. Il y avait chez lui un substrat religieux assumé. Dans un poème de jeunesse, il plaisante sur sa vocation contrariée de pasteur. Et à la fin de son premier roman publié en 1934, En Birmanie (Burmese Days), le coup de théâtre intervient pendant l’office : « Le pasteur s’était arrêté net au milieu d’un mot. »

Dans La Littérature empêchée (1946), Orwell ne cache pas ses références : « Au cours des siècles où dominait le protestantisme, l’idée de rébellion et l’idée d’intégrité intellectuelle se confondaient. L’hérétique – qu’il s’agisse de politique, de morale, de religion ou d’esthétique – était celui qui refusait de faire insulte à sa propre conscience. Ce point de vue se trouve résumé dans les paroles de l’hymne revivaliste : “Ose agir comme Daniel,/ Ose te dresser seul,/ Ose ne rien céder,/ Ose le faire savoir.” »

Un réquisitoire contre les intellectuels en politique

L’écrivain s’était forgé une certitude : en politique, l’idéal est l’ennemi du bien. Et les orateurs sont des menteurs, comme en témoigne La Ferme des animaux (1945). L’un des cochons ayant pris le pouvoir, et qui répond au nom de Beau-Parleur, s’y exprime ainsi au sujet du lait et des pommes devenus introuvables, au bénéfice de la goinfrerie porcine : « Nous autres cochons sommes des travailleurs intellectuels. L’administration et l’organisation de cette ferme dépendent entièrement de nous. Nous veillons jour et nuit à votre bien-être. C’est dans votre intérêt que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes. »

Dans ce passage gît l’irréfragable conviction de George Orwell : il n’y a rien de pire que les prétendus intellectuels en politique. Leur rôle consiste à provoquer la cécité volontaire de leurs concitoyens. Imposture pseudo-partageuse : « Les socialistes issus des classes moyennes manifestent une déplorable tendance à se cramponner à leurs pitoyables bribes de prestige social, tout en appelant théoriquement de leurs vœux l’avènement d’une société sans classe », écrit-il dans Wigan Pier au bout du chemin (1937). Non sans avoir spécifié qu’après la découverte des ravages du colonialisme en Birmanie, entre 1922 et 1927 : « J’avais le sentiment qu’il me fallait me soustraire non seulement à l’impérialisme, mais aussi à toute forme de domination de l’homme sur l’homme. Je voulais m’abîmer, m’enfoncer parmi les opprimés, être l’un des leurs et me battre à leurs côtés contre les tyrans. »

Solitaire déclassé, solidaire errantIl y a du Simone Weil, de six ans sa cadette, chez George Orwell. D’où sa tentative de se fondre dans le peuple, lui l’ancien élève d’Eton : Dans la dèche à Paris et à Londres (1933, parution en français chez Gallimard en 1935, sous le titre La Vache enragée, grâce à un coup de pouce de Malraux et nanti d’une préface de Panaït Istrati) lui permet d’explorer tous les trente-sixièmes dessous possibles et de poser, au trente-sixième chapitre, cette interrogation empathique par excellence, hier comme aujourd’hui : « Commençons par cette question essentielle : pourquoi existe-t-il des vagabonds ? »

Solitaire déclassé, solidaire errant, George Orwell, tout comme Simone Weil, va combattre le franquisme en Espagne aux côtés des républicains : « C’était curieux de voir comme l’état d’esprit général semblait changer dès qu’on s’approchait de la ligne de front. Toutes, ou presque toutes les haines recuites entre partis politiques s’évanouissaient », relate-t-il dans Hommage à la Catalogne (1938).

CRITIQUE. Incandescente Simone Weil

Les pamphlets documentés d’Orwell, qu’ils prennent la forme de reportages ou d’un roman d’anticipation (en lisant Mille neuf cent quatre-vingt-quatre, on ne peut oublier qu’il reçut l’enseignement d’Aldous Huxley à Eton), témoignent d’un rude précepte : l’engagement civique ne se commande ni ne se commente, mais s’éprouve ; relié à nos émotions intimes et raisonnées, plutôt que pendu aux ordres dits supérieurs. Le lire, c’est résister au pire, toujours devant nous.


Philippe Sollers, Juste Orwell


Picasso, Guerre, 1951

Tout revient peut-être à une question très simple, mais essentielle : acceptez-vous les assassinats ? C’est la position de George Orwell, après sa guerre d’Espagne, devant la démission presque générale des intellectuels face au totalitarisme. Il a vu, il a compris, il est revenu, il va passer son temps à essayer de réveiller des somnambules serviles. Il y a ceux qui acceptent très bien les assassinats, et même qui en redemandent, ceux qui regardent ailleurs lorsqu’on leur en parle, ceux, enfin, « qui s’arrangent toujours pour ne pas être là quand on appuie sur la détente ».

« J’ai vu des hommes assassinés. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. Les Hitler et les Staline trouvent l’assassinat nécessaire, mais ils ne se glorifient pas de leur cruauté et ne disent pas « assassiner », mais « liquider », « éliminer », ou tout autre euphémisme. »

Ce qui se passe est très nouveau et peut durer beaucoup plus longtemps que prévu. Orwell est le premier à comprendre que le fascisme n’est pas, comme toute la gauche le répète à l’époque, un cancer du capitalisme avancé, mais une sinistre perversion du socialisme. Le pacte stalino-nazi lui donne, sur ce point, tellement raison que nous pouvons aujourd’hui nous étonner encore de sa solitude. Simon Leys a bien décrit comment l’auteur de « la Ferme des animaux » et de « 1984 » en est venu à éprouver une véritable horreur de la politique : « Ce que j’ai vu en Espagne, et ce que j’ai connu depuis du fonctionnement des partis de gauche, m’a fait prendre la politique en horreur. » L’opinion courante est de croire qu’Orwell était finalement un pur et simple anticommuniste. Mais pas du tout : son expérience auprès du prolétariat anglais, c’est-à-dire au contact de ce qu’il appelle « la décence », devrait nous ouvrir les yeux. L’année 1984 est derrière nous, le règne total de Big Brother ne s’est pas réalisé, mais qui sait ? Il est peut-être à l’oeuvre sous une autre forme. Orwell a été, et est resté de gauche, et c’est ce qui le rend irrécupérable. Il agaçait ses amis, par exemple Cyril Connolly : « Il ne pouvait pas se moucher sans moraliser sur les conditions de travail dans l’industrie des mouchoirs. » On ne pense pas assez à l’industrie des mouchoirs.

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