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Sur Dominique de Roux, fondateur des Cahiers de l’Herne
Douze questions à Philippe Sollers

Archive rare

D 1er novembre 2018     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


C’était il y a plus de vingt ans, en novembre 1996, dans une revue éphémère mensuelle de huit pages : « L’Art du Bref ». Son créateur et rédacteur en chef : Yannick Haenel. Pas encore connu mais déjà le goût des revues littéraires. Dans ce numéro, il publiait cet entretien avec Philippe Sollers (entretien réalisé avec son comparse François Meyronnis).
Une archive RARE !

Yannick Haenel :

La littérature est pour moi inséparable des revues, parce que s’y joue une vitesse d’intervention qui s’accorde à la pensée - à l’idée que littérature et pensée sont une même chose. Au XXIe siècle, la sociabilité littéraire est morte (et plus encore la notion d’avant-garde), mais les revues sont des centrales d’énergie. Des lieux où se conçoit encore une indépendance par rapport au marché. Où s’expérimente la liberté de « publication permanente », comme dit Ducasse.

Il y a d’abord Recueil, où je fais mes gammes, ronge mon frein, m’occupe de notes de lecture. J’y publie en 1992 mon premier vrai texte : « La fin des fantômes », où je dynamite pour rire, le mythe du grand écrivain qui s’efface : « Je connais un Blanchot charcutier – visible, énorme, hilare. » Ca fait un petit scandale, j’ai les blanchotiens sur le dos depuis cette époque, qui n’admettent pas ma passion ambivalente, polémique pour leur maître.

Suivra L’Art du bref (19 numéros, d’avril 95, janvier 97), dont je suis rédacteur en chef : huit pages mensuelles. Fondée avec Richard Millet. Là, je m’amuse et publie des auteurs que j’aime, comme Bernard Lamarche-Vade, ou un dossier consacré à Dominique de Roux et aux Cahiers de l’Herne. jusqu’à ce que je rompe violemment avec Millet.

Enfin Ligne de risque, que nous fondons en 1997, François Meyronnis, Frédéric Badré et moi, et qui dure encore.

Les « Douze questions à Philippe Sollers » que nous proposons aujourd’hui sont extraites du numéro 18, (l’avant dernier numéro) de « L’Art du Bref ». Sollers y est interrogé sur un autre fondateur de revue, Dominique de Roux (1935-1977). Fondateur des Cahiers de l’Herne et des Editions de l’Herne, éditeur, romancier, polémiste, mais également homme d’action. Près de vingt ans après sa mort, son œuvre commençait à être réévaluée.

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- « ‘L’Art du Bref » : A certains moments, vous avez semblé être en conflit avec Dominique de Roux. Pourtant, vous écrivez en 1983 : « Littérairement, au fond, nous étions d’accord. »


Dominique De Roux Cahiers de l’Herne et les Éditions de l’Herne
de Jean-Luc Moreau, 1997 (pour le 20e anniversaire de sa mort) : sur amazon.fr
ZOOM : cliquer l’image
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-Philippe Sollers : Regardez ce qui se passe. Nous sommes vers 1960. Il y a deux projets qui se détachent, et qui sont l’un et l’autre des réévaluations de la bibliothèque. Les projets sont très proches puisqu’il s’agit dans les deux cas d’insister sur le fait qu’un certain nombre d’auteurs ont été soit méconnus soit évacués soit censurés. On peut considérer que pour notre génération c’est un enjeu important. Alors bien sûr vous avez entre L’Herne et Tel Quel des différences d’accentuation. Mais des recoupements aussi. Par exempte. le livre de Dominique de Roux que je préfère, c’est le Gravier des vies perdues, dans lequel il met en parallèle Ezra Pound et Mao Tsé-toung. Cela montre bien une certaine utopie, un horizon un peu vaticinant. Enfin le travail de réévaluation des coordonnées a été accompli simultanément dans les deux revues. J’ajouterai ceci : il a été accompli EN PURE PERTE. On pourrait presque tout republier aujourd’hui, personne ne s’en rendrait compte. D’ailleurs on a eu l’idée, avec Marcelin Pleynet, de republier systématiquement dans L’Infini des textes parus il y a vingt, trente ans dans Tel Quel. Des textes d’Henri Michaux, de Borges, d’Hölderlin, de John Donne, etc. Je mentionne cela pour indiquer précisément le moment actuel, et où nous en sommes aujourd’hui.

- Pourriez-vous qualifier en quelques mots le climat intellectuel des années 60 ?

-C’est un moment de réévaluation de l’histoire. Et un tel moment s’annonce toujours comme révolutionnaire. De ce point de vue les années 60 allaient vers une révolution qui, contrairement à ce qu’on dit, a eu lieu. Car si elle n’avait pas eu lieu on ne s’arrangerait pas de manière systématique pour en exorciser le spectre. C’est Mai 68 Evidemment. Donc voilà : je pense que Dominique de Roux s’est saisi d’une certaine conscience historique. Il y a eu des divergences entre nous mais c’est tout à fait secondaire. Ce furent des différences d’accent, de tactique, de stratégie, d’alliance. D’une façon générale les années 60, c’est le moment où apparaît un nouveau classement de la bibliothèque, sensiblement différent de celui des surréalistes. Il n’y a pas trente-six classements dans un siècle. Celui d’André Breton fut très important. Ce n’était pas le nôtre. Nous ne nous reconnaissions pas non plus dans celui de Maurice Blanchot. Ce nouveau classement passe par Tel Quel et par l’Herne, sans parler de l’Internationale situationniste de Guy Debord. Vous savez, le temps fait que beaucoup de choses sont dites imprimées, écrites mais ne font pas l’objet d’autre chose que d’un enfouissement.

- On a le sentiment qu ’entre L’Herne et Tel quel il y a deux stratégies différentes. Tel quel reprend la classification surréaliste en insistant sur les marges. en l’occurrence Artaud et Bataille ; reprend surtout la question Isidore Ducasse de façon radicalement différente, non à partir des Chants comme les surréalistes, mais à partir des Poésies : et repense la bibliothèque en fonction de ce que Francis Ponge appelle le « dispositif Maldoror-Poésie » qui en effet permet de tout reclasser. Alors que de façon plus anarchique. plus subjective, Dominique de Roux et L’Herne ouvrent sur l’étranger ; défendent Ezra Pound et Gombrowicz. Par ailleurs, de Roux joue Pound contre Joyce, ce qui est une façon de se démarquer de vous.

- Oui. Mais en même temps, avec le recul, personne ne se plaindra qu’il y ait eu simultanément un travail sur Pound et un travail sur Joyce. Selon que vous mettez l’accent sur Finnegans Wake ou sur les Cantos, vous n’obtenez pas les mêmes résultats : pourtant d’un point de vue historique, L’Herne, et Tel quel effectuent des travaux convergents.

-On a l’impression d’être à une époque où des choses qui, il y a trente ans, apparaissaient contradictoires s’avèrent équivalentes Aujourd’hui défendre Pound, c’est défendre Joyce et vice-versa.

- L’histoire fait son travail. A partir d’un certain moment vous ne pouvez plus vous permettre des luttes fratricides qui étaient extrêmement créatrices dans une phase antérieure. D’une façon générale quand vous êtes dans un situation historique régressive – c’est le cas actuellement -,vous ne pouvez plus vous permettre d’insister sur les contradictions.

- Tout se passe comme si on était de plus en plus obligé d’occuper une position centrale dans la littérature. Toute position marginale devient hors jeu – donc insignifiante

- C’est vrai. C’est le problème des marginalités, qui SONT TOUTES CONTRÔLÉES ; personnellement. j’ai toujours évité les positions de retrait. Je me méfie du martyrologe. C’est un vieux contentieux avec mes contempteurs.

- De Roux, contrairement à vous, est un isolé. D’où peut-être son lyrisme apocalyptique.

- En effet, c’est très beau chez lui. Mais cela n’est pas mon tempérament. C’est beau parce qu’il arrive à une scansion du langage qui le déporte vers la poésie – qui est sa vraie nature. Il ne se laisse jamais, quoique fort tenté par une conception ésotérique, dévorer par l’occultisme dix-neuvièmiste. Je crois que ce qui l’a maintenu en vie, ce qui l’a préservé de cette pente un peu noire, c’est la littérature. Il est capable à la fois de s’intéresser à Gombrowicz et d’avoir par ailleurs une vision apocalyptique de l’histoire. Il y a une conception du temps chez de Roux, avec un désespoir particulier, qui tient à une certaine mythologie romantique. Ne serait-ce parce que c’est quelqu’un de pressé par le temps. On sent plus ou moins le temps qu’on a à vivre. D’où cette couleur particulière, dans ses textes, très belle. D’un autre côté, il y a chez lui une forme de puritanisme. Et aussi une fascination pour la mort. La mort, il ne faut jamais y croire trop.

- Ce qui nous frappe chez de Roux, beaucoup plus qu’une éventuelle ligne romantique, ce qui le rend opérant à nos yeux c’est son ENERGIE littéraire. Prenez la manière dont il s’empare de la question Céline.

- Il y a en effet la question Céline. 1966, publication de La mort de L-F Céline. Là on a été obligé, à Tel quel, de durcir les positions. Mais c’est lui qui l’a cherché. Entre L’Herne et nous, c’est une affaire de stratégie, de plans à long terme avec des échelons, ce qui a toujours été notre façon de faire vous n’aimez pas que quelqu’un vienne signaler votre position. La réévaluation de Céline, on la concevait sur une longue période : de Roux, au contraire, préférait l’attaque frontale. Moi, vous voyez, j’ai toujours été partisan d’allier prudence et audace : je ne comprends ces deux vertus que l’une par rapport à l’autre. Si vous voulez faire la charge de la brigade légère, sabre au clair, on mettra la caméra, tout le monde sera tué. Ce sera magnifique mais bon, le problème est de savoir ce qui est le plus efficace. La guerre, on peut la conduire de bien des façons. La meilleure, à mon sens, c’est la défensive. Voyez Clausewitz. Les attaques prématurées, les charges hérétiques ne mènent à rien. La véritable attaque est défensive. Une discussion comme celle-ci, j’aurais pu l’avoir avec le général de Roux, ou même avec le général Debord. Bon. Cela ne retire rien à leurs mérites respectifs. On peut être un grand général, cela n’empêche pas de commettre des erreurs.

- De Roux et vous avez une conception du temps très différente. Pourriez-vous en dire quelques mots ? Et aussi de votre divergence politique avec lui : n’avançait-il pas que le seul révolutionnaire en Mai 68, c’était de Gaulle ?

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- Par rapport au temps. la différence vient d’abord de ce fait que, moi, j’ai envisagé que cela allait être très long – et très difficile. Et que par conséquent il fallait développer des anticorps, avec nécessité d’une organisation à plusieurs niveaux cloisonnés les uns vis-à-vis des autres, avec aussi le recours à des leurres. Il s’agissait. Il s’agit toujours, de maintenir les conditions de transmission du négatif. Cela demande une orchestration. Il faut faire travailler l’adversaire : il faut le pousser à agir. De Roux, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’a pas été assez attaqué. Par ailleurs, il y a une autre différence entre nous : c’est la conception que nous avions de la France. A un moment, à l’époque de son engagement gaulliste, De Roux met la France au-dessus de tout en lui donnant une signification spirituelle. Tandis que moi j’étais préoccupé par LE MONDE ENTIER EN TANT QUE FRANCE. Il fallait être gaulliste en 1940 ; pas en Mai 68. Maintenant, j’ai quand même l’impression d’être injuste : quand on s’intéresse comme de Roux, à Gombrowicz et à Pound, on n’est pas franco-français. Quant à ma divergence politique avec de Roux, personnellement, je suis de plus en plus convaincu que c’est devant l’art, devant la littérature, que les gens doivent s’expliquer : si on est écrivain - je veux dire : vraiment -, on est beaucoup plus éloigné de quelqu’un qui partage soi-disant vos idées que d’un autre écrivain, même s’il embrasse des idées opposées. Ce genre de chose apparaît progressivement : tout peu à peu, prend sa vraie place.

- En 1972, publication d’Immédiatement. De Roux est neutralisé. Son texte est censuré, lui-même est renvoyé du groupe des Presses de la Cité. Il est banni du milieu éditorial.

- Je disais qu’il fallait être attaqué. C’est une excellente chose. En revanche, il ne faut pas être neutralisé. C’est du Mao élémentaire, qui vient lui-même du Sun Zu. Il faut prendre sa force à l’adversaire. De Roux, en 72, a commis une erreur tactique : celle d’attaquer à la fois Roland Barthes, donc l’avant-garde, et ce qu’il y a de plus pâle dans l’institution, à savoir Maurice Genevoix. Il évalue mal les forces en présence : de plus on n’ouvre pas deux fronts en même temps. A partir de là, je n’ai pas pu intervenir pour lui, j’ai laissé faire les censeurs. Et puis on ne prend de risques que pour des choses essentielles : dans ce cas, même si vous perdez la première manche, vous gagnez la seconde. On vous réprime, et c’est la répression qui vous donne la victoire. Maurice Genevoix, non, ça ne mérite pas une balle dans la tête.

- Dans les années 70, il y a très vite la mise à l’écart des gens qui ont entrepris la réévaluation dans la décennie précédente. De Roux, exilé. Vous-même, en position difficile.

- Les années 70, ce sont des années de répression. Cela débouche sur le marasme des années 80, sur le triomphe de la marchandise, sur l’aplatissement général. Pour nous, il reste à organiser la survie et, un jour, la contre-attaque. D’autant que l’unification marchande de la planète suppose un accroissement de la crédulité. Les journalistes parlent aux journalistes... Le triomphe des marchands a été rendu possible dans l’édition et dans la sphère intellectuelle par la propagande selon laquelle la théorie, le formalisme étaient les ennemis principaux de la littérature. Il n’y a plus de théorie, plus de formalisme, et vous voyez le résultat. Je n’ai pas besoin d’insister.

- Comment être factieux quand le système désamorce toute opposition  ?

- Vous devez laisser tout ouvert, sans être limité par telle ou telle position. Si vous engagez un conflit, il faut le gagner. L’attaque, c’est purement et simplement l’anéantissement de l’adversaire. Autre chose : il faut savoir attendre. Il y a une très belle formule dans La Société du spectacle de Guy Debord, que vous trouvez en conclusion de la thèse 220, qui est l’avant-dernière du livre : « La critique qui va au-delà du spectacle doit savoir attendre.  » C’est fondamental. Aujourd’hui tout le monde se précipite. Les gens qui ont entre vingt et trente ans sont affolés par le désir de réussir très vite. Or, tout est prévu par le système : cet affolement et la rivalité mimétique qu’il engendre.

- Ne pensez-vous pas qu’un discours critique révolutionnaire serait d’autant plus efficace s’il s’appuyait sur une position aristocratique à la Gombrowicz, à savoir sur une défense non réactive de la supériorité  ?

- C’est le grand tabou, et là vous inquiéterez vraiment les chacals. Rappelez-vous une très pertinente remarque de Guy Debord, dont je vous demande d’avoir à l’esprit qu’elle est formulée en 1967 - en 1967 ! « La théorie révolutionnaire est maintenant ennemie de toute idéologie révolutionnaire, et elle sait qu’elle l’est » (thèse 124 de La Société du spectacle). Pensez aussi à Lautréamont  : « Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne... Je croyais être davantage ! » Bon, ça, c’est la position de base. Mais méfiez-vous. Le système est à la fois très fragile et très puissant. La moindre piqûre d’épingle le fait réagir comme un éléphant qui serait devenu fou. Vous avez devant vous une toute-puissance fragile, qui n’a aucune vue stratégique, donc qui ne sait pas se conduire dans le temps - qui n’a aucune réserve de temps. Lorsque vous aurez franchi la ligne de repérage, vous le sentirez aussitôt. Alors il faudra résister.

Entretien réalisé par Yannick Haenel
et François Meyronnis


Plus sur Dominique de Roux

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DOMINIQUE DE ROUX - Entretien RTBF 1973

Entretien exclusif avec Christian Bussy. RTBF octobre 1973

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« La mort de Céline » par Dominique Roux

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Colloque à l’occasion du 40ème anniversaire de sa mort

avec la participation de son fils, Pierrre-Guillaume de Roux, éditeur, comme son père :


Le colloque sur YouTube
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4 Messages

  • Viktor Kirtov | 8 novembre 2018 - 09:24 1

    En contrepoint d’une brève mention assassine de Sollers à propos de Genevoix, - et soulignée dans un message de D.B -, mention extraite d’un document d’archive de 1996 lors d’un entretien sur Dominique de Roux, voici un éloge, relevé dans l’actualité du jour :

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    Quatre-vingts secondes ce matin pour vous recommander l’article que Le Figaro Littéraire consacre à "Ceux de 14" de Maurice Genevoix, ils vont entrer au Panthéon.


    Maurice Genevoix et sa femme Suzanne © Getty / James Andanson/Sygma
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    L’article est signé Hedi Kaddour, romancier et poète. Genevoix sait, dit-il,
    Comme tous les grands, comme Flaubert ou Fitzgerald, que la force vient des verbes. Il les préfère de loin aux adjectifs et aux adverbes car ils mettent la phrase en mouvement.

    Citation de Genevoix :


    Toute la nuit une cohue patauge dans la cuvette 280. C’est un tas d’ombres grognantes, une pagaille molle qui tournoie sur place, piétine la boue, bute dans les rondins, tombe dans des trous, grelotte et rogne.
    Ma plume court vite ; je dis tout sans le vouloir .

    « Faire entendre, faire voir, faire sentir. Jamais d’emphase, peu de métaphores », souligne Hedi Kaddour à propos de Genevoix qui se servait, pour écrire, et comment s’en étonner, d’un simple « crayon aiguisé ».
    On voudrait que l’article de Kaddour soit plus long. Il est dédié à Bernard Maris, gendre de Maurice Genevoix, mort assassiné dans l’attentat contre Charlie Hebdo.

    A lire donc dans Le Figaro.

    Crédit : France Inter


  • Viktor Kirtov | 4 novembre 2018 - 10:54 2

    Dans le prolongement du commentaire de D.B. et ma réponse, sur Maurice Genevoix, voici l’entretien qu’a accordé ce 4 novembre 2018, Julien Larère-Genevoix, -son petit-fils -, à Patricia Martin (France Inter), à l’occasion de la réédition de « Ceux de 14 » chez Flammarion.
    Entretien audio complété d’un article de l’Est Républicain, d’avril 2015, "La voix de Genevoix", toujours actuel et qui éclaire le contexte :

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    La voix de Genevoix

    Le 25 avril 1915, Maurice Genevoix était gravement blessé aux Eparges. Aujourd’hui, son petit-fils, Julien, âgé de 37 ans, avocat parisien, continue la mission de ce grand-père qu’il n’a pas connu : se souvenir de Ceux de 14.


    Julien Larère-Genevoix :en 2015. Photo Franck LALLEMAND
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    Le 25 avril 1915, Maurice Genevoix était atteint de trois balles allemandes en voulant défendre la colline des Eparges, en Meuse. Deux dans le bras gauche, une dans la poitrine. Il quitte alors le champ de bataille. Et survit… « Il a toujours eu le sentiment d’abandonner ses frères d’arme. Il s’est alors donné la mission de témoigner en devenant écrivain, ce à quoi il ne se destinait pas. ». En 2015, Julien Larère-Genevoix, son petit fils, parlait de ce grand-père qu’il n’a pas connu. Et à travers lui, fait revivre l’histoire de la Grande Guerre. « Je n’ai peut-être pas connu Maurice Genevoix, mais j’ai bien connu sa fille, ma mère ». Cette fille unique de l’écrivain combattant qu’il a eue à 54 ans. « Ils étaient très proches », confie Julien, né un an après la mort de Maurice Genevoix. « J’ai toujours été élevé dans le souvenir de mon grand-père », dit-il. D’abord, parce que Julien et sa sœur Charlotte ont passé beaucoup de temps dans la maison familiale du Loiret, au hameau des Vernelles, à Saint-Denis-de-l’Hôtel. « Il l’avait achetée en 1925 quand il a obtenu le Prix Goncourt. Ma mère y est née. » Cette maison, Julien y passe encore ses week-ends aujourd’hui avec son épouse et son fils. On y trouve, sur l’ancien bureau de l’académicien, un pot de terre des Eparges. Mais aussi des volumes de l’époque de l’ouvrage phare de l’écrivain, Ceux de 14 , dont certaines éditions ont été censurées : « Il a recopié sur chaque volume, à la main, les passages supprimés. Il était furieux de cette censure. »

    Bernard Maris, son beau-père : « Pour moi, c’était un frère »

    Comment se passe l’enfance du petit-fils d’un monument de l’Histoire française ? « On va aux commémorations, on dépose des gerbes. Mais mon premier souvenir précis, c’est en 1994, à Rembercourt-aux-Pots, pour l’inauguration de la place Maurice-Genevoix. Je me suis alors rendu compte de qui était véritablement mon grand-père. C’était mon premier séjour conscient en Meuse. »

    Il lit Ceux de 14 , mais trop tôt : « En 5e , je crois. Je suis passé complètement à côté du message. Pour moi, c’était un récit de guerre. Plus tard, j’ai compris que c’était un témoignage de fraternité. » À l’adolescence, Julien Larère devient Julien Larère Genevoix : « Je voulais porter le nom de ma mère et par là même, celui de mon grand-père. » Cette mère, Sylvie, était présidente de l’association Je me souviens de Ceux de 14. Elle est décédée en septembre 2012 d’un cancer, deux mois avant sa propre mère et épouse de l’écrivain. Sylvie s’était remariée en 2007 avec le journaliste Bernard Maris : « Pour moi, c’était un frère », raconte Julien. Nous avons beaucoup ri ensemble. Et c’est aussi avec lui que j’ai fermé les yeux de ma mère lorsqu’elle est morte. » Trois ans plus tard, Bernard Maris était assassiné par des terroristes à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. « J’ai appris tard dans la journée la nouvelle. Pour moi, ce jour-là, on était mardi. Et je me disais : il ne va pas à Charlie Hebdo le mardi ! Je m’étais trompé, on était bien mercredi, jour de la conférence de rédaction… »

    À la mort de Sylvie Genevoix, en 2012, c’est Bernard Maris qui avait repris la présidence de Je me souviens de Ceux de 14. « On savait qu’il me transmettrait ensuite le flambeau. Il l’a fait en 2013. »

    Emilie FIEROBE
    Crédit L’Est Républicain 25/04/2015.


  • Viktor Kirtov | 2 novembre 2018 - 17:51 3

    Cher D.B.,
    Heureux de constater que vous continuez à suivre pileface de près, …en même temps que l’actualité ! J’ai ainsi découvert, grâce à vous, que Maurice Genevoix, faisait partie des auteurs favoris de notre président Macron, qui l’a « découvert lorsqu’il était jeune grâce à sa grand-mère »…
    Comme quoi, un document d’archive peut aussi nous ramener à l’actualité ! Plus ICI

    Et cette mention dans le journal « l’EST Républicain » :

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    Après une nuit à Verdun, le Président de la République doit se rendre pour une première halte aux Éparges (*) le 6 novembre au matin. Peut-être annoncera-t-il l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix.

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    Ceux de 14 (Sous Verdun, Nuits de guerre, La boue, Les Eparges), Jeanne Robelin, La joie, La mort de près - Préface de Jean-Jacques Becker ( Turtleback – 1998 )

    (*) LES EPARGES : le mot de l’éditeur
    1er août 1914 : la France décrète la mobilisation générale. Genevoix, brillant normalien qui n’a pas 24 ans, rejoint le 106e régiment d’infanterie. En janvier 1915, les troupes s’affrontent pour prendre la crête des Eparges. Pendant quatre longs mois d’horreur, le 106e défend la position, au prix d’un carnage. Sûr cette colline meurtrière, les combats se font au corps-à-corps, à la grenade, et sous le feu des obus. Immergés dans la boue. le sang, la mort, les fantassins tiennent. jour après jour, participant à l’une des batailles les plus meurtrières de la guerre. Chef-d’oeuvre littéraire et témoignage historique, Les Eparges constitue la dernière partie des carnets de Genevoix, d’abord publiés séparément entre 1916 et 1923, puis rassemblés en un seul volume sous le titre Ceux de 14. Cette oeuvre monumentale, le plus grand classique sur la guerre de 1914-1918, a été adaptée par Native à la télévision et diffusée à l’automne 2014 sur France 3.
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  • D.B. | 2 novembre 2018 - 12:47 4

    "Maurice Genevoix, non, ça ne mérite pas une balle dans la tête." Le président Macron lui préférerait une place au Panthéon... !