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Marcelin Pleynet et l’École des Beaux-Arts

D 15 mai 2015     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans les numéros 130 et 131 de L’Infini, Sarah Desbois analyse minutieusement les rapports entre Marcelin Pleynet et les Beaux-Arts. C’est un mémoire d’étude sur un sujet qui n’a jamais été traité : les années d’enseignement d’un poète marginal dans une institution, l’École des Beaux-Arts de Paris. Dans Les voyageurs de l’an 2000, son journal de l’année 1998, Marcelin Pleynet dressait le bilan de ces dix ans d’enseignement.

Extraits des Voyageurs de l’an 2000


Samedi 26 septembre [1998]


L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS


« Salut les artistes ! » J’en finirai avec mon enseignement à l’École des beaux-arts de Paris à la fin de l’année. Le mal-entendu qui fut à l’origine de cette attribution de poste prend fin, après dix ans d’un enseignement (je ne sais si le mot convient) dont aucun des directeurs qui se sont suivis au cours de ces années à la tête de l’École n’aura, cela va de soi, jugé bon de conserver la moindre trace. Ce qui est, si je puis dire, bien normal.

Contrairement à ce que m’avait prédit André Chastel (« Cette école s’est complètement discréditée, elle s’est progressivement vidée d’elle-même » — ce qui n’est pas faux « Vous ne parviendrez jamais à l’ouvrir sur ce qui importe aujourd’hui »), j’aurai, à plusieurs reprises, réussi à déplacer entre trois cents et quatre cents personnes à mes cours, en invitant entre autres Julia Kristeva, Marcel Detienne, Philippe Sollers...

Dix ans de cours le plus souvent improvisés pendant quatre heures chaque semaine, et qui n’avaient, il faut bien le dire, aucun rapport avec l’enseignement général de l’École. Il suffira de suivre ce qui se fera dans le cadre de cet enseignement de l’esthétique après mon départ, pour s’en convaincre ... Je crois déjà savoir ce qu’il en sera. Peu importe, au demeurant, je n’ai jamais eu là d’autre intention que de commencer, à haute voix, le libre mouvement de ce qui, à tout moment, se donne à penser. J’aurai pendant plus d’un an consacré ces heures à la civilisation grecque, notamment à Homère (d’où la présence de Marcel Detienne). J’aurai, pour la première fois dans cette École, travaillé à mettre en évidence l’esthétique des œuvres (« Les sensations étant le fond de mon affaire ») de Cézanne (invitation de Sollers), de Matisse, de Picasso (pendant plus de quatre ans).

Pour le reste, j’aurai fait la très utile expérience d’une improvisation qui, pour l’essentiel, a pris la forme d’une sorte de dialogue ininterrompu avec moi-même. Ce qui m’a entraîné, le temps aidant, à réviser un très grand nombre de mes jugements critiques.

C’est à l’expérience de ce cours que la très grande majorité des peintres que j’ai rencontrés (dont un certain nombre de ceux sur qui j’ai écrit) se sont progressivement révélés d’une médiocrité artistique due à une vraie misère subjective, existentielle, qui est bien la seule chose qui face époque dans leurs œuvres. Médiocrité intellectuelle, culture de raccroc (forcément feinte) et sommairement adaptée aux goûts du jour, c’est-à-dire aux stratégies marchandes, et à la politique du ministère de la Culture... (En France c’est la même. Après avoir subventionné les artistes à travers les achats des Frac, le ministère de la Culture n’envisageait-il pas, à la fin des années quatre-vingt, de venir en aide aux galeries ?) Tout cela est d’une insondable tristesse, et perpétué aujourd’hui encore, je n’en doute pas, par l’enseignement des écoles d’art.

J’ai pu lire en 1994, lors de la sortie très officielle du Guide du patrimoine, à la rubrique École supérieure des beaux-arts : « Quant aux arts plastiques, ils relèvent aujourd’hui, et depuis plusieurs décennies, de cette seule question : l’ art peut-il encore s’ enseigner ? »

C’est dit. Délocalisons et n’en parlons plus.

Marcelin Pleynet, Les voyageurs de l’an 2000, p. 225-227.


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1 Messages

  • Pierre vermeersch | 16 juillet 2015 - 09:27 1

    En mai 1968 dans un amphi qui rassemblait le monde de l’art de l’époque, fut présentée une motion de boycottage de la marchandisation de l’art. Soumise au vote, elle fut rejetée. Néanmoins elle donna lieu à la commission « Le statut de chercheur », présidée par Pierre Gaudibert, qui siégea en l’école Nationale des Beaux-Arts occupée. Le rapport resta en suspens en raison de la confrontation prématurée à un problème d’ordre épistémologique. Cependant un élève de l’Ecole, Christian Fossier demanda quel serait l’enseignant qui aurait pu éventuellement orienter les élèves en ce sens. Pierre Gaudibert lui répondit : ‘’Hubert Damisch’’.