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Daniel Marguerat, Vie et destin de Jésus de Nazareth

D 25 avril 2019     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Vie et destin de Jésus de Nazareth

Daniel Marguerat

Jésus est à la mode. Historiens, écrivains, cinéastes tentent de percer le mystère : qui était l’homme de Nazareth ? A-t-il eu un père ? Qu’ambitionnait-il de faire ? Pourquoi est-il mort ? Ce livre n’esquive aucune question. Il est l’œuvre d’un historien, théologien, spécialiste de l’Antiquité. Il entraîne le lecteur, la lectrice à examiner les documents, à chercher des preuves, à dépasser les réponses ressassées pour en apercevoir d’autres.
On découvre quels soupçons, déjà du temps de Jésus, pesaient sur sa naissance. On fait la connaissance de son maître spirituel, Jean dit le Baptiseur. Les diverses facettes de ce juif exceptionnel sont explorées : Jésus le guérisseur, Jésus le poète du Royaume, Jésus le maître de sagesse. Ses amis (hommes et femmes) et ses adversaires sont nommés. Les raisons de sa mort (pourquoi est-il monté à Jérusalem ?) sont analysées. La naissance de la croyance en la résurrection est scrutée. La fabuleuse destinée de Jésus dans les trois grands monothéismes est aussi retracée : christianisme, judaïsme et islam ont construit de lui une image, à chaque fois différente.
Le livre est aussi passionnant qu’une enquête policière. Dans un style vif et clair, Daniel Marguerat livre ici le meilleur de la recherche récente, tenant ses lecteurs en haleine jusqu’aux dernières pages.

FEUILLETER LE LIVRE

Daniel Marguerat, historien et bibliste, est professeur honoraire de l’Université de Lausanne. Ses travaux sur les origines du christianisme lui ont acquis une réputation mondiale. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes actuels de la recherche sur Jésus de Nazareth.

«  Jésus n’a pas voulu fonder de nouvelle religion mais…  »

Auteur d’un très attendu Vie et destin de Jésus de Nazareth, publié aux éditions du Seuil, Daniel Marguerat, exégète, théologien et historien suisse, répond à nos questions sur le thème de notre dossier et d’autres sujets soulevés dans son essai. Son ouvrage est la première monographie francophone sur le Jésus de l’Histoire publiée par un spécialiste depuis le Jésus de Nazareth de Jacques Schlosser en 1999.

Dans votre essai, vous dévoilez un Jésus incarné, pleinement juif mais singulier. Cette singularité, à vous lire, prendrait racine dès sa naissance et dans le statut que le judaïsme réservait aux enfants nés hors mariage. Pouvez-vous expliquer cela  ?

D. Marguerat  : D’où vient Jésus, comment est-il né  ? Cette question n’a pas intéressé les premiers auteurs chrétiens. On ne lit rien sur le sujet dans l’évangile de Marc, ni chez Paul. Or, vingt ans plus tard, avant Luc, elle apparaît dans l’évangile de Matthieu. Cet évangile débute par une généalogie de Jésus, inhabituelle, pour ne pas dire troublante. Quatre femmes y figurent, chacune portant une réputation sulfureuse  : Rahab est prostituée à Jéricho (Josué 2), Bethsabée fut arrachée par David à son mari Urie (2 Samuel 11), Tamar s’est déguisée en prostituée pour séduire son beau-père (Genèse 38), Ruth se faufile auprès de Booz la nuit (Ruth 3). Ces quatre femmes citées par Matthieu ont toutes été en situation d’irrégularité sexuelle face à la norme conjugale. Marie, différemment bien entendu, ne s’est-elle pas trouvée elle aussi en irrégularité avec un enfant né hors mariage  ?
Un chercheur américain, Bruce Chilton, a proposé de voir en Jésus un mamzer, c’est-à-dire un bâtard. Ce statut a des conséquences juridiques sévères selon la loi juive  : les enfants nés hors mariage sont bannis de la congrégation religieuse et leurs descendants le sont jusqu’à la dixième génération (Deutéronome 23,3)  ; leurs droits à l’héritage sont minimes et leurs possibilités de fonder un foyer et d’avoir des enfants sont compromises.
N’est-ce pas la situation de Jésus  ? La tradition juive ancienne (le Talmud et les Toledot Yeshou) insiste sur l’irrégularité de la naissance de Jésus, présentée comme le fruit d’un amour illicite ou d’un viol de sa mère par un soldat romain, nommé Panthera. Ce contre-évangile relève d’une polémique contre la naissance virginale. Mais Jésus, incapable de désigner son père biologique et de prouver qu’il était issu d’une union légitimée par la Torah, a dû être considéré par ses contemporains comme un impur, un mamzer.
Quelles qu’aient été les modalités de sa conception, qui demeurent un mystère, une naissance hors mariage ne pouvait que générer rumeurs et soupçons. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que, ayant été lui-même désigné comme marginal par sa naissance, Jésus s’est montré naturellement sensible à la situation des marginaux de la société juive dont il s’approchera. Séparation de la famille, célibat, compassion pour les marginaux, relativisation des règles de pureté  : tout cela porte, à mon avis, les stigmates d’une enfance exposée au soupçon d’impureté et d’une volonté de transcender cette exclusion sociale.

Votre essai réserve bien d’autres surprises. Pour ma part plusieurs m’ont particulièrement frappé et intéressé  : les relations entre Jésus et Jean le baptiseur, la révolution qu’induit la redéfinition par Jésus de la notion de pureté, sa relation au messianisme et d’autres encore. Mais vous avez souvent écrit dans Le Monde de la Bible que toute biographie de Jésus était par nature subjective. La vôtre échapperait-elle à la règle  ?

D. Marguerat  : Non. Nous savons depuis Raymond Aron, Paul Ricœur et Paul Veyne que toute historiographie est une reconstruction, et qu’une lecture aussi objectivée que possible des documents engage la subjectivité de l’auteur. L’objectivité pure n’existe pas en histoire  ; tout historien investit de soi. Prétendre exposer le «  vrai Jésus  » est une illusion, autant le dire tout de suite. Moi, j’ai voulu présenter un Jésus «  vraisemblable  », raisonnablement reconstruit. À cet égard, en tant que théologien, et historien, je ne suis pas plus subjectif que n’importe quel autre historien. Il est évident que mon intérêt pour la figure de Jésus vient de ma posture de théologien. J’ai toujours été fasciné par la figure de Jésus de Nazareth, mais j’ai veillé à ce que mes convictions théologiques ne s’imposent à ma quête historique. Ma déontologie a été d’accueillir les résultats de ma recherche historique, même s’ils m’apparaissaient inattendus, dérangeants ou déplaisants.

Propos recueillis par Benoît de Sagazan

À lire l’intégralité de l’entretien dans le numéro 228 (mars-avril-mai 2019) Jésus a-t-il fondé une nouvelle religion ?

*

Pleinement juif mais tellement singulier

Vie et destin de Jésus de Nazareth explore la condition humaine de Jésus sans sous-estimer, sans nier son univers religieux, mental, voir psychologique. Il évoque un Jésus pleinement juif, mais singulier.
L’ouvrage se divise en trois grandes parties. Dans la première, l’auteur s’intéresse à la richesse des sources documentaires anciennes et abondantes, qui, au passage, révèlent combien la théorie mythiste d’un Jésus imaginaire, récemment promue par Michel Onfray, est «  une supercherie intellectuelle  ». Puis vient l’examen des origines et de la condition fragile d’un enfant «  venu au monde hors d’une union légalisée par la Torah  ». Suit un chapitre très intéressant, parfois dérangeant, sur les liens qui unissent Jésus à son mentor spirituel, Jean le baptiseur, à la révélation de la vocation de Jésus, mais aussi à leurs différences qui conduisent Jésus à vouloir mener sa propre prédication.
La seconde partie aborde la vie publique de Jésus jusqu’à sa mort. Le guérisseur, le prédicateur, sa «  messianité  », sa radicalité, mais aussi sa singularité originale, voire révolutionnaire dans le judaïsme de son époque, sont abordés à frais nouveaux. Cette séquence s’achève sur les motifs qui ont conduit à sa condamnation et dont on peut lire une synthèse page 38 dans notre dossier.
Enfin, dans la dernière partie, l’exégète historien s’intéresse au destin de Jésus après sa mort. Selon lui, «  la première interprétation de la vie et de la mort de Jésus a été la foi en sa résurrection. C’est au travers d’expériences visionnaires, un phénomène de type paranormal, que ses amis, femmes et hommes, ont reçu la conviction inattendue que Dieu se solidarisait avec l’homme pendu au bois  ». «  Il est faux, poursuit-il, de penser que l’“après” Jésus n’ait rien à voir avec l’“avant”…  » La réception juive de Jésus, de son côté, révèle «  l’histoire pathétique de la haine entre le christianisme et le judaïsme au fil des siècles  », un dégel n’intervenant que vers 1970 quand les érudits juifs s’intéressent au Nazaréen et aux évangiles. Quant à l’Islam, «  la réception de Jésus a été problématique  : comment, à côté d’Allah, imaginer un autre être divin  ?  ». B. S., Le monde de la bible.

VOIR AUSSI : Écrire une "Vie de Jésus" aujourd’hui, Études, avril 2019.
Jésus, un retour aux sources, La Croix, avril 2019.


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