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Philippe Sollers par Jacques Henric

D 15 mai 2007     A par D. Brouttelande - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Paris. Les déjeuners avec Sollers et Pleynet dans des restaurants proches du Seuil. Se joignent parfois à nous Jean-Louis Baudry, Marc Devade, Pierre Rottenberg. Pots au Pré-aux-clercs, rue Jacob. Réunions dans le minuscule bureau du Seuil. Echange d’informations, projets de luttes à mener, plans de bataille... Impressionné, à chacune de mes rencontres avec Sollers, par sa mémoire, sa culture, ses dons de lecteur, la façon qu’il a de décortiquer un manuscrit, d’en pointer les qualités et les faiblesses, sa faculté d’analyse face à des situations nouvelles, sa disponibilité de temps et d’esprit, sa générosité. Ce qui me bluffe chez lui, dans les guérillas qu’il programme et conduit avec jubilation, c’est sa vitesse de décision. Ses variations dans la stratégie et ses volte-face tactiques me laissent admiratif, souvent décontenancé. On aime jouer entre nous à la guerre subversive. Avec lui, camaraderie de combat, liens d’amitié fondés sur le travail et sur une estime littéraire partagée, mais, attention, pas de copinage. Des moments de détente, de grosses rigolades (je n’ai, de lui, que des photos où il se marre...), des soirées arrosées, des nuits dans les boîtes de transsexuels de Montparnasse, des dragues de filles, mais pas de poisseuse familiarité appelée à se prolonger. Dès le lendemain, chacun à sa place, reprise des distances, vouvoiement obligé. J’ai vérifié que les nouveaux venus dans la revue qui transgressaient cette règle ont rarement gardé de relations durables avec lui. Beaucoup de journalistes continuent de s’étonner qu’après plus de quarante ans de face-à-face dans un bureau, Pleynet et Sollers n’avaient pas abandonné le vouvoiement. Les apparences sont trompeuses : le « mondain », le « médiatique » Sollers est de tous les écrivains que j’ai connus un de ceux qui protège le plus sa vie privée et son travail d’écrivain. Il est, paradoxalement, un des plus solitaires.

Jacques Henric, Politique, Le Seuil, 2007, p 117-118.

Voir aussi :
Jacques Henric : "Combattre le déni de l’histoire"
Entretien avec {artpress}


Crédit photos : artpress N° 334, mai 2007


Présentation de l’éditeur

Jacques Henric naît en décembre 1938. Il appartient à cette génération qui fait ses premiers pas quand se déclenche la Seconde Guerre mondiale. Ces temps tragiques - la défaite, l’Occupation nazie, le gouvernement de Vichy, la Collaboration, la Résistance, les combats de la Libération, la découverte de l’extermination des Juifs... - ne sont pas étrangers aux engagements politiques et littéraires qui seront plus tard les siens : l’adhésion au Parti communiste, les luttes anti-coloniales, le compagnonnage avec Tel Quel, le bref épisode maoïste, l’aventure d’Art press...
Politique est le récit, tantôt grave, tantôt drôle, du parcours d’un écrivain pour qui l’écriture et la politique, sans jamais se confondre, ont toujours tissé entre elles des liens complexes, comme ce fut le cas pour les avant-gardes littéraires du début du XXe siècle. Henric évoque ses rencontres avec Aragon, Genet, Adamov, Ionesco, Klossowski, Marguerite Duras, Philippe Sollers, Pierre Guyotat, Maurice Roche, Denis Roche, Bernard-Henri Lévy, Jean-Edern Hallier, Philippe Muray... Politique est aussi l’expression d’une révolte face aux falsifications de la mémoire ; en un temps où est bradé ce que la modernité littéraire a produit de plus fort, cet essai autobiographique se veut une manière de traité anti anti-moderne ".

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