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Retour de la guerre

Extraits de Littérature et politique sur Poutine

D 21 février 2022     A par Albert Gauvin - C 18 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Alors que paraît l’essai "Retour de la guerre" de François Heisbourg aux éditions Odile Jacob, Signes des temps revient sur les menaces et risques d’affrontements dans un monde multipolaire.

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Entrainement militaire de l’armée ukrainienne à Rivne,
au nord de l’Ukraine, 16 février 2022.

Signes des temps, 20 février 2022, 12h45.

Tandis que les Jeux Olympiques se poursuivent en Chine où la répression des Ouighours bat son plein, tandis que les conséquences économiques et sociales de la pandémie au niveau planétaire restent encore peu évaluées, deux évènements cette fin de semaine sont venus ajouter au sentiment général d’incertitude quant à l’avenir proche.

Le premier d’ordre géopolitique est évidemment la montée des violences à l’Est de l’Ukraine qui rend plus que plausible une guerre aux portes de l’Europe dont les conséquences seront imprévisibles.

Le second est français, il s’agit du sondage Ifop Fiducial pour Paris-Match-LCI et Sud radio montrant pour la première fois que, en raison de la faiblesse de la droite traditionnelle d’une part et de la disparition totale de la gauche de l’autre, si la perspective de voir élire un candidat d’extrême-droite en France reste très improbable elle a cessé d’être impossible. Si un tel accident devait se produire, l’arrivée à l’Elysée d’un président ouvertement pro-russe aurait pour effet de paralyser totalement l’Union Européenne, voire de la détruire, ce qui aurait pour effet immédiat de renforcer les ambitions de Moscou.

Ces deux perspectives, l’une probable, l’autre beaucoup moins, montrent en tous cas que l’on est passé en quelques années dans un monde où la possibilité de dire ce qui va se passer s’amenuise alors que les risques de guerre augmentent, en Europe mais aussi au-delà. Un livre, Retour de la guerre, du géopoliticien François Heisbourg, aide à se faire une idée de la montée de ces périls.

Marc Weitzmann reçoit

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique
Tara Varma, politologue, directrice du bureau de Paris de l’ECFR, European Council on Foreign Relations

Pour en savoir plus

Crise ukrainienne : la surprenante coordination des Européens face à Poutine, L’Express, 20 février 2022.
ECFR Paris, European Council on Foreign Relations

Musiques diffusées

We’re all cowards now de Elvis Costello
Mother of violence de Brian Eno
Masters of war de Joan Osborne

François Heisbourg
Retour de la guerre

Date de parution : 6 octobre 2021.

Une guerre comme celles qu’a connues le XXe siècle est-elle de nouveau possible  ?
« Paix impossible, guerre improbable », écrivait Raymond Aron en 1947 à propos de la guerre froide.
Mais qu’en est-il aujourd’hui alors que les théâtres de conflits se multiplient au Moyen-Orient et surtout en région indo-pacifique  ? Qu’en est-il alors que les grandes puissances n’hésitent plus à prendre le risque de la guerre, qu’il s’agisse de l’aventurisme militaire de la Russie ou de l’affirmation de la puissance chinoise en mer de Chine du Sud  ?
Dans cet essai, bref et percutant, François Heisbourg montre que l’ombre de la guerre est désormais bien présente, des forever wars à la lutte idéologique que se livrent les États-Unis et la Chine en passant par la cyberconflictualité. Quant aux armes de la guerre, elles concourent à l’instabilité ambiante en fragilisant la dissuasion nucléaire.
Déclassé, humilié, déboussolé par la pandémie, notre continent, et avec lui notre pays, aura fort à faire pour défendre ses intérêts et ses valeurs.

François Heisbourg est conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique et a présidé l’International Institute for Strategic Studies de Londres et le Centre de politique de sécurité de Genève.

Pour mieux comprendre

Poutine - Le retour de l’ours dans la danse

Réalisation : Frédéric Tonolli
Pays : France
Année : 2021

https://fb.watch/duOL66w_RT/

Opportuniste et sans scrupule, la politique extérieure de Vladimir Poutine a replacé la Russie au centre des enjeux géostratégiques mondiaux. Avec de nombreux experts, le documentariste Frédéric Tonolli interroge les motivations profondes de cette nouvelle guerre froide.

En février 2007, lors de la Conférence de Munich pour la sécurité mondiale, Vladimir Poutine pique une grosse colère – froide. À la tribune, il dénonce l’unilatéralisme des États-Unis et annonce la fin d’un monde unipolaire. Bien que virulent, son discours n’est pas vraiment écouté. Sept ans après la prise de pouvoir surprise de l’obscur officier du KGB, les Occidentaux sous-estiment encore son obsession de replacer la Russie au centre de l’échiquier mondial. Pourtant, quand Poutine voit peu à peu l’Otan se rapprocher des frontières russes grâce à l’adhésion d’ex-pays du bloc de l’Est, se sentant menacé et trahi, il frappe vite et fort. Il intervient en Géorgie, en Ukraine ou en Crimée, défend ses intérêts en Syrie ou en Libye, étend son influence sur le continent africain, notamment en Centrafrique. Tacticien et opportuniste, l’autocrate a fait de la politique extérieure son arme fatale, à la fois un outil de fierté retrouvée et de cohésion nationale. Jusqu’où ira-t-il ?

Le marteau et le désordre

Pays ruiné au début des années 2000, méprisé et isolé, la Russie est aujourd’hui respectée, crainte... et fantasmée. Bien parti pour battre le record de longévité de Staline, le "tsar" Poutine construit pas à pas, mais violemment, son rêve du retour d’un grand Empire, non-aligné et autonome. Ce documentaire du chevronné Frédéric Tonolli (prix Albert-Londres en 1996) passe au peigne fin les motivations profondes de celui qui est décrit comme un "réaliste pragmatique" et non un idéologue. Entre "diplomatie du marteau" et "stratégie du désordre", diplomates, opposants et observateurs, dont l’ancien ministre Hubert Védrine, des journalistes russes indépendants mais menacés, comme Dmitri Mouratov, prix Nobel de la paix, ou le maître de conférences Kevin Limonier analysent la capacité hors pair de Poutine à s’immiscer dans les failles de la géopolitique mondiale. C’est indéniable, l’ours russe mène la danse d’une nouvelle guerre froide.

VOIR AUSSI : Ukraine-Russie : la crise s’accélère.

Pour aller plus loin

Poutine jusqu’où ? Jusqu’à quand ?

Rétrospective mise en ligne le 19 mars 2018 (complétée de nouveaux extraits de Littérature et politique).


Vladimir Poutine, président russe réélu le dimanche 18 mars 2018.
Zoom : cliquez l’image.


Sollers écrivait le 30 juillet 2000 dans le JDD : « Poutine, lui aussi, est une vedette, mais d’un autre genre. Il est oblique, silencieux, pseudo-timide, très conscient d’être le parent pauvre et couvert de dettes invité chez les riches, il faut filer doux, menacer quand il faut, on peut vous faire des ennuis, savez-vous, n’oubliez pas que le KremlIn existe. Il y a désormais un gris Poutine auquel il faut s’habituer. [...] Il est membre du club, Poutine, un peu récent, c’est vrai, mais il va s’améliorer. » (Littérature et politique, Flammarion, 2014, p. 51)

Poutine (65 ans [1]) s’est sensiblement amélioré. Il vient d’être réélu pour la quatrième fois à la présidence de la Russie avec 76,66 % des suffrages exprimés (63,60% en 2012). Depuis 18 ans, il règne. C’est certes moins bien que le camarade Staline, mais c’est mieux que le sinistre Brejnev. Pour le Chinois Xi Jinping (65 ans en juin), en qui certains révisionnistes voient le successeur de Mao, la marche sera encore longue.

Vous avez oublié ? Ça a débuté comme ça.

LITTÉRATURE ET POLITIQUE

Le nom de Poutine fait l’objet de 52 entrées dans le livre.

LE CRIME EN PLEIN JOUR

Le JDD, 27/02/2000.

Le mot russe est opouskanie. Il est connu de tous, en Russie, pour désigner la sodomie imposée par les matons du goulag. On nous apprend qu’il s’agit d’une pratique courante dans les camps de « filtration » tchétchènes. Les soldats russes donnent à chacun des détenus un nom de femme et les convoquent ainsi à tour de rôle, en tuant sur place celui qui ne répond pas immédiate­ment. Un témoin : « Ils savent qu’on peut supporter les bombes, les tirs, la mort, mais ça, cette affaire terrible : terrible, on en sort l’âme cassée. » Le même témoin : « Nous vivons dans la merde, le froid, le béton. » Des femmes nues défilent devant les soldats. Le viol des hommes se pra­tique avec des bâtons plongés dans la neige. Des meurtres ont lieu au hasard, femmes enceintes, bébés flingués dans leurs berceaux. Cassage des os ou de la colonne verté­brale, hurlements, drogue et vodka pour les bourreaux. On lime même les dents, c’est un raffinement de Cosaques. Un témoin : « Cette femme a été battue et violée quatre jours durant, on entendait tout, elle a été libérée à moitié morte, après le passage d’une espèce de commission. »
Car, voyez-vous, il y a des « commissions ». Le cama­rade Poutine, après avoir encaissé ses dix milliards de dollars, a même nommé un « M. Droits de l’homme ». Nous sommes à un mois et demi de l’élection présiden­tielle russe, et il s’agit d’habiller un peu les choses pour les conseils d’administration de la Deutsche Bank, du Crédit lyonnais, de la BNP et de la Bank of America. Vous êtes d’ailleurs priés de ne pas exagérer vos sentiments négatifs à propos de la faiblesse ou du cynisme des puissances démocratiques. Car ce pourrait être pire. Nous faisons ce que nous pouvons, nous évitons une aggravation de la situation. Peu importe que le disque ait été passé cent fois, mille fois, il sert encore. Il faut compo­ser avec la Mafia, puisque cela pourrait être beaucoup plus catastrophique. Digestion, digestion.

Littérature et politique, p. 30-31.

IL NE FAUT PAS ÊTRE TCHÉTCHÈNE

Le JDD, 30/07/2000.

André Glucksmann, dans Le Monde du 13 juillet, a publié un long article accablant pour la Russie : « Un mois dans le ghetto tchétchène ». Il a en tête Les Possédés, de Dostoïevski (voilà un livre à relire cet été), et il a raison. « Jeter de l’huile sur le feu, encourager l’escalade des extrêmes, incendier les têtes, les cœurs et les rues, les jeux favoris des Possédés de Dostoïevski annonçaient Lénine. Lequel tira les marrons du feu et parvint à corrompre une partie de l’intelligentsia mondiale. On imagine combien les banques et les hommes d’affaires, séduits à leur tour, résisteront mal aux entreprises de corruption mentales et financières machinées par les nouveaux possédés de Moscou. » Est-ce que Glucksmann n’exagère pas, comme tous les anciens gauchistes ? Poutine « possédé » ? Mais non, regardez-le pousser Blair du coude, et l’autre de se retourner et de lui dire bonjour comme à un vieux copain. Il est membre du club, Poutine, un peu récent, c’est vrai, mais il va s’améliorer. On lui fera faire des croisières. Qu’il massacre quelques Tchétchènes pendant ce temps, en dehors des caméras, bien sûr, ce n’est pas si terrible. Il faut quand même lire Glucksmann : «  Les conflits d’intérêts divisent l’équipe au sommet. Les héritiers des organes vétéro-staliniens roulent des mécaniques pour brider la moitié de la Russie, qui désespère, tant sa vie se dégrade. Les oligarques aux poches pleines s’affichent indispensables, vu les bonnes relations qu’ils garantissent avec l’Occident créditeur. Les protagonistes s’entre-déchirent en vertu des lois de la concurrence mafieuse. L’issue reste en suspens, chacun demeure solidaire des autres, mais aiguise ses couteaux. » Pauvre Russie ! Il y a eu le cuirassé Potemkine, il y a maintenant le Sedov poursuivi pour dettes. Vous avez des dettes, Poutine ! Reprenez donc un peu de saké.

Littérature et politique, p. 50-51.

MOSCOU

Le JDD, 27/01/2002.

Les Russes nous étonneront toujours. Après avoir réduit Marx à un catéchisme d’application sinistre, voici qu’ils le déclarent « nuisible » pour la population et sa formation patriotique. Un jeune écrivain non conformiste, Viktor Pelevine, est mis dans le même sac réprobateur. C’est que la littérature, voyez-vous, doit être nationale et morale, et que « certains auteurs portent atteinte à l’esprit des Russes ». Il y a donc lieu de faire des listes d’« auteurs nuisibles ». Dans un roman, par exemple, il n’est pas souhaitable de mourir d’une over-dose, mais très bien que ce soit « pour la patrie ». Une télévision d’opposition à Poutine était « dépravée » : depuis, elle a été mise en liquidation. Voilà qui va faire plaisir aux Tchétchènes, chaque jour massacrés par l’armée russe dans l’indifférence quasi générale, sauf les protestations répétées d’André Glucksmann, dont il faut lire le beau Dostoïevski à Manhattan [2].

Littérature et politique, p. 138.

UKRAINE

Le JDD, 28/11/2004.

On avait cru expliquer clairement à Poutine que la falsification électorale ne se faisait plus, que la démocratie devait fonctionner dans ses apparences, qu’il fallait éviter les manifestations populaires et les jugements des observateurs internationaux. Peine perdue, les vieux démons ont la vie dure. En Ukraine, donc, certains électeurs ont voté quarante fois. C’est beaucoup pour un seul homme. Poutine et les quarante voleurs, nouveau film, vieux film, obstination accablante. Résultat : les Ukrainiens sont dans la rue, et on se demande jusqu’à quand le vieil empire stalinoïde continuera de se décomposer avec retours en arrière. Condi [3] doit avoir son idée là-dessus. Lui demander dans quelle mesure, et jusqu’où, elle soutient Poutine.

Littérature et politique, p. 337-338.

DIOXINE

Le JDD, 26/12/2004.

La révolution orange d’Ukraine ne plaît pas à Poutine, et on le comprend. La grande et nouvelle affaire de la conquête de la liberté passe quand même par une histoire d’empoisonnement. Il y a le visage de Viktor Iouchtchenko [4] avant, son visage après : ce n’est plus le même homme. Décidément, les Services russes ou apparentés perdent la main. Cet empoisonné n’aurait pas dû survivre, et d’ailleurs les bavures ont commencé il y a vingt­ trois ans à Rome avec deux balles mal tirées par un Turc sur le pape. Raté. Grandes conséquences. C’est fatigant, à la longue, ces assassinats salopés. Le recrutement laisse à désirer, le travail est bâclé, un type manque sa cible, un autre se trompe de dose de dioxine. On voudrait se faire de la contre-publicité qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Le plus probable est que cette vilaine histoire sera étouffée, comme d’habitude. N’empêche, ça fait désordre, le prochain nouvel an russe risque d’en être gâché.

Littérature et politique, p. 343.

DU SANG DANS LE GAZ

Le JDD, 29/10/2006.

Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée froidement au bas de son ascenseur à Moscou, avait l’habitude de dire : « Je n’ai que ma plume et Dieu pour me protéger. » Sa plume l’a condamnée à mort, et Dieu, il en a l’habitude, s’est éclipsé au moment du meurtre. Bref, Poutine, et encore Poutine, et toujours Poutine. Il faut le ménager, celui-là, lui faire de petits reproches voilés, lui sourire, ne pas le braquer, surtout, il risquerait de nous couper le gaz. Son surnom, en économie politique, est Gazprom. Gazprom est rigide, déterminé, tenace. Comment le contenir, l’amadouer, le faire entrer dans le jeu démocratique, malgré sa sale guerre en Tchétchénie et ces liquidations brutales (dont il est personnellement innocent, bien sûr) ? Eh bien, en le décorant : Grand-Croix de la Légion d’honneur, ça lui va très bien. Un dessin de Wiaz a tout dit : on y voit Poutine en garagiste, les mains tachées de sang, devant un buste sévère de Staline. Il s’excuse, le légionnaire, devant la statue du père fondateur, en lui disant : « Je sais, je sais, je bricole. » C’est exactement ça, Poutine : un bricoleur. Brave garçon, donc.

Littérature et politique, p. 502.

POLONIUM

Le JDD, 31/12/2006.

Vous devez désormais vous habituer à vivre mentalement entre deux mondes : celui des festivités plus ou moins détendues ou abruties et celui de la misère insupportable des sans-logis, sur fond de terreur mondiale explosive ou latente. Dans la maîtrise du monde terroriste, très au-delà du n’importe quoi islamiste, il faut reconnaître que les Russes gardent la main de l’ombre. Le polonium 210, produit hautement sophistiqué et rare : voilà la nouvelle arme de dissuasion. Nucléaire condensé, irradiation rapprochée, empoisonnement garanti, mort certaine dans des souffrances atroces. Ça vient de se passer à Londres mais, demain, avertissement solennel, ça pourra être partout. Le poutinium, variante active du polonium, ne pardonne pas, et le pauvre espion retourné professionnel Litvinenko vient d’en faire l’expérience. Le plus étrange dans cette affaire qui n’est pas près d’être élucidée, c’est la conversion tardive de la victime à l’islam et son enterrement dans une mosquée de Regent’s Park. Recherche désespérée d’une ultime protection divine ? Dans ce cas, c’est raté, mais il faut dire que le fantôme de Dieu, ces temps-ci, est très occupé. Le poutinium vous prévient : on peut vous le faire boire ou inhaler dans les plus grands restaurants ou bien au bar, entre deux cocktails. Certes, il faut tout faire pour éviter le sinistre iranium. Quant à l’irakium, l’expérience est concluante : c’est trop lourd, trop cher, trop désordonné dans la production de cadavres ; la méthode Bush conduit droit à un désastre plombé. (Je doute que la pendaison de Saddam Hussein arrange les choses alors qu’un peu de poutinium dans sa cellule aurait réglé la question, d’autant plus que le contraste avec la fin du criminel Pinochet, mort dans son lit, risque de choquer la morale planétaire.) Heureux Français, pensez à votre chance : vous n’avez rien à craindre du sarkozium, du ségolénium, du chiraquium, mais méfiez-vous quand même du lepénium. Oui, je sais, vous n’en pouvez plus d’avoir à attendre encore quatre mois les résultats de la présidentielle. Mais c’est comme ça : voyez, écoutez, lisez, inhalez, vous aurez juste une légère migraine. Bonne année.

Littérature et politique, p. 509.

COULISSES

Andrew Nurnberg est l’agent britannique comblé du phénomène Jonathan Littell, dont le gros best-seller Les Bienveillantes a été le tsunami de la rentrée littéraire. C’est un homme avisé, numérique, multipolaire, qui ne s’intéresse pas qu’à la littérature. Dans son bureau de Londres, raconte Le Monde, figure, en face de lui, une dédicace en russe signée Boris Eltsine, puisque Nurnberg a géré trois de ses livres, dont son autobiographie. « Il était Président, dit Andrew, mais d’abord un client et un ami. Dans sa datcha, on parlait de tout et de n’importe quoi. Dans son sauna, on mangeait ou on buvait. » Eltsine a présenté Andrew à Poutine, lequel lui a promis de lui confier ses Mémoires. Là, ce sera le scoop. Il paraît que Poutine a beaucoup aimé le livre de Littell et qu’il s’est fait traduire exprès les passages les plus crus de la bataille de Stalingrad, sans parler de la prise hallucinante de Berlin. Pour les Mémoires de Poutine, je propose un titre choc par antithèse : Le Labo du diable. On découvrira avec surprise dans ce best-seller mondial automatique que le président russe est, en réalité, un humaniste de haut vol. Le poutinium ? Faribole, pure propagande dirigée contre la Russie éternelle. Une préface de Littell ? Pourquoi pas ?

Littérature et politique, p. 510.

RUSSES

Le JDD, 24/08/2008.

Parmi les obscénités de l’époque, on aura donc vu Poutine s’incliner avec des fleurs, devant le cercueil de Soljenitsyne. On préfère oublier la gêne extrême produite par l’arrivée de Soljenitsyne en France avec son Archipel du Goulag, lequel a été décisif pour toute une génération. Enfin, bon, cet homme exemplaire s’est voulu russe jusqu’au bout, c’était sa religion, là encore nous ne sommes pas à Rome. Après le cercueil de Soljenitsyne, Poutine, fou de jalousie par rapport aux Jeux olympiques chinois, a voulu rappeler son existence à poigne. Et hop, un tour de tanks en Géorgie, avec bras d’honneur aux États-Unis comme à l’Europe. Oléoducs, que de crimes sont commis en votre nom ! Ce qui serait beau, c’est une visite éclair du dalaï-lama à Moscou pour prêcher la paix au Kremlin. L’écharpe blanche irait très bien à Poutine. À qui ira­ t-elle le mieux ? À Obama, champion du spectacle, ou au vieux McCain, sauveur des petits Blancs apeurés ? La France combat pour la paix contre le terrorisme : dix morts en Afghanistan, c’est quand même beaucoup.
Océan de sagesse ou océan d’argent ? Mon cœur balance. Quant à faire, mieux vaut être un oligarque comme Mikhaïl Prokhorov, quarante-trois ans, qui vient d’acheter, pour quatre cent quatre-vingt-seize millions d’euros, la célèbre villa Leopolda à Villefranche-sur-Mer (un temple bouddhiste ne ferait pas mal dans les environs). Ce sympathique individu aura cinquante jardiniers pour s’occuper de ses massifs, et voilà comment on fait fortune à l’ère de la flambée des matières premières. La Côte d’Azur est russe, le prochain Eldorado pour les tanks financiers devrait être le Maroc, et surtout Marrakech. Ah, la belle vie ! Et comment oublier que ce Prokhorov s’est vu inquiété, puis blanchi, après une fête à Courchevel à laquelle ont participé vingt-cinq prostituées... ? Le grand style.

Littérature et politique, p. 598-599.

ETC...

Mars 2018. En Tchétchénie, Poutine vient d’obtenir plus de 90 % des suffrages.

Retour sur une « Résistible ascension » [5] à partir, principalement, des documentaires de Jean-Michel Carré que j’ai mis en ligne depuis 2015 [6].

Mis en ligne le 4 novembre 2015

France 2, après une série de trois documentaires consacrés à "l’Apocalypse Staline", riche d’archives inédites mais peu dialectique, programmait mardi soir un film de Jean-Michel Carré : Poutine... pour toujours ?. Jean-Michel Carré avait déjà réalisé en 2007, Le système Poutine. A un moment où Poutine s’impose comme un acteur encombrant de la politique internationale qui fascine l’extrême-droite et de nombreux dirigeants de la droite française (après Fillon, Sarkozy), il n’est pas inutile de revoir ces deux documentaires.

Le système Poutine

Jean-Michel Carré, 2007, France, Allemagne.

Produit du système KGB, Vladimir Poutine a manié discrètement toutes les règles du jeu pour atteindre le sommet du pouvoir. Grand arbitre au Kremlin, il a gravi patiemment tous les échelons du pouvoir, orchestré avec méthode et conviction un nouveau système qui vise à restaurer la puissance de "la Grande Russie". Un système complexe qui a mené à la tragédie en Tchétchénie, aux manipulations à répétition en Ukraine, à l’étouffement de l’opposition politique, à la "privatisation de l’État" sur fond de libéralisme économique à outrance et à la mise en place d’un goulag psychologique où la maîtrise des outils d’information et de communication permet le contrôle du peuple. Mais Vladimir Poutine est adulé du peuple russe...

De l’école du KGB où il acquiert le mode de fonctionnement intellectuel et les pratiques de l’organisation, à Saint-Pétersbourg où il se constitue un réseau de subordonnés politiques dévoués et d’industriels puissants puis au palais du Kremlin et au sommet du G8, ce sont 30 années d’histoire chaotique de la Russie que décrypte ce passionnant thriller politique au travers du parcours de Poutine.

Un travail d’investigation remarquable de Jean-Michel Carré et Jill Emery, enrichi d’une quarantaine de témoignages d’agents du FSB — nouvelle appellation du KGB —, d’anciens collaborateurs, professeurs, amis d’enfance de Poutine, d’éminents économistes et historiens, en passant par la petite-fille de Khrouchtchev, l’oligarque Berezovski en exil à Londres et l’ancien champion du monde d’échecs Garry Kasparov.

LIRE : Le système Poutine au prisme de Jean-Michel Carré (Putsch, 17 mars 2014).

*

Poutine pour toujours

Jean-Michel Carré, France, 2013.

Quatorze ans, bon sang ! Quatorze ans qu’il dirige la Russie d’une main de fer, et Poutine, tel un tsar sur son trône impérial, semble déterminé à présider son pays pour toujours. Cette perspective révolte une partie de la population qui hurle désormais sa colère et sa soif de changement dans la rue, au risque de prendre des coups. Car Poutine réprime comme jamais — la libération des Pussy Riot et de l’oligarque Khodorkovski n’étant bien entendu que des concessions faite à l’Occident pour échapper au boycott des Jeux de Sotchi.

Fort de ses victoires sur la scène internationale, le chef du Kremlin ne joue plus à l’apprenti démocrate. Il se pose aujourd’hui clairement en chef absolu d’une Russie regorgeant de gaz et de pétrole, et en gardien de valeurs morales (hautement conservatrices, cela va de soi) qui auraient déserté l’Occident dépravé...

Jean-Michel Carré reprend donc Poutine là où il l’avait laissé, en 2007, dans le passionnant Système Poutine. Quelques mois plus tard, en 2008, contraint de raccrocher son costume de président (la constitution ne tolère que deux mandats consécutifs), Poutine fomente un coup diabolique : il fait élire sa marionnette Dmitri Medvedev, qui le nomme Premier ministre. Entremêlant témoignages — d’historiens, d’opposants et de soutiens à Poutine — et archives de qualité, puisées jusque dans les émissions de variétés, Poutine pour toujours ? révèle la vraie nature du chef du Kremlin. Et esquisse son grand dessein, la constitution d’une sorte d’Union soviétique, l’Eurasie... — Marc Belpois

Sept ans après Le Système Poutine, Jean-Michel Carré, dresse un nouveau portrait du président russe, intitulé Poutine pour toujours ? « Je n’avais pas prévu de refaire un film sur lui. Sa politique dure, arbitraire m’y a contraint. Il fallait filmer cette nouvelle métamorphose, bien plus violente que celle observée dans mon premier film », estime Jean-Michel Carré. Dans le documentaire, diffusé ce mardi sur France 2 à 22h50, le cinéaste montre que comment Vladimir Poutine est devenu le maitre absolu de la Russie et a inventé, après les élections truquées de 2012, la « démocrature monarchique ». Mais comment tourne-t-on un film sur le chef du Kremlin dans un pays contrôlé par ce dernier ?

Rentrer en Russie

Le cinéaste a réactivé son solide réseau de contacts. « Paradoxalement, j’ai obtenu des témoignages assez facilement. Les intervenants ont été courageux et ont tous tenu, malgré la prise de risque, à témoigner à visage découvert car ils veulent se battre. »

« Il fallait que j’aille voir ce qui se passe en Russie », relate le cinéaste. Première difficulté pour le cinéaste, auteurs de films interdits en Russie : obtenir un visa. « Je suis passé par une demande groupée via une compagnie de tourisme », explique-t-il. A son arrivée, il est le seul de l’avion à avoir son passeport bloqué aux douanes. « Cela a duré une demi-heure. Je ne sais pas ce qu’ils ont vérifié, mais je suis passé. »

Redoubler de précautions

Filmer coûte que coûte. « S’il ne m’avait pas laissé rentrer, j’avais un plan B. Je connais des interprètes, des techniciens là-bas ». Sur place, le cinéaste redouble de précautions. « J’ai dormi chez des amis. Je me suis rendu à mes rendez-vous en prenant un taxi, puis un métro, puis un bus. Ma caméra était planquée dans une valise. Au restaurant, je me plaçais toujours dos au mur », énumère-t-il. Surtout ne pas être suivi. « Le FSB est moins efficace que le KGB. Il sont trop occupés à spolier les petits entrepreneurs, leur système a des failles », lâche-t-il.

Adapter son emploi du temps

Le tournage a duré quatre semaines, entre juin et septembre 2013. « J’ai profité des JO de Sotchi », explique-t-il. Un moment où Vladimir Poutine, qui craignait le boycott des pays occidentaux, avait lâché un peu lest. Les dates de tournages ont imposé un rythme de montage soutenu, « deux mois au lieu des six habituellement consacrés à un documentaire comme celui-ci ».

Autre difficulté, trouver des images d’archives. « Les télévisions nationales russes refusent de vendre des images de Vladimir Poutine. Nous sommes passé par des télévisions régionales et étrangères. » Pari gagné, Jean-Michel Carré a réussi à montrer les inquiétantes ambitions d’un aspirant Tsar, l’Eurasie. 20 minutes

*

Mis en ligne le 16 décembre 2016

Poutine, le Nouvel Empire

Après avoir consacré un premier film à l’obscure ascension de Vladimir Poutine, médiocre fonctionnaire du KGB devenu le dirigeant tout puissant de la Russie (Le mystère Poutine), France 2 programmait le jeudi 15 décembre un nouveau documentaire de Jean-Michel Carré sur le maître du Kremlin. Après deux précédents films très critiques « Le Système Poutine » et « Poutine pour toujours », le documentariste tente cette fois d’expliquer pourquoi et comment Poutine, après s’être imposé sur la scène russe, est devenu un acteur incontournable de la scène internationale, notamment à cause du conflit syrien (ou grâce à lui). J.-M. Carré a-t-il retourné sa veste ? S’est-il laissé piéger par sa volonté de comprendre ? S’est-il laissé séduire par « l’intelligence » (elle est indéniable [7]) de Poutine ? Si, à l’évidence, le documentaire manque de distance par rapport aux positions du leader russe, il a le mérite de pointer avec beaucoup de perspicacité les aveuglements et les erreurs répétés des chancelleries occidentales (depuis plus de 15 ans) qui ont permis un retournement de situation géopolitique aussi spectaculaire que prévisible. Que, cependant, dans un monde devenu fou, Poutine fascine désormais certains dirigeants américains (Donald Trump) ou européens (Orban, Le Pen et, maintenant Fillon — qui n’a jusqu’ici pas eu un mot sur les crimes perpétrés par le régime syrien et son allié à Alep [8]) n’a pas fini d’inquiéter.A.G.

Le documentaire de Jean-Michel Carré

France, Belgique, 2016.

Avec l’intervention russe en Syrie le 30 septembre dernier, le monde a changé d’une manière sans doute aussi radicale que lors du 11 septembre 2001. Un tournant décisif de l’Histoire s’écrit à un rythme de plus en plus soutenu. Ennemi à abattre un jour, partenaire incontournable le lendemain, Vladimir Poutine souffle le chaud et le froid mais avance toujours ses pions. Après la Tchétchénie, la Géorgie et l’Ukraine, voici ses armées en Syrie, pour la première fois hors de son territoire depuis la chute l’ex-URSS. Allié préférentiel des grands émergents, de la Chine à l’Iran, il s’affirme également comme un modèle de rechange à l’extrême droite et parfois de la droite, comme de l’extrême gauche de l’échiquier européen.

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Interview de Jean-Michel Carré

Sur France Inter, L’Instant M. Sonia Devillers reçoit Jean-Michel Carré.

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Critique

Avec l’intervention de son armée en Syrie et son veto diplomatique à l’ONU pour trouver une solution à ce conflit, la Russie est revenue au centre de la scène internationale. Après avoir été marginalisée et souvent méprisée par les dirigeants occidentaux, la Fédération russe veut maintenant redéfinir – à sa manière – les grands équilibres géo-stratégiques issus de la fin de la guerre froide.

A la manœuvre, on retrouve Vladimir Poutine, chef absolu de la nouvelle Russie depuis dix-sept ans qui, tout en tenant son pays d’une main de fer, s’impose désormais comme un chef d’Etat incontournable voulant redonner à la Russie sa puissance d’antan. Que ce soit en Tchétchénie, remise au pas au prix de centaines de milliers de morts, en Géorgie ou en Ossétie, le maître du Kremlin a montré de nouveau ses ambitions, particulièrement en faisant revenir la Crimée dans le giron Russe et en s’opposant militairement aux indépendantistes ukrainiens qui voulaient basculer dans le camp de l’Europe. Dans le premier documentaire de cette soirée spéciale consacrée à Vladimir Poutine, Laurent Delahousse revient sur tous ces conflits et décrypte à travers de nombreuses archives et témoignages l’ascension de ce « fils du peuple », pur produit du système soviétique.

Réflexe nationaliste

Ils racontent comment cet ex-lieutenant-colonel assez terne du KGB (le service de renseignement de l’URSS) est devenu un des maîtres du monde qui avance ses pions en s’alliant avec les pays émergents. D’un point de vue intérieur, il s’appuie surtout sur son peuple qui, dans un réflexe nationaliste après le démantèlement de son empire, rêve toujours de grandeur.

C’est ce renouveau que tente d’expliquer Jean-Michel Carré dans son documentaire Poutine, le nouvel empire, diffusé en deuxième partie de soirée. Déjà auteur de plusieurs films passionnants sur les soubresauts de la Russie, Jean-Michel Carré avance que Poutine est en train de gagner la bataille qu’il a engagée avec le modèle libéral occidental en constituant, comme à l’époque de la guerre froide, un nouveau bloc, l’Eurasie, constitué de fortes puissances (la Chine, l’Iran et l’Inde) dont le centre stratégique serait Moscou.

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Poutine le 3 mars 2016.

Interrogés par le réalisateur, de nombreux observateurs et experts estiment que ce plan de bataille rencontre un écho favorable auprès du peuple russe qui, malgré la corruption institutionnalisée et le délabrement des infrastructures, plébiscite Poutine, autocrate assumé mais capable, selon eux, de régler les difficultés du pays. Une détermination qui, selon le réalisateur, séduit aussi à l’étranger, particulièrement dans les petits pays de la vieille Europe, qui voient avec Poutine un moyen de ne pas être marginalisés par le nouvel ordre mondial. On comprend dès lors pourquoi l’élection surprise, en novembre, à la présidence des Etats-Unis de Donald Trump, piètre stratège en politique internationale, a ravi les dirigeants russes…

Mais il n’y a pas que quelques nations à être séduites par le ­combat de Poutine. Le chef du Kremlin a aussi compris que, pour faire avancer ses idées, il fallait s’appuyer sur l’ensemble des partis de l’extrême droite nationaliste. A travers toute l’Europe (Angleterre, France, Belgique…), les leaders extrémistes en pleine ascension, à l’image de Marine Le Pen en France pour le Front national, voient en Poutine un modèle de rechange et qui n’hésite pas à les aider financièrement, comme l’ont montré plusieurs enquêtes.

La bataille pour un nouvel ordre mondial ne fait que commencer et la Russie a de grandes chances de distribuer les cartes dans les toutes prochaines années.

Daniel Psenny, Le Monde du 15 décembre 2016.

EN IMAGES. Les mille talents de "Super Poutine"
LIRE AUSSI : Andreï Makine : un poutinien à l’Académie française
L’extrême droite autrichienne s’allie à Russie unie, le parti de Vladimir Poutine

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Mis en ligne le 29 mars 2017

Poutine, les extrêmes droites et le populisme en Europe

Fans de Poutine

Pourquoi la Russie de Vladimir Poutine s’applique-t-elle à tisser des liens avec les partis populistes d’extrême droite européens ? Enquête en Slovaquie, en Bulgarie et en République tchèque.

Depuis des années déjà, les analystes observent un rapprochement progressif entre le Kremlin et les partis populistes d’extrême droite européens. Prises de positions voisines, usage des mêmes canaux médiatiques… Des personnalités politiques russes vont jusqu’à afficher ouvertement leur soutien au Front national ou au parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AfD). Une amitié qui se veut réciproque, comme en témoignent les voyages à Moscou de divers représentants populistes, du président du FPÖ autrichien à celui du parti néonazi hongrois Jobbik. Un réseau de contacts étroits s’est ainsi formé avec la Russie de Poutine, autour d’un nationalisme affirmé et d’un rejet commun des idéologies libérales. Pourquoi le Kremlin mise-t-il sur ces alliances ? Dans quelle mesure cette coopération a-t-elle une influence sur l’Union européenne ? S’agit-il uniquement de rapprochements de circonstance, ou bien d’un plan de déstabilisation des alliances occidentales que constituent l’UE et l’OTAN ? Alors que quinze des vingt-quatre partis d’extrême droite les plus influents du continent proclament ouvertement leur soutien à la Russie, sur fond de tensions croissantes entre l’Union et le Kremlin, cette évolution présente un caractère explosif. Enquête en Slovaquie, Bulgarie et en République tchèque, où le rejet des institutions européennes et l’admiration du modèle russe sont particulièrement forts.

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Le populisme à la barre

Alliances nouvelles en Europe de l’Est

Unies dans leur rejet des réfugiés, la Pologne et la Hongrie se font les apôtres de la triade "nation, traditions, valeurs chrétiennes". Avec quelles conséquences sur les libertés individuelles ? Et pour l’avenir de l’Union européenne ?

Avec leurs deux alliés du groupe de Visegrád (République tchèque et Slovaquie), la Pologne et la Hongrie ont affiché le même refus catégorique d’accueillir les réfugiés. Mais le rapprochement ne s’arrête pas là : lors d’une rencontre en septembre 2016, Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, et Jaroslaw Kaczynski, président du parti conservateur au pouvoir en Pologne, plaidaient ensemble pour une grande "contre-révolution culturelle" en Europe. Au programme : un renforcement du statut des États-nations au sein de l’Union, et un rejet des valeurs européennes de tolérance au profit d’un triptyque très conservateur – respect de la nation et des traditions, retour aux racines chrétiennes. En matière de politique intérieure, les gouvernements des deux pays ont déjà engagé une refondation de l’État, de l’économie et même de la société. En Pologne comme en Hongrie, la résistance politique s’organise, portée par des opposants décidés à défendre les libertés individuelles. À Varsovie, les membres du Comité pour la défense de la démocratie montent ainsi jour et nuit une garde silencieuse, et les manifestations s’amplifient de jour en jour.

Ce documentaire dresse un parallèle entre l’évolution politique des deux pays. Il interroge les objectifs, les moyens et les conséquences de ces bouleversements, tout en en cherchant les causes, notamment dans l’histoire récente de la Pologne et de la Hongrie d’après 1989. Sur place, il donne la parole aux partisans comme aux adversaires de ce tournant populiste.

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Spectacle

Mars 2018.


Ambassade de Russie, 18 mars. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Depardieu qui a désormais élu résidence en Russie a voté Poutine. La télévision avait fait le déplacement comme pour tous les hommes politiques d’envergure, nous le montrant en train de déposer son bulletin dans l’urne à l’ambassade de Russie à Paris.
« Ce n’est pas parce qu’il devait être au Salon du Livre, ce 18 mars, qu’il en a oublié son devoir citoyen. Ce dimanche, l’acteur français Gérard Depardieu — qui est toujours citoyen russe depuis 2013, en plus de sa nationalité belge — a été voté pour la présidentielle russe.
Et au vu de ses déclarations passées, nul doute que notre Gégé national a voté pour son bienfaiteur, celui qu’il appelle "son ami", Vladimir Poutine. Souvenez-vous, en 2012, le président russe avait déclaré au sujet de l’interprète d’Obélix, "Nous avons des relations amicales". Et d’ajouter : "Si Gérard veut vraiment avoir un permis de séjour ou un passeport russe, c’est une affaire réglée, et de manière positive". » (Public)


Gérard Depardieu et Vladimir Poutine le 5 janvier 2013 en Russie.
Zoom : cliquez l’image.

Sur la grande amitié entre l’acteur et le président russe, Sollers écrivait en 2013 :

HOMOPHOBIE

Je suis révolté par l’homophobie qui suinte de tous les commentaires sur la rencontre historique Depardieu-Poutine. Quoi ? Ces deux hommes s’aiment, s’embrassent, s’étreignent, se marient quasiment en public devant la planète stupéfaite, et personne n’applaudit cette victoire française ? On pouvait redouter le choc érotique entre un scooter et un tank. Mais pas du tout : notre jeune et gros marié, aux anges, enfile sa robe folklorique en Mordovie (merveilleuse république pénitentiaire), il est aidé par des jeunes femmes locales rayonnantes de santé, il aime les hommes de pouvoir, Depardieu ; cet accouplement Raspoutine-Poutine lui va comme un gant. On murmure déjà que l’Église orthodoxe, beaucoup plus ouverte que la catholique, serait prête, secrètement, à bénir cette union. Une autre rumeur prétend que cent mille femmes ukrainiennes se sont déjà manifestées pour être les mères porteuses des spermatozoïdes conjugués des deux pères célèbres. En Ukraine, beau pays moderne comme la Mordovie, une mère porteuse est rétribuée 15 000 euros par bébé. Voilà du redressement productif !

RUSSIE

Depardieu nous rappelle que son père était un communiste français à l’ancienne, un homme, dit-il, qui écoutait tous les jours Radio-Moscou. On imagine le petit Depardieu entendant, très jeune, les allocutions du "petit père des peuples", c’est-à-dire de Dieu lui-même : "Ici le maréchal Staline ! Prolétaires français, unissez-vous !" C’est visiblement une expérience enfantine que notre président Hollande a du mal à comprendre. Depardieu lui a pourtant parlé au téléphone : "Je lui ai dit que j’aimais Vladimir Poutine, et que la Russie était une grande démocratie." L’ex-URSS, puisque Brigitte Bardot a songé, elle aussi, à la rejoindre, pourrait maintenant s’appeler Usine de recyclage des stars séniles. Poutine va-t-il tromper Depardieu avec Bardot dans un hôtel Goulag cinq étoiles ? Après tout, le mariage pour tous peut tolérer de petites infidélités. (lepoint.fr)

*

[1Nous sommes en 2018.

[2André Glucksmann, Dostoïevski à Manhattan, Robert Laffont, 2002.

[3Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale entre 2001 et 2005 sous le premier mandat du président George W. Bush, puis secrétaire d’État des États-Unis entre janvier 2005 et janvier 2009 dans sa seconde administration.

[4Dans le cadre de l’élection présidentielle de 2004, il est le principal dirigeant de la révolution orange, qui conduit à l’organisation d’un deuxième second tour, où il bat Viktor Ianoukovytch avec 52 % des suffrages. Depuis cette campagne, son visage apparaît abîmé par une forme extrême de chloracné provoquée par une intoxication ; il existe une controverse sur les causes de cette intoxication, plusieurs expertises confortant la thèse d’une tentative d’empoisonnement à la dioxine. Président de l’Ukraine du 23 janvier 2005 au 25 février 2010. (Wikipedia)

[5Bernard-Henri Lévy a intitulé l’une de ses interventions « La Résistible ascension d’Arturo Poutine », allusion à « la Résistible ascension d’Arturo Ui » de Brecht. Cf. Le poutinisme est un fascisme.

[6Jean-Michel Carré est aussi l’auteur de Chine, le nouvel empire.

[7Avoir mis en échec un Kasparov en témoigne.

[8François Fillon a désormais rejoint un géant russe de la pétrochimie. Cf. Le Point du 23/12/2021.

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18 Messages

  • Albert Gauvin | 5 juillet 2022 - 11:41 1

    « Entre impérialisme et dénégation du droit à l’existence des Ukrainiens, l’invasion russe du 24 février a marqué le début d’une "guerre totale" s’accompagnant de violations massives des droits de l’homme, et un nouvel épisode de la guerre civile européenne. Face à cette "guerre hybride", mondialisée sans être mondiale, la priorité immédiate est de soutenir le combat du peuple ukrainien qui exprime son exigence d’indépendance nationale. » Une analyse du philosophe Etienne Balibar : Nous sommes dans la guerre (AOC, mardi 5 juillet 2022 ).


  • Albert Gauvin | 27 mars 2022 - 14:05 2

    Le documentaire d’Antoine Vitkine ce soir sur France 5 et deux livres de Françoise Thom offrent des Regards croisés sur les aspects effrayants de Vladimir Poutine.

    Comment comprendre ce qui se passe en Russie aujourd’hui et plus particulièrement au Kremlin ? Des éléments de réponse très éclairants sont donnés ce soir sur France 5 dans le documentaire la vengeance de Poutine un documentaire d’Antoine Vitkine diffusé une première fois en 2018 et entièrement réactualisé. Il faut voir ce film passionnant, qui retrace de manière particulièrement claire l’évolution totalitaire et perverse de Vladimir Poutine à partir des années 2010, il faut le voir, et il faut le compléter par la lecture du livre de Françoise Thom Comprendre le poutinisme, lui aussi sorti en 2018, et qui se révèle au vu des évènements actuels extrêmement prophétique.

    Signe des temps, 27 mars 2022..


  • Albert Gauvin | 24 mars 2022 - 14:30 3

    Le géopolitologue Frédéric Encel décrypte les grands bouleversements de l’équilibre des forces entre les plus grandes puissances mondiales, à l’occasion de son ouvrage "Les Voies de la puissance" (Odile Jacob, mars 2022).

    La Grande Table idées par Chloë Cambreling, 24 mars 2022.


    Carte du continent asiatique et européen.
    Crédits : samxmeg - Getty. ZOOM : cliquer sur l’image.

    Frédéric Encel est géopolitologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et professeur de relations internationales et de sciences politiques à la Paris School of Business. Son nouvel ouvrage, Les Voies de la puissance, penser la géopolitique au XXIe siècle, nous offre une réflexion sur l’ordre mondial au début du XXIe siècle et sur les grandes puissances mondiales, associant les champ militaire, géopolitique et idéologique. Il part du constat suivant : "la notion de puissance a mauvaise presse chez les progressistes en Occident", écrit-il dans l’introduction de son ouvrage. Frédéric Encel montre en quoi la puissance doit être réhabilitée, d’abord et avant tout en tant que force de dissuasion. "On confond la puissance et l’excès de puissance. On le voit bien avec l’Ukraine : elle aiguise l’appétit d’une puissance très importante."

    "Dans les années 90, on a raté l’occasion de bâtir une architecture de la paix centrale et orientale. Car la Russie se sent lésée, comme la Russie et la Chine, autres puissances révisionnistes. La Chine se sent lésée par la chute de l’URSS et l’adhésion, dans l’OTAN. Poutine met beaucoup de moyens militaires pour croquer ce qui lui semble avoir toujours appartenu à la Grande Russie, l’Ukraine."

    Son ouvrage se lit d’une manière toute nouvelle à l’aune de la guerre en Ukraine. En quoi les Etats voient-ils leur puissance se rééquilibrer ou se réinventer face à cette guerre ? Qu’en est-il des puissances interétatiques telles que l’Union Européenne ou encore l’OTAN ? Frédéric Encel décrypte ces questions avec nous.


  • Albert Gauvin | 22 mars 2022 - 11:37 4

    De la guerre en Tchétchénie à l’actuelle invasion de l’Ukraine, un éclairage du parcours de Vladimir Poutine, imprégné d’une vision du monde héritée de la guerre froide.

    Le déclenchement de la guerre en Ukraine, décidé par le seul Vladimir Poutine, marque l’aboutissement de deux décennies d’une irrésistible ascension. Succédant en 1999 à Boris Eltsine, premier président russe démocratiquement élu, l’ex-agent du KGB, qui a vécu comme une tragédie l’effondrement du bloc soviétique, impose d’emblée sa conception du pouvoir autocratique, arc-boutée sur son opposition à un Occident perçu comme une menace. Conséquences : mise au pas des médias indépendants, élections truquées, assassinats d’opposants, mensonges d’État… Pour Poutine, tout n’est que rapport de force : à ses yeux, les "révolutions de couleur" qui essaiment dès 2003 dans les anciennes républiques soviétiques – tout comme les Printemps arabes de la décennie suivante – sont téléguidées par les États-Unis, et une provocation directe pour la Russie.
    Retraçant plus de vingt ans de règne et de relations tendues avec l’Ouest, de la guerre en Tchétchénie à l’actuelle invasion de l’Ukraine, de la conférence de Munich de 2007 à l’ingérence dans les élections américaines de 2016, ce documentaire s’appuie sur les analyses de diplomates, journalistes politiques et anciens membres des services secrets russes et américains pour décrypter la vision du monde de Poutine, clé indispensable pour comprendre ses menées guerrières.

    Réalisation : Michael Kirk
    Production : Tom Koch, Frontline/PBS
    Pays : Etats-Unis, 2022


  • Albert Gauvin | 21 mars 2022 - 11:46 5

    Tribune
    Yves Hamant
    Professeur émérite de civilisation russe et soviétique

    Dans une tribune au « Monde », le professeur de civilisation et traducteur d’Alexandre Soljenitsyne explique comment la contamination de la société russe par la « morale mafieuse », longuement analysée dans « L’Archipel du Goulag », influence aujourd’hui les mots et les actes de Vladimir Poutine. LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 16 mars 2022 - 18:19 6

    Yevgenia Belorusets est écrivain et photographe, et vit entre Kiev et Berlin. Elle a quarante-deux ans, et est aussi la co-fondatrice du magazine de littérature et d’art ukrainien « Prostory ». Elle a beaucoup travaillé sur son pays, l’Ukraine, et notamment sur le conflit du Donbass, au cours duquel elle a interviewé un certain nombre d’habitants de la région, pour écrire Lucky Breaks, collection de récits, de destins absurdes ou tragiques. Depuis le début de la guerre, elle tient ce Journal en allemand de Kiev, qu’elle a accepté de nous transmettre afin de nous faire vivre son quotidien et celui des habitants demeurés dans la capitale assiégée. Nous le traduirons et le publierons au fur et à mesure de ce qu’elle nous envoie, et de ce qu’elle a déjà publié. LIRE SUR TRANSFUGE.


    Yevgenia Belorusets.
    (c)Olga Tsybulska. ZOOM : cliquer sur l’image.


  • Albert Gauvin | 9 mars 2022 - 14:33 7

    L’autre nuit, je me suis réveillé vers 5 heures avec une phrase qui ne cessait de se déployer dans ma tête : « Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. » C’est une phrase d’Isidore Ducasse, mieux connu sous le nom de ­Lautréamont. En descendant me faire un café, je me la suis répétée : « Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. » J’ai ouvert la fenêtre du salon où j’écris, et en attendant l’aurore, j’ai regardé les nouvelles d’Ukraine sur mon téléphone en me disant : « Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. »

    Car j’ai pensé que le crime émane toujours de l’absence de pensée, et qu’il profite de celle-ci. Moins on pense, plus il se faufile. Et le crime est comme les ténèbres : quand il se disperse, il prend tout – d’un seul coup, c’est trop tard.

    Si la dévastation guerrière a repris la main en Europe, c’est avant tout parce que la place était libre pour elle. Plus rien, aucune pensée, aucun projet, aucune espérance politique n’abreuve et ne nourrit les habitants du monde occidental. L’absence de pensée généralisée s’accomplit en simple consommation, et la consommation appelle l’avidité, c’est-à-dire la corruption. Quand plus personne ne s’occupe vraiment de politique, je veux dire de cette puissance de la pensée qui met de la passion dans la vie collective, les criminels occupent le terrain laissé vacant. Plus le niveau intellectuel baisse, plus la criminalité organisée augmente : la mafia prospère toujours sur le renoncement.

    Eh bien, j’aimerais mettre en rapport la nullité de la campagne présidentielle française avec la guerre en Ukraine. Le pitoyable récital de langue de bois des prétendants au pouvoir en France, le degré zéro de leur offre politique fondée sur la haine déma­gogique, tout cela ouvre la porte au crime. La nullité de la pensée permet la guerre.

    Bien sûr, ces pantins interchangeables ne sont pas responsables de la prédation de Poutine  ; mais ils sont les symptômes de sa possibilité. Ce retour de la guerre en Europe est le signe que, dans les pays occidentaux, plus personne ou presque ne s’occupe de penser, c’est-à-dire de résister à l’occupation des esprits par le rien.

    Nous avons vu mourir progressivement la politique en ­Europe depuis trente ans, nous avons laissé la nullité intellectuelle s’emparer des esprits, nous nous sommes satisfaits de cette nullité, et comme l’a dit Hegel : « À la manière dont un esprit se satisfait, on reconnaît l’étendue de sa perte. »

    L’étendue de notre perte, il semblerait que nous n’ayons pas envie d’en prendre conscience  ; mais les Ukrainiens, eux, savent de quoi il s’agit. La tache de sang intellectuelle qui, depuis deux semaines, ne s’efface plus de nos belles consciences, est devenue une flaque immense.

    Yannick Haenel, Charlie Hebdo, 9 mars 2022.


  • Albert Gauvin | 9 mars 2022 - 14:16 8

    La Grande Table idées par Olivia Gesbert, 9 mars 2022.

    Avec Slavoj Žižek, philosophe et psychanalyste slovène, professeur à l’European graduate school, auteur de "Comment réinventer Lénine ?" (2016).


    Slavoj Žižek reçoit la Médaille d’or
    au Circulo de Bellas Artes à Madrid (Espagne) le 07.05.2018.

    Crédits : Samuel de Roman / Contributeur - Getty. ZOOM : cliquer sur l’image.

    Quelle idéologie se cache derrière l’expansionnisme de Poutine ? Le philosophe slovène Slavoj Žižek se penche avec nous sur ce conflit.

    Nous le recevions notamment pour son livre Pandemic ! Covid-19 Shakes the World, depuis paru chez Actes Sud sous le titre Dans la tempête virale . L’une des premières analyses pour penser l’après confinement. Il précisait déjà que d’autres crises suivraient la crise sanitaire : politiques, économiques, psychologiques, alimentaires, écologique… La situation actuelle n’est donc pas une surprise. Pour Slavoj Žižek, Poutine «  a toujours dit la vérité mais il comptait sur le fait que nous allions prendre ce qu’il disait comme un exercice de rhétorique ».

    Comment qualifier et envisager la période que nous connaissons ? Slavoj Žižek y voit un «  passage de la guerre froide à la paix chaude  ». Poutine « fait ici ce que tous les fascistes, les autocrates font : d’abord vous attribuez quelque chose à l’ennemi et ensuite vous le faites vous-mêmes ».

    Penseur anticonformiste, d’influence marxiste et très influencé par la psychanalyse, spécialiste de Lacan et de Hegel, Slavoj Žižek s’interroge : « quelle Europe allons-nous défendre ? Cette vieille Europe nationaliste représentée par la Hongrie ou la Pologne représente, à long terme, un désastre pour l’Europe elle-même. Cette Europe de la défense européenne n’a pas besoin de Poutine pour nous vaincre. Il est donc important que l’Europe, dans le meilleur de son émancipation, gagne ». Slavoj Žižek est notre invité aujourd’hui.


  • Albert Gauvin | 9 mars 2022 - 13:59 9

    7 mars 2022


    Première rencontre Poutine-Zelensky à Paris (accueillis par Emmanuel Macron)
    pour parler de l’Ukraine le 9 septembre 2019.

    ZOOM : cliquer sur l’image.

    La tragédie ukrainienne révèle la métamorphose d’un saltimbanque en acteur de l’Histoire : face à Poutine, Zelensky est l’honneur de l’Europe.

    Derrière le choc des armées, le tumulte des Ukrainiens chassés, les éclairs dans la nuit, les jets de sang, les pacifistes de Moscou matraqués, bref, derrière la guerre, ce sont deux figures de l’Europe qui s’affrontent.

    D’un côté, Vladimir Poutine. Son hubris.

    Ses manœuvres de mauvais joueur d’échecs apprises à l’école de feu le KGB.

    Son côté Néron prêt à ce que Rome brûle pourvu que vive son empire.

    Son inhumanité étrange qui semble sur le point, parfois, de sombrer dans la déraison.

    Cet homme au visage de bois qui n’a plus de maîtrise que de ses traits, et plus aucune de ses pensées.

    Ce visage de moujik devenu boyard, surnageant dans les encens de ses popes, mais animé par la même folie qu’on voyait, dans le film d’Eisenstein, sur le visage glacé d’Ivan le Terrible.

    Il a commencé sa carrière en arracheur de couilles tchétchènes.

    Puis en assassin butant ses opposants jusque sur les marches du Kremlin.

    Et le voilà pétrifié en tsar ou persuadé, plutôt, que Tsar signifie César ; que sa Russie est la nouvelle Rome ; et que son Reich, s’il ne s’effondre pas dans les ruines et le sang, durera, lui aussi, mille ans.

    Il a ouvert, cet homme, une très ancienne boîte de Pandore.

    Celle de la surpuissance russe, implacable et immense.

    Celle de la force brute et de ses légions triomphantes.

    Et le vieux mythe païen du viva la muerte qui triompha dans les gesticulations apocalyptiques hitlériennes et, sous sa forme slave, dans la démence meurtrière de Staline.

    Je regarde Poutine. Je le lis. Je lis ses idéologues. Et l’évidence est là.

    L’Europe, selon lui, c’est l’Eurasie contre l’Occident. Les cosaques contre les chevaliers. Les Slaves contre les Germains. Et, entre eux, dans cette guerre des races et des espaces, au bout de ce choc qu’il veut, il y a la perspective de l’anéantissement.

    Aux dernières nouvelles, il en serait à la menace ultime.

    Il formulerait l’innommable sur lequel l’Europe s’était bâtie.

    Ce n’est plus Kim Jong-un, cette baudruche trop énorme avec son doigt boudiné.

    C’est, suspendu au-dessus du bouton nucléaire, un doigt osseux, dur, résolu, qui est celui de la haine, non seulement de l’Europe, mais du monde.

    Et puis, en face de lui, voici un grand petit homme qui, à quelques lettres près, porte un prénom russe et s’appelle Volodymyr Zelensky.

    Comme tout le monde, je l’avais pris pour un clown, un acteur, le triomphe nihiliste du spectacle.Puis, quand je l’ai vu si digne dans l’épreuve, j’ai cru à un Salvador Allende attendant les escadrons de la mort dans sa Moneda kiévienne.

    Eh bien non.

    C’était Churchill arpentant, tête nue, les quartiers pauvres de Londres les jours de Blitz.

    C’est, révélé par la tragédie, un chef de guerre et d’État, souverain et calme, indifférent aux menaces de l’assassin qui l’a mis en tête de sa kill list.

    C’est, demeuré parmi les siens, le petit gars de Kiev, chétif et costaud, frêle et déterminé, dont le Musclor du Kremlin pensait qu’il ne ferait qu’une bouchée et qui est peut-être en train de le mettre en échec.

    Et c’est le petit juif de Kryvyï Rih, oblast de Dnipropetrovsk, au pays de la Shoah par balles, qui, face à un Poutine enivré par la drogue de la puissance nue, par les roulements de mécaniques et d’essieux de ses chars et par l’extase de ses missiles, a trouvé la force et l’humour d’opposer des vidéos subtiles, postées telles des bouteilles à la mer ou, mieux, au tsunami – et qui, à Joe Biden offrant une exfiltration, a répliqué le déjà mémorable : « nous n’avons pas besoin de taxis, mais de munitions. »

    Cet homme, c’est l’autre image de l’Europe.

    C’est l’Europe de l’humour et de l’intelligence.

    C’est l’Europe du rire et du refus de l’oubli.

    C’est l’Europe qui n’existerait pas sans le sourire de Bashevis Singer, le rire de Rabelais et de Cervantès, la douce folie d’Érasme et la sagesse grinçante de Kafka.

    C’est l’Europe de l’esprit ; de la résistance par les armes et par la raison ; c’est l’Europe qui, au barbare casqué, oppose l’intellectuel de café (fût-il café-concert) ; et c’est l’Europe qui, à la béance des siècles, aux Walkyries, aux cauchemars des possédés, a toujours répondu par les héros fragiles de la pensée, nerveux et maigres comme Wittgenstein, insaisissables comme Musil, généreux comme l’enfant grec de Victor Hugo exigeant de la poudre et des balles – et géniaux, aussi, comme les personnages de Tolstoï et de Chostakovitch, de Tchekhov et de Mandesltam.

    On la pensait perdue, cette Europe, oubliée dans les hontes et les servilités qui faisaient désespérer de la petite princesse, fille d’Agénor et de Téléphassa.

    La voici qui ressurgit des limbes.

    Et elle le fait par la grâce de cette métamorphose hissant au-dessus de lui-même un homme qui, quand je l’ai connu, rêvait de faire rire Poutine.

    Poutine ne rit pas. Mais il est devenu, lui, Zelensky, un Grand d’Europe. Entre eux, c’est la lutte à mort entre civilisation et sauvagerie.

    Bernard-Henri Lévy, La règle du jeu.


  • Albert Gauvin | 3 mars 2022 - 00:59 10

    Édito

    Et si Poutine avait un peu raison. C’est la petite musique qu’on entend de-ci de-là depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Menacé par l’Otan à ses portes, Poutine serait dans son bon droit, et on ne voit pas pourquoi il se priverait de violer le droit international puisque tant d’autres avant lui ont fait la même chose, comme les Américains en Irak ou au Kosovo.

    À chaque conflit, c’est toujours la même sérénade : il doit bien y avoir des causes légitimes de faire une guerre, tellement légitimes que le droit international, inadapté aux exigences des nations, ­devrait s’effacer devant elles. Sarkozy, à la sortie de l’Élysée, où il venait de rencontrer Macron, se lamentait que rien ne marche dans les institutions internationales, ni l’ONU, ni l’Otan, ni le G5, ni le G20. Le droit international a-t-il réussi, depuis 1945, à être autre chose qu’un tas de règles que tout le monde viole en permanence. Ainsi, la possibilité pour un pays de déclencher une intervention militaire doit être votée à l’unanimité par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité [1]. Mais quelle institution peut fonctionner avec une règle aussi exigeante  ? Aucune. Et on se demande si cela n’a pas été conçu dès le départ pour que l’ONU soit totalement inefficace. On comprend alors que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale de nombreux pays aient passé outre cette règle absurde pour pouvoir s’engager dans des conflits qu’ils jugeaient légitimes. Dans ces conditions, pourquoi la Russie devrait-elle respecter des lois que beaucoup d’autres pays ont transgressées avant elle  ?

    Le critère juridique n’est manifestement pas le plus efficace pour y voir clair. On peut violer des traités, pas la réalité. Est-ce que les incidents invoqués pour déclencher une guerre sont avérés ou imaginaires  ? C’est la seule grille de lecture à peu près fiable pour juger le bien-fondé d’un conflit. Les États-Unis ont attaqué l’Irak en 2003, sous prétexte que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. On sait aujourd’hui que c’était complètement faux et que l’Irak n’en possédait aucune. À l’inverse, les faits sont parfois bien réels. Ainsi, en 1999, l’Otan a bombardé la Serbie au moment où son armée entrait au Kosovo, car on craignait que ce pays ne commette de nouveaux crimes contre l’humanité. À cette époque, on était parfaitement informé qu’entre 1991 et 1995 la Serbie avait mis en œuvre une politique d’épuration ethnique qui avait exterminé des dizaines de milliers de civils croates et bosniaques. Par contre, quand la semaine dernière Poutine envahit l’Ukraine, sous prétexte qu’elle serait coupable de « génocide » contre les minorités russophones du Donbass, on sait que c’est totalement faux.

    Le mensonge est un élément constitutif de toutes les dictatures, qui a pour but de pousser les populations à adopter des positions qu’elles n’auraient jamais approuvées d’elles-mêmes autrement. À ne pas confondre avec la ruse, comme le fameux « Je vous ai ­compris » de De Gaulle, qui relève davantage de la fourberie que du mensonge. Cette pratique, courante dans tous les régimes, y compris démocratiques, n’a rien à voir avec une réécriture de la réalité. Les « faits alternatifs » invoqués par Trump ne sont pas très éloignés des discours paranoïaques de Poutine. Les fascistes ne peuvent entrer en scène qu’après avoir préalablement nié une réalité qui les désavoue. Trump, Poutine ou Zemmour ont ce point commun d’avoir besoin de réécrire l’Histoire pour s’y incruster comme des squatteurs. Mais tuer la réalité implique qu’il faille aussi tuer les hommes qui en font partie et dont la seule existence est un affront à la vision délirante des despotes. Le monde n’est plus divisé entre l’Est et l’Ouest, mais entre, d’un côté, le déni et la paranoïa et, de l’autre, la raison et le dialogue, censés être incarnés par un droit international souvent mal conçu et manifestement incapable d’éviter les guerres.

    1. La Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Russie.

    Charlie Hebdo, 1545 du 2 mars.


  • Albert Gauvin | 1er mars 2022 - 01:16 11

    « Nous sommes en guerre » : voilà les mots utilisés au plus haut sommet de l’Etat quand l’épidémie de coronavirus a commencé il y a deux ans. Une guerre bien réelle a remplacé un simulacre de guerre et, désormais, les mêmes nous disent : « nous ne sommes pas en guerre ». Le sens des mots varie selon les conjonctures. Sur les plateaux des chaînes de télévision, les experts militaires ont remplacé les experts médicaux. Experts en rien, nous les laisserons à leurs commentaires au jour le jour. La guerre en cours qui se déroule en Ukraine — donc en Europe — est aussi une guerre des récits. On connaît celui de Poutine. Il repose sur une falsification de l’Histoire. France Culture a consacré deux émissions pour rétablir la vérité historique.

    1. Guerre en Ukraine : histoire d’une nation menacée.

    L’Invité(e) des Matins par Guillaume Erner, 25/02/2022.

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    Militaires ukrainiens dans la région de Lougansk.
    Crédits : Anatolii Stepanov - AFP

    La Russie a lancé hier une offensive militaire en Ukraine. Nous revenons ce matin sur les revendications de la nation ukrainienne.
    Dans la nuit de mercredi à jeudi, Vladimir Poutine a lancé une offensive militaire contre l’Ukraine. Une guerre qu’il justifie au nom de la “dénazification” de l’Ukraine.
    Les accusations d’une influence nazie en Ukraine sont régulièrement formulées dans le discours officiel russe depuis 2014, date à laquelle un soulèvement anti-russe s’est réuni sur la place Maïdan avant d’être violemment réprimé.
    Depuis la révolution de Maïdan, les Ukrainiens vivent dans un climat de guerre qui a conduit jusqu’ici à renforcer leur sentiment d’appartenance à une identité nationale.
    Comment s’est construite la nation ukrainienne aujourd’hui en danger ? Sur quoi repose le discours de Vladimir Poutine pour intégrer l’Ukraine à l’histoire russe ?

    Nous en parlons ce matin en compagnie de :
    Jacques Rupnik : Historien, politologue, directeur de recherche émérite au CERI/Sciences Po
    Ioulia Shukan : spécialiste de l’Ukraine, maîtresse de conférences en études slaves à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du Politique. Auteure de “Génération Maïdan” Edition de l’Aube, 2016.

    La construction de la nation ukrainienne

    L’Ukraine comme nation factice est-il un thème de rhétorique neuf chez Vladimir Poutine ?

    Ce n’est pas un thème neuf. Vladimir Poutine a déjà cherché à reconstruire l’histoire ukrainienne et à nous offrir une interprétation très partiale de ce pays. Tout discours sur l’historique de la construction nationale justifie nécessairement les objectifs du présent. Ioulia Shukan

    La propagande russe diffuse une carte géographique où l’Ukraine serait réduite à un petit centre. Qu’en est-il de cette construction de la nation ukrainienne ?

    Pour revenir à l’histoire de la construction nationale ukrainienne, cette carte n’évoque pas la période du début des années 1917-1918 où un Etat ukrainien indépendant, la République populaire d’Ukraine, se proclame en mars 1918. Face à la création de cette nouvelle entité étatique, qui s’appuie sur une tradition à la fois intellectuelle et politique, et un travail de reconstruction d’une langue ukrainienne moderne à partir des patois, les bolchéviques sont obligés de créer eux aussi leur propre République socialiste d’Ukraine. (...) Toutes ces années de la guerre civile, les frontières sont mouvantes. Il y a d’autres changements de territoire en amont et en aval de la Seconde Guerre Mondiale. Tous les états soviétiques, y compris la Russie, sont le produit de ces évènements historiques. Vladimir Poutine veut le nier. Ioulia Shukan

    Peut-on dire que la fondation de l’Ukraine est antérieure à celle de la Russie ?

    Cette controverse entre l’Ukraine et la Russie existe depuis la fin du XVIIIeme siècle : l’empire tsariste a voulu récupérer l’héritage de Kiev, dont l’origine remonte aux varègues, des Normands qui s’installent dans des territoires autour de Kiev et soumettent les slaves à leur domination et qui donnent à cet état le nom dela Rus’ de Kiev, un nom qui n’a rien à voir avec la Russie. Ioulia Shukan

    La question linguistique

    Pourquoi la question des langues est-elle si prégnante en Ukraine ?

    La langue qui était parlée dans ce qui est le territoire ukrainien aujourd’hui était majoritairement le russe. La langue littéraire était également le russe. C’est surtout dans la partie occidentale, qui appartenait à l’Empire des Habsbourg, qu’il y avait un territoire où l’on parlait l’ukrainien, beaucoup plus que dans les territoires de l’Est. Le grand problème de la Russie de Poutine c’est qu’il n’arrive pas à comprendre qu’on peut se sentir ukrainien, parler ukrainien, et être russophones. Il pense qu’être russophone revient à être russe, et implique la défense de la Russie manu militari. Depuis trente ans, la façon dont l’ukrainien est utilisé par les élites, dans l’enseignement, dans les médias est un changement considérable : les Russes le considèrent comme un affront. Jacques Rupnik

    Il y a une origine commune entre Russes et Ukrainiens, mais les voies ont divergé par la suite, déjà au temps des invasions mongoles, et surtout pendant la longue période du XVIème au XVIIème siècle, où la grande partie de ce qu’est le territoire ukrainien aujourd’hui faisait partie d’un état polono-lithuanien. Jacques Rupnik

    Le russe est-il différent de l’ukrainien ?

    L’ukrainien, comme d’autres langues des républiques de l’URSS, a été russifié avec des changements des règles de grammaire et de prononciation. Cela fait à peu près 75% de ressemblances entre le russe et l’ukrainien. Mais il y a un grand nombre de termes que ne comprendrait pas un russe. Je voudrais complexifier la question linguistique. Il y a certes une dimension régionale, mais il faut y ajouter un clivage ville-campagne. Le russe est très parlé à Kiev, bien que l’on soit au centre-ouest de l’Ukraine, car le russe a été une langue de promotion sociale. Avec le début de la guerre du Donbass, il y a des phénomènes de ré-identification, et de plus en plus d’Ukrainiens choisissent de ne pas parler russe et de passer à l’ukrainien. Ioulia Shukan

    La religion

    La question religieuse complexifie-t-elle la question identitaire ?

    Oui. A l’indépendance de l’Ukraine il y a eu un schisme au sein de l’Église orthodoxe entre le patriarcat de Moscou et celui de Kiev. A l’ouest de l’Ukraine, l’église uniate reconnaît l’autorité du pape mais se soumet à un certains nombre de rites orthodoxes ; l’église ukrainienne autocéphale s’est créé au moment de l’éveil national. (...) En 2018, la question de la religion a pris un tour politique : on a parlé d’appuyer la construction nationale sur l’église autocéphale et l’église uniate, avec un processus de centralisation des églises au sein d’une église commune, qui est aujourd’hui l’église orthodoxe ukrainienne.

    2. Russie éternelle, identité contre histoire

    Signes des temps par Marc Weitzmann, 27/02/2022.

    Pourquoi la guerre ? Vladimir Poutine se réclame de cette vision de l’Histoire ou paradoxalement, l’identité fixe d’une "Russie éternelle" sert de phare aux bouleversements. Tentative de décryptage de la narration russe et du passé mythifié.

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    Discours de Vladimir Poutine le 21 février 2022.
    Crédits : Alexei Nikolsky - Tass - Getty

    Pour justifier ce qui se passe en Ukraine, Vladimir Poutine a fait appel à l’Histoire. "L’Union soviétique s’est affaiblie à la fin des années 1980, puis elle s’est effondrée" a-t-il déclaré dans son discours du 24 février. "Tout ce qui s’est passé à l’époque est une bonne leçon pour nous aujourd’hui ; cela a mis en exergue que la paralysie du pouvoir et de la volonté est le premier pas vers la dégradation complète et l’oubli."
    Pour Poutine, la mémoire du passé est donc nécessaire aux peuples pour retrouver confiance en eux, dignité et volonté de se battre. C’est cette mémoire qui a été éradiquée par la mondialisation des années 1990-2000 et c’est en son nom qu’il revendique aujourd’hui la Crimée comme le lieu de l’antique Chersonèse, où le prince Vladimir fut baptisé en 988 et l’Ukraine, dans laquelle il voit le berceau historique culturel de la Russie dont le peuple serait opprimé par les héritiers de Hitler.
    C’est aussi au nom de cette mémoire, et de l’exigence de justice qui en découle, qu’il peut annoncer que "quiconque tentera de créer une menace pour la Russie et son peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et entraînera des conséquences telles que le monde n’en a jamais connues dans son histoire".
    Poutine n’est pas le seul à se réclamer de cette vision de l’Histoire ou paradoxalement, l’identité fixe d’une "Russie éternelle" sert de phare aux bouleversements. Tout se passe comme si, après des décennies de mondialisation et d’idéologie du progrès, la nostalgie pour les passions et l’héroïsme envahissait le monde. Mais s’agit-il d’un passé réel, ou mythifié au risque de nous emporter tous dans la catastrophe ?

    Marc Weitzmann reçoit

    Bruno Tertrais, politologue, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Auteur notamment de La revanche de l’histoire : comment le passé change le monde publié aux éditions Odile Jacob en 2019.
    Marlène Laruelle, professeure à l’Université George Washington (Washington DC), directrice de l’Institut pour les études européennes, russes et eurasiennes (IERES). Auteure notamment de La Russie, entre peurs et défis publié chez Armand Colin en 2016.
    Hélène Carrère d’Encausse, historienne. Membre de l’Académie française. Auteure notamment de #Alexandra Kollontaï : la Walkyrie de la Révolution publié aux éditions Fayard en 2021.

    Discours de Vladimir Poutine, entre nostalgie de la grande Histoire et ré-écriture du passé

    Marlène Laruelle décrit le cercle de pouvoir autour de Vladimir Poutine et leur lecture de l’histoire russe perçue “dans sa longue durée impériale”. Bruno Tertrais souligne qu’il s’agit aujourd’hui d’un nouveau cycle, après 30 années de mondialisation effrénée, "il y a un désir de passé, de conservation et parfois même de revanche". Il précise "il est frappant de voir à quel point les puissances émergentes, notamment les néo-impérialistes, où l’on voit justement toute l’instrumentalisation du passé”. Il ajoute cette analyse : “toute nation à un récit national, mais le récit peut devenir un roman — c’est-à-dire prendre des libertés avec la réalité — puis glisser vers la réécriture de l’histoire — et c’est ce qui se passe avec la Russie.” Hélène Carrère d’Encausse souligne que la Russie est un pays en transition, elle ajoute “qu’une partie de la société soviétique a été éduquée sous système soviétique dans lequel l’histoire était toujours enseignée d’une façon idéologique et mythifiée”.

    Musiques diffusées
    The Future de Leonard Cohen
    Russians de Sting

    Crédits : France Culture


  • Albert Gauvin | 27 février 2022 - 12:06 12

    Une initiative de la Rédaction de La règle du jeu.

    Rendez-vous ce mardi 1er mars, de 17h à 20h, au Théâtre Antoine à Paris. Entrée libre. Soyons nombreux à manifester notre soutien.

    « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » prophétisait Churchill au lendemain des accords de Munich qui laissaient les mains libres à Hitler pour, après l’Autriche, annexer la Tchécoslovaquie.
    Face au nouvel Anchluss par le feu et le sang que vient de subir l’Ukraine sous les bombes de la Russie poutinienne, qu’avons-nous fait, nous, Occidentaux, nous Européens, nous Français, pour éviter la répétition, aux portes de l’Europe, du désastre qui préluda à la seconde guerre mondiale ?
    Après la stupeur, quel lâche soulagement va-t-il, si Poutine l’emporte, s’emparer à nouveau de nous ?
    Comme alors, tout était écrit d’avance par l’auteur en chef du forfait.
    Il suffisait de lire la chronique quotidienne de son invasion et de son crime annoncés.
    Bernard-Henri Lévy était sur le Maïdan, à Kiev, il y a huit ans jour pour jour.
    C’était le nouveau cœur battant de l’Europe, disait-il. C’est là que brillent au plus haut les valeurs européennes. Et Poutine ne rêve que de faire boire ses chevaux cuirassés dans les fontaines de cette place souillée du sang de ses premiers martyrs fusillée.
    «  No Pasaran ! » disaient les républicains espagnols et les internationalistes défendant Madrid en 1936 face au fascisme franquiste.
    Les Russes, eux, sont passés.
    Nous les avons laissé passer.
    De Washington à Berlin et Bruxelles, nos dirigeants, nos diplomates, les ont laissé passer.
    En hommes de peu de caractère et, parfois, de bonne volonté, ils ont discuté avec Vladimir le Terrible.
    Savaient-ils qu’ils parlaient de gastronomie avec un anthropophage ?
    Nous le savons tous désormais.
    Alors demain ?
    De nouveau, les demi-mesures, les accommodements avec le diable, la « solution diplomatique » ?
    Ou, au contraire, un réveil, un sursaut, une aide réelle et substantielle à l’Ukraine héroïque et debout ?
    C’est la question qui sera lancée, mardi au Théâtre Antoine.
    C’est l’appel qui sera lancé, car on ne peut plus accepter l’inacceptable.
    Kiev résiste magnifiquement.
    Le président Zelensky a refusé le taxi d’exfiltration de Joe Biden le défaitiste.
    Nous nous devons d’être à leur côté.

    La règle du jeu, 26 février.


  • Viktor Kirtov | 27 février 2022 - 11:31 13

    Le philosophe et essayiste Bernard-Henri Lévy évoque pour le JDD ses rencontres passées avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

    JDD, 26 février 2022


    Rencontre entre Volodymyr Zelensky et Bernard-Henri Lévy à Kiev, le 30 mars 2019.(Yann Revol)

    Alors que l’invasion de l’Ukraine voulue par Vladimir Poutine se poursuit et qu’au troisième jour de l’offensive,Kiev est toujours assiégée par les forces russes, le philosophe Bernard-Henri Lévy décrit pour Le Journal du dimanche ses rencontres avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. L’essayiste raconte la transformation de l’ancien clown et artiste de stand-up en chef de guerre. Et assure :« Cet homme est d’ores et déjà le cauchemar de Poutine ; il peut, si nous nous décidons à l’aider, c’est-à-dire à lui livrer les canons, les avions et les défenses dont il a un si brûlant besoin, devenir son tombeur. »

    Zelensky, président courage

    J’ignore si, quand paraîtront ces lignes, Volodymyr Zelensky sera toujours en vie. On sait qu’il est à Kiev, entouré de ses généraux, à l’abri d’un bunker que cherchent les Sukhoi.Et l’on vient de voir une vidéo où il est tête nue, dehors, tel un très jeune Churchill marchant dans les quartiers pauvres de Londres lors des bombardements allemands de septembre 1940.

    Mais je sais aussi qu’il figure en haut de la kill list établie, selon la presse anglaise, par le Kremlin.Et me tournent dans l’esprit les adieux qu’il vient d’adresser, ce vendredi 25 février, à ses homologues retrouvés par Zoom lors du sommet extraordinaire de l’Union européenne :«  C’est peut-être la dernière fois que vous me voyez vivant.  »

    Qu’est-ce que la grandeur ? La vraie grande grandeur telle que l’a enseignée la chevalerie européenne ?

    C’est peut-être cela.

    Cet héroïsme tranquille et fier.

    Ce côté Allende à la veille de l’assaut de la Moneda par les escadrons de la mort de Pinochet.

    Cette façon de dire à Biden lui offrant une exfiltration :«  J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi  »– et à Poutine, ce Pinochet d’aujourd’hui :«  Vous pouvez essayer de me tuer, j’y suis prêt, car je sais qu’une Idée vit en moi et qu’elle me survivrait.  »

    Volodymyr Zelensky était, alors, un tout jeune homme, sorte de Gavroche en jeans, baskets usées, T- shirt noir au col élimé

    La première fois que je l’ai vu, c’était le 30 mars 2019, veille du premier tour de sa stupéfiante élection, dans un restaurant de poissons, proche de la place Maïdan. Je venais, à l’université de Kiev, d’interpréter Looking For Europe, le monologue théâtral que je portais, à l’époque, dans les capitales européennes. Et c’est mon ami Vlad Davidzon, l’un des derniers journalistes américains à être, aujourd’hui, restés en Ukraine, qui avait organisé la rencontre.

    Volodymyr Zelensky était, alors, un tout jeune homme, sorte de Gavroche en jeans, baskets usées, T-shirt noir au col élimé, qui avait passé la nuit à fêter la dernière représentation, dans une patinoire des faubourgs de Kiev transformée en café-théâtre, de Serviteur du peuple, le one-man-show qui l’avait rendu célèbre.

    Nous avions parlé de Beppe Grillo, cet autre acteur de café-concert, fondateur du Mouvement 5 étoiles en Italie, auquel il avait détesté que je le compare.

    De Coluche, dont il connaissait mal l’histoire et dont il ne comprenait pas bien la pirouette finale, le renoncement à se présenter :«  Peut-être parce qu’il y avait un grand homme en France, Monsieur Mitterrand, et qu’il n’avait pas besoin de se dévouer ?  »

    De Ronald Reagan : de lui, il savait tout ; ne venait-il pas, pour la chaîne 1 + 1, propriété de l’israélo-ukrainien Igor Kolomoïsky, qui passait pour son«  sponsor  », de faire la voix off d’un docu-fiction sur l’étonnant destin de ce comédien de mauvais westerns devenu grand président ? Nous avions aussi parlé de Poutine, l’autre Vladimir, qu’il ne doutait pas, le jour où ils se retrouveraient face à face, de parvenir à faire rire comme il faisait rire tout le monde en Russie : «  Je joue en russe, vous savez ; alors les jeunes m’adorent, à Moscou ; ils rient comme des bossus à mes sketches ; la seule chose…  »

    Il avait hésité…Puis, penché au-dessus de la table, à voix plus basse : «  Il y a quand même une chose… cet homme n’a pas de regard ; il a des yeux, mais pas de regard ; ou, s’il a un regard, c’est un regard de glace, vide de toute expression.  »

    Mais l’autre sujet de notre conversation, ce fut son judaïsme.

    Comment un jeune juif, né dans une famille décimée par la Shoah, dans l’oblast de Dnipropetrovsk, pourrait-il devenir président au pays de Babi Yar, ce ravin proche de Kiev où 33 000 Juifs furent, en 1941, massacrés par balles par les nazis ? Eh bien c’est très simple, m’avait-il répondu, dans un éclat de rire enroué, «  il y a moins d’antisémites en Ukraine qu’en France ; et, surtout, moins qu’en Russie où, à force de chercher la paille nazie dans l’œil du voisin, on finit par ne plus voir la poutre dans le sien ; est-ce que ce ne sont pas des unités ukrainiennes de l’Armée rouge qui, après tout, ont libéré Auschwitz ?  »

    L’ancien clown, l’acteur, l’artiste du LOL s’était métamorphosé en chef de guerre

    Notre deuxième rencontre se fit à la conférence annuelle de la Yalta European Strategy, ce mini-Davos ukrainien créé par le philanthrope Victor Pinchuk et qui, depuis 2013 et l’annexion de la Crimée par les Russes, ne se tient plus à Yalta mais à Kiev.

    Il y a là, comme chaque année, des géopoliticiens distingués, des gens de l’administration américaine, des responsables de l’Otan, des chefs d’État européens en exercice ou à la retraite, des intellectuels.

    Le désormais président Zelensky a fait lui-même un discours fort, où il a détaillé son plan de lutte contre la corruption, ce fléau de l’économie du pays.

    Et arrive l’heure du traditionnel dîner de clôture où notre amphitryon a l’habitude, entre poire et fromage, d’offrir une«  surprise  »qui doit être le clou de ces journées : une année, Donald Trump, encore candidat… une autre, Elton John ou Stephen Hawking… or la surprise, cette fois-ci, c’est le surgissement sur la scène, face aux tables, de la troupe d’acteurs avec laquelle faisait équipe, jusqu’à son élection, le nouveau chef de l’État.

    L’un fait une imitation de Merkel.

    L’autre joue une supposée conversation WhatsApp, désopilante et salace, entre Trump et Clinton.

    Et en voici un troisième qui s’est grimé en Zelensky et qui, jouant à l’Ukrainien rustaud qui parle mal anglais, feint de chercher un interprète et pointe du doigt, comme par hasard, le vrai Zelensky qui, ne se le faisant pas dire deux fois, bondit de sa chaise pour rejoindre ses compères sur la scène.

    Telle est donc la situation.

    Un faux Zelensky qui joue à être le vrai.

    Le vrai Zelensky qui joue l’interprète du faux.

    Le faux, traduit par le vrai et proférant des énormités que l’autre est forcé de traduire et qui le tournent en dérision.

    Bref, un spectacle inouï.

    Le cas, sans précédent, du président d’un pays en guerre heureux de jouer avec son double et d’échanger les rôles avec son sosie.

    Et la salle qui, face à ce quiproquo, à cette indistinction joyeuse de l’original et de la copie, face à cette autoliquidation d’un président avalé par son avatar, hésite entre le rire, le malaise et la sidération.

    Zelensky, cette nuit-là, c’était Woody Allen nous conviant, comme dans LaRose pourpre du Caire,dans son film ou, mieux, dans sa série.

    Et quand, le show terminé, j’allai lui demander ce que Poutine, depuis Moscou, allait bien pouvoir penser de cet ennemi disparaissant derrière son masque et acceptant de se muer en son propre simulacre, il me fit cette réponse :«  C’est vrai ! la posture est sûrement inconnue au répertoire central du FSB ! Mais le rire est une arme et cette arme est fatale aux hommes de marbre ! qui vivra verra…  »

    Sur ses traits d’enfant Bara devenu Danton, j’ai vu se lever le résistant dont le courage stupéfie, aujourd’hui, le monde

    Et puis nous nous rencontrâmes, encore, l’année dernière.

    Je rentrais d’un reportage dans le Donbass dont j’avais remonté les lignes de front, de Marioupol à Louhansk, avec des troupes d’élite de la nouvelle armée ukrainienne.

    Et tandis que mes photographes, Marc Roussel et Gilles Hertzog, avaient disposé sur la table du salon d’apparat où il nous recevait quelques-uns de leurs meilleurs clichés, un tout autre Zelensky se révéla sous nos yeux.

    Sur l’une des photos, prise à Novotroitske, au détour d’un boyau rudimentaire et en chicane qui semblait droit sorti d’un Verdun gelé, il reconnaissait le général Viktor Ganushchak, chef du 10e bataillon de la brigade d’assaut de montagne.

    Sur une autre, prise dans la zone de Myroliubovka, près de Donetsk, il commenta, à l’adresse d’Andreï Yermak, son proche conseiller, à sa droite, la vulnérabilité d’une aire de tir où étaient positionnés, tels des monstres d’acier préhistoriques, trois canons de 155.

    Sur la troisième, prise à portée de Donetsk, dans une rue éventrée de la ville fantôme de Pisky, il savait le nombre exact de Braves qui, enterrés dans la boue et la neige, tenaient encore la ligne.

    Et puis, à Zolote, au contact de Louhansk, dans un dédale de tranchées faites d’un assemblage de madriers plantés dans la terre noire, il connaissait par leur nom, car il venait de les inspecter, la plupart des Rambo suréquipés, visages couleur de terre, ou cagoulés, qui montaient la garde tous les 10 mètres et semblaient hypnotisés par le no man’s land face à eux.

    Volodymyr Zelensky savait-il, ce jour-là, que Poutine avait résolu d’en finir avec l’exception démocratique ukrainienne et avec lui ?

    Avait-il compris qu’il ne rirait jamais, finalement, avec l’homme aux yeux froids et à l’âme d’assassin ?

    L’idée, à cet instant, s’est imposée telle une évidence.

    J’ai compris que l’ancien clown, l’acteur, l’artiste du LOL et du stand-up dont j’avais cru retrouver la nature profonde lors du dîner de gala de Kiev, s’était métamorphosé en chef de guerre.

    Je l’ai vu entré dans la compagnie exemplaire de ces femmes et hommes que j’ai, de l’Espagne républicaine à Sarajevo et au Kurdistan, vénérés toute ma vie parce qu’ils ne sont pas faits pour le rôle, qu’il leur tombe dessus comme un mauvais destin, mais qu’ils s’en saisissent avec panache et apprennent à faire la guerre sans l’aimer.

    Et, dans sa silhouette légèrement épaissie, sur ses traits d’enfant Bara devenu Danton, j’ai vu se lever le résistant dont le courage stupéfie, aujourd’hui, le monde.

    Cet homme est d’ores et déjà le cauchemar de Poutine

    Zelensky peut gagner.

    Cet homme qui préfère mourir les armes à la main qu’encourir le déshonneur d’une reddition imposée, ce faux comique qui, hier, semblait dire « tout est perdu fors l’honneur » et qui, ce matin, après une nouvelle nuit de bombardements, trouve la force de haranguer son peuple et de lui dire qu’il est toujours un peuple libre, est d’ores et déjà le cauchemar de Poutine ; il peut, si nous nous décidons à l’aider, c’est-à-dire à lui livrer «  la poudre et les balles  » dont, tel «  l’enfant grec  »de Victor Hugo, il a un si brûlant besoin, devenir son tombeur.

    Sur son visage d’insomnie heureuse et de confiance dans le tourment, dans cet humour dont il ne se départit pas alors que pleuvent les missiles, il y a quelque chose des figures légendaires du ghetto de Varsovie.

    Que les dieux soient avec lui : le monde libre joue son destin dans la bataille de Kiev ; et l’Europe des principes, qui doute si souvent d’elle-même, s’est découvert en cet héroïque jeune homme un nouveau père fondateur. »


  • Viktor Kirtov | 25 février 2022 - 23:02 14

    Ce soir vendredi 25 février, au deuxième jour de la guerre en Ukraine, Raphaël Glucksmann était invité sur la plateau de C à vous (France 5). Son message sur la guerre en Ukraine est un message fort et clair qui mérite, selon nous, d’être écouté avec attention et largement rediffusé.

    Raphaël Glucksmann est député européen depuis 2019 et en septembre 2020 a été élu président de la commission spéciale sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne.
    Au début de l’année 2021, comme d’autres députés européens, il est l’objet de sanctions de la part de la Chine (interdiction d’y entrer ou d’y faire des affaires), en raison de son soutien à la minorité persécutée des Ouïghours.
    Précédemment de 2005 à 2012, il a été conseiller de Mikheil Saakachvili, président de la Géorgie.

    LIEN VIDEO : http://www.pileface.com/media/video/glucksmann_ukraine.mp4


  • Albert Gauvin | 24 février 2022 - 12:00 15

    Je me réveille à 6h, j’allume France Culture, les infos sont claires : la Russie a attaqué des points névralgiques de l’Ukraine. C’est donc la guerre, non pas aux portes de l’Europe comme je l’entends dire depuis sur certains médias, mais en Europe. Ceux qui ont un peu de mémoire savent que ce n’est pas la première fois : il y a 30 ans, il y eut la guerre des Balkans. La partie de poker menteur de Poutine a permis de leurrer les Européens pendant quelques jours. Tout était calculé. De longue date. Ceux qui veulent comprendre la LOGIQUE de ce qui se passe et qui était, sinon sûr, du moins prévisible, peuvent jeter un coup d’oeil sur le dossier que je mettais en ligne le 21 février à midi sous le titre "Retour de la guerre ?" (le point d’interrogation est désormais inutile). Le peuple russe qu’il ne faut pas confondre avec le tyran qui le dirige se laissera-t-il embarqué dans une guerre insensée ? Toutes les cartes, y compris en France, sont redistribuées. On verra comment chacun, politiquement, se situe dans cette période pré-électorale. Pour l’instant, tout le monde condamne l’intervention russe. Mais au-delà des mots ? Une chose est sûre : rien ne sera plus comme avant et, là, le covid et sa gestion ubuesque n’y sont pour rien.


  • Ibouprante | 22 février 2022 - 11:17 17

    Sollers écrit ceci : " Je suis révolté par l’homophobie qui suinte de tous les commentaires sur la rencontre historique Depardieu-Poutine. Quoi ? Ces deux hommes s’aiment, s’embrassent, s’étreignent, se marient quasiment en public devant la planète stupéfaite, et personne n’applaudit cette victoire française ? On pouvait redouter le choc érotique entre un scooter et un tank."

    L’avenir confirme ses propos par une belle photographie publié sur l’ Instagram de Depardieu.

    L’ironie Sollersienne est prophétique.

    Voir en ligne : « Faut oser » : Gérard Depardieu débarque sur Instagram avec… Vladimir Poutine, les internautes n’en croient pas leurs yeux (photo)


  • Albert Gauvin | 20 mars 2018 - 22:06 18

    Poutine et l’Académie française

    Dans un entretien au Figaro du 17-18 mars, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, embaume de considérations lénifiantes Vladimir Poutine. La réponse de Gilles Hertzog dans La Règle du jeu.