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Nietzsche et Voltaire

D 11 juillet 2019     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Auteur : Guillaume Métayer

Présentation

En 1878, à l’occasion du centenaire de la mort de Voltaire, Nietzsche lui dédie son dernier ouvrage, Humain, trop humain. Malgré cet hommage éclatant, la parenté des deux esprits a longtemps été négligée. C’est toute l’ambition de cet essai d’éclairer une rencontre essentielle de notre modernité.
Nietzsche et Voltaire : il s’agit d’une « lettre volée », aussi centrale qu’inaperçue, une de ces lettres qui établissent une filiation oubliée. Elle nous rappelle d’abord quel implacable combat avec l’oppression religieuse a été le foyer de nos libertés.
Le regard de Nietzsche nous rend l’audace de Voltaire. Dans ce détour créateur, Voltaire apparaît comme l’aboutissement d’une civilisation capable d’engendrer une indépendance d’esprit exceptionnelle dans l’histoire humaine. Par-delà un siècle de romantisme, Nietzsche renoue avec cette polémique contre l’obscurantisme et pourchasse le « fanatisme moral ». Son « Dionysos contre le Crucifié ! » prolonge la devise de Voltaire : « Écrasez l’Infâme ! ».
Ces Lumières retrouvées montrent que la liberté n’a pas seulement été une affaire d’État, peu à peu cristallisée dans la notion de laïcité, mais une affaire de philosophes. Une affaire de goût, de courage et d’humour.

Éditeur : Editions Flammarion, janvier 2011, 435 p., 22€.

Extrait de l’introduction

Avec l’oubli de Voltaire dont notre époque semble se réveiller lentement, ce qui est en jeu, c’est moins la patine qui nous obstruait les règles de son esthétique que la perte du sens de son oeuvre, c’est-à-dire notre perte de conscience de la manière dont a été refondée, par lui, sur des bases nouvelles et pourtant fidèles, la civilisation française et européenne. L’oubli de Voltaire aura été un symptôme d’effacement de valeurs fondatrices de notre collectivité européenne.

Nietzsche, au contraire, en plaçant son action dans la lignée de l’écrivain français, réaffirme cet héritage. Le signe le plus éclatant en fut la dédicace d’Humain, trop humain à Voltaire comme à « l’un des plus grands libérateurs de l’esprit". Dédier un tel livre de rupture et même excuser sa parution, comme le fait Nietzsche, au nom de l’hommage rendu à un grand prédécesseur, est un geste fort et éloquent.

Ce n’était pas là une simple provocation, mais le signe d’une véritable filiation que Nietzsche approfondit jusqu’à reconstituer la colonne vertébrale de l’Europe moderne : « Pétrarque, Érasme, Voltaire », selon ses propres termes. Son oeuvre veut reprendre et porter plus loin cette longue tradition de « libération de l’esprit » vis-à-vis des préjugés de la religion et de la métaphysique, qui s’est développée par étapes successives depuis la Renaissance. Il veut pousser plus loin l’effort d’une philologie qui a abouti à la libération de la morale religieuse. Si Pétrarque réveille l’humanisme antique afin de sortir l’Europe du « Moyen Âge », Érasme tente une réforme de l’ensemble de la vie de l’esprit » qui débouche sur l’intériorisation morale du christianisme. Voltaire ensuite mène la réforme jusqu’à la sortie du christianisme, tout en restant campé, avec le théisme, à la frontière du religieux. Nietzsche enfin, après lui, veut mener le combat plus loin, jusqu’à l’éradication de la « morale », afin de faire advenir une civilisation délestée des évaluations de ce qu’il nomme la « populace » et de ses relais sacerdotaux. Il s’agit donc d’un ultime geste de réforme de la civilisation dans le sens de la sortie du religieux et de son unité culturelle, pensée, comme toujours depuis la Renaissance, à l’aune du modèle antique. Car si le concept d’« esprit libre », directement emprunté au vocabulaire de Nietzsche, a été élaboré à l’aide du prototype voltairien, la notion de réforme y appartient aussi de plein droit. Il y a, à l’horizon de toute l’oeuvre de Nietzsche et de Voltaire, une destination à l’action : ces oeuvres tout sauf closes sont des maïeutiques, à grandes dimensions, de la civilisation des esprits libres.

La table des matières, des extraits en pdf, le livre numérique à feuilleter sur Eden Livres.

Lire aussi : Guillaume Métayer, Notes et documents un manuscrit du jeune Nietzsche sur Voltaire

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Guillaume Métayer avec Raphaël Enthoven le 17 janvier 2011

Crédit : Les nouveaux chemins

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Guillaume Métayer avec Philippe Raynaud et Alain Finkelkraut le 30 avril 2011

Crédit : Répliques

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Guillaume Métayer

Né en 1972. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm, promotion 1992), agrégé de lettres classiques et docteur en littérature française et comparée de l’Université Paris IV Sorbonne.
Chargé de Recherche de première classe au CNRS (depuis 2006), Responsable de l’équipe « Voltaire en son temps » au Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (Université de Paris Sorbonne-CNRS), membre du jury des « Chaires d’excellence » à l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) depuis 2004. Guillaume Métayer est également traducteur du hongrois.
A été conseiller en charge de la Langue française et langues de France, de la Culture scientifique et technique, des Célébrations nationales, des Etudes et des Discours au Cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, et en... a démissionné.

A.G.


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