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L’Or du temps

L’alchimie dans les romans de Sollers

D 31 décembre 2006     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Deux articles plus qu’intéressants sur Ph. Sollers, notamment le second dans IRONIE numéro 117, novembre/décembre 2006 » signale D. Brouttelande.

Saluons ici, cette revue et l’auteur de ces textes Lionel Dax. De quoi s’agit-il ? De l’Or du temps. C’est le titre de ce vagabondage dans les ?uvres de Sollers. Surf hypertexte bondissant, insolite, ludique, documenté dans les textes avec pour guide, Nicolas Flamel, personnage de roman chez Sollers et auteur de vieux textes ésotériques.

« Les titres de la plupart des livres de Sollers ne sont pas sans évoquer des opérations alchimiques : Le Coeur absolu - Le Lys d’or - Le Secret - Studio - Passion fixe - Casanova, l’admirable - Mystérieux Mozart - L’Etoile des amants - Illuminations - Fleurs...

Revenons donc aux vieux textes. Nicolas Flamel, qui apparaît dans L’Etoile des amants, propose, dans son livre magique Le Désir désiré (1414), une définition de l’alchimie :
« C’est une science qui est nommée fleur réelle ou fleur de sapience, par laquelle est rectifié l’entendement humain par force d’expérience au regard de l’oeil et de rurale connaissance, comme il soit ainsi que telle expérience ne peut souffrir nulles probations fantastiques, mais donne voie pour entrer vivement en toute autre science en montrant à l’entendement comme on peut entrer aux vertus divines qui moult sont à celer, et ainsi par Nature entendons ce qui est de vérité, dont plusieurs fols cuident que ce ne soit rien. »

[...]

Ouvrons à présent L’Année du Tigre, journal de l’année 1998  :

Jeudi 8 octobre
Pluie.
Sortie en librairie de
Casanova l’admirable. Article de Jean-Didier Vincent dans Le Monde, fine remarque sur l’alchimie.
Jean-Didier Vincent, donc : « Reste le texte : un trésor. Fausse monnaie, diront certains. Mais non ! Or d’alchimiste, produit d’une transmutation. Sollers possède la poudre de projection qui transforme le plomb des mots en or pur littéraire. On crie à l’escroc — les mêmes qui insultaient Casanova —, Sollers-Casa a la réplique hautaine : « Que tout cela soit imposture, il (Casa) n’arrête pas de le dire, sauf que les « ânes » applaudissent. »
Je ne prétends pas que nos auteurs forment un duo d’adeptes très orthodoxes. Il y a chez eux du futile (au sens où les chimistes utilisent ce mot) avec une conséquence qui est peut-être la grâce suprême. Le secret de l’ultime perfection se cache dans la réponse de l’initié : « Rend le volatil fixe, unit la femelle fugitive au mâle fixe. » L’idée primordiale de l’alchimie est de collaborer au perfectionnement de la matière tout en assurant à soi-même sa propre perfection.
Par cette tentative, l’alchimiste se substitue au temps. Il assure la responsabilité de changer la nature, soit en accélérant les processus de maturation, soit au contraire en annulant la durée par l’accès à l’immortalité. En ce sens, le « grand oeuvre » de Casanova réalisé par l’écriture de ses Mémoires atteindrait le but ultime assigné par l’alchimie.
L’universelle préoccupation du héros — Casa-Sollers —, c’est le temps. »

[...]

L’Etoile des amants

Les amants ? Drame (1965) « Ils doivent atteindre et toucher de nouveau ensemble le lieu biologique où se font les dépenses, les recharges, les consumations ou les mutations glissantes. »

« À ces mots, Athéna dispersa les nuées : le pays apparut. » Odyssée, XIII

[...]

Le plus simple ou le plus proche sera toujours le plus riche et le plus mystérieux.
Giordano Bruno (1591) : « L’art n’est pas déjoint de la nature, ni le raffinement éloigné de la simplicité. »

« Qui boit tous les jours à la Source d’Or vivra au moins mille années » ?
« Pensez à moi pour l’étude des Transformations ! Qu’on vienne me chercher s’il faut écrire des romans ! »
À la fin de 741 a eu lieu l’inauguration de l’ère du « Joyau Céleste ».
Selon les Chinois, la Grande Ourse est un hôtel à sept étoiles.

Le temps, l’or du temps, son orient, non pas hors du temps, dedans.
Orient : or riant.

Le soleil, maintenant, arrive sur la page, ma main glisse, j’écris avec la plume de l’ombre, ma joue et ma tempe gauche enregistrent le lent mouvement de midi.

On fait de la magie, n’oublie pas. Noire ? Blanche ? Mais non, de toutes les couleurs, et c’est là le crime.
Nicolas Flamel, dans son Bréviaire : « En cuisant ne t’ennuie, et lors verras chose émerveillable de quoi humain entendement reste coi et ne peut mie arguer tant est beau l’ouvrage de nature et d’icelle les mutations qui se font voir en toutes les couleurs qui éblouissement par leur vif appareil. »

Tiens, voilà un parfum, un bijou, des fleurs.
Nicolas Flamel, encore : « Si tu as désir d’avoir fleurs et fruits en froidure d’hiver, tu verras en petit temps une soudaine et émerveillable végétation et croissance dont moult ébahi seras. »

Et voici une énumération de noms de parfum, parmi lesquels je souligne ceux-ci :
Rose absolue, magie noire, joy, flower, mimosa pour moi, alchimie, irony...

« Comme si l’airain et le plomb de la vie devaient oublier leur pesanteur grâce à l’or, la tendresse et l’onctuosité des mélodies. »
Alchimie de la musique, mutation vive.

L’univers chante, puisqu’il est vibration. C’est une batterie de vingt-quatre heures, un aigle blanc et noir, sagesse, force, beauté, sel, soufre, mercure. Le plomb en or, l’oeuvre au blanc.La partition s’écrit toute seule, joie, peur, côté terrifiant, côté jubilant.

[...]

Passion fixe

Le bonheur sur fond noir, je ne me lasserai pas d’en parler.

Dans Passion fixe, les deux textes qui tissent la trame du roman sont Etats de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac et le Yi King, livre des mutations. Une façon d’être dans la surprise de l’alchimie, la lettre du voyant, divination de la vie...

Rien n’est figé, la mobilité opère, les transformations sont en cours. Il n’est pas impossible, disait François, que nous ayons droit de nouveau, un jour, au signal Ko, la révolution, la mue, avec, en bas, ce qui s’attache, le feu (Li), et en haut le joyeux, le lac (Touei).

Si j’écrivais un jour un livre, me disais-je, j’aimerais qu’il mérite ce titre : la trame des mutations. Un volume de rêve, donc, comme l’étoffe dont nous sommes faits, un roman génétique : king lyre.

Cyrano :
« 
La Terre me fut importune,
Je pris mon essor vers les Cieux,
J’y vis le Soleil et la Lune,
Et maintenant j’y vois les Dieux. »

L’amour est un art de musique, comme l’alchimie.

La fixité approfondit le mouvement, le ciel au milieu de la montagne évoque des trésors enfouis, le passé soulève le présent.

Vous ne ferez croire à personne que vous avez passé des heures à choisir ou à déplacer tel ou tel mot, telle série de syllabes. On vous tiendrait pour fou, et avec raison. Fou comme il fallait l’être, sans doute, pour entretenir jour et nuit le feu d’une cuisson de métaux et passer à travers la matière afin de trouver la pierre philosophale, la poudre de projection, l’or du temps. « Je cherche l’or du temps. »

[...]

L’extrait dans son contexte :
IRONIE numéro 117, nov./déc. 2006, Lionel Dax, "Ars Magna - Sollus Ars"

ou à défaut, la sauvegarde en mémoire cache



Voir en ligne : Le Testament et le Bréviaire de Nicolas Flamel


Dans les archives pileface, quelques autres références sur le thème de l’alchimie chez Sollers :

L’étoile des amants (II), 2002

Entretien réalisé par Marie-Stéphane Devaud

JPEG - 66 ko
Alchimie de Flavel, page 1

Vous convoquez également l’alchimie, dans votre texte, à travers la présence de Nicolas Flamel. Est-ce que l’on pourait dire que l’ alchimie consiste, au fond, à « toucher les mots dans les choses  », être selon ?

Qui vole selon, c’est dans le poème de Rimbaud :

" Elle est retrouvée ! / Quoi ? l’éternité. / C’est la mer mêlée / Au soleil. / Mon âme éternelle,/ Observe ton v ?u / Malgré la nuit seule / Et le jour en feu. / Donc tu te dégages / Des humains suffrages / Des communs élans ! / Tu voles selon..."

Qu’est ce que ça veut dire quelqu’un qui en arrive à tutoyer son âme, son âme éternelle ? « Mon âme éternelle, dit le poème, observe ton v ?u malgré la nuit seule et le jour en feu ». Donc il lui donne, il lui assigne une position. Tu voles selon : ça c’est magnifique ! Ça veut dire qu’une fois entré dans ce temps-là, l’éternité est retrouvée : on ne va pas vers l’éternité, on la retrouve, mais d’une toute autre façon qu’on l’aura imaginée autrefois, parce que c’était Dieu. L’homme n’a même pas besoin de Dieu, c’est tout à fait une autre expérience, vous entrez dans une dimension où tout devient une situation libre. Vous êtes devenu une sorte d’oiseau libre, l’ alchimie vous savez, c’est aussi la possibilité de parler la langue des oiseaux !

Voir article

Une toquée d’alchimie

« Casa » vit ce qui lui arrive « à fond », sans jamais se départir d’un étonnement devant les besoins de l’espèce en matière de superstition. Alliage fascinant d’un ingénu et d’un roué admirable, tantôt « victime » (quand il « tombe » à Londres sur la Charpillon et glisse à la posture de l’amoureux suicidaire), tantôt - le plus souvent - maître du jeu, comme avec l’impayable marquise d’Urfé, une toquée d’alchimie dont il est en quelque sorte le complice froid, se réjouissant d’être ainsi aux premières loges pour voir comment ça marche. Un cynique ? Tellement plus compliqué... Tellement plus simple en même temps. La vie de Casanova est la vie d’un homme qui a épousé son désir. Il lui fait confiance ; il n’en fait pas non plus, comme aujourd’hui, un potage divinatoire.

Casanova l’admirable, 1998
Vivant Casanova par Michel Crépu (L’Express du 15/10/1998)
Voir article

Portfolio

  • Alchimie de Flavel, page 1

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1 Messages

  • A.Gauvin | 13 janvier 2007 - 15:07 1

    On peut remonter l’Or du temps - pour rester dans l’histoire occidentale - jusqu’à... Albert le Grand (mort le 15 novembre 1280), philosophe et théologien dominicain, maître de Thomas d’Aquin, et... alchimiste.

    Dante l’a beaucoup étudié, nous dit Jacqueline Risset.

    Au chant X du Paradis, Dante fait dire à Thomas d’Aquin :

    " Je fus l’un des agneaux du saint troupeau [1]
    que Dominique mène sur un chemin
    où l’on s’engraisse bien [2], à moins qu’on déraisonne.
    Celui-ci qui m’est à droite le plus proche,
    fut mon frère et mon maître, et c’est Albert ;
    il est de Cologne et moi, Thomas, d’Aquin. "

    [1] L’Ordre dominicain.
    [2] Dans l’ordre dominicain on s’enrichit de mérites, si on ne dévie pas de la règle donnée par le saint fondateur, en poursuivant les biens terrestres (Notes de J. Risset).

    Benoît XVI a donné saint Albert le Grand en exemple pour les jeunes le 15 novembre 2006.

    Albert le Grand