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Dans le ventre de l’Orgue de Notre Dame

D 19 avril 2019     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Réalisation : Isabelle Julien

En compagnie d’Olivier Latry, organiste titulaire de Notre-Dame de Paris, un passionnant voyage musical et historique au coeur de l’un des instruments les plus prestigieux au monde.

Au cœur de la nuit, au centre exact de la capitale française, Olivier Latry, seul dans la cathédrale, joue courbé sur ses claviers. Organiste titulaire des grandes orgues Cavaillé-Coll – le nom de leur facteur –, il savoure le privilège de cet instrument, parmi les plus prestigieux au monde, qui l’oblige à répéter quand les autres dorment. "Tirasse", "cromorne", "récit", grand "positif"… : Olivier Latry révèle les mystères des grandes orgues à travers sa musique, 17 mètres au-dessus de la nef. Une puissance magnifiée par l’ampleur et le silence de ce lieu désert. Jetant un pont entre le présent et ses grands prédécesseurs, de Louis Vierne à Pierre Cochereau, l’organiste explique aussi comment, glissant du sacré au profane, ils ont réussi à obtenir un statut de musicien à part entière. Aux XIXe et XXe siècles, l’orgue de Notre-Dame a fasciné des compositeurs d’avant-garde, dont il interprète aujourd’hui les partitions.

Pourquoi l’orgue de Notre-Dame est-il si important  ?

Pour nombre d’organistes et d’amateurs de musique la question du sauvetage de l’orgue de Notre-Dame est cruciale  ? Pourquoi cet orgue est-il si important  ? Pour des raisons historiques ou pour le son  ?

À croire que l’histoire de Notre-Dame doit toujours se dérouler sur les accents de son orgue. Depuis la construction du bâtiment au XIIe, un orgue devait résonner sous ses croisées de pierre. Il devait s’agir d’un petit instrument que Léonin, le fondateur de l’école Notre-Dame, ou Pérotin le Grand au XIIIe siècle utilisèrent. En 1330, les comptes de la cathédrale précisent le paiement d’un salaire à un organiste, preuve qu’un grand orgue avait déjà été construit. Il devait s’agir d’un orgue suspendu « en nid d’hirondelle » sous une fenêtre haute de la longue nef, instrument à un seul clavier et quatre à six tuyaux par note qu’a dû apprécier l’organiste Jean de Bruges. Le début du XVe siècle voit la construction d’un orgue au même emplacement que l’orgue actuel. Cet emplacement, au-dessus du grand portail ouest, est bon pour le son puisqu’il est dans l’axe de l’édifice, mais se situe juste devant la rosace ouest qu’il occulte en partie. L’orgue de Notre-Dame conserve encore quelques tuyaux de la période médiévale mais l’orgue s’est enrichi au fil des siècles jusqu’à avoir les proportions majestueuses d’aujourd’hui, qui datent en fait du XVIIIe siècle.
Cinquante organistes se sont succédé aux claviers de Notre-Dame, d’Arnoul Gréban, le créateur du Vrai mystère de la Passion au XVe siècle, jusqu’à Vincent Dubois, Olivier Latry et Philippe Lefebvre, les trois titulaires qui jouent actuellement lors des offices du dimanche. Les organistes du monde entier veulent jouer sur cet instrument et une liste d’attente de deux ans gère le passage de chacun d’eux. Ils peuvent montrer leurs talents lors d’auditions le samedi soir. Mais alors quelles sont les caractéristiques techniques qui passionnent ces instrumentistes et compositeurs  ? Lorsque l’architecte Eugène Viollet-le-Duc s’engage dans la restauration de la cathédrale au XIXe, il fait appel au facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll. Celui-ci complète l’instrument de l’Ancien Régime, sauvé à la Révolution car on y a joué l’air « A ça ira » et les variations de l’organiste Claude Balbastre sur La Marseillaise. C’est donc au XIXe siècle, en 1868, que l’orgue affiche enfin ses 86 jeux, avec 5 claviers et pédalier. Il est modifié au XXe siècle par Louis Vierne et Pierre Cochereau, qui l’augmentent et le modernisent. Aujourd’hui, le grand orgue a 109 jeux et près de 8000 tuyaux. Il a été restauré en 1992 en préservant ses jeux baroques, en remplaçant la console et en l’équipant d’outils numériques. Sa « puissance expressive » (des 5 forte aux 5 piano) impressionne toujours ceux qui ont la chance de pouvoir en jouer. Notons qu’au-dessus des stalles néo-gothiques en bois placées sur le côté nord du chœur, il y a un plus petit orgue, datant du XIXe, de 30 jeux et 2000 tuyaux.
L’incendie du 15 avril a désespéré les aficionados du grand orgue, un instrument exceptionnel (le deuxième de France en taille derrière celui de Saint-Eustache) mais le pire semble avoir été évité. L’organiste Olivier Latry l’a affirmé hier : « L’orgue de Notre-Dame est l’âme de la cathédrale et il vit toujours ». Le grand orgue n’a pas subi de dégâts irréparables. La menace principale est le feu car la chaleur aurait pu faire fondre les tuyaux de plomb et d’étain ou enflammer la structure et la console en bois. Il n’en est rien. Il n’a pas reçu l’eau déversée par les 500 pompiers pour éteindre le feu de la toiture en bois. En revanche, les cendres et la poussière ont recouvert l’instrument désormais inutilisable et il faudra tout nettoyer. Pendant un temps, au vu des dégâts structurels des voûtes de la nef, on a pensé devoir démonter l’orgue et le sortir de l’édifice mais cette piste semble désormais écartée. L’orgue du chœur, lui, a été arrosé par les lances à incendie et nécessitera une restauration importante.

Guy Boyer, connaissance des arts.


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