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La fille du père par Hélène Bonnaud

D 31 mars 2017     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


18 juin 2014. « La querelle avec sa fille Marine, "c’est un accident de parcours", affirme Jean-Marie Le Pen. Si "pendant quarante ans, c’est Jean-Marie Le Pen qui a incarné le FN" et en reste "une figure centrale [...], aujourd’hui c’est moi, et non plus lui, qui suis chargée de son avenir et de celui de ses idées" (Marine Le Pen). » (Le Monde)

5 mai 2015. « Suspendu du Front National lundi, le cofondateur du parti dénonce sur Europe 1 une "félonie". Et a des mots très durs vis-à-vis de sa fille Marine Le Pen.
"J’ai honte qu’elle porte mon nom". Jean-Marie Le Pen a des mots très durs pour sa fille, présidente du parti. "J’ai honte que la présidente du Front national porte mon nom et je souhaiterais d’ailleurs qu’elle le perde le plus rapidement possible. Elle peut le faire soit en se mariant avec son concubin, soit peut-être avec M. Philippot ou avec quelqu’un d’autre", assène-t-il. "Moi, je ne souhaite pas que la présidente du Front national s’appelle Le Pen".
"Elle traite son père et le président fondateur du Front national d’une façon absolument scandaleuse", renchérit Jean-Marie Le Pen. A la question : "répudiez-vous votre fille ?", il répond sans détour : "tout à fait !" Le député européen reste moins catégorique quand il s’agit de dire qu’il coupe définitivement les ponts avec sa fille, arguant que "c’est la mort qui coupe les ponts". » (Europe 1)

29 septembre 2016. « Jean-Marie Le Pen a confirmé ce mercredi 28 septembre qu’il avait prêté à Marine Le Pen, via la structure de financement du FN qu’il préside, une somme d’argent pour lancer sa campagne. Selon nos informations, celle-ci atteindrait 6 millions d’euros.
Jean-Marie Le Pen l’a confirmé lui même lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 28 septembre à l’occasion du lancement du premier comité « Jeanne au secours ! » à Mormant (77). "Puisqu’elle ne trouve pas de financement ailleurs, qu’aucune banque n’accepte de prendre le risque de lui prêter de l’argent alors que tous les sondages la donnent en tête du premier tour, ce qui est un véritable scandale, Cotelec a décidé d’accéder à une partie de sa demande." » (Marianne)

11 mars 2017. « Ils ne s’adressent toujours pas la parole, mais Jean-Marie Le Pen a tout de même décidé de parrainer sa fille, Marine, pour l’élection présidentielle. Le début de la fin de la brouille entre le Menhir, exclu du FN en août 2015, et la présidente du parti ? "Un parrainage n’est pas un soutien, cela ne préjuge pas de son vote", minore l’entourage du fondateur du Front. "Il n’y a pas de rapprochement entre Jean-Marie et Marine Le Pen. Elle ne veut plus faire de politique avec son père", tranche, catégorique, un proche de la candidate frontiste (qui a déjà les 500 signatures nécessaires pour concourir).
Sur le plan personnel, ils restent donc en froid. "Pour l’instant, c’est glacial", confirme Jean-Marie Le Pen... Mais sur le plan politique, c’est une autre histoire. "Elle est la candidate nationale. Je la trouve proche des positions que je défends depuis quarante ans", se félicite le patriarche. » (Le Parisien)

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La fille du père

par Hélène Bonnaud [1]

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Hélène Bonnaud

Marine réussit à ne montrer d’elle que la face joviale de la femme libérée des mots du père… Pour autant, l’est-elle complètement ?
Il semble bien que porter son nom la désigne comme la fille fidèle au père, même si parfois elle s’en défend. Croire qu’on tourne le dos aux propos du père n’empêche pas d’être marquée par les signifiants qui ont fondé sa personne, son parti et son histoire, qu’on le veuille ou pas. D’ailleurs, d’une certaine manière, la fille du père revendique sa place d’héritière puisqu’elle se sert des signifiants qui ont fait de ce dernier, l’homme d’un parti, le Front National, qui, même si elle s’est employée à le dédiaboliser, perpétue une lecture toujours plus simplifiée des mouvements du monde, utilisant la peur pour justifier ses positions xénophobes.
Quels sont alors les signifiants qui servent aujourd’hui à faire de Marine la successeuse du père ? Quels sont les idéaux qu’elle porte et qui ne sont que les doublons du père ?

Le nom

Marine n’a pas choisi de prendre un autre nom que celui de son père, tout au long de sa vie. Deux fois divorcée, elle n’a jamais porté le nom de son mari, ce qui fait d’elle à la fois une femme libre et la gardienne du nom du père. De la même façon, elle n’a pas cherché à modifier le nom du parti Front National créé par son père le 5 octobre 1972. Sans doute le voudrait-elle et tente-t-elle de le masquer avec son affiche « Marine Présidente », où son prénom s’impose, symbole unique de sa présence, mais qui signe aussi l’abandon du patronyme aussi bien du père que du parti.

La xénophobie

La xénophobie se cache derrière l’idée de la présence d’un Autre intrusif, multiforme, inquiétant, le syntagme « migrants » faisant fonctionner l’angoisse de l’invasion. Le désordre ne viendrait que de l’extérieur, des étrangers notamment et de tous ceux qui incarnent le mal actuel, immigration et islamisme étant assimilés.
Cette position lui confère une distance savamment calculée à l’égard de l’antisémitisme de son père qui, avec « l’affaire du détail », avait éclaté au grand jour. En l’excluant du parti, elle a tenté de fermer la porte à ses propos négationnistes. Pour autant, elle se sert de la haine des islamistes pour faire amie avec les juifs – elle serait le bouclier protégeant les seconds des premiers ! –, en prodiguant un discours où le « ou les uns, ou les autres » pourrait aisément glisser vers le « ni les uns ni les autres ».

Le complotisme

Le complotisme désigne la position paranoïde qui consiste à considérer et faire valoir que tout ce qui est dit, dénoncé sur ses malversations, ses actes, son passé, ses propos a pour but de l’éradiquer, de la détruire. L’Autre méchant est toujours présent et sa persécution, évidente. Comme le père l’a fait à de multiples occasions, Marine récupère la sémantique du complot pour protéger son image et la rendre plus sympathique. Si l’Autre veut vous détruire, vous n’êtes alors qu’une victime. S’identifier à la victime face à l’Autre dénonciateur permet une identification immédiate dont on connaît les ressorts. Plus on se pense l’objet d’une calomnie, plus on est poussé à le dire, plus grand sera le nombre de personnes pour vous suivre et s’identifier à cet objet a persécuté.

La culpabilité

La jouissance à désigner les coupables de droite comme de gauche lui vient aussi de son père. Le monde complexe dans lequel nous vivons est interprété à l’aune de la dénonciation des responsables fautifs, vérifiant ainsi que ce qui arrive est la conséquence de méfaits et de malfaiteurs qu’il faut débusquer. Actionner le mécanisme de la projection permet alors de décupler les condamnations qui se répercutent comme autant de figures de la faute récupérée. Les médias en sont directement les agitateurs. En projetant sur les médias, leurs propos et leurs questions, le désir de la calomnier, Marine se fait, là encore, la victime d’un rejet.

Le populisme

Parler au peuple et vouloir parler en son nom, le défendre contre un Autre mondialisé qui, de fait, apparaît comme une puissance jouisseuse d’argent, de pouvoir, de domination, prête à écraser le pauvre travailleur qui se tue au travail pour des clopinettes, fait recette. Être populiste, c’est jouir du fantasme qu’il y a une élite ambitieuse face au peuple innocent. C’est une proposition qui uniformise les petites différences, qu’elles soient de classe, de profession ou de religion pour mieux maintenir ce fantasme d’un Un jouisseur qui écrase tous les autres.

Le changement

Pour satisfaire le peuple, il faut des changements. Déjà son père voulait incarner le parti d’un nouvel ordre en dénonçant la mollesse des uns et des autres, enfermés dans leurs situations de confort. Marine reprend à son compte ce même discours. Elle incarne le nouveau parce qu’elle dénonce les échecs et les erreurs des partis de droite comme de gauche. Se situant hors système, elle fait de son élection une nouvelle image, propre, ouverte, décomplexée et proche de chacun.

Le style

Comme son père, Marine a l’éloquence et l’aisance d’un leader. Elle sait, comme lui, se faire entendre et marquer des points, car elle a pris de lui l’emphase du verbe haut et fort et de la puissance qui s’y inscrit quand il s’énonce clairement. Son style bleu marine, elle l’a certes inventé, mais l’ombre du père qu’elle a voulu effacer revient dès qu’elle invective la foule. Quelque chose de sa filiation se présente alors comme un réel dont elle ignore la portée, mais qui la rattrape. Elle ne peut se servir du père au-delà de ce qu’il a été, car lui-même est ce réel, et ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle en est captive.

Épilogue

Reste que d’avoir osé lui dire non, d’être une femme qui a démontré jusqu’où elle pouvait aller pour se libérer du père et prendre sa place symboliquement, lui ouvre les portes d’un désir sans frein : « Marine Présidente », voilà où elle s’est hissée aujourd’hui et où la porte sa volonté et sa détermination. Jouir du pouvoir est dès lors son horizon. Et la configuration actuelle des candidats ne fait que renforcer l’idée qu’elle est en première ligne pour l’emporter.

LACAN QUOTIDIEN 646, jeudi 29 mars 2017
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[1Psychanalyste, Membre de l’École de la Cause freudienne.

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