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Un isolé en absolu

D 15 mars 2006     A par andoar - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ne pas s’émerveiller, ne pas voir Lascaux, Homère, Virgile, Ovide, le David des psaumes, Dante, Goya, Holderlïn, Lautréamont, Rimbaud, Monet, Baudelaire, Cézanne, Rodin, Bacon, Picasso "être immobile en soi et se transmuer dans son image" revient au même. Là-dessus, rire du damné, solennité de l’embaumeur se confondent. Notre aveuglement à ce sujet est une complainte universelle.

Après la disparition de Barthes, de Ponge, de Bataille, de Derrida,
Sollers doit se sentir bien seul, se savoir bien mal entouré, en cette saison stupéfiante, remarquable de confort mais ivre de contraste.

Bien sûr, il s’est fait une mâne de la pensée, à mesure qu’elle se fait le phénomène intolérable d’une souveraineté et d’une tempérance envers le siècle. Le pacte des autorités, pliées dans le sens des cadavres, fait le supplice du solitaire, le lit et l’abat-jour du microcosme, pense par quelque simulacre libéré de sa raison, chante sous quelque heaume glacial. L’écrivain aurait à maintenir le sourire perpétuel là où toute rigueur est fauve et légifère( Là, je pense à Sollers). Par pitié, il réclame de l’humour.

Et puis je vous rappelle que celui qui reconnait que les chances que la poésie survienne à tous s’amenuisent à mesure qu’elles sont grossièrement sollicitées par l’ensemble, non plus par l’élu qui lui seul les portera dignement à l’ensemble ; celui-là, il lui appartient de partir au calme, vers la douceur avérée, prendre part immodérément à la dimension particulière de son âme. La "grosse guerre" de Sollers rapporte à peu près ceci : il y a du mortifère dans le dénigrement des évènements de la langue, tout autant qu’en la reléguation en la seule dimension extrême du religieux, du raffinement dans les moeurs, du maintien d’une certaine aristocratie, de l’érotisme... Tout cela est du même ordre, je veux dire absolument contraire au "tourbillon d’hilarité et d’horreur" où la rotation diaphane des carnassiers scande toujours la conversion à l’invisible. Une belle vie c’est une bonne vie nous dit Sollers.

Il n’est pas non plus homme à becquetter une larme aux bons cieux. Souvenez-vous (je m’adresse à ceux qui emploient leur catholicisme comme une machine-à-fuir) que le crucifix n’est apparu qu’au 10è siècle, avec les pestes. Auparavant, le Christ se tenait debout, contre l’arbre de vie. Il s’en souvient puisqu’il ne cherche pas des pleurs à l’endroit des fruits.

Triomphe de la roue, du progrès, des médecines ? Désormais, la confusion dans la langue est à craindre en premier, devant la douleur. Un autre fragment de savoir-vivre : l’idéal est la très petite compagnie, irrégulière, attentive, indispensable ; se contenter de quelques vieux amis...
Enfin, il demande : Est-ce ainsi que ces hommes meurent ? De ne pas jouir ? S’ils jouissent, c’est obscur, grégaire, ça ne transmet rien, ne se partage pas de proche en proche, ceux-là, s’ils conçoivent la beauté, c’est systématiquement humiliée par leur défiance à son égard ; par trop ils la défigurent en s’en détournant, ne la concevant pas autre qu’adversaire loyale. L’on déteste avec tant d’habileté l’image du bonheur !

andoar

Illustration : choix vk



L’aristocratie selon Monsieur Nietzsche, alias M.N. dans "une vie divine", le dernier Sollers :
« En réalité, nous retrouvons là, toujours elle, la plèbe, dont l’ennemi du genre humain et la rancune sacerdotale viscérale ont tôt fait d’orienter l’inlassable animosité. Une aristocratie apparaît, domine, édicte ses lois, impose ses goûts, et puis elle pâlit, elle s’effrite, succombe au milieu des mélanges. Et ça recommence.
Une nouvelle noblesse est nécessaire, pense M.N., une noblesse qui ne doive rien à la généalogie ni à la richesse. Une noblesse du tout petit nombre. Une noblesse d’esprit dans un monde sans esprit. »

Une vie divine,p.406.
cité sur le blog Etre vivant

vk

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