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La littérature ou le nerf de la guerre

Entretien avec la Revue Etudes & lecture du New Yorker

D 18 janvier 2012     A par Viktor Kirtov - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans un entretien avec la revue Etudes, Philippe Sollers s’explique sur l’expérience littéraire, métaphysique et révolutionnaire de Tel Quel, puis de L’Infini. A travers les exemples de Saint-Simon, de Rimbaud et de Dante..., il rappelle que la littérature demeure le nerf de la guerre, parce qu’elle pose les questions fondamentales et dérangeantes de la naissance, de la mort, de l’éveil des sens et de la pensée, du surgissement du divin.

Cet article, initialement publié en janvier 2009, a été refondu et étendu en contrepoint, avec une curiosité : l’extrait d’un livre The Secret of Evil [1] par Roberto Bolaño, publié dans les colonnes du Washington Post, ce mois de janvier 2012. L’extrait commence par un commentaire de la photo du groupe Tel Quel vers 1977, qui tombe à point pour illustrer le climat de l’époque évoquée dans l’entretien d’Etudes, photo scrutée comme une scène de crime par un expert de la police scientifique, avant que l’auteur poursuive dans un grand délire... déjanté et surréaliste... Pour se désennuyer !

Entretien avec la revue Etudes

Arts et Littérature

Revue ÉTUDES

2008/5 - Tome 408
pages 649 à 661

Philippe Sollers : La littérature ou le nerf de la guerre

Entretien

Il commence par une introduction sur la littérature, que vous pourrez découvrir dans la version pdf, en fin d’article. Entrons immédiatement dans le vif du sujet, des thèmes récurrents que Sollers martèle, sans que le bruit du marteau ne nous réveille, et que l’on retrouve, en partie, dans son dernier livre L’Éclaircie. Annotations sociétales, petites touches de peinture en fond du tableau de son nouvel autoportrait.

L’Eclaircie : oeuvre dans la veine autofiction où l’écrivain se fait peintre dans la peau de Manet, Picasso et leurs modèles, les personnages principaux du livre — après le narrateur !
Ce qui n’est pas contre-indiqué pour un artiste. De belles pages agréables à lire et de beaux portraits dans ces pages :
- malgré quelques collages mal raccordés dans la deuxième moitié du livre — mais le plus souvent ces assemblages sont dignes de l’art de l’appareillage. [2]
- malgré un fil romanesque ténu,à éclipses, qui dans ses phases non éclairées, se fond dans l’ombre des tableaux aux couleurs vibrantes, même et surtout dans l’éclat du noir.
Au portrait de Lucie D., l’héroïne, ai préféré ceux des tableaux, plus incarnés, des femmes modèles et amantes de Manet et Picasso.

- Ce qui a détruit la littérature, selon vous, c’est la marchandisation.
Vous vous plaignez du fait que les gens,aujourd’hui, lisent un livre comme ils regardent un film. Est-ce une défaite pour la littérature ?

marchandisation

- C’est le fruit de la marchandisation américaine : les gens croient lire, en vérité ils voient déjà le film qui se déroule et ils sont très désorientés quand ils ne peuvent pas suivre la story, comme disent les Américains. Ils ouvrent Marcel Proust et ils veulent supprimer toutes les digressions... Comme disait Andy Warhol : « Acheter est très américain, mais pas penser. »

mort de la culture

Vous n’allez pas attendre d’un écrivain américain, sauf cas rares, comme Philip Roth, qu’il vous donne à penser. La « culture » ou la « littérature » sont désormais des mots piégés, parce que dessous se cachent des idéologies spectaculaires, comme dirait Guy Debord, qui a forgé ce concept de « spectacle ». C’est la raison pour laquelle, si je suis américain, du haut de Time, je vais dire que j’assiste à la mort de la culture française parce que je ne la vois pas, surtout là où elle est, c’est-à-dire là où elle pense. Donc, c’est un mort qui vous parle en ce moment, mais les morts sont très en danger ; c’est la raison pour laquelle il faut savoir les écouter, et comme ils sont plus vivants que la plupart des vivants... C’est un délice !

Variante dans L’Eclaircie :

« Jamais, dans un pays de plus en plus inculte, on n’a autant parlé de « culture ». Le remplissage des journaux et des magazines ne le cède en rien à l’animation culturelle constante. Théâtre, expositions, concerts, colloques, lectures à haute voix, projections de cinéma, commémorations, anniversaires. J’apprends, chaque mois, que je suis prévu, ici ou là, pour une performance ou une table ronde. Je pourrais passer mon temps, en train ou en avion, pour des destinations variées. Une fois votre nom archivé, vous recevez tous les programmes, qui viennent s’ajouter à la surproduction de livres qui n’auraient jamais dû exister. Seule explication : l’argent a horreur du vide, et s’emploie, à plein régime, à dissimuler un vide hurlant. Les galeries d’art et les vernissages pullulent, les concerts explosent, les biennales et les festivals ne se sont jamais aussi bien portés. La misère s’accroît ? L’activité culturelle augmente. Tous les professionnels vous le diront : pour le moindre petit truc organisé dans un coin, il y a un monde fou.
Raisonnons froidement : le moment viendra où chacun et chacune aura besoin de réapprendre des choses très simples, l’histoire, la géographie, le chant, le dessin, l’algèbre, la géométrie. La bonne littérature, la pensée auront un prestige considérable. Un lecteur pénétrant sera considéré comme un saint. »

la vie et la mort

Mon ami poète Marcelin Pleynet, avec lequel j’ai fondé Tel Quel et L’Infini, a eu une attaque cérébrale très grave ; il est resté paralysé entre la vie et la mort. Le médecin a fini par lui dire : « Vous êtes parmi les 10 % de la population que nous considérons comme des miraculés : 30 % meurent, 30 % deviennent des légumes grabataires, 30 % ont des séquelles graves ; il n’y a que 10 % qui récupèrent. » Alors, je lui ai demandé : « Quelle a été votre première impression dans la rue quand vous êtes sorti ? »
- Comprenez qu’il sort du néant ; les yeux ouverts, on ne voit rien, on n’entend rien. Il m’a dit : « La première impression ?
Tous ces gens qui se croient vivants... » C’est une expérience limite. Je crois qu’il faut passer par des expériences de ce genre, des expériences de l’illusion fondamentale, en tout cas, de ce que veulent nous faire avaler, comme dit Debord, « les salariés surmenés du vide »...

« On préfère oublier que Manet a peint un Christ mort, bizarrement assis, les yeux ouverts, entouré de deux anges. Ce tableau a choqué Courbet (des anges, des ailes, qu’est-ce que c’est que ça ?), et tous les laïcards de l’époque. »
Ph. Sollers, L’Eclaircie.

ou encore :

«  L’Exécution de Maximilien déstabilise à la fois les admirateurs de Goya, les dévots de la Commune, et l’armée dans son ensemble. C’est la première fois qu’on peint un silence de mort. La mort, maintenant, est à bout portant, elle s’administre, elle est humainement mécanique, sourde, muette, et le soldat qui, un peu en retrait, recharge son fusil n’exprime rien d’autre que son geste automatique ».
ditto

- Qu’est-ce qui se joue dans les années soixante, avec Tel Quel et les avant-gardes que vous incarnez ? Un horizon révolutionnaire ?

révolutionnaire

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- Ce mouvement s’est constitué à partir de ces questions :
« Qu’est-il permis de penser, qu’est-ce que la littérature peut donner à penser ? » Et c’est toujours un horizon révolutionnaire, métaphysique. Après l’extraordinaire catastrophe qui était encore en cours au XXe siècle, le déblayage qu’il y avait lieu de faire devait être accompli avec la plus extrême rigueur. Pour prendre un exemple, j’ouvre le Journal de Ernst Jünger pendant la guerre (les deux tomes paraissent actuellement en Pléiade), 14-18 et 39-48 : il lui paraît impossible que cela puisse durer. Il y a des moments où l’histoire s’écroule et où quelque chose d’autre surgit comme vision de l’histoire, ce que Heidegger appelle « l’historial »... ou ce que Nietzsche a appelé « l’histoire monumentale », dont on a parlé à Tel Quel tout de suite dans une sorte de reclassement de la Bibliothèque. Il fallait imposer la publication des oeuvres complètes d’auteurs que l’on considérait comme des marginaux - Artaud, Bataille, Ponge ; retraduire Dante. En 1965, je publie Dante et la traversée de l’écriture, ce qui était singulier à l’époque, car les Français ne connaissent pas Dante. Puis ce sera la Chine, et nous tenterons d’ouvrir l’horizon au maximum,pendant que l’Université éclate. Il s’agissait de rendre central tout ce qui était considéré comme marginal par l’académisme ; et l’académisme était aussi bien, pour employer des termes politiques, de droite que de gauche. C’était une entreprise métaphysique, littéraire en apparence, et révolutionnaire comme l’est d’ailleurs l’entreprise de L’Infini, même si nous vivons une autre époque. Au début des années 1960, on va vers une explosion sur des problèmes de société très précis. Une étincelle a mis le feu à la plaine.

Mais, contrairement à ce que certains disent aujourd’hui, Mai 68 a été une vraie révolution - réussissant de son échec même ; et ce n’est pas un hasard si c’est un spectre qui continue à rouler dans les têtes. On a beaucoup insisté sur la libération sexuelle. Moi, je n’ai jamais exploité cette expression. Il y avait simplement un archaïsme énorme qui devait sauter, un mensonge que j’ai appelé « Vichy-Moscou », et qui est toujours là de façon latente, car c’est la tragédie française depuis très longtemps. Il y a eu de grands bouleversements. C’est l’époque où il était impensable que Foucault, Barthes ou d’autres entrent au Collège de France. C’était un très gros tremblement de terre. Mai 68 a été fait par des gens très déterminés et très cultivés, qui avaient beaucoup lu ; cela a malheureusement disparu.

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Ce n’était pas des réactions de fièvre adolescentes. Vu de l’extérieur par l’adversaire permanent de toute pensée, 68 est un chapelet d’inepties (voir le discours de Bercy du Président de la République, ainsi que les ralliements invraisemblables de gens qui se sentent coupables d’y avoir participé pendant leur jeunesse). Les événements historiques doivent être pensés là où la pensée a été jaillissante ; et la libération sexuelle n’est qu’un des aspects — je dirais même un aspect secondaire — de Mai 68.

Tel Quel

Ce qui nous intéressait à Tel Quel, c’est, par le biais de la littérature, une réinvention de la liberté, une expérience des limites en tant qu’elle bouleverserait la société. D’où l’enquête sur le surréalisme, d’où la Chine - et, croyez-moi, il y aura plus que jamais la Chine... Toutes les références ont toujours été soigneusement pesées en fonction d’une stratégie.
Maintenant, tout cela semble acquis, mais, à mon avis, c’est le contraire. Nous traversons une époque de planétarisation de la technique, et dans les têtes il y a régression.

- Pourquoi cette régression ? Qu’est-ce qui vous paraît dévastateur ?

L’image

Vous faites partie d’une génération qui, aujourd’hui, ne sait plus lire, ni entendre, parce que vous êtes gavés par l’image. C’est la dictature, le gavage spectaculaire que vous subissez ! Nous luttons contre un adversaire, le Cyclope, la caméra de surveillance ou la caméra pornographique, qui veut évacuer, numériser ou chiffrer les corps. Pourquoi cette prédominance du regard ? Il faut savoir écouter, avant. Une femme, j’écoute sa voix, et si l’on sait écouter, il se passe des choses intéressantes (rires). Le corps le plus beau peut être démenti par une voix affreuse, alors qu’une voix mélodieuse peut se loger dans un corps qui n’est pas si extraordinaire.

« Aucun doute, Lucie, au Moyen Âge, aurait vite été repérée et brûlée comme sorcière. Aujourd’hui, elle a les moyens de passer inaperçue, pas de photos, pas de confidences, l’aisance et la discrétion mêmes. Le Dieu social et son Diable sont très occupés, leur imagination est bornée, ils n’ont que faire de cette histoire d’amour à dormir debout. Elle ne peut pas exister, le fisc, la police et la presse people n’ont pas à sévir. Pour ces fonctionnaires, un acte d’écrivain n’est rien. Pas d’images, donc rien.  »
ditto

les cinq sens

Ce qui est dévastateur, c’est que l’oeil soit précisément l’organe le plus sollicité aux dépens de tous les autres sens, alors qu’un corps humain est une aventure permanente des cinq sens : le goût, le toucher, l’ouïe, l’odorat, la vue.

« Une branche d’iris, une pivoine, un bouquet de violettes, une châtaigne, un citron, un jambon, un saumon, une huître, un couteau, un éventail, on comprend sa stratégie : convoquer tous les sens à la fois, capter le regard, évoquer l’air, déclencher l’envie de toucher, laisser entendre le bruit des couverts, donner à sentir le parfum, faire venir l’eau à la bouche. Dessin, couleurs, envoi : tout mon corps est là.

S’il [Manet] a besoin de femmes, n’importe laquelle, c’est bien qu’elles sont porteuses de toutes ces sensations à la fois. Les hommes pérorent, les femmes sentent, même si elles n’en sont pas conscientes. »
ditto

poésie

Comme le montre mon détour par Rimbaud, les cinq sens peuvent marcher ensemble, et c’est cela la poésie. Or, l’éradication de la poésie, c’est-à-dire de la liberté ou de l’amour, de l’érotisme, qui est le contraire de la marchandisation des corps à laquelle nous assistons, est prévue au programme. La laideur programmée qui s’empare de la marchandisation sexuelle est le contraire de la liberté et de la poésie.

« Un film, malgré tous ses artifices, souffre de la peinture, comme un roman souffre de la poésie. Les images regrettent la main, elles ont mal aux objets, aux paysages, aux corps. Les phrases d’un roman rêvent d’être apprises par c ?ur, comme un poème. »
ditto

XVIIIe

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Si vous voulez vous en persuader, ce n’est pas du chinois cette fois-ci, c’est en langue française : prenez les libertins du XVIIIe siècle (deux volumes dans la Pléiade), ils s’appellent souvent Anonymes... Vous avez une effervescence de la langue qui s’allume au contact de ce qu’on appelle la sexualité, c’est prodigieux ! Mais les Français ne veulent rien entendre, ils sont punis par eux-mêmes, et ils continuent de l’être dans leur culpabilité profonde. Casanova est l’un des plus grands écrivains de langue française... Depuis des années, je dis qu’il faut inscrire Casanova au programme, à côté de Voltaire, Laclos, Rousseau, ce qui semble impossible ; je crie dans le désert.

gallicane (Eglise)

Qu’est-ce qui s’est passé avec les Français ? Ils sont les seuls à avoir un problème identitaire, religieux, aussi violent. Autrement dit, qu’est-ce que l’Eglise gallicane ? C’est l’histoire extravagante du devenir d’une Eglise qui n’ose pas être protestante. Elle se dit catholique sans l’être vraiment, car c’est du protestantisme larvé. Tout commence avec la déclaration au clergé de France de Bossuet, en 1683, et la suite est une confusion totale. Je suis catholique en Italie, pas en France. Lisez donc enfin Joseph de Maistre, que Baudelaire admirait

« Il ["Ferdinand Verbiest (1623-1688), un jésuite ahurissant et génial".] reçoit les félicitations du pape Innocent XI, un bienheureux celui-là, qui a eu de vifs démêlés avec Louis XIV au sujet de la régale (sinistre histoire d’argent qui affaiblira beaucoup l’Église de France, obligée de devenir de plus en plus « gallicane », c’est-à-dire, au fil du temps, n’importe quoi. »
ditto

- C’est pour cela que vous êtes un des rares écrivains français à vous intéresser à Dante, que vous considérez comme « un diamant de l’art catholique » ?

la musique-que-j’aime

- Dante est sans aucun doute un grand génie catholique. Je l’ai lu très tôt, j’ai été saisi par le texte, par sa vision, par son rythme. La langue italienne me passionne, parce qu’elle ouvre sur la musique. Pour comprendre le mal français, il faut dire ce qui est arrivé à la musique, c’est-à-dire le fait que la langue ne va pas bien avec la musique. Vous avez de la musique sublime en italien, en allemand, en anglais ; avec le français, tout paraît maniéré. « La musique savante manque à notre désir », dit Rimbaud, qui est musical comme peu de poètes l’auront été.

la Vierge

Dante ne me quitte pas. Par exemple, le Chant 33 du Paradis  :

Vergine Madre, figlia del tuo figlio,
umile e alta piú che creatura,
termine fisso d’etterno consiglio,
tu se’ colei che l’umana natura
nobilitasti sí, che ?l suo fattore
non disdegnò di farsi sua fattura.

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[Vierge mère, fille de ton fils,
humble et haute plus que créature,
terme arrêté d’un éternel conseil,
tu es celle qui as tant annobli
notre nature humaine, que son créateur
daigna se faire sa créature.]

Nous pouvons revenir toutes les semaines, tous les jours, sur la signification de ce vers : « Vierge mère, fille de ton fils ». Qu’est-ce que cela veut dire, une mère vierge qui devient la fille de son fils ? Il faut oser se poser ce genre de question ! Je demande à tout fils de devenir le père de sa mère, bonne chance ! L’écho inversé de Dante, vous l’avez chez Baudelaire dans Bénédiction  : « Puisque tu m’as choisie entre toutes femmes, pour être le dégoût de mon triste mari [...] Lorsque par un décret des puissances suprêmes, le poète apparaît dans ce monde ennuyé... » Pourquoi, lorsque le poète moderne apparaît dans ce monde ennuyé [3] sa mère est-elle épouvantée ? Il s’est passé beaucoup de choses depuis Dante ! Toute mère verrait dans la naissance du poète un blasphème épouvantable. Pour débrouiller cette question, il faut avoir un certain savoir sexuel, je dis bien savoir, pas obsession, il faut s’y connaître un peu. Lacan parlait au milieu d’une surdité générale. Toutes ces questions sont fondamentales : : la naissance, la mort, le corps humain, l’utilisation de ses sens, etc. La société n’aime pas beaucoup que l’on se pose ces questions. Avec Tel Quel, puis L’Infini, le but a été de reposer toutes ces questions fondamentales [4].

guerre

- La métaphore de la guerre traverse toute votre oeuvre. Elle est présente dans vos titres, La Guerre du goût, Guerres secrètes, vos thèmes, la guerre des sexes, la stratégie chinoise... Sollers serait-il en guerre ? Et contre quoi ?

- Je suis en guerre contre tout, famille, société... C’est pour cela que j’ai aussi intitulé mon film sur Guy Debord Une étrange guerre. Debord est l’exemple d’un grand général qui a perdu sa guerre. Il a gagné son échec. C’est énorme ! Mais nous ne sommes pas là pour perdre la guerre que nous menons, il faut la gagner. Et gagner la guerre, cela consiste à faire plusieurs choses à la fois, à avoir des identités multiples, à mener le combat contre l’Adversaire, le diable si vous voulez...

spirituel

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_ Le combat est spirituel : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes », écrit Rimbaud. Qu’est-ce que le combat spirituel ? Combien de divisions ? Il faut être un peu éveillé sur les questions de stratégie... Les guerres m’intéressent beaucoup, notamment les deux dernières guerres mondiales, mais aussi l’état dans lequel nous nous trouvons, c’est-à-dire la guerre permanente. Rimbaud a raison, la guerre spirituelle est extrêmement brutale. C’est un exercice où le système nerveux est convoqué tout entier et qui demande beaucoup de rationalité.
Il faut étudier ce qu’est la défensive. Les meilleurs stratèges de guerre sont indubitablement grecs et chinois. Dans Guerres secrètes, je m’intéresse à la figure guerrière d’Ulysse. Je m’interroge sur le sens de sa guerre solitaire, contre un dieu, Poséidon ; et pourquoi il est aidé par une déesse, Athéna.

déesses

Je trouve que les déesses manquent de nos jours... Les rapports d’Ulysse avec les femmes sont très passionnants, à commencer par Hélène, dont personne n’a déchiffré le rapport très étroit qu’elle entretenait avec Ulysse. Homère est bien sûr très pudique à ce sujet, mais enfin, nous comprenons. Calypso, Circé, Nausicaa, Athéna, il y a du monde au féminin dans cette affaire... Et puis il y a la grande pensée chinoise de la guerre, qui n’est d’ailleurs jamais distincte des autres activités : la médecine, l’amour.

guerre

La guerre est partout, alors que, occidentalement parlant, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens (Clausewitz). En Chine, la guerre est la continuation de la nature par d’autres moyens. Mao a été un grand criminel, soit, mais aussi un remarquable stratège dans la plus pure tradition chinoise. La métaphysique et la guerre, c’est pareil, lisez Sunzi.

Dans nos vies, nous comprenons, dès l’enfance, que si nous voulons être libres, nous sommes en guerre, plus ou moins. Dans la plupart des cas, les enfants sont tout de suite ravagés par des parents infernaux, des mères dévastatrices...
J’ai écrit comment j’ai vécu, en créant des possibilités de prendre la tangente...

- Le combat n’est jamais frontal ?

- Jamais d’affrontements ! Regardez les Américains en Iraq, ils se trompent ! C’était la même chose au Vietnam, et ils recommencent la même erreur ! Le modèle neuf, c’est la guérilla, ce n’est pas la guerre au sens de choc frontal, de la concentration de gros moyens.

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Il faut lire Penser la guerre de Raymond Aron : Staline et Hitler étaient mauvais comme stratèges ; quand ils prenaient eux-mêmes des initiatives, cela coûtait des millions de morts. L’un des plus grands stratèges, c’est Lawrence. J’ai publié, dans L’Infini, un texte qu’il a écrit sur la guérilla, c’est prodigieux d’intelligence : c’est une guerre contre les Turcs qui se déplacent et qui cherchent l’affrontement dans le désert ; la stratégie, c’est de traiter le désert comme si l’on était sur l’océan : vous faites du désert une masse liquide, vous attaquez, vous vous repliez, vous attaquez, vous vous repliez, sans cesse. Jamais de combats frontaux ! La formule de Lawrence est magnifique : « Vous allez forcer l’adversaire à manger sa soupe avec un couteau. » Ce qui va l’user moralement de façon terrible.

Dans la vie, les opérations de guérilla sont incessantes : j’ai donné mon emploi du temps à Paris [5], c’est à ciel ouvert. Mais personne n’y fait attention ; et on relève que j’ai écrit dans tel journal, que je vais à la télévision ou à la radio, que je suis un parrain ici, que j’ai une influence considérable là, que je dirige les éditions Gallimard, que je distribue les prix à tout le monde...

- Vous attaquez du centre, et on vous reproche souvent cela...

- Le coup du poète maudit qui a payé de son corps, c’est l’hommage du vice à la vertu. Je ne suis pas là pour faire le martyr. Le martyr n’est une preuve de rien du tout. C’est de la morale, donc cela ne m’intéresse pas.

l’enfer

Vous connaissez le palindrome utilisé par Guy Debord : In girum imus nocte et consumimur igni (« Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu »). C’est un vers qui montre l’enfer, mais l’enfer seulement, et il n’y a pas que l’enfer. L’enfer est un passage, tous les auteurs dont nous parlons l’ont traversé...

Lisez Une saison en enfer. L’enfer était éternel ; avec Rimbaud, il n’existe plus qu’une saison et un regard sur le passé. Je ne tourne pas en rond dans la nuit, je ne suis pas consumé par le feu, mon intention n’est nullement tragique. En revanche, je veux bien être condamné par un tribunal français pour avoir publié la conférence d’Artaud au Vieux-Colombier. Je suis contre le fait que les grandes aventures de la pensée soient cataloguées comme ayant été des échecs sociaux. Oui, j’attaque donc du coeur ; qu’est-ce que vous croyez que je fais là, chez Gallimard ? C’est facile à déchiffrer. Ce qui est extatique quand vous avez affaire à l’Adversaire, c’est qu’il est facile à troubler !

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Je me sers de cette identité visible, et pendant ce temps-là, vous vous souvenez de Zorro (rires), tout se passe ailleurs, dans une autre dimension...

- L’adversaire n’est-il pas parfois en soi-même ?

- C’est ce que prétendent les musulmans ! La guerre sainte, elle est d’abord contre soi-même ! Je crois que l’on perd là beaucoup de temps... La guerre contre soi-même est en réalité masochiste. C’est du puritanisme. Si, en plus, il fallait que je me batte contre moi-même, quelle barbe !
Ne faites pas la guerre pour être battu ! Article 1. Sinon, ne faites pas la guerre, restez à l’arrière ! Il faut un discernement des esprits. Ce qui est surprenant, c’est que l’on trouve sur sa route des gens qui veulent bien faire la guerre et qui la font, des gens qui s’y brûlent aussi ! Enfin, pas toujours... Il faudrait arriver à être douze. Donnez-moi douze personnes et je déplacerai des montagnes [6] ! Pas de communautés surtout : « Rien pour la société, tout pour nous ! », c’était un des titres de L’Infini qui a fait scandale ! Individu, communauté : ce sont des mots sociaux, pas des mots de guerre ; parlez-moi plutôt de commandos ou d’espionnage. L’individualisme ne mène à rien, les communautés non plus.

- Comme se déroule le passage de la manière grecque de faire la guerre à la manière chinoise (« vaincre dans une totale économie de forces ») ?

chinois (Art de la guerre)

- En termes chinois, une fois qu’une bataille commence, elle est gagnée ou perdue, c’est déjà la fin. La guerre se passe très en amont, de façon très invisible, il y a tout un district de signes, c’est presque de l’embryologie... C’est l’adversaire qui vous donne la victoire, ce n’est pas vous qui la remportez, c’est lui qui vient vous l’offrir...
C’est très vrai, vous avez fait travailler l’adversaire pour votre compte à son insu ! Cela est très chinois ! Jamais personne ne va se prévaloir du moindre succès. Il n’y a pas d’héroïsme chez les Chinois, pas d’individus susceptibles de donner prise à la subjectivation. Nous sommes loin des parades viriles. La défensive est la chose principale, à travers des transformations.

Vous êtes sensible, très tôt ou pas, avec votre poésie et votre physiologie, au fait que vous êtes sur la défensive, que l’on veut tout le temps vous imposer des clichés, des préjugés.

libre

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Dans toute communauté, vous voyez une offense personnelle, et vous avez raison ! Du moins, c’est ma guerre, telle que je la conçois. Vous pouvez me traiter d’écrivain. C’est vrai qu’à force, j’ai écrit un certain nombre de volumes ! Pour les écrire librement, il faut mener cette guerre-là. Elle consiste à rester libre. Personne ne va venir au-dessus de mon épaule pour voir ce que j’écris, personne ne va me dire qu’il faudrait supprimer ceci ou faire attention à cela. Quand j’écris, personne n’a le droit de se mêler de mes affaires. Quand j’écris, c’est-à-dire tout le temps ! Je dîne un soir à côté de la fille de Georges Bataille, Laurence, qui était psychanalyste, et je lui fais part de l’admiration que j’éprouve pour son père. Elle se rembrunit : « Quand on écrit, on devrait faire attention à sa progéniture. » C’est extravagant comme propos ! Si j’avais dû faire attention à mes proches pour écrire ! L’impudeur, ce serait bien sûr une faute de goût ! Mais enfin, je n’ai pas eu une existence édifiante, c’est un des points fondamentaux de mon affaire, c’est très difficile de m’idéaliser sur ce plan-là.
C’est important, surtout quand nous entrons dans une époque de conformisme, de régression puritaine, comme c’est le cas. Voilà, je suis peu religieux dans ce sens-là !

le divin

- Vous êtes peu religieux, mais vous êtes cependant sensible, au « surgissement du divin » ?

- Mais l’être religieux n’est pas forcément sensible au surgissement du divin ! Le divin surgit, et a pour conséquence de n’être pas reconnu ! Le divin, c’est la vie elle-même. La vie existe là où le divin est présent.
Comme le dit mon ami Pleynet : « Les gens se croient vivants, ils ne le sont pas. » Ils n’ont pas le divin avec eux. Ils n’ont pas d’expérience du divin.
Mais, alors, à quoi se raccrochent-ils ? Je ne sais pas ! A des magistères... Relisez les saints ! Ils sont très intéressants. Vous aurez bientôt un chef-d’oeuvre de Julia Kristeva sur sainte Thérèse d’Avila, c’est d’une actualité brûlante... Tout cela ne demande qu’à vivre, puisque ce n’est pas mort. Ce sont les vivants qui sont morts ; enfin, ils font semblant d’exister.
Thérèse d’Avila, sainte et docteur de l’Eglise, elle, est extraordinaire : elle écrit, elle roule ses confesseurs dans la farine... Mais la difficulté, c’est d’avoir un saint français présentable que vous pourriez prier dans votre langue ! Citez-moi un nom de saint français ?

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- Thérèse de Lisieux, saint Vincent de Paul...

- Vous auriez pu citer plutôt saint Bernard. Mais enfin, les grands saints sont italiens ou espagnols : saint Dominique, saint François d’Assise, saint Bonaventure, saint Ignace de Loyola - quel fou magnifique celui-là, il n’arrête pas de pleurer ! Ils pleurent beaucoup ces gens-là ! Ils ont des extases !
Les Français n’ont pas le sens de ce catholicisme fondamental. Je n’entre presque jamais dans une église en France. A quoi bon ? Alors qu’en Italie ! Michel-Ange, Le Bernin... Ce n’est pas puritain ! « Vous comprenez, me disait Mauriac, quand j’étais à Stockholm pour recevoir mon prix Nobel, ils m’ont amené dans les temples protestants. Vous savez, il n’y a pas la petite lumière, la présence réelle, la petite lumière rouge, alors on a l’impression que ces gens n’ont pas d’âme. »
La présence réelle ! C’est le sujet même de la littérature, celui de notre vie, ici, maintenant, et de toute éternité.

Philippe Sollers

Propos recueillis par
Nathalie Sarthou-Lajus
et Vincent Sarthou-Lajus

La version intégrale


LABYRINTH

by Roberto Bolaño

January 17, 2012

The New Yorker has published an excerpt from The Secret of Evil, the latest posthumous offering from Roberto Bolaño (new this spring from New Directions). The excerpt begins by extrapolating on a photo of some of the Tel Quel folks, (including a striking Julia Kristeva) :

FICTION

LES PERSONNAGES

They’re seated. They’re looking at the camera. They are captioned, from left to right : J. Henric, J.-J. Goux, Ph. Sollers, J. Kristeva, M.-Th. Réveillé, P. Guyotat, C. Devade, and M. Devade.
There’s no photo credit.

They’re sitting around a table. It’s an ordinary table, made of wood, perhaps, or plastic, it could even be a marble table on metal legs, but nothing could be less germane to my purpose than to give an exhaustive description of it. The table is a table that is large enough to seat the above-mentioned individuals and it’s in a café. Or appears to be. Let’s suppose, for the moment, that it’s in a café.

The eight people who appear in the photo, who are posing for the photo, are fanned out around one side of the table in a crescent or a kind of opened-out horseshoe, so that each of them can be seen clearly and completely. In other words, no one is facing away from the camera. In front of them, or rather between them and the photographer (and this is slightly strange), there are three plants-a rhododendron, a ficus, and an everlasting-rising from a planter, which may serve, but this is speculation, as a barrier between two distinct sections of the café.

The photo was probably taken in 1977 or thereabouts.

Jacques Henric

But let us return to the figures. On the left-hand side we have, as I said, J. Henric, that is, the writer Jacques Henric, born in 1938 and the author of “Archées,” “Artaud Travaillé par la Chine,” and “Chasses.” Henric is a solidly built man, broad-shouldered, muscular-looking, probably not very tall. He’s wearing a plaid shirt with the sleeves rolled halfway up his forearms. He’s not what you would call a handsome man ; he has the square face of a farmer or a construction worker, thick eyebrows, and a dark chin, one of those chins which need to be shaved twice a day (or so some people claim). His legs are crossed and his hands are clasped over his knee.

J.-J. Goux

Next to him is J.-J. Goux. About J.-J. Goux I know nothing. He’s probably called Jean-Jacques, but in this story, for the sake of convenience, I’ll continue to use his initials. J.-J. Goux is young and blond. He’s wearing glasses. There’s nothing especially attractive about his features (although, compared with Henric, he looks not only more handsome but also more intelligent). The line of his jaw is symmetrical and his lips are full, the lower lip slightly thicker than the upper. He’s wearing a turtleneck sweater and a dark leather jacket.

Philippe Sollers

Beside J.-J. is Ph. Sollers, Philippe Sollers, born in 1936, the editor of Tel Quel, author of “Drame,” “Nombres,” and “Paradis,” a public figure familiar to everyone. Sollers has his arms crossed, the left arm resting on the surface of the table, the right arm resting on the left (and his right hand indolently cupping the elbow of his left arm). His face is round. It would be an exaggeration to say that it’s the face of a fat man, but it probably will be in a few years’ time : it’s the face of a man who enjoys a good meal. An ironic, intelligent smile is hovering about his lips. His eyes, which are much livelier than those of Henric or J.-J., and smaller, too, remain fixed on the camera, and the bags underneath them help to give his round face a look that is at once preoccupied, perky, and playful. Like J.-J., he’s wearing a turtleneck sweater, though the sweater that Sollers is wearing is white, dazzlingly white, while J.-J.’s is probably yellow or light green. Over the sweater Sollers is wearing a garment that appears at first glance to be a dark-colored leather jacket, though it could be made of a lighter material, possibly suède. He’s the only one who’s smoking.

Julia Kristeva

Beside Sollers is J. Kristeva, Julia Kristeva, the Bulgarian semiologist, his wife. She is the author of “La Traversée des Signes,” “Pouvoirs de l’Horreur,” and “Le Langage, Cet Inconnu.” She’s slim, with prominent cheekbones, black hair parted in the middle and gathered into a bun at the back. Her eyes are dark and lively, as lively as those of Sollers, although there are differences : in addition to being larger, they transmit a certain hospitable warmth (that is, a certain serenity) which is absent from her husband’s eyes. She’s wearing a turtleneck sweater, which is very close-fitting, though the collar is loose, and a long V-shaped necklace that accentuates the form of her torso. At first glance she could almost be Vietnamese. Except that her breasts, it seems, are larger than those of the average Vietnamese woman. Hers is the only smile that allows us a glimpse of teeth.

Marie-Thérèse Réveillé

Beside la Kristeva is M.-Th. Réveillé. About her, too, I know nothing. She’s probably called Marie-Thérèse. Let’s suppose that she is. Marie-Thérèse, then, is the first person so far not to be wearing a turtleneck sweater. Henric isn’t, either, actually, but his neck is short (he barely has one at all), while Marie-Thérèse Réveillé, by contrast, has a neck that is long and entirely revealed by the dark garment she is wearing. Her hair is straight and long, with a center part, light brown in color, or perhaps honey blond. Thanks to the slight leftward turn of her face, a pearl can be seen suspended from her ear, like a stray satellite.

Pierre Guyotat

Next to Marie-Thérèse Réveillé is P. Guyotat, that is, Pierre Guyotat, born in 1940, the author of “Tombeau pour Cinq Cent Mille Soldats,” “Éden, Éden, Éden,” and “Prostitution.” Guyotat is bald. That’s his most striking characteristic. He’s also the handsomest man in the group. His bald head is radiant, his skull capacious, and the black hair at his temples resembles nothing so much as the laurel leaves that used to wreathe the heads of victorious Roman generals. Neither shrinking away nor striking a pose, he has the expression of a man who travels by night. He’s wearing a leather jacket, a shirt, and a T-shirt. The T-shirt (but here there must be some mistake) is white with black horizontal stripes and a thicker black stripe around the neck, like something a child might wear, or a Soviet parachutist. His eyebrows are narrow and definite. They mark the border between his immense forehead and a face that is wavering between concentration and indifference. The eyes are inquisitive, but perhaps they give a false impression. His lips are pressed together in a way that may not be deliberate.

C. Devade

Next to Guyotat is C. Devade. Caroline ? Carole ? Carla ? Colette ? Claudine ? We’ll never know. Let’s say, for the sake of convenience, that she’s called Carla Devade. She could well be the youngest member of the group. Her hair is short, without bangs, and although the photo is in black-and-white, it’s reasonable to suppose that her skin has an olive tone, suggesting a Mediterranean background. Maybe Carla Devade is from the South of France, or Catalonia, or Italy. Only Julia Kristeva is as dark, but Kristeva’s skin-perhaps it’s a trick of the light-has a metallic, bronzelike quality, while Carla Devade’s is silky and yielding. She is wearing a dark sweater with a round neck, and a blouse. Her lips and her eyes betray more than a hint of a smile : a sign of recognition, perhaps.

Marc Devade

Next to Carla Devade is M. Devade. This is presumably the writer Marc Devade, who was still a member of Tel Quels editorial committee. His relationship with Carla Devade is obvious : man and wife. Could they be brother and sister ? Possibly, but the physical dissimilarities are numerous. Marc Devade (I find it hard to call him Marc, I would have preferred to translate that “M” into Marcel or Max) is blond, chubby-cheeked, and has very light eyes. So it makes more sense to presume that they are man and wife. Just to be different, Devade is wearing a turtleneck sweater, like J.-J. Goux, Sollers, and Kristeva, and a dark jacket. His eyes are large and beautiful, and his mouth is decisive. His hair, as I said, is blond ; it’s long (longer than that of the other men) and elegantly combed back. His forehead is broad and perhaps slightly bulging. And he has, although this may be an illusion produced by the graininess of the image, a dimple in his chin. How many of them are looking directly at the photographer ? Only a few : J.-J. Goux, Sollers, and Marc Devade. Marie-Thérèse Réveillé and Carla Devade are looking away to the left, past Henric. Guyotat’s gaze is angled slightly to the right, fixed on a point a yard or two from the photographer. And Kristeva, whose gaze is the strangest of all, appears to be looking straight at the camera, but in fact she’s looking at the photographer’s stomach, or, to be more precise, into the empty space beside his hip.

HERCULE POIROT ENQUÊTE

The photo was taken in winter or autumn, or maybe at the beginning of spring, but certainly not in summer. Who are the most warmly dressed ? J.-J. Goux, Sollers, and Marc Devade, without question : they’re wearing jackets over their turtleneck sweaters, and thick jackets, too, from the look of them, especially J.-J.’s and Devade’s. Kristeva is a case apart : her turtleneck sweater is light, more elegant than practical, and she’s not wearing anything over it. Then we have Guyotat. He might be as warmly dressed as the four I’ve already mentioned. He doesn’t seem to be, but he’s the only one wearing three layers : the black leather jacket, the shirt, and the striped T-shirt. You could imagine him wearing those clothes even if the photo had been taken in summer. It’s quite possible. All we can say for sure is that Guyotat is dressed as if he were on his way somewhere else. As for Carla Devade, she’s in between. Her blouse, whose collar is showing over the top of her sweater, looks soft and warm ; the sweater itself is casual, but of good quality, neither very heavy nor very light. Finally, we have Jacques Henric and Marie-Thérèse Réveillé. Henric is clearly not a man who feels the cold, although his Canadian lumberjack’s shirt looks warm enough. And the least warmly dressed of all is Marie-Thérèse Réveillé. Under her light, knitted V-neck sweater there are only her breasts, cupped by a black or white bra.

All of them, more or less warmly dressed, captured by the camera at that moment in 1977 or thereabouts, are friends, and some of them are lovers, too. For a start, Sollers and Kristeva, obviously, and the two Devades, Marc and Carla. Those, we might say, are the stable couples. And yet there are certain features of the photo (something about the arrangement of the objects, the petrified, musical rhododendron, two of its leaves invading the space of the ficus like clouds within a cloud, the grass growing in the planter, which looks more like fire than grass, the everlasting leaning whimsically to the left, the glasses in the center of the table, well away from the edges, except for Kristeva’s, as if the other members of the group were worried they might fall) that suggest a more complex and subtle web of relations among these men and women.

HERCULE POIROT PART EN VRILLE

Laissons Hercule Poirot délirer... Imaginons par exemple qu’un des personnages de la photo manque, sa place sur la photo est momentanément vacante. Qu’est-ce qu’il peut faire ?

[...]

Let’s imagine , for example, Let’s suppose that the person who didn’t come was Jacques Henric. While Ph. Sollers was waiting for him, Henric was riding a 250-cc Honda motorcycle to the entrance of the apartment building where the Devades live. But no. That’s impossible. Let’s imagine that Henric simply climbed onto his Honda and rode off into a vaguely literary, vaguely unstable Paris, and that his absence on this occasion is strategic, as amorous absences nearly always are.

So let’s set up the couples again. Carla Devade and Marc Devade. Sollers and Kristeva. J.-J. Goux and Jacques Henric. Marie-Thérèse Réveillé and Pierre Guyotat. And let’s set up the night. [...] Sollers is shut up in his study, writing (pinkly snug and warm inside his turtleneck sweater). Julia Kristeva is at the university. Marie-Thérèse Réveillé is walking along Avenue de Friedland near the intersection with Rue Balzac, the headlights of the cars shining in her face. Guyotat is in a bar on Rue Lacépède, near the Jardin des Plantes, drinking with some friends. Carla Devade is in her apartment, sitting on a chair in the kitchen, doing nothing. Marc Devade is at the Tel Quel office, speaking politely on the phone to one of the poets he most admires and hates. Soon Sollers and Kristeva will be together, reading after dinner. They will not make love tonight. Soon Marie-Thérèse Réveillé and Guyotat will be together in bed, and he will sodomize her. They will fall asleep at five in the morning, after exchanging a few words in the bathroom.

[...]

Soon Jacques Henric will go down to the underground parking garage and climb onto his Honda and venture out into the cold streets of Paris, becoming cold himself, a man who shapes his own destiny, and knows, or at least believes, that he is lucky. He will be the only member of the group to see the day dawning and the disastrous retreat of the night wanderers, each an enigmatic letter in an imaginary alphabet. Soon J.-J. Goux, who was the first to fall asleep, will have a dream in which a photo will appear, and he’ll hear a voice warning him of the Devil’s presence and of hapless death. He’ll wake with a start from this dream or auditory nightmare and won’t be able to get back to sleep for the rest of the night.

Day breaks and the photo is illuminated once again. Marie-Thérèse Réveillé and Carla Devade look off to the left, at an object beyond Henric’s muscular shoulders. There is recognition or acceptance in Carla’s gaze : that much is clear from her half smile and gentle eyes. Marie-Thérèse, however, has a penetrating gaze : her lips are slightly open, as if she were having difficulty breathing, and her eyes are trying to fix on (trying, unsuccessfully, to nail) the object of her attention, which is presumably moving. The women are looking in the same direction, but it’s clear that they have quite different emotional reactions to whatever it is they are seeing. Carla’s gentleness may be conditioned by ignorance. Marie-Thérèse’s insecurity, her defensive yet inquisitorial glare, may result from the sudden stripping away of various layers of experience.

[...]

...Guyotat will go to see a film by Jacques Rivette ; Julia Kristeva will stay up late reading ; Philippe Sollers will stay up late writing, and he and his wife will barely exchange a word, shut away in their respective studies ; Jacques Henric will sit down at his typewriter, but nothing will occur to him, so after twenty minutes he’ll put on his leather jacket and his boots and go down to the underground parking garage and look for his Honda ; for some reason the lights in the garage don’t seem to be working, but Henric can remember where he left his bike, so he walks in the dark, in the belly of that whale-like garage, without fear or apprehension of any kind, until about halfway there he hears an unusual noise (not a knocking in the pipes or the sound of a car door opening or closing) and he stops, without really understanding why, and listens, but the noise is not repeated, and now the silence is absolute.

And then the night ends (or a small part of the night, at least, a manageable part) and light wraps the photo like a bandage on fire, and there he is again, Pierre Guyotat, almost a familiar presence now, with his powerful, shiny bald head and his leather jacket, the jacket of an anarchist or a commissar from the Spanish Civil War, and his sidelong gaze, veering off to the right, as if into the space behind the photographer, as if directed at someone near or at the bar, perhaps, standing or sitting on a stool, someone whose back is turned to Guyotat and whose face is invisible to him unless, and this is not unlikely, there is a mirror behind the bar. It may be a woman. A young woman, perhaps. Guyotat looks at her reflection in the mirror and looks at the back of her neck. His gaze, however, is far less intense than the gaze of this woman, which is plumbing an abyss. Here we can reasonably conclude that, while Guyotat is looking at a stranger, Marie-Thérèse and Carla are looking at a man they know, although, as is usually (or, in fact, inevitably) the case, their perceptions of him are entirely different.

[...]

It’s the end of the workday. The secretary has already gone home, and when the bell rings it’s Marc Devade who opens the door and lets the visitor in without meeting his eye. The Central American crosses the threshold and follows Marc Devade to an office at the end of the corridor. He leaves a trail of drops on the wooden floor behind him, although it stopped raining quite some time ago. Devade is, of course, oblivious of this detail ; he walks ahead, talking about something or other-the weather, money, chores-with that elegance that only certain Frenchmen seem to possess. In the office, which is spacious and contains a desk, several chairs, two armchairs, and shelves full of books and magazines, Sollers is waiting, and as soon as the introductions are over the Central American hails him as a genius, one of the century’s most brilliant minds, a compliment that would be par for the course in certain tropical nations on the far side of the Atlantic but which, in the Tel Quel office and the ears of Philippe Sollers, verges on the preposterous. In fact, as soon as the Central American makes his declaration, Sollers catches Devade’s eye and both of them wonder whether they’ve let a madman in. Deep down, however, Sollers is eighty per cent in agreement with the Central American’s appraisal, so once he has set aside the idea that the visitor might be mocking them the conversation proceeds in an amicable fashion, at least for a while. The Central American speaks of Julia Kristeva (he winks at Sollers as he mentions that eminent Bulgarian), he speaks of Marcelin Pleynet (whom he has already met), and of Denis Roche (whose work he claims to be translating). Devade listens to him with a slightly wry smile. Sollers listens, nodding from time to time, his boredom increasing with every passing second. Suddenly, a sound of footsteps in the corridor. The door opens. Carla Devade appears, wearing tight corduroy trousers, flat shoes, and a disconsolate smile on her pretty Mediterranean face. Marc Devade gets up from his chair ; for a moment the couple whisper questions and answers. The Central American has fallen silent ; Sollers is mechanically flipping through a British magazine. Then Carla and Marc walk across the room (Carla taking tentative little steps, holding her husband’s arm), and the Central American stands up, is introduced, obsequiously greets the newcomer. The conversation immediately resumes, but the Central American’s chatter veers off in a new direction, unfortunately for him (he changes the subject from literature to the matchless beauty and grace of French women), at which point Sollers completely loses interest. Shortly afterward, the visit is brought to a close : Sollers looks at his watch, says it’s late ; Devade shows the Central American to the door, shakes his hand, and the visitor, instead of waiting for the elevator, rushes down the stairs. On the second-floor landing he runs into Marie-Thérèse Réveillé. The Central American is talking to himself in Spanish, not under his breath but out loud. As their paths cross, Marie-Thérèse notices a fierce look in his eyes. They bump into each other. Both apologize. They look at each other again (and this is surprising, the way their eyes meet again after the apology), and what she sees, beneath the expedient mask of bitterness, is a well of unbearable horror and fear.

So the Central American, Z, is there in the café when the photo is taken, and Carla and Marie-Thérèse have recognized him, they’ve remembered him ; perhaps he has just arrived, perhaps he walked past the table at which the group is sitting and greeted them, but, except for the two women, they had no idea who he was ; this happens quite often, of course, but it’s something that the Central American still can’t accept with equanimity. There he is, to the left of the group, with some Central American friends, or waiting for them, maybe, and deep within him there’s a seething anger nourished by affronts and grudges, fuelled by bitterness and the chill of the City of Light. His appearance, however, is equivocal : it makes Carla Devade feel like a protective older sister or a missionary nun in Africa, but it catches at Marie-Thérèse Réveillé like barbed wire and triggers a vague erotic longing.

And then night falls again and the photo empties out or disappears under a scribble of lines traced by the mechanism of night, and Sollers is writing in his study, and Kristeva is writing in her study next door-soundproofed studies, so that they can’t hear each other typing, for example, or getting up to consult a book, or coughing or talking to themselves - and Carla and Marc Devade are leaving a cinema (they’ve been to see a film by Rivette), not talking to each other, although a couple of times Marc, [...] and Guyotat is undressing Marie-Thérèse Réveillé and throwing her onto the sofa with a violent thrust that Marie-Thérèse intercepts in midair as if she were catching a butterfly of lucidity in a lucidity net, and Henric is leaving his apartment, going down to the parking garage, and he stops again as the lights go out, first the ones near the metal roller door that opens onto the street, and then the others, till there is only the light down at the far end, illuminating his multicolored Honda, flickering helplessly, and then it fails as well. And it occurs to Henric that his motorcycle is like an Assyrian god, but for the moment his legs refuse to walk on into the darkness, and Marie-Thérèse shuts her eyes and opens her legs, one foot on the sofa, the other on the carpet, while Guyotat pushes into her, the panties still around her thighs, and calls her his little whore, his little bitch, and asks her what she did during the day, what happened to her, what streets she wandered down, [...] and Kristeva and Sollers are going to bed, first her, she has to lecture early the next day, then him, and both of them take books that they will leave on their bedside tables when sleep comes to close their eyes, and Philippe Sollers will dream that he is walking along a beach in Brittany with a scientist who has discovered a way to destroy the world ; they will be walking westward along this long, deserted beach, bounded by rocks and black cliffs, and suddenly Sollers will realize that the scientist (who is talking and explaining) is himself and that the man walking beside him is a murderer ; this will dawn on him when he looks down at the wet sand (with its souplike consistency) and the crabs skittering away to hide and the prints the two of them are leaving on the beach (there is a certain logic to this : identifying the murderer by his footprints), and Julia Kristeva will dream of a little village in Germany where years ago she participated in a seminar, and she’ll see the streets of the village, clean and empty, and sit down in a square that’s tiny but full of plants and trees, and close her eyes and listen to the distant cheeping of a single bird and wonder if the bird is in a cage or free, and she’ll feel a breeze on her neck and her face, neither cold nor warm, a perfect breeze, perfumed with lavender and orange blossom, and then she’ll remember her seminar and look at her watch, but it will have stopped.

So the Central American is outside the frame of the photograph, sharing that pristine and deceptive territory with the object of Guyotat’s gaze : an unknown woman armed only, for the moment, with her beauty. Their eyes will not meet. They will pass each other by like shadows, briefly sharing the same hazardous ambit : the itinerant theatre of Paris. The Central American could quite easily become a murderer. Perhaps, back in his country, he will, but not here, where the only blood he could possibly shed is his own. This Pol Pot won’t kill anyone in Paris. And actually, back in Tegucigalpa or San Salvador, he’ll probably end up teaching in a university. As for the unknown woman, she will not be captured by Guyotat’s asbestos nets. She’s at the bar, waiting for the boyfriend she’ll marry before long (him or the next one), and their marriage will be disastrous, though not without its moments of comfort. Literature brushes past these literary creatures and kisses them on the lips, but they don’t even notice.

The section of restaurant or café that contains the photo’s nest of smoke continues imperturbably on its voyage through nothingness. Behind Sollers, for instance, we can make out the fragmentary figures of three men. None of their faces can be seen in their entirety. The man on the left, in profile : a forehead, one eyebrow, the back part of his ear, the top of his head. The man on the right : a little piece of his forehead, his cheekbone, strands of dark hair. The man in the middle, who seems to be calling the shots : most of his forehead, traversed by two clearly visible wrinkles, his eyebrows, the bridge of his nose, and a discreet quiff. Behind them, there is a pane of glass and behind the glass many people walking about curiously among stalls or exhibition stands, bookstands perhaps, mostly facing away from our characters (who have their backs to them in turn), except for a child with a round face and straight bangs, wearing a jacket that may be too small for him, looking sideways toward the café, as if from that distance he could observe everything going on inside, which, on the face of it, seems rather unlikely.

[...]

And there is yet another person : careful examination reveals something protruding from Guyotat’s neck like a cancerous growth, which turns out to be made up of a nose, a withered forehead, the outline of an upper lip, the profile of a man who is looking, with a certain gravity, in the same direction as the smoking man, although their gazes could not be more different.

And then the photo is occluded and all that is left is the smoke of a Gauloise floating in the air, as if the viewfinder had suddenly swung to the right, toward the black hole of chance, and Sollers comes to a sudden halt in the street, a street near Place Wagram, and feels in his pockets as if he had left his address book behind or lost it, and Marie-Thérèse Réveillé is driving on Boulevard Malesherbes, near Place Wagram, and J.-J. Goux is talking on the phone with Marc Devade (J.-J.’s voice is unsteady, Devade isn’t saying a word), and Guyotat and Henric are walking on Rue Saint-André des Arts, heading for Rue Dauphine, and by chance they run into Carla Devade, who says hello and joins them, and Julia Kristeva is coming out of class surrounded by a retinue of students, quite a few of whom are foreign (two Spaniards, a Mexican, an Italian, two Germans), and once more the photo dissolves into nothingness.

Aurora borealis. Terrible dawn. As they open their eyes, they are almost transparent. Marc Devade, alone in bed, snug in gray pajamas, dreaming of the Académie Goncourt. J.-J. Goux at his window, watching clouds float through the sky over Paris and comparing them unfavorably with certain clouds in paintings by Pissarro or the clouds in his nightmare. Julia Kristeva is sleeping and her calm face seems an Assyrian mask until, with a very slight wince of discomfort, she wakes. Philippe Sollers is in the kitchen, leaning on the edge of the sink, and blood is dripping from his right index finger. Carla Devade is climbing the stairs to her apartment after having spent the night with Guyotat. Marie-Thérèse Réveillé is making coffee and reading a book. Jacques Henric is walking through a dark parking garage, which echoes to the sound of his boots on the concrete.

A world of forms is unfolding before his eyes, a world of distant noises. The possibility of fear is approaching, the way wind approaches a provincial capital. Henric stops, his heart speeds up, he tries to orient himself. Before, he could at least glimpse shadows and silhouettes at the far end of the garage ; now it seems hermetically black, like the darkness in an empty coffin at the bottom of a crypt. So he decides to keep still. In that stillness his heartbeat gradually slows and memory brings back images of the day. He remembers Guyotat, whom he secretly admires, openly pursuing little Carla. Once again, he sees them smiling and then he sees them walking away down a street where yellow lights scatter and regroup sporadically, without any obvious pattern, although Henric knows deep down that everything is determined in some way, everything is causally linked to something else, and human nature leaves very little room for the truly gratuitous. He touches his crotch. He is startled by this movement, the first he has made for some time. He has an erection and yet he doesn’t feel sexually aroused in any way. ?

(Translated, from the Spanish, by Chris Andrews.)

PHOTOGRAPH : Courtesy Jacques Henric

Crédit : The New Yorker


[1Le Secret du Démon.

[2Un art lorsqu’il est pratiqué par les artisans Mayas ou nos meilleurs maître-maçons tailleurs de pierres. Nous y reviendrons dans un prochain article

[3cf. la phrase rituelle du narrateur de L’Eclaircie, à sa maîtresse Lucie D. : « Désennuyons-nous ! » pour débuter les séances dans le studio de rendez-vous de la rue du Bac (rue dans laquelle se trouve une célèbre chapelle dédiée à la Vierge de la médaille miraculeuse !)

[4Soulignement pileface.

[5Dans Un vrai roman, Mémoires, Plon, 2007, p. 177.

[6cf. les douze apôtres de Jésus de Nazareth.

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5 Messages

  • H. P. | 20 janvier 2012 - 10:31 1

    Cher Sherlock,

    Si vous n’aviez pas existé, il aurait fallu vous inventer !
    _ Et les mots que vous citez, c’est par erreur que Viktor Kirtov me les a imputés.
    Ma notoriété est telle que mon nom lui est venu spontanément sous les doigts, mais c’est à vous qu’il pensait (il me l’a écrit pour s’en excuser)...
    _ Et, croyez, Sher Lock, que j’en suis très triste pour vous, car c’est vous qui auriez eu tout faux !

    Mes amitiés au Docteur Watson,

    Hercule

    PS : Vous n’avez pas pu prendre la photo, vous étiez déjà mort. Anachronisme Sherlock, anachronisme !


  • S. H. | 19 janvier 2012 - 17:25 2

    Mon cher Poirot,

    Votre analyse, ainsi que celle de Roberto Bolaño, révèle un certain nombre d’inexactitudes. Vous laissez emporter par votre imagination. Je vous rappelle que toute enquête véritable doit reposer sur des faits !

    Précisions, pour aller vite :

    1. « The photo was taken in winter or autumn, or maybe at the beginning of spring, but certainly not in summer. » Faux : la photo a été prise à la Fête de L’Humanité en septembre 1970 (« in Summer » donc, et pas « in 1977 »). Elle figure dans Philippe Forest, Histoire de Tel Quel (Seuil, 1995).
    _ 2. J.-J. Goux ne se prénomme pas Jean-Jacques, mais Jean-Joseph. Il a publié dans Tel Quel dès 1967.
    _ 3. La personne entre Pierre Guyotat et Marc Devade est Catherine Devade (et pas Carla !).
    _ 4. Marc Devade, « qui en 1972 était encore membre du comité de rédaction de Tel Quel », le restera jusqu’à sa mort en 1983. Il était peintre autant que « writer ».
    _ 5. Thérèse Réveillé (et non Marie-Thérèse) est l’auteur d’un entretien avec Pierre Guyotat (avec la participation de Jacques Henric) — Nouvelles « incongruités monumentales » — publié dans Pierre Guyotat, Littérature interdite, Gallimard, 1972.

    Pour le reste, je laisse votre imagination « partir en vrille ».

    Transmettez mes amitiés dans l’autre monde à Roberto. Je le reverrai avec plaisir, mais pas avant 2666.

    Sherlock

    PS : au fait : c’est moi (et non Jacques Henric) qui ai pris la photo.


  • D. | 7 janvier 2009 - 17:19 3

    Correctif : lire "Loyola", et pas "Loyala" - mais c’est une appellation abusive, je crois : mieux vaut dire Ignace ?
    Lire "compagnie", et pas "société" (sJ, c’est en latin).


  • V.K. | 7 janvier 2009 - 13:03 4

    Bonjour cher D. Votre commentaire est éminemment pertinent. Chaque point pourrait être une tête de chapitre. Et nul doute que nous serions très honorés si vous les développiez dans les colonnes de pileface. A bientôt, peut-être ?

    PS : On peut aussi se souvenir que Philippe Sollers a préfacé un livre d’art "Barroque du Paraguay". Le titre de sa préface : "L’aventure jésuite". Extrait ici.


  • D. | 7 janvier 2009 - 12:43 5

    Notons que la revue Etudes, qui a réalisé l’entretien, est publiée par la société de Jésus - et rappelons l’admiration de Sollers pour les jésuites, stratèges de la Contre-Réforme (ou "Révolution baroque"), explorateurs de la Chine, troupes de choc du pape. (Dans Femmes, le narrateur, à Jérusalem, lit le récit de voyage de Loyala en terre sainte - il en reparle dans le Dictionnaire amoureux, je crois).
    Joyce a été leur élève : un élève problématique, comme Sollers.
    Ce n’est pas sans fierté, je crois, qu’il parle de son passage chez les jésuites à Versailles. Il s’est fait renvoyer : fierté redoublée.