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« Corps, âme, esprit » par François Cheng

Suivi de la SERIE : François Cheng en cinq entretiens

D 20 avril 2020     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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PARTIE I - CORPS, AME ESPRIT,

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En guise d’introduction

Avec son phrasé lent, ses mots choisis, sertis comme des diamants, François Cheng nous ramène à l’essentiel, la beauté et le mal, la mort et la vie, « le corps, l’âme, l’esprit » etc. Il y avait longtemps que l’on ne m’avait pas parlé de l’âme. Peut-être pas depuis mon enfance dans les écoles chrétiennes de l’Ouest de la France - alors encore catholique et imprégné du souvenir des « guerres de Vendée », là où les paysans soutenaient leurs prêtres réfractaires – ceux qui, pendant la Révolution - avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, instituée par la Révolution. Traqués par la République, ils continuaient, dans la clandestinité, à témoigner de leur foi et dire la messe, en cachette, dans les granges…
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_ Je me souviens de notre instituteur Mr Valteau. J’étais passé dans sa classe, la section des moyens, à droite dans la salle multiclasses. A gauche, c’était la section des grands ; Au fond de la salle, Me Valteau s’occupait des petits (5-6 ans) et finissait de leur apprendre la lecture, après l’initiation en maternelle qui s’appelait « L’asile » et tenue par des religieuses. Je devais avoir autour de 6-7 ans. De chaque côté de la classe, à l’avant, il y avait un tableau noir sur lequel figurait les résumés de l’enseignement du moment. A gauche, une dictée pour les grands. A droite nous n’en étions pas là, mais l’avantage des classes multiples, c’est que l’on peut glaner quelques savoirs ou interrogations supplémentaires. Je ne comprenais pas que dans la dictée des grands le mot « son » pouvait s’écrire « son » ou « sont » De même « où » avec accent et « ou » sans accent. Ces mystères m’intriguaient beaucoup mais je n’y avais pas accès. Je n’en avais pas encore les clés.

Par contre, les moyens - comme moi - à droite donc, étaient tout à fait rompus à un mystèrecomme « l’âme » qui n’en était pas un pour nous. Mr Valteau, avait l’habitude d’accompagner la pensée du jour inscrite de sa belle écriture penchée - avec les pleins et les déliés de rigueur - par de petits dessins soignés. A Noël, il y avait le sabot de Noël, la feuille de houx…Et là pour l’âme, il y avait « l’âme pure », un cercle empli à la craie blanche, et à côté une âme tâchée par le péché, des tâches noires. C’était très clair, si je peux dire. Bien plus tard, j’apprendrai que la langue française en a gardé trace dans l’expression les « âmes damnées », ainsi que bien d’autres expressions, notamment « la force d’âme », citée par François Cheng pour en souligner les vertus.

Ecoutez ce jeune homme de 90 ans, arrivé en France, en 1948, à l’âge de 19 ans, ne connaissant pas notre langue. L’année suivante, ses parents - son père est haut fonctionnaire à l’UNESCO – émigrent aux Etats Unis. Lui, passionné par la langue et la culture française décide de rester en France. Il s’est approprié notre lanque qui est devenue la sienne. François Cheng, écrivain et poète en langue française, que l’Académie française a accueilli en son sein en 2002.

Là, en 2020, il nous parle de l’âme, du couple corps-âme d’un autre âge, alors que l’on ne parle plus aujourd’hui que du couple corps-esprit, l’âme tombée aux oubliettes, mais l’âme est-elle réductible à l’esprit ? Non, pour François Cheng. L’âme "cette part unique de chacun" se distingue de l’esprit, Pour lui «  la constitution de notre être est ternaire et non pas duelle. Ternaire, c’est-à dire corps-âme et esprit. »

Mais écoutons plutôt François Cheng nous le dire ; Oui, "un moment de grâce" comme le qualifie François Busnel. :

Corps, âme, esprit

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François Cheng : Est-ce que je peux évoquer l’âme ?
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_ François Busnel : …L’âme ou l’esprit ?

F.C. : Voilà !
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_ Je parle d’abord de l’âme :

Tout corps vivant est animé

Ca veut dire que, dans un corps vivant, il a un ensemble d’organes qui sont animés,

Et dans le même temps, il y a dans ce corps, une force qui les anime.
_
_ Les anciens désignaient cela par le couple animaanimus,

c’est-à dire plus concrètement, c’est âme et corps.
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_ Qu’est-ce qui donne à l’âme cette force d’animer ?

Et là, toutes les cultures donnent la même réponse
_
_ Parce que l’’âme est reliée au souffle de vie

C’est-à-dire souffle vital

Donc, l’âme est une notion universelle

Seulement, voilà, à partir d’une certaine époque,
_
_ récente d’ailleurs, en Occident,

l’homme émancipé, fier de son esprit, qui a conquis la matière

41 40 rejette l’âme, rejette l’idée même de l’âme

La considérant comme un résidu de l’obscurantisme religieux.
_
_ Il s’agit là, d’une amputation, qui est un appauvrissement

Et qui comporte ses dangers

Parce que cet homme qui ne jure que par son esprit

Qui ne jongle qu’avec le dualisme corps-esprit

Il ne sait pas que ce dualisme corps-esprit,

Finit souvent, par la soumission de l’esprit, à la tyrannie du corps,

Tant il est vrai que, les désirs qui habitent le corps, sont impérieux et insatiables

En sorte que, ce dualisme corps-esprit,

Prôné par beaucoup de théoriciens, par beaucoup de penseurs

Aboutit, à une sorte d’hédonisme, lassant et morbide

Qui est un système clos.
_
_ Alors que, le répète, la constitution de notre être est ternaire et non pas duelle

Ternaire, c’est-à dire corps-âme et esprit.

F.B. Où se situe la conscience dans tout cela ?

F.C. La conscience, bien sûr, appartient à l’esprit.
_ Mais il y a une part inconsciente de la conscience qui fait partie de l’âme

Je continue un petit peu, très peu…

L’esprit est basé sur le langage, sinon personne n’aurait pu développer son esprit

Donc, il a un caractère, justement, conscient et général,

Qui permet l’organisation rationnelle de la société

Et qui permet des recherches très poussées dans le domaine scientifique

Mais l’âme, c’est cette part la plus sensible, la plus intime

Qui nous donne la capacité de ressentir, d’aimer

De tendre vers une forme de création artistique, qui relève de l’âme.

Et puis, surtout, de se relier intuitivement à une forme de transcendance

Qu’il perçoit comme une patrie native

Qui n’est pas un résultat d’un raisonnement

Ces deux aspects esprit et l’âme permettent, chez l’homme

un mouvement circulaire qui est ouvert, qui est toujours ouvert.

LES DITS DE FRNCOIS CHENG

« l’esprit « raisonne », tandis que l’âme « résonne » »

_ L’âme n’a rien de mièvre, ni de flou

En français On dit « force d’âme »

C’est-l’âme est souvent la source d’héroïsme :
_
_ Jeanne d’Arc, de Gaulle à un certain moment,
_
_ Et tout près de nous, le Cololel Beltrame

Qui est allé au devant des terroristes

Ce n’est pas un acte de raisonnement, c’est une force d’âme qui les anime

Et François Cheng de citer, ensuite, deux extraits de Camus et Le Clezio, tous deux « Prix Nobel de Littérature », en appui de ses propos. A découvrir dans la séquence vidéo

Le mot « sens » et la langue française

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Sur la mort

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Quoi lire de François Cheng ? Le choix des libraires

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L’intégrale de L’émission spéciale « François Cheng » de la Grande Librairie

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PARTIE II - ENTRETIENS AVEC FRANCOIS CHENG A LA RADIO

poète, traducteur, essayiste, romancier et académicien

A NE PAS MANQUER
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HORS-CHAMPS avec Laure Adler

LE 01/10/2012

François Cheng : "C’est en creusant vers la profondeur qu’on peut vraiment atteindre l’universel"

Laure Adler reçoit François Cheng, écrivain, poète et calligraphe, pour évoquer son parcours et les motivations qui l’ont poussé à devenir écrivain à l’occasion de la sortie de son livre "Quand reviennent les âmes errantes" (Albin Michel).

_ François Cheng le 13 juin 2002, après son élection à l’Académie française.•Crédits :Jack Guez-AFP
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HORS-CHAMPS par Laure Adler

Au micro de Laure Adler, l’écrivain d’origine chinoise François Cheng revient sur son nom et son prénom chinois qu’il a francisé.

[Mon prénom chinois] Chi-hsien veut dire "célébrer la sagesse" et toute ma vie je me suis rebellé contre ce prénom, je n’ai jamais cherché la sagesse alors que parfois en France on me prête cette qualité. Alors que ce n’est absolument pas la sagesse que je cherche, c’est la passion. Toutes mes démarches sont fondées sur la raison quand même mais une raison ouverte.

Très tôt, à cause de la guerre qu’il a connue jeune, il a eu une conscience aiguë de sa présence au monde et de ces deux mystères que sont d’un côté la beauté de la nature et de l’homme et de l’autre la question du mal. C’est alors que la poésie apparaît et lui semble "indispensable" pour comprendre cette énigme

En Chine, j’ai passé toute mon adolescence, cette période de croissance, en pleine guerre de 1937 jusqu’à 1945. On était sous-alimentés et mal soignés par les médecins donc je pensais même mourir à 20 ans, et puis j’ai dit à 30 ans, et puis 40 ans, 50 ans... et je ne sais pas comment se fait-il que maintenant j’ai dépassé 80 ans. Ce n’est absolument pas par coquetterie, je dis la vérité. Il y a cet étonnement disons qui m’a permis de réaliser certaines choses que j’ai désirées depuis longtemps de faire.

En évoquant la question du vide originel dans la pensée chinoise, l’écrivain fait le lien avec son livre Quand reviennent les âmes errantes où il est question du double royaume de la vie et de la mort. Il a voulu "interroger le mystère de notre destin"dans ce livre, alors qu’il se sentait"poussé par une impulsion".

En réalité, nous n’avons cessé de dialoguer avec la mort, avec notre propre mort et avec nos morts. Chacun porte le deuil forcément depuis son enfance. Pour moi, la mort n’est pas ce couperet qui à un moment donné fatal, tombe, et hop, ça y est on n’en parle plus. Pas du tout, la mort est partie intégrante de la vie, même la contemporaine intime de la vie. La mort, bien sûr, c’est une force négative qui a fixé la condition tragique de l’homme, ça nous sommes tous d’accord. Et d’un autre côté, la mort, à sa manière, est une force positive parce que c’est la mort qui permet de nous renouveler, c’est la mort qui nous oblige à nous transformer et à nous dépasser. [...] Cette idée d’unicité de notre être et de tous les instants de notre vie, c’est à cause de la présence de la mort.

L’académicien d’origine chinoise fait état de l’"exigence extrême"de la langue française,"par son génie de nuance et de précision"et"par son souci de style".

J’ai été marqué par l’Occident aussi bien par la tradition grecque, que par la tradition judéo-chrétienne. C’est à cause de tout de détour et encore une fois par la langue française... le fait d’écrire en français, pour moi, ce n’est pas simplement le fait d’avoir emprunté une autre langue pour dire ce que j’aurais pu dire en chinois aussi. Pas du tout, le détour par la langue française m’a permis de sortir complètement de moi-même, d’entrer dans l’intimité d’un autre. Ici, l’autre c’est toute la tradition occidentale véhiculée par la culture française et la langue française.

DU JOUR AU LENDEMAIN avec Alain Veinstein

LE 12/02/2014

François Cheng : "Je me considère toujours comme un errant, comme un être en marche et en quête"

Alain Veinstein reçoit François Cheng qui publie "Cinq méditations sur la mort : autrement dit sur la vie" (Albin Michel). L’occasion pour l’écrivain poète de disserter sur la résonance de la poésie et l’âme en Orient et en Occident.

_ Lanterne pour honorer les morts. Crédits : Godong/Universal Images Group - Getty
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Invité d’Alain Veinstein dans l’émission "Du jour au lendemain", François Cheng explique se considérer, "si ce n’est pas trop présomptueux"prévient-il , comme"un poète de l’être", c’est-à-dire qu’il s’interroge "sur le mystère de notre destin au sein de l’univers vivant". Il donne alors sa vision de la poésie qui se veut "méditative". Son but "dès le départ" de l’écriture de son livre Cinq méditations sur la mort : autrement dit sur la vie était de méditer sur la mort pour "plus pleinement vivre".

La poésie est à la pointe du langage humain. Etant à la pointe, elle a pour mission justement de donner une résonance qui permet à notre esprit d’aller au-delà de la mort et par là de rejoindre la source cachée de la vie. Il n’y a que le langage poétique qui répond plus ou moins à notre désir d’aller rejoindre un certain au-delà de notre destin.

L’âme, "cette part unique de chacun" est essentielle pour François Cheng et se distingue de l’esprit.

L’âme constitue la part la plus secrète, la plus intime et souvent la plus inconsciente de notre être. L’âme est là entière dès avant la naissance de chacun, elle accompagne chacun de nous tout au long de notre vie comme une sorte de basse continue. Elle est et sera toujours là au moment de notre mort.

De sa réflexion sur la mort, l’écrivain et poète nous invite à changer notre perception. Au lieu de "dévisager la mort toujours comme une fin absurde, nous devons faire le contraire"ainsi"d’envisager la vie à partir de notre mort". La mort devrait être vue comme "un fruit de notre destin", à la fois comme "accomplissement"et"renaissance".

Il s’explique ce qu’il veut dire par "mourir en poète"c’est-à-dire"d’essayer de porter une parole de vérité jusqu’au bout".

Toutes ces passions qui nous habitent sont impulsées par notre conscience de la mort. Mon propos n’est pas de me complaire dans un climat mortifère, au contraire. La mort pour moi devient le moteur le plus dynamique de notre vie si nous réussissons à l’intégrer dans notre vision complète de la vie.

SERIE : FRANCOIS CHENG EN CINQ ENTRETIENS

A VOIX NUE (France Culture) par Sandrine Treiner

Par Françoise Siri.
Réalisation : Anne Sécheret.
Prise de son : Laurent Césard.
Attachée d’émission : Claire Poinsignon

À propos de la série

Poète, romancier, essayiste, auteur de monographies et de livres d’art, académicien, François Cheng, homme d’une double culture, revient sur son parcours, qu’il a toujours repensé à travers sa création littéraire, à la recherche d’une parole de vérité. C’est cette parole qu’il souhaite livrer à l’auditeur, durant les cinq rendez-vous d’ "A voix nue". Reconnu aujourd’hui comme une figure majeure de la poésie contemporaine, François Cheng est doté de cette voix si particulière qui ’ nous transmet un souffle ancien, immortel et absolument personnel, qui s’inspire de l’aventure de la passion et de l’amour ’ comme l’écrit la poète Silvia Baron Supervielle. Il termine chaque volet de l’émission en lisant un poème.

Épisode 1/5 : " A 15 ans je me suis éveillé à la littérature : un autre monde s’ouvrait à moi"

A VOIX NUE par Sandrine Treiner

Le 20/10/2014

Premier d’une série de cinq entretiens d’"A voix nue" avec François Cheng, Il évoque son enfance et son adolescence en Chine pendant une longue période de guerre, forcé à un rude exode sublimé par la beauté du Sichuan, et enfin ses premières années d’exil en France.

_ Forêt de bambou du Parc national de Shunan Zhuhai dans la province du Sichuan en Chine.• Crédits : CWIS - Getty
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« Aimer, c’est dire : Tu ne mourras pas ! » écrit François Cheng dans l’un de ses poèmes (dans l’anthologie A l’orient de tout , Poésie/Gallimard, 2008). Poète, romancier, essayiste, auteur de monographies et de livres d’art, académicien, François Cheng est d’abord un tout jeune Chinois qui arrive à Paris en 1949, après la guerre sino-japonaise. Il est alors âgé de vingt ans et vient en France entreprendre une année d’étude. Mais la Chine ferme ses frontières et l’étudiant devient un exilé. Il se passionne pour la langue française au point d’en faire sa langue d’écrivain et de se choisir le prénom « François ». Homme d’une double culture, il revient sur son parcours, qu’il a toujours repensé à travers sa création littéraire, à la recherche d’une parole de vérité. C’est cette parole qu’il souhaite livrer à l’auditeur, durant les cinq rendez-vous d’A voix nue .

Reconnu aujourd’hui comme une figure majeure de la poésie contemporaine, François Cheng est doté de cette voix si particulière qui « nous transmet un souffle ancien, immortel et absolument personnel, qui s’inspire de l’aventure de la passion et de l’amour » comme l’écrit la poète Silvia Baron Supervielle. Il termine chaque volet de l’émission en lisant un poème.

François Cheng, né le 30 août 1929, vit une enfance heureuse, mais elle est tôt interrompue par la guerre sino-japonaise, en 1937. Il a alors huit ans, et se réfugie avec sa famille au cœur de la province du Sichuan, dans un des plus beaux paysages du monde. L’enfant découvre alors à la fois le mal et les atrocités dont sont capables les hommes, et la beauté incroyable de la nature.

Dès cette époque, avant l’âge de dix ans, je suis devenu un être déchiré, hanté à la fois par la beauté du monde et par le mal qui le ronge. Je savais déjà que si je voulais saisir la vérité de la vie, je ne devais jamais oublier de tenir ces deux bouts, de chercher à atteindre une vérité qui rende compte de tout le bien et de tout le mal dont l’humanité est capable.

A travers ses souvenirs, il montre combien ces deux expériences fondatrices nourriront son œuvre ultérieure.

Dans le même temps où j’ai embrassé la littérature je suis devenu un instable, un révolté incapable de m’adapter à la vie normale. [...] Moi-même j’ai fait de nombreuses fugues lors desquelles j’ai connu la faim et toutes sortes de blessures tout en infligeant des blessures aux autres et au premier chef à mes parents. Depuis ce moment je me considère toujours comme un errant, un homme toujours en marche, même maintenant, ou en quête. Etre en quête signifie qu’on ne se laisse pas enfermer dans des cadres pré-établis. Voulant être le témoin de la vie toute entière on est à la recherche de ce que la vie peut offrir de vrai et de beau tout en essayant d’avoir le courage de dévisager ce que la vie peut produire de mal.

L’écrivain raconte le début de son exil en France pendant lequel il a connu la grande pauvreté jusqu’en 1959 et son embauche en tant qu’assistant au Centre de recherches linguistiques chinoises. Il dit alors avoir "épousé avec amour" la France.
Lecture du quatrain « Nous avons bu tant de rosée… » (in Le livre du vide médian , Gallimard, 2004). Et François Cheng psalmodie en chinois un poème qu’il a appris dans son enfance, « Mon refuge au pied du mont Chung-nan » de Wang Wei (dynastie des Tang repris dans l’anthologie Entre source et nuage, voix de poètes dans la Chine d’hier et d’aujourd’hui, Albin Michel, 1990).

Épisode 2/5 : "Chaque mot possède un rythme, une mélodie capables de susciter une image"

A VOIX NUE par Sandrine Treiner

Le 31/10/2014

Deuxième entretien de la série d’"A voix nue" avec François Cheng, poète, romancier et essayiste. Aujourd’hui il raconte son apprentissage passionné de la langue française, cette double culture qui l’a construit, et le long chemin de trente ans avant de pouvoir écrire poèmes et romans en français.

_ François Cheng le 31 août 2008 à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire)• Crédits : Alain Jocard - AFP
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Âgé de vingt ans, François Cheng arrive à Paris pour entreprendre une année d’étude, comme étudiant boursier. Mais la Chine ferme ses frontières. Il s’investit dans l’apprentissage de la langue française, goûtant les sonorités nouvelles qui s’offrent à lui. Il partage ses mots préférés.

Lecture du poème « Nuit qui réunit » (in Qui dira notre nuit , éditions Arfuyen, 2003).


Que je sois devenu un écrivain français, un poète français, cela tient du miracle. C’est le résultat indéniablement d’une passion acharnée. Mon apprentissage a été marqué par le découragement, voire le désespoir.

A sa naturalisation en 1971, il a choisi son prénom "François". "C’était un privilège personnel", reconnaît-il que de pouvoir choisir son propre prénom ! Il fait alors l’éloge du français, de ses qualités. "La langue française a forgé mon destin", affirme-t-il et s’en explique ainsi : "En épousant le français, je suis entré totalement dans une autre culture. Les deux cultures si différentes qui m’habitent ont fini par opérer une métamorphose, une symbiose en moi."


A l’aube des années 80, soit trente ans après mon arrivée en France, tout à coup je me suis senti prêt à amorcer une création personnelle dans cette langue. J’ai réellement éprouvé cette félicité de nommer toute chose à neuf comme au matin du monde !

Le poète explique son processus créatif, comment il a écrit ses premiers poèmes en français à la fin des années 1980. "Je ne suis pas conditionné par cette tradition prosodique" des alexandrins et "c’est en même temps peut-être un avantage", reconnaît-il car il aime varier les rythmes à la manière de la poésie chinoise.
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Épisode 3/5 : "Méditer, c’est atteindre la profondeur en élargissant sa vision"

A VOIX NUE par Sandrine Treiner

Le 22/10/2014

Troisième volet d’"A voix nue" avec François Cheng, qui s’exprime ici sur l’importance de la méditation dans sa vie et son oeuvre. Il précise aussi la distinction qu’il fait entre esprit et âme qui rendent possibles la communication et la communion entre deux êtres.

_ Au bord du lac Xihu (lac de l’Ouest) dans la ville de Hangzhou.• Crédits : Robert Van Der Hilst - Getty
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Toute l’écriture poétique de François Cheng est un constant retour et recours à la méditation. Il ne médite pas comme les bouddhistes, assis en lotus. Il médite debout ou assis, seul ou au milieu de la foule. Il pense à sa respiration, au souffle « physique et spirituel » qui le relie à la grande rythmique de l’univers et aux autres vivants. Car pour lui, la méditation permet avant tout de se sentir relié à tous les autres hommes.


Je ne médite pas comme le bouddhiste assis en lotus, cependant je prête l’oreille à la respiration de mon corps animée par le souffle. Le souffle est à la fois physique et spirituel. La notion de souffle est profondément enracinée dans l’esprit chinois.

Il nous parle aussi de son grand plaisir des rencontres au quotidien.


L’âme de chaque être c’est la marque de son unicité. [...] Si l’esprit par son travail de raisonnement nous permet d’entrer en communication avec les éléments concernés, l’âme, elle, résonnant d’instinct avec l’âme de l’univers vivant, nous permet d’atteindre l’état suprême de la communion et non pas de la communication.

Pour conclure l’entretien, François Cheng répond à la question : "Sur quoi méditez-vous ?"


Certaines personnes méditent pour trouver l’harmonie et la sérénité. Moi, je suis quelqu’un de tourmenté et je cherche plutôt à atteindre une sorte de rédemption. Quand on médite vraiment, on est acculé à affronter les problèmes essentiels de notre existence. Pour moi, depuis toujours il y a deux principaux mystères auxquels nous avons à faire face, à savoir la beauté d’une part et le mal d’autre part. Ces deux mystères se conjuguent pour m’obliger à interroger un troisième mystère, la mort.

Lecture du poème « Lorsque les âmes se font chant » (revue Arpa).

Épisode 4/5 : "Si on ne croit pas à une transcendance, on ne peut pas pardonner"

A VOIX NUE par Sandrine Treiner

Le 23/10/2014

Quatrième d’une série de cinq entretiens avec François Cheng, Il nous livre, ici, ses réflexions personnelles sur la Beauté, le Mal et la Mort.

_ François Cheng le 31 août 2008 à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire) Crédits : Alain Jocard - AFP
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François Cheng a récemment publié Cinq méditations sur la mort (Albin Michel, 2013), qui font suite aux Cinq méditations sur la beauté (Albin Michel, 2006). Il nous livre le fruit de son expérience intérieure sur ces sujets. Il invite notamment l’auditeur à ne pas chercher à dissimuler l’horizon de la mort, mais à y penser d’une autre manière que celle dictée par la peur. S’agissant de la beauté, il nous dit qu’elle nous apprend à aimer.


Cet amour de la pierre et de l’arbre chez moi, vient d’une vieille tradition artistique chinoise. Ces deux entités sont un l’équivalent du corps humain pour un peintre occidental. [...] A leur manière, la pierre et l’arbre incarnent des vérités essentielles. Selon l’imaginaire chinois, la pierre, cette matière incorruptible, est un témoin de l’origine. En elle, circule encore le souffle originel. [...] Il en va de même pour l’arbre, dans la nature vivante, l’arbre est le seul être comme l’homme qui se tient debout et qui se dresse vers le haut.

S’interrogeant sur la mort, le poète François Cheng livre ses pensées.


L’idée de la mort bien sûr nous fait peur et nous cherchons par tous les moyens à la bannir de notre horizon. Pourtant, paradoxalement, c’est elle qui confère sens et valeur à la vie. c’est cette conscience de la mort qui transforme chaque vie en destin singulier et ainsi fait saisir la vie comme un don unique. C’est ce qui fait que notre vie se révèle un devenir, fait de continuels dépassements et de besoin de transcendance. [...] c’est la mort qui nous pousse à nous réaliser afin de donner un sens à notre existence. Toutes nos passions sont suscitées par la conscience de la mort.

Il s’explique alors sur la possibilité de "renaître autrement" par la métamorphose et la transfiguration.

Lecture du poème « La mort n’est point notre issue » (in Cinq méditations sur la mort , Albin Michel, 2013).

Épisode 5/5 : "L’amitié peut nous éduquer pour un amour durable"

A VOIX NUE par Sandrine Treiner

Le 24/10/2014

Cinquième et dernier entretien de la série "A voix nue" avec François Cheng, poète, romancier et essayiste qui évoque l’amitié, l’amour et la gastronomie.

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Après la saveur des mots, le moment est venu d’évoquer la saveur des liens amoureux et amicaux –que l’écrivain place au dessus de tout– et les saveurs de la gastronomie. La gastronomie est plus que la gastronomie : il éprouve devant les nourritures terrestres un sentiment de profonde gratitude.

A goûter sans modération.

François Cheng fait l’éloge du fruit "enveloppé d’une écorce à la forme parfaite, ronde comme la terre, comme tous les astres en rotation".


Chaque fruit est un microcosme qui répond au macrocosme de l’univers vivant. Quand on mord dans un fruit, on mord à même le secret de la Création. On devrait, à chaque fois, tomber à genoux de gratitude quand on mange des fruits. D’ailleurs, chez les bouddhistes, les offrandes au Bouddha sont des fruits. Ce qui vient du Divin, on le rend au Divin.

Lecture du poème « En robe des champs » (in Le livre du vide médian , Gallimard, 2004).

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