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Mauriac - Sollers

Charles Ficat, Philippe Forest, Pascal Louvrier...

D 9 février 2012     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


La Revue des Deux Mondes de février 2012 consacre un article à Mauriac-Sollers, occasion de revenir sur la relation qui les a rapprochés avant que Sollers ne s’éloigne de son mentor.

Occasion de revenir sur cette courte nouvelle Le Défi, saluée par Mauriac, que Sollers sortira de sa bibliographie et jamais rééditée.

Invité d’honneur pour nous éclairer : Charles Ficat, auteur de l’article de la Revue des Deux Mondes. Autres invités : Philippe Forest avec son Histoire de Tel Quel et des débuts en écriture de Sollers, Pascal Louvrier auteur d’un Sollers, Mode d’emploi.

La figure du jeune homme se retrouve souvent dans l’ ?uvre de François Mauriac. Ce dernier a d’ailleurs consacré un petit essai [1] à ce thème, qui réapparaît sous d’autres formes au cours des années. Qu’il s’agisse des grandes admirations comme celle qu’il porte à Maurice de Guérin ou à Rimbaud, des amis tombés au champ d’honneur, André Lafon et Jean de la Ville de Mirmont, ou de rencontres ultérieures comme Jean-René Huguenin, dont il préfacera le journal posthume, Mauriac se révèle sensible à cet âge de la vie où s’épanouissent toutes les promesses. Dans sa bienveillance, il accueille et encourage les initiatives. Même dans son grand âge, il trouvera la force de s’intéresser aux plus jeunes générations et de les comprendre dans leurs aspirations de changement et de nouveauté.

À l’origine, il semblerait que Philippe Sollers ait écrit en 1956 à François Mauriac, qui l’a ensuite invité à venir lui rendre visite à Malagar. C’est ce que laisse entendre le fameux « Bloc-notes » de 1957 paru dans l’Express dans lequel Mauriac fait découvrir au public le jeune Philippe Sollers, qui vient de publier son premier livre, le Défi, dans la collection « Écrire » dirigée par Jean Cayrol au Seuil :

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Malagar sous la neige, 8 février 2012

« Voilà donc un garçon d’aujourd’hui, né en 1936. L’auteur du Défi s’appelle Philippe Sollers. J’aurai été le premier à écrire ce nom. Trente-cinq pages pour le porter, c’est peu - c’est assez. Cette écorce de pin dont, enfant, je faisais un frêle bateau, et que je confiais à la Hure qui coulait au bas de notre prairie, je croyais qu’elle atteindrait la mer. Je le crois toujours François Mauriac, Bloc-notes, tome l, 1952-1957, Seuil, coll. « Points essais », 1993, p. 554 [2]. »

Le retentissement de l’article lance le débutant de 21 ans et le consacre en écrivain. Comme Mauriac, Philippe Sollers, de son vrai nom Joyaux, est originaire du Bordelais. Né le 28 novembre 1936 à Talence dans une famille d’industriels, il suit des études aux lycées Montesquieu et Montaigne de Bordeaux avant de rejoindre Sainte Geneviève (Ginette) à Versailles en classe préparatoire aux écoles de commerce - il intégrera l’Essec. Sensible à un tel parcours dans lequel il se reconnaît, Mauriac éprouve une sympathie affectueuse à l’égard de son jeune confrère :

« Ce Philippe retrouve dans mes livres l’odeur de la banlieue où, en 1936, il est né, des adolescents qui lui ressemblent et qui souffrent et s’irritent au contact de la même faune [3]. »

Mauriac a bien remarqué que ses « maîtres jésuites ont manqué ce bel oiseau (4) » et il a aussi conscience de ne pas appartenir aux grandes admirations du jeune intellectuel prometteur, qui à l’époque se réclame de Mallarmé, Rimbaud, Francis Ponge, Georges Bataille. ,-

L’épigraphe du Défi est emprunté à Nadja de Breton, ce que Mauriac ne manque pas de souligner. Dans la Postface et notes sur le Défi, Sollers cite une phrase de Mauriac :

« Peut-être nous faut-il choisir : tuer ce que nous aimons ou mourir pour ce que nous aimons (Xavier dans l’Agneau).  [4] »

La lecture de ce texte que Sollers a retiré de sa bibliographie et qui n’a jamais reparu laisse une impression étrange tant la narration ressemble à une introspection de l’adolescence et semble éloignée de ce que l’auteur de Paradis et de Femmes créera par la suite. Au début figure cet aveu, qui sonne étrangement :

« Mais enfin de quoi avais-je le plus souffert ? Non pas tellement de ce qu’on ne m’eût pas aimé comme j’aurais voulu qu’on m’aimât, mais de ce que je fusse moi-même incapable d’amour. [5] »

Mauriac établit un parallèle avec le Barrès de l’Homme libre, où triomphe « cette exaltation née de l’analyse ». La comparaison s’arrête là, car Mauriac décèle bien que Sollers ne se range pas dans le parti de la nation :

« Voilà le point où cette goutte de la "Nouvelle Vague" appelée Philippe nous donnera peu de satisfaction . »

C’est comme si Mauriac avait déjà entrevu le coup d’éclat de la « France moisie » de 1999 :

« Être de gauche, c’est pour lui s’opposer à sa famille, à son milieu. [6] »

En juin 1958, Sollers écrit à Mauriac : « Malraux ministre, c’est le romantisme au pouvoir ! » formule que Mauriac citera [7].

Sans doute Mauriac a-t-il voulu refaire avec Sollers ce que Barrès avait fait pour lui lorsque ce dernier a publié en mars 1910 un article dans l’Écho de Paris sur les Mains jointes, son premier recueil de poèmes. Mauriac en conserva un souvenir ému, puisqu’il ne manquera jamais de rappeler cet événement.

Lorsque paraît en 1958 le livre suivant, Une curieuse solitude, le véritable premier roman de Sollers, Mauriac le mentionne dans un article du Figaro littéraire  [8] : à sa lecture il a éprouvé "une délectation un peu irritée" mais il ne se dédit pas de lui avoir promis la gloire dans le « Bloc-notes » de 1957. Quelques semaines après, Mauriac revient dans le « Bloc-notes » du 22 novembre 1958 sur Une curieuse solitude en conseillant à son auteur de prendre son temps et de donner tous ses soins à la rédaction d’articles. Immense succès, critique et commercial, ce roman ne décroche pas de prix littéraire (il faudra attendre 1961 et le Parc couronné du prix Médicis). Aragon lui consacre aussi un article élogieux dans les Lettres françaises, à l’égard duquel Sollers ressent une forme de gêne.

Le début des années soixante est marqué par de cordiales relations entre nos deux hommes. En témoignent les lettres de cette période où Mauriac n’hésite pas à conseiller à Sollers le contact de l’abbé Pézeril, curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas [9], mais il craint de fréquenter la réunion de Tel quel  : « J’aime les chiens individuellement mais pas les meutes. Au vrai, je n’aime plus que le silence après la communion. [10] »

Il leur arrive de dîner ensemble, comme lors de cette rencontre du 15 novembre 1961 avec Francis Ponge, racontée dans le « Bloc-notes » [11], avec une fois encore une allusion à Barrès.

À partir de 1963, se relâche le fil de cette amitié. En 1967, Sollers épouse dans le secret Julia Kristeva. Avec Drame (1965), puis Nombres (1968), il s’oriente vers une littérature plus abstraite. Mauriac s’y montre certainement moins sensible. D’ailleurs il ne s’en cache pas. Dans un entretien avec Jean-Jacques Brochier en 1968 transparaît une forme de déception :

« Je ne l’ai pas découvert. Je l’ai connu parce qu’il était bordelais et qu’il est venu me voir ici. Il a renié l’approbation que j’avais donnée à son premier livre. Maintenant il a honte de moi, je crois. Sollers avait, il a, toutes les qualités d’un écrivain, de ce que nous, nous appelions un écrivain. Il a pris maintenant une voie tout à fait différente, mais parfois quand on lit ce qu’il écrit, on voit qu’il est resté un écrivain. Il a des dons extraordinaires, mais il les méprise. Je lui garde mon admiration, mais ça n’est pas réciproque. Autrefois je le voyais souvent [12]. »

Le nom de Sollers tant chéri jadis apparaît une dernière fois dans le « Bloc-notes » en juillet 1970, et de manière réprobatrice. L’auteur du Parc y est comparé au chef d’école André Breton, « l’inspirateur, l’animateur, le grand prêtre, l’inquisiteur, voire l’exécuteur des hautes ?uvres [13] » à l’occasion de l’exclusion de Jean-Pierre Faye du comité de rédaction de Tel quel. Il approuve cependant que Sollers ait accepté de rééditer Une curieuse solitude au Livre de poche. Leur dernière rencontre, racontée par Sollers dans ses mémoires, a lieu à l’hôpital en 1970 : Mauriac « à l’agonie étrangement détendu et calme. [...] Il a l’air de flotter, Mauriac ; il s’est visiblement éteint dans sa foi profonde. [14] ».

D’un patronage spectaculaire, fondé sur une estime réciproque non dénuée de malentendus, cette relation a glissé vers une prise de distance. Au cours des décennies suivantes, les centres d’intérêt de Sollers ont paru très éloignés de l’univers mauriacien. Les années deux mille et la publication de recueils d’articles inédits, la Paix des cimes, D’un bloc-notes à l’autre, « On n’est jamais sûr de rien avec la télévision  », ou de correspondances, comme celle avec Jean Paulhan [15], ont réveillé l’ancienne estime et réparé le silence qui les séparait. Repris dans Éloge de l’infini (2001) et Discours parfait (2010), ces textes rendent d’émouvants hommages à l’incomparable chroniqueur de son époque. Un vrai roman apporte aussi de nouveaux éclairages sur Mauriac. Sollers rappelle le lien qui unissait l’auteur de Thérèse Desqueyroux à Marcel Proust :

« Pour moi, à ce moment-là, il est d’abord quelqu’un qui a connu Proust, qui allait le voir chez lui vers 2 heures ou 3 heures du matin, retrouvant ainsi le grand hibou du Temps allongé dans son lit, les draps tachés d’encre. [16]. »

Ils se retrouvent dans une même admiration pour Mozart et Rimbaud. C’est également le Mauriac politique que Sollers défend. Dans ses déclarations récentes, il ne manque pas de louer la leçon du « Bloc-notes ». À sa manière, c’est une forme de bloc-notes qu’il tient chaque mois dans le journal du dimanche, où se mêlent politique et littérature.

Charles Ficat est auteur et éditeur. Derniers ouvrages parus : D’acier et d’émeraude, Rimbaud (Bartillat, 2004), la Colère d’Achille (Bartillat, 2006).

Crédit : Revue des Deux Mondes

*

Ecrire, pourquoi faire ? François Mauriac, 1958 :

« Sollers appartient à l’espèce qui n’aspire pas à changer la vie, mais à la dominer. On ne la domine pas sans se dominer soi-même : ce petit chrétien évadé le sait. »
*

Questionnaire de Attypique-Mag à Philippe Sollers, 2010 :

[...]

Une voix ?

Celle de François Mauriac.


Et il repart, imitant la voix de... Mauriac. Ce type est inattendu. Séducteur. Plein d’humour et d’énergie. Et c’est bien. Du rire aux larmes. Rabelais n’est pas loin. Il ajoute que Malraux l’a aidé a éviter la guerre d’Algérie, plus exactement les « évènements » alors que Lui, Philippe Sollers était malade. Je l’avais lu. Pourquoi l’évoque t-il ? Pour Malraux ? A-t-il peur d’être traité de planqué ? Je ne crois pas.

J-Ph. Klein, Inteview de Ph. Sollers pour Attypique-Mag


François Mauriac dans Un vrai roman - mémoires


ZOOM, cliquer l’image

Il écrit son « Bloc-Notes » assis sur un petit lit, Mauriac, papier sur ses genoux, à l’écoute. Il est incroyablement insulté à longueur de temps, et il y répond par des fulgurations et des sarcasmes (ressemblance avec Voltaire, après tout). Il est très drôle. Méchant ? Mais non, exact. Sa voix cassée surgit, très jeune, la flèche part, il se fait rire lui-même, il met sa main gauche devant sa bouche. Homosexuel embusqué ? On l’a dit, en me demandant souvent, une lueur dans l’ ?il, si à mon égard, etc. Faribole. Mauriac était très intelligent et généreux, voilà tout. Fondamentalement bon. Beaucoup d’oreille (Mozart), une sainte horreur de la violence et de sa justification, quelle qu’elle soit. Les sujets abordés, après les manipulations, les mensonges et les hypocrisies de l’actualité ? Proust, encore lui, et puis Pascal, Chateaubriand, Rimbaud. Les écrivains sont étranges : avec Ponge, je suis brusquement contemporain de Démocrite, d’Epicure, de Lautréamont, de Mallarmé. Avec Mauriac, de saint Augustin, des « Pensées », d’« Une saison en enfer ».

Philippe Sollers
Un vrai roman

« Le Défi » - Résumé

Le Défi est une histoire simple : un adolescent dés ?uvré, tour à tour lucide et aveugle, en proie au doute, rencontre son double féminin, Claire. Mais très vite, cette union se métamorphose en affrontement ; l’histoire d’amour cède la place à la violence. Après avoir couché avec Claire, le narrateur l’abandonne sans remords. La jeune fille finit par se suicider, laissant l’amant, joueur cynique, devant ses responsabilités. Sollers ajoute à propos de ce premier récit qu’il s’agit en fait d’un essai : « Essai sur un cas particulier de la psychologie ("l’adolescentite aiguë") : celui d’un être qui s’épie avec angoisse et assiste à lui-même avec un effroi mêlé de plaisir. »

À vingt et un ans, l’écrivain débutant, grâce à ce texte, salue une dernière fois son adolescence que symbolise la jeune fille prénommée Claire. « Claire, c’était bien ma jeunesse que je capturais, que je brisais enfin », affirme Sollers dans le court texte « Postface et notes sur Le Défi  »,

L’adieu d’un jeune homme à son passé, le doute qui contracte l’estomac, la passion qui enflamme le c ?ur. Sollers, petit-fils de Chateaubriand ? Oui, probablement, mais le temps d’un livre, pas plus, pour être sûr d’en finir avec la tentation romantique qui nous guette tous à la sortie de l’adolescence. Un détour du côté de chez René, mais un détour seulement. [17]

Pascal Louvrier
Philippe Sollers Mode d’emploi
Editions du Rocher p. 16-17

« Le Défi » dans Histoire de Tel Quel par Philippe Forest

Dès 1956, [...] Sollers a écrit à François Mauriac qui l’a invité à lui rendre visite. Non sans un certain agacement, l’auteur du N ?ud de vipères s’en apercevra vite : il ne compte pas au nombre des écrivains qu’admire le jeune Joyaux. A Barrès, celui-ci préfère Rimbaud et Mallarmé, Francis Ponge et André Breton. Entre le romancier consacré et le débutant, les liens sont d’une autre nature. Mauriac le soulignera à l’occasion de la parution du Défi : « Ce Philippe retrouve dans mes livres l’odeur de la banlieue où, en 1936, il est né, des adolescents qui lui ressemblent et qui souffrent et s’irritent au contact de la même faune. Il tient à moi par les racines et, si vieux qu’il vive, il n’oubliera jamais, je le crois, la lumière de ce jour doré, l’année de ses 19 ans, où il vint pour la première fois à Malagar ». Le prestige indiscutable dont jouit Mauriac, il le tire sans doute de son ?uvre romanesque que Sollers a lue, mais plus encore d’appartenir déjà à une certaine légende de la littérature : consacré par l’attribution du prix Nobel en 1952, il est l’homme pour qui Proust fut une présence vivante avant que d’être un nom sur la couverture d’un livre ; de la Résistance à l’engagement contre les guerres coloniales, il est aussi le symbole d’une intégrité et d’un courage politiques qui peuvent, à bon droit, forcer l’admiration. On l’a vu déjà, lorsque, en décembre 1956, Sollers écrira à Cayrol, il ne manquera pas de se recommander discrètement du parrainage bordelais de Mauriac. [...]

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Philippe Forest
Histoire de Tel Quel (1960-1982)
Seuil, p.
28-30

Philippe Sollers : Politique de Mauriac

Je réentends souvent, en face de moi, la voix rauque et déchirée de Mauriac. C’est tout de suite un concert : drôlerie sérieuse, cruauté sèche, envolées lyriques interrompues par un fou rire, chuchotements indignés, méditations, anecdotes, portraits féroces en douceur. Cette voix est là dans ses romans (bien meilleurs qu’on ne le dit), dans son Bloc-Notes et ses Chroniques (plus brillants qu’on ne croit). Une étrange liberté, un feu, une foi, une malice : « Je prendrai la politique, je la baptiserai littérature et elle le deviendra aussitôt. »

Le secret de Mauriac ? Sa religion, bien sûr, mais aussi ses passions littéraires. Les noms qui reviennent le plus souvent chez lui, sur fond d’Evangiles : Pascal, Rimbaud, Proust. Et puis la musique, à commencer par Mozart. Mauriac est, de loin, la meilleure oreille de son temps ; [...]

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Philippe Sollers
in Eloge de l’Infini, p. 59-544 (Folio)

Ph. Sollers : Mauriac et l’énigme Don Juan

Un grand écrivain religieux comme François Mauriac fut toute sa vie hanté par l’énigme de Don Juan. La découverte de Mozart, lorsqu’il entre dans le silence lié à sa perte de la voix, donne plus de relief encore à cette figure mythique. « Avant l’âge de cinquante ans, écrit-il, je ne connaissais pas Mozart. » li faudrait écouter Mozart, relire Molière en songeant au pari de Pascal. Car la question que pose Don Juan est une question métaphysique. « La plupart des hommes, écrit Mauriac, font les braves contre Dieu, c’est qu’ils ne croient pas en Lui, ils se moquent d’un Dieu qui pour eux n’existe pas. Mais il en est d’une autre race, celle que Don Juan représente, qui touche à chaque instant le surnaturel et qui pourtant refuse de courber le front. » Spectre volant armé d’une faux, voix mystérieuse, statue qui bouge. L’autre monde frappe à la porte. « Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir. » « Scélérat, scélérat », tonne le Commandeur dans la scène finale de l’opéra de Mozart. « Vieil infatué », répond Don Juan avec son épée à la main. Ce Commandeur, père mort d’une fille séduite, ne s’inscrit pas dans un schéma oedipien classique, n’en déplaise à tous les analystes qui ont voulu soumettre Don Juan à l’oedipe. Vous désirez votre mère, vous voulez tuer votre père, tel est le sort commun auquel nul n’échappe. li vous sera recommandé d’éviter toutes les femmes et de vénérer votre mère à distance. Le clergé fonctionne comme ça. On fait l’économie des femmes au profit d’une seule qui reste inaccessible. C’est un modèle possible. Et il a fait ses preuves. li en est un autre où les hommes se débrouillent entre eux. Ce n’est pas gênant, s’ils ne touchent pas aux femmes.

Cecilia Bartoli Don Giovanni Mozart

« On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel », dit le Commandeur, sépulcral. « Donc repens-toi, repens-toi. - Non. » [...]

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Philippe Sollers : Mauriac à la une

On dit qu’un vin vieillit bien, surtout s’il est de Bordeaux, mais la vérité est qu’il rajeunit en profondeur, et c’est l’étonnante fraîcheur qui arrive, de plus en plus, au journaliste François Mauriac, l’écrivain qui s’est le moins trompé sur toutes les tragédies du XXe siècle. Staline, Hitler, la guerre d’Espagne, Vichy, le Parti communiste français, la guerre d’Algérie ? Impeccable, direct, précis, implacable. Sa religion l’éclaire, sauf, bien entendu, s’il s’agit de sexualité. Mais la question n’est pas là : Mauriac est un psychologue et un moraliste de premier ordre, un romancier immédiat de l’actualité, un portraitiste drôle et acide. Vous ne l’attendiez pas en train de regarder la télévision naissante, en 1959 ? Voici ses chroniques de « l’Express » et du « Figaro » rééditées, une surprise. [...]

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Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur du 27 novembre 2008, repris sur philippesollers.net

Mauriac-Sollers, sélection sur pileface

- Le Défi de Philippe Sollers
- Mauriac m’a dit
- Mauriac ( la visite à )
- 50 ans après - Philippe Sollers
- Mauriac, « un moraliste de premier ordre » - (dossier)
- Correspondance Paulhan-Ponge (autour des premiers textes de Sollers)


[1François Mauriac, le Jeune Homme, Hachette, 1926.

[2François Mauriac, Bloc-notes, tome l, 1952-1957, Seuil, coll. « Points essais », 1993, p. 554.

[3Idem, p. 551.

[4Philippe Sollers, Le Défi, Seuil, 1957, p. 32.

[5Idem, p. 3.

[6François Mauriac, Bloc-notes, op. cit., p. 552.

[7François Mauriac, Bloc-notes, tome II, 1958-1960, p. 81 ; « Nouveaux mémoires intérieurs », in  ?uvres autobiographiques, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade »,1990, p. 719, avec une variante : de Gaulle est ajouté.

[8François Mauriac, D’un bloc-notes à l’autre (1952-1960), Bartillat, 2004, p. 423-426.

[9François Mauriac, Lettres d’une vie, Grasset, 1981, p. 362.

[10Idem, p. 364.

[11François Mauriac, Bloc-notes, tome III, 1961-1964, Seuil, coll. « Points essais », 1993, p. 80-81.

[12François Mauriac, Les paroles restent, Grasset, 1985, p. 154-155.

[13François Mauriac, Bloc-notes, tome V. 1968-1970, Seuil, coll. « Points essais », 1993, p. 381.

[14Philippe Sollers, Un vrai roman. Mémoires, Plon, 2008, p. 71.

[15François Mauriac, la Paix des cimes. Chroniques 1948-1955, Bartillat, 2000 ; D’un bloc-notes à l’autre (1952-1960), Bartiliat, 2004 ; « On n’est jamais sûr de rien avec la télévision  ». Chroniques 1959-1964, Bartiliat, 2008 ; François Mauriac et Jean Paulhan, Correspondance 1925-1967, Ëditions Claire Paulhan, 2001.

[16Philippe Soliers, Un vrai roman, op. cit., p. 63 .

[17alors que Jean-René Huguenin, membre du comité directeur initial de Tel Quel persévérera dans la veine romantique avec La côte sauvage (note pileface)

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