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Le savant, l’imposteur et Staline : Comment nourrir le peuple

D 31 juillet 2018     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Le destin tragique du botaniste Nikolaï Vavilov et la gloire usurpée de son rival Trofim Lyssenko résument de façon saisissante l’obscurantisme et l’arbitraire du régime stalinien.

Le Savant, l’imposteur et Staline, Comment nourrir le peuple (VF - 54') from Association Science Télévision on Vimeo.

C’est une histoire rythmée par des famines. Celles qui, en 1921, 1932, puis 1946, se sont soldées en URSS par des millions de morts. Des réquisitions décidées par Lénine au lendemain de la guerre civile à l’exportation de millions de tonnes de céréales après la Seconde Guerre mondiale, en passant par la collectivisation totale et forcée des terres décrétée par Staline dès 1929, le régime soviétique y a pris une part directe. Mais il n’en a pas moins cherché, dès ses débuts, les moyens d’améliorer les rendements agricoles pour garantir la sécurité alimentaire, sommant la science, agronomes et biologistes en tête, d’y parvenir.
Dès 1922, un botaniste visionnaire, Nikolaï Vavilov, prend la tête de l’Institut créé à cet effet à Petrograd (l’actuel Saint-Pétersbourg). Chef de file de la recherche soviétique en la matière pendant les quinze années qui suivent, formé aux techniques de la génétique, ce chercheur déjà célèbre à l’étranger a commencé dès 1916 à recueillir graines et semences à travers le monde, avec le rêve de nourrir un jour l’humanité. Mais, dès la fin des années 1920, alors que Staline s’empare peu à peu du pouvoir, un agronome de dix ans son cadet, Trofim Lyssenko, travaille à prendre sa place. Habilement conseillé, ce fils de paysans, qui prétend multiplier les récoltes grâce à de pseudo-inventions, se sert de l’idéologie pour triompher, jouant de ses méthodes "prolétariennes" contre la génétique "bourgeoise".

Miroir inversé

Staline tranchera : en 1940, Vavilov est arrêté et condamné à mort, tandis que Lyssenko règne sans partage sur l’agronomie soviétique et plonge la recherche dans l’obscurantisme jusqu’à la mort du dictateur, en 1953. Grâce, notamment, à l’ouverture des archives soviétiques, la réalisatrice Gulya Mirzoeva retrace de façon poignante ces deux destins en miroir, emblématiques de ce que fut le stalinisme, avec son arbitraire et sa férocité.

Dominique Lecourt, Lyssenko : histoire réelle d’une "science prolétarienne"

Avant-propos de Louis Althusser (extrait)

Je ne présenterai pas ce livre : qu’on le lise et le juge. Et si, comme c’est normal, on y trouve à reprendre, qu’on le dise, et qu’on fasse mieux. C’est désormais jeu d’enfant de déclarer en tout et pour tout que Lyssenko était un charlatan, et que toute sa fortune a tenu à l’arbitraire de Staline. Mais c’est une entreprise autrement périlleuse de s’attaquer, en marxiste, à l’histoire du lyssenkisme. Je veux seulement prendre occasion de ce livre, et de son sujet, pour énoncer quelques rappels, qui crèvent les yeux et la mémoire. Car cette longue et tumultueuse aventure lyssenkiste, qui couvre près de cinquante ans de l’histoire soviétique, qui a successivement mobilisé les forces de l’appareil agricole, de la philosophie officielle et, enfin, dans la grande consécration de 1948, de l’appareil d’État soviétique et de tous les communistes du monde — cette longue, scandaleuse et dramatique histoire, qui a provoqué, pendant des dizaines d’années, sur la base d’une imposture théorique, des affrontements, des déchirements, des tragédies et des victoires : cette histoire n’existe tout simplement pas. Elle dort dans le silence des archives soviétiques closes, dans le fait accompli de son enterrement théorique et politique. Elle hante, certes toujours, la mémoire de ceux qui ont survécu à la répression et au chantage, mais nul philosophe, nul scientifique soviétique n’a élevé, ou n’a pu élever, la voix pour écrire en marxiste cette histoire, et tirer de son ombre un peu de lumière. Au silence des Soviétiques, qui détiennent les archives, répond un autre silence : celui des communistes qui, hors de l’U.R.S.S., ont vécu, dans la même contrainte, la même histoire, et se taisent.

Louis Althusser

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