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Le Chemin continue

Deux nouvelles de confinement

D 20 avril 2020     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En 1959, l’éditeur Georges Lambrichs créait la collection « Le Chemin » chez Gallimard. Il y accueillit jusqu’en 1992 les textes de JMG Le Clézio, Christian Bobin, Michel Chaillou, Georges Perros, Jean Starobinski, Jacques Réda, Gérard Macé, Jean-Marie Laclavetine... Pourquoi « Le Chemin » ?, avait demandé Gérard Macé à l’éditeur : « Parce que le chemin continue », avait simplement répondu Georges Lambrichs, exprimant là qu’il y avait un présent et un avenir pour une littérature de fiction et de critique libre et créative.

"Ce Chemin est aujourd’hui le nôtre : même si nos chères librairies et nos bibliothèques de quartier sont temporairement fermées, la fiction n’est pas assignée à résidence. Elle continue à se lire et s’écrire. Auteurs et lecteurs n’ont rien cédé de ce territoire ouvert à l’invention, domaine d’évasion et de ressaisissement. La littérature est vivante ; et nous en aurons besoin demain, quelles que soient les voies qui seront les nôtres. L’espoir et la création feront partie commune.

Nous avons donc décidé de redonner vie au « Chemin », durant le temps que durera encore le confinement.

Ainsi, plusieurs fois par semaine durant cette période de crise pandémique, « Le Chemin » publiera sous forme numérique, des textes de fiction brefs et inédits d’écrivains contemporains, sans lien direct avec les dramatiques circonstances.

Ces textes seront proposés gratuitement aux lecteurs, soit en téléchargement sur le présent site ou sur tous les sites des libraires, soit par abonnement (envoi d’un mail).

Ensemble et confinés, solidaires contre l’épidémie, pour les malades, les soignants et les travailleurs, pour nous tous."

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Pour lire les parutions du « Chemin » en format ePub, l’équipe Eden Livres est heureuse de vous proposer l’application de lecture Brio, disponible gratuitement sur Iphone et Ipad ici (version Androïd à venir très prochainement)

Pour recevoir les textes du « Chemin », il est nécessaire de REMPLIR LE FORMULAIRE EN LIGNE...

Retrouvez ici l’ensemble des titres du Chemin


Les deux pavillons, 7 avril. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Extrait.

C’est à dix-sept heures dix que le Trésorier-payeur, chaque jour, entrait dans la salle d’attente. À cette heure-là, elle était toujours vide, le dernier patient ouvrait grand sa bouche aux soubresauts de la roulette et ne sortirait que vers dix-sept heures trente.
Le Trésorier-payeur aimait par-dessus tout ces vingt minutes où enfin libéré de la banque et pas encore entré dans cet autre temps qui est celui de l’amour, il pouvait se laisser envahir par la lumière qui à cette heure-ci entrait par la fenêtre de la salle d’attente où les murs blancs, les papyrus et le mobilier en osier produisaient chez lui une sensation d’été paisible.
Il ne s’asseyait pas ; il se tenait debout, les yeux clos, appuyé contre le rebord de la fenêtre, le visage offert au ruissellement de la lumière, et il arrivait que celle-ci fût si violente qu’en lui enveloppant le visage une lueur rouge lui apparût au fond de ses yeux en même temps qu’une agréable chaleur. Les chiffres commençaient à disparaître de ses pensées ; plus exactement ses pensées commençaient à chasser les chiffres, dont l’efface- ment progressif se faisait sentir comme l’effet d’une aspirine dissolvant une migraine. Ses traits s’adoucissaient, ses muscles se détendaient, et le visage nimbé d’un éclat orangé, incandescent, solaire, il s’ouvrait à l’imminence du long baiser qu’il échangerait bientôt avec sa femme, dont l’intensité se substituerait non seulement aux soucis de leur journée, à la fatigue de leur travail, mais aussi au monde, aux êtres, aux paroles, à l’univers entier qui nous tient enfermés dans son poing.
Lorsqu’on évoque les préliminaires de l’amour, on se contente souvent de décrire des caresses ; mais tout aussi excitants sont les moments qui précèdent la rencontre : en faisant monter le désir, l’attente compose une région ardente où le corps se prépare. En offrant son visage au soleil, le Trésorier-payeur s’imprégnait de ces couleurs chaudes qui se diffuseraient à travers ses étreintes avec sa femme ; et si déjà de sa gorge à ses cuisses un feu se réveillait qui propagerait bientôt jusqu’au bas de son ventre l’incendie que la seule pensée du corps nu de Yoko provoquait, il lui suffisait, après sa station au bord de la fenêtre, de se placer à un endroit précis de la salle d’attente pour qu’aussitôt son esprit, presque entièrement délivré des chiffres, entrât dans un climat propice à la joie des sens.
Il y avait en effet, accrochées aux murs de la salle d’attente, deux grandes photographies qui se faisaient face. L’une d’elle représentait le Pavillon d’argent — Ginkaku-ji — et l’autre le Pavillon d’or — Kinkaku-ji. Ces deux paysages à l’harmonie éblouissante accomplissaient l’image de la perfection : leur célébrité n’atténuait en rien le plaisir qu’on éprouvait à les contempler, plaisir encore multiplié par l’effet de symétrie que provoquait leur face-à-face.
Le Trésorier-payeur, tel était son rituel, commençait toujours par observer le Pavillon d’argent, sans doute parce que celui-ci avait la préférence de Yoko, mais aussi parce que ses couleurs, plus discrètes que celles du Pavillon d’or, se fondaient dans les montagnes qui l’entouraient ; il se laissait d’abord envahir par la douceur des mousses et la clarté des pierres ; puis les reflets des panneaux de bois du temple dans les eaux du lac mobilisaient son attention ; enfin la ligne des pins qui serpente à travers la montagne, le jardin de sable blanc et de graviers : tout s’ajustait au fur et à mesure pour s’emparer de son esprit comme une vision intérieure qui intime le silence.
Puis il se tournait vers le Pavillon d’or, dont l’image le ravissait plus rapidement, trop peut-être : ces feuilles d’or qui recouvrent les parois du temple lui rappelaient la couleur du métal sur quoi tout l’édifice monétaire avait longtemps reposé. Le ciel qui tournait autour du pavillon renvoyait son image dans l’étang où des îlots rocheux en modulaient les proportions ; et le phénix qui étincèle au sommet de la toiture avec ses ailes déployées pour l’éternité indiquait au Trésorier-payeur que rien, pas même un incendie, ne pouvait troubler l’ordonnance de ces lieux qui toujours renaîtraient de leurs cendres.
De la lumière conjuguée du Pavillon d’or et du Pavillon d’argent se diffusait dans l’esprit du Trésorier-payeur, immobile à mi-chemin des deux images, l’une à sa droite, l’autre à sa gauche, une clarté qui le remplissait. Plus aucun chiffre ne rôdait dans sa tête ; ils avaient fondu, laissant un vide que le plaisir occuperait d’ici quelques minutes.
Cet espace libre en chacun de nous que nous cherchons parfois vainement, le Trésorier-payeur, à force d’application, le retrouvait quotidiennement ; il s’était fait un art de le sculpter dans la lumière des après-midi, au point que son esprit, bridé par la vie de bureau, ne tendait plus que vers cet instant où la fine architecture de ses sens recevait avec les lueurs des deux chefs-d’œuvre de Kyôto sa provision d’extase.
Mais l’émotion qui naissait alors en lui ne se consumait pas dans la jouissance — elle attendait. Le corps de sa bien-aimée lui apparaissait miroitant d’or et d’argent, comme si la lune et le soleil l’avaient enduite d’une rosée dont il allait goûter le nectar. Les prières glissent ainsi vers un temple invisible ; le Trésorier-payeur, quant à lui, méditait son érotisme.
Et alors qu’il ne restait plus qu’une minute ou deux avant que Yoko, toujours ponctuelle, n’ouvrît la porte, et que le patient s’éclipsât ; alors que l’image de sa blouse blanche entrouverte sur ses cuisses se précisait, le Trésorier-payeur comme à son habitude laissait ses souvenirs naviguer au long des sentiers que Yoko et lui avaient empruntés lors de leur voyage de noces à Kyôto, lorsque cheminant d’un temple à un autre, parmi les collines boisées qui surmontaient la ville, et se perdant avec joie parmi les jardins et le long des rivières, s’étreignant sous l’ombre légère des érables, ils s’ouvraient à une volupté dont ils découvraient qu’elle allait les occuper toute leur vie. Car la rencontre entre Yoko Mizaki et le Trésorier-payeur leur avait ouvert un pays de nuances, aussi crues que délicates, dont les variations s’affinaient au fur et à mesure des soirs passés ensemble, des semaines, des mois, des années ; et voici que la dernière image avant dix-sept heures trente déroulait sa flamboyance dans l’esprit du Trésorier-payeur : le visage béat de Yoko tourné vers les branches des cerisiers en fleur, lorsque durant ce même voyage ils avaient vécu fébrilement le sakura — l’avancée de la floraison des cerisiers roses et blancs —, courant d’un arbre à un autre afin de recevoir sur le visage les pétales qui éclosent. Et il ne pouvait oublier cet instant où la tête jetée en arrière en un geste de ravissement qui l’offrait à l’ondée rose pâle des fleurs, Yoko avait ouvert sa bouche en un râle d’abandon semblable à celui qui la jetait hors d’elle au comble de leurs étreintes, et cette bouche que depuis ce jour il ne pensait qu’à remplir avec sa langue ou son sexe, et qui s’ouvrait à l’univers entier, à la pluie, au vent, il allait bientôt la retrouver et recevoir d’elle ces baisers au goût de lune qui avaient changé sa vie.

YANNICK HAENEL


Lumiere continue-300, 20 avril. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Extrait.

Tout vient à point à qui sait attendre. La seconde fois que je la rencontre, je lui fais découvrir Venise.
Je l’amène d’abord au siège de l’Alliance française, installé dans un petit palais du XVIIIe siècle, au bord d’un canal du quartier San Marco. On pousse une porte située sous les arcades et on pénètre dans une entrée vénitienne typique, murs de briques et sol de marbre. Un escalier en face s’élève vers la gauche, il y a une deuxième porte puis l’escalier continue, il tourne vers la gauche et on arrive directement dans la pièce principale du Casino Venier.
C’est une bonbonnière et vous êtes la confiserie, un écrin et vous êtes le bijou. Les murs sont recouverts de stucs rose, ivoire, vert pâle et or, dans lesquels ont été enchâssés des miroirs piqués par le temps mais qui continuent de réfléchir les corps. Au plafond, des motifs floraux ; au sol, des motifs géométriques complexes, kaléidoscope de losanges en marbre.
Autour de la pièce principale, deux pièces latérales plus petites, séparées par des portes de palissandre avec poignées de bronze. Dans l’une, au plafond une fresque représentant le Triomphe de Bacchus ; dans l’autre, une Allégorie du Progrès des Arts. Au fond de la pièce principale, au-dessus de l’escalier par lequel on est entré, une fausse cloison cache un espace dans lequel jadis les musiciens se tenaient pour jouer.
En face, les fenêtres à vitraux ouvrent sur un étroit balcon au-dessus du petit canal. D’ici, on entend distinctement le battement de l’eau, le ressac particulier généré par le passage des bateaux, des gondoles, des petits canots qui seuls peuvent passer sous les ponts bas des étroits rios. De temps en temps, un coup de klaxon, ou une exclamation lancée en vénitien par un pilote ou un gondolier, parfois le canot jaune des ambulanciers et leur sirène si particulière, parfois le canot en bois d’acajou verni d’un taxi de luxe, et aussi les oiseaux égarés là, des canards ou des mouettes, toute la vie d’un petit canal de mer.
Des fauteuils de cuir blanc du XXe siècle ont été disposés tout autour de la pièce principale, on peut lire, discuter en vis-à-vis, se reposer, méditer en levant les yeux au plafond. Au sol, à un mètre de la fenêtre, et confondu aux motifs de marbre, un carré de bois amovible bouche un trou traversant tout le plancher, il permet d’observer le quai en bas devant l’entrée, c’est un judas, on l’utilisait jadis pour voir qui frappait à la porte.
Aujourd’hui, on donne ici des cours de français. On y organise des lectures et des débats avec des philosophes, des écrivains, des historiens, des poètes. On y écoute de la musique, on y sympathise, on y mange, on y boit, on y vit, le plus souvent dans la langue française. Ici souffle l’esprit de Casanova, le vénitien qui écrivait en français.
Je me souviens de ma première lecture publique au Casino Venier. C’était il y a une dizaine d’années, je venais de publier mon deuxième roman, il y avait une grande affluence, beaucoup d’Italiens, beaucoup de femmes, beaucoup de jeunes. L’attention, le silence, les questions posées à la fin, m’avaient impressionné. J’avais été notamment surpris par une étudiante qui était venue vers moi, au moment où je repartais avec le romancier Enrico Palandri, qui avait mené les débats et qui plus tard deviendrait un ami. La jeune femme m’avait posé plusieurs questions très fines, très profondes, très personnelles, sur le roman très intime que je venais de présenter.
Elle était jeune, belle, décidée, elle voulait en savoir davantage sur la façon dont s’écrivent les livres. Quand nous avions fini d’échanger, et alors que je la saluais pour m’en aller, elle s’était penchée en avant et m’avait fait la bise, et j’avais songé qu’en France quand un homme et une femme se rencontraient pour la première fois, à moins d’être présentés par un ami commun, ils ne s’embrassaient pas mais se serraient la main. Elle était italienne et avait de grands cheveux bruns bouclés et indociles. Or, huit années plus tard je tomberais amoureux d’une Italienne, et trois années encore après, je rencontrerais une femme aux cheveux bruns bouclés et indociles qui deviendrait aussitôt ma compagne. Comme quoi, l’existence sans cesse élabore le brouillon du futur, préparant pas à pas ce qui surviendra quand tout sera en place.
Je fais donc découvrir Venise à ma nouvelle compagne. Elle répète sans cesse « C’est magique », elle a mille fois raison, la physique quantique n’a plus cours ici, les règles matérielles qui régissent ce lieu, et tout ce quartier, et toute cette cité, et toute la lagune, sont des lois mécaniques et biologiques différentes. Elle dit encore « Je veux mourir ici » et je dois lui expliquer que cela ne lui arrivera pas ici, et qu’elle ne mourra pas ailleurs non plus, qu’on doit s’occuper de la vie, et, éventuellement, de la vie au-delà de la vie, du dépassement de la mort. On ne mourra pas ici, on ne mourra nulle part.
Elle apprend très vite Venise, notamment les bruits, le choc régulier de l’eau contre les quais devant notre hôtel, la lumière éblouissante et comme électrique, les flots verts et le ciel bleu, les oiseaux, mouettes, hérons, goélands. Elle découvre les cloches enfiévrées des églises dès qu’une fête catholique approche, sonnant à toute volée vingt minutes d’affilée, en désordre apparent et comme frappées d’ivresse, paraissant un instant adorablement endiablées par la beauté du moment et des lieux.
Elle dit que l’eau ici la berce, partout et toujours, qu’elle soit en vaporetto ou bien à marcher le long des canaux. Elle ne cesse de s’étonner des pierres qui pavent les rio terra, les quais, les places, elle n’a jamais vu des blocs aussi réguliers, de si grande taille et si parfaitement taillés, de larges pavés qui datent de plusieurs siècles, déjà parfaits à l’époque et qui n’ont pas bougé, grands parallélépipèdes plats exactement ajustés les uns aux autres.
Elle n’a pas les yeux assez grands pour absorber tous les corps de saints, de dieux et de martyres qu’elle voit peints sur les murs des églises. Elle regarde où elle marche, elle cherche le nom de la couleur des pierres qui composent les sols, elle compte le nombre de côtés des motifs géométriques qui y sont dessinés, triangles, rectangles, pentagones, hexagones. Elle dit que les bancs de marbre blanc disposés le long du canal de la Giudecca sont les plus doux des sièges.
Elle court examiner les puits de plus près dès qu’elle arrive sur une place, couvercle de fonte sculpté, margelle de marbre, pied de pierre, jadis de là venait l’eau, de là venait la vie. Elle est très émue devant le monument de la Shoah, campo del Ghetto Novo, et je me souviens qu’elle m’a dit une fois qu’elle n’était pas seulement fille de républicains espagnols, qu’elle s’était toujours sue juive, lointaine descendante de marranes. Elle parcourt toute la ville avec moi, elle rencontre mes amis, parle à tous ceux que nous croisons, commerçants, inconnus. Elle apprend l’italien sans même s’en rendre compte, elle répète les phrases et l’accent tonique lui vient peu à peu, les premiers mots, Buongiorno, Ciao, Per favore, Grazie mille, Scusa, Salve, puis les mots suivants. D’abord écouter, comprendre, puis répondre, interroger, parler, rire, échanger, remercier.
Elle ne connaissait pas Venise, elle ignorait que tout près de la vie française se trouvait la vie italienne. Elle ne savait pas que depuis quinze siècles existait une ville de pêcheurs, de commerçants, de philosophes et d’artistes, bâtie en pleine mer, et que l’on pouvait y vivre librement et pleinement. Elle a dû attendre quatre décennies pour l’apprendre par hasard, parce que nous nous sommes connus, ou, plus exactement, retrouvés.
La première fois que je la rencontre, je suis encore enfant. J’ai six ans, avec mon père et ma mère nous sommes partis en vacances dans le sud-ouest de la France, nous faisons une halte à Bordeaux pour saluer des amis. Nous nous promenons avec eux quand soudain ces amis croisent un autre couple qu’ils connaissent, lui espagnol et elle française. La femme pousse un landau, ils viennent de donner naissance à leur premier enfant. Une petite fille. Nous nous penchons tous sur elle, elle sourit à chacun. Je la trouve infiniment belle, je la vois pour la première fois. C’est un rêve que j’ai fait à Venise, dans la chambre d’un bel hôtel, face au Canal de la Giudecca.
J’ai fait un second rêve, quelques jours plus tard et au même endroit. Tout allait mal autour de moi, c’était une situation catastrophique, partout les édifices bougeaient dangereusement de droite à gauche sous l’effet de tremblements de terre répétés. Je n’étais pas affolé, seulement intrigué, j’avançais dans une sorte d’inondation douce, de hautes eaux qui avaient envahi toute la maison et toute la rue. Le jardin lui aussi était une sorte de rivière d’où émergeaient des arbres et des fleurs. J’ai levé les yeux et alors j’ai vu que le ciel était clair et que la pluie qui tombait formait un rideau de gouttes colorées, jaunes, vertes, oranges, violettes, rouges, bleues, lumineuses et imprévisibles comme la palette d’un peintre. C’était une pluie de vie, celle qui arrose les habitants ici, y compris les jours de ciel bleu, une pluie portant une lumière continue. Je me suis réveillé, j’ai vu l’église du Redentore par la fenêtre de la chambre, et j’ai compris que je ne dormais plus.

MARC PAUTREL


Tintoret, La Cène (1592-1594). Venise, Église de San Giorgio Maggiore.
Photo A.G., 10 juin 2019. ZOOM : cliquer sur l’image.

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