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Nietzsche, Correspondance Tome IV

D 10 avril 2015     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Correspondance, tome IV : Janvier 1880 - Décembre 1884
Traduction de l’allemand par Jean Lacoste.
Édition de Giorgio Colli et Mazzino Montinari
Traduction et notes sous la responsabilité de Jean Lacoste
Collection Œuvres philosophiques complètes,
Série Correspondance, Gallimard
Parution : 05-03-2015

Le tome IV de la correspondance de Nietzsche couvre les années 1880-1884 : cinq années seulement, mais riches en crises et en métamorphoses. Désormais libre de toute attache universitaire, Nietzsche va connaître les plus douloureuses déceptions dans les rapports avec autrui, et les plus souveraines créations, avec Aurore, Le Gai Savoir et la figure nouvelle de Zarathoustra. À l’arrière-plan : lancinante, une douleur indéfinie, un mal-être physique et psychique permanent qui ne connaît que de rares rémissions (lors du « saint Janvier » de 1882) ; des relations de plus en plus difficiles avec sa mère et sa sœur Elisabeth ; et la quête souvent déçue d’un « lieu » propice à l’écriture, à Venise — auprès du compositeur Heinrich Köselitz, « Peter Gast », dont il admire et défend la musique —, à Gênes, dans l’anonymat d’un grand port, à Nice, ville un peu trop française, et, en Engadine, « présent inattendu », qu’il découvre alors, séjour fécond de ses étés. Dans cette errance un peu contrainte, entre Suisse et Italie, Nietzsche formule ses pensées les plus secrètes : son affinité avec Spinoza, le défi de l’éternel retour, l’annonce du surhomme, la critique du « dernier homme ». Mais à qui confier ces perspectives nouvelles ? Vers quelle petite élite se tourner ? C’est le vieux rêve de Nietzsche.
En mai 1882 a lieu la fatale rencontre avec Lou von Salomé à Rome, et se forme le projet naïf d’une « Trinité » avec le froid Paul Rée. Cet épisode bien documenté sera un échec désastreux, qui va conduire Nietzsche à rompre avec sa famille et ses amis wagnériens et le condamner à une solitude de plus en plus irrémédiable. Si les lettres qui témoignent de cet épisode pathétique révèlent les premiers craquements de sa personnalité, elles sont aussi d’une densité, d’une élégance d’écriture et d’une intensité humaine et intellectuelle qui en font sans conteste une des plus bouleversantes correspondances de langue allemande.

*

Au printemps 1880, Nietzsche est à Venise. Le 26 mars, il emménage dans son nouvel appartement, le Palazzo Berlendis, un palais baroque sur les Fondamente nuove — face l’île San Michele — (c’est là qu’il écrira Aurore). Le 27 mars, il envoie une carte postale à sa mère, Franziska Nietzsche, à Naumburg :

J’emménage aujourd’hui dans le nouvel appartement, situé de telle façon que je dispose d’une longue promenade à l’ombre le long du rivage (env. 20 minutes) et, de ma fenêtre, j’ai la vue libre sur la mer (je me sentais oppressé en ville). Ma chambre a 22 pieds de haut, 22 pieds de large et 23 pieds de long, avec un beau marbre, un escalier d’apparat y conduit, avec cela la plus étrange indigence. C’est moi qui l’ai découvert. Envoie-moi sans tarder la malle et mets-y les livres suiv[ants] Tatsachen der Ethik [Faits de l’éthique] de Spencer ; Baumann (Éthique), Martensen (Éthique), ensuite Stendhal (2 vol.) ; Süfrankreich [La France méridionale] de Gsell Fels, le petit ouvrage sur les îles grecques, chère Lisbeth [1], ensuite le gros volume sur Byron (dans les kösemitziana que j’ai laissés à Bâle ; fais-moi en d’ailleurs parvenir la liste) gants, mouchoirs, verre et petites assiettes et coquetier, etc. Pas encore remis d’une méchante crise. — Ai visité le Lido, à cause des bains de mer l’été : bon ! Très cordial merci pour ta lettre.

F.

S’il te plaît ! Une boîte de café moulu ! Et de la maïzena. Veille de Pâques. — Adresse de Köselitz.

Le même jour, à Franz Overbeck, à Bâle :

Très cher ami, je ne sais pas encore quel a été l’effet de Venise, peut-être meilleur que je ne l’attendais. En attendant seulement une très méchante crise. — Aujourd’hui j’emménage dans un nouvel appartement que j’ai trouvé, et qui, conformément à mes besoins, n’est pas situé dans les étroites lagunes mais dans un lieu dégagé, comme au bord de la mer, avec la vue sur l’Île des morts. V[enise] a le meilleur pavement de rue et des ombres comme une forêt ; avec cela, pas de poussière. Le temps est clair. Le Lido a également trouvé sa légitimité. Puissiez-vous, toi et ta chère épouse, vous porter bien !

Pensez à moi avec affection ! Votre F. N.

C’est encore toujours l’adresse de Köselitz.


[1Soeur de Nietzsche.


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