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Raphaël à Chantilly. Le maître et ses élèves

L’ANNEE RAPHAËL 1520-2020 (II)

D 21 juillet 2020     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Exposition-événement


Raphaël, Étude pour la Dispute du Saint Sacrement : vingt clercs et ecclésiastiques discutant. Crédits : © RMN-Grand Palais Domaine de Chantilly / Gérard Blot

Visite de l’exposition avec Mathieu Deldicque, Conservateur du Patrimoine au musée Condé et commissaire de l’exposition .

Un document vidéo exceptionnel avec des gros plans permettant d’apprécier la qualité des dessins préparatoires et des tableaux de Raphaël que nous vous recommandons de visionner en activant l’icone plein écran.

Nous recevons ce matin Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé, il est le commissaire de l’exposition “Raphaël, le maître et ses élèves”, organisée à l’occasion des 500 ans de la mort de Raphaël (1483-1520), elle devait se tenir du 7 mars au 5 juillet 2020 au Cabinet d’Arts Graphiques du Domaine de Chantilly. Du fait de la crise sanitaire actuelle, l’exposition a dû fermer ses portes. Une visite virtuelle, conduite par Mathieu Deldicque a toutefois été mise en ligne sur Youtube. Une réouverture est prévue pour le 21 mai, et l’exposition sera ouverte aux visiteurs jusqu’au 30 août 2020.


L’un de ses premiers biographes, Giorgio Vasari, au XVIe siècle, dit à l’occasion de la mort de Raphaël : "Quand ce noble artiste mourut, la peinture pouvait bien mourir elle aussi, puisque quand ils ferment les yeux, elle devient presque aveugle". C’est une phrase assez importante, riche de sens, qui montre que Raphaël avait bouleversé le cours de l’histoire de l’art et qu’après lui les choses ne seraient plus du tout pareil. Que ce soit en termes de dessin ou de peinture. Et cette fortune, cette réputation a perduré jusqu’à jusqu’à nos jours. Même si on parle beaucoup de Léonard de Vinci - on en a parlé l’année dernière - Raphaël reste finalement l’un des grands astres de la Renaissance italienne et même de la Renaissance tout court.
Mathieu Deldicque


Lorsqu’on voit Raphaël, on a l’impression de voir une sorte de perfection divine - c’est dans les textes, dès le XVIe siècle - une sorte de peinture harmonieuse et facile. Mais lorsque l’on étudie sa manière, notamment aussi ses dessins, on entre dans la tête et dans la main de Raphaël. On voit alors que c’est un artiste extrêmement perfectionniste qui va élaborer des dizaines et des dizaines de dessins pour aboutir à un tableau, une harmonie et une composition qu’il juge satisfaisante. Et finalement, c’est assez émouvant de voir le processus créatif d’un tel génie. Ce qu’on peut voir aussi, c’est que Raphaël, c’est vraiment aussi le fils de son temps, le fils de la Renaissance italienne, qui va tout au long de sa carrière, évoluer, s’alimenter, être influencé par les grands exemples qui l’entourent. C’est un artiste à la croisée de bien des aspirations d’une période fascinante qui est celle de la Renaissance.
Mathieu Deldicque


C’est véritablement Rome qui a fait Raphaël. Raphaël arrive à Rome en 1508, appelé par le pape Jules II, un pape de la Renaissance extrêmement ambitieux, qui va vouloir faire de Saint-Pierre de Rome et du Vatican la lumière de l’Europe. Raphaël va être embauché dans ce grand chantier que sont les chambres du Vatican, où il va réinventer l’art de son temps de pièce en pièce, avec toutes ces fresques extrêmement complexes au niveau iconographique, mais aussi complexe au niveau artistique. Et c’est là que Raphaël, à la tête d’un atelier qui va être pléthorique, va réinventer l’art de la Renaissance italienne avec un dynamisme, avec un sens de la tridimensionnel, de l’espace, de l’histoire aussi. Et ça va être une chose assez bouleversante, qui va s’éteindre avec sa mort en 1520.
Mathieu Deldicque


Crédit : France culture


Dans la revue "L’objet d’Art" N° 566

Par Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé et commissaire de l’exposition

En cette date anniversaire, le musée Condé du domaine de Chantilly organise la seule exposition en France consacrée au maître absolu de la Renaissance italienne. Grâce à l’extraordinaire collection réunie au XIXe siècle par Henri d’Orléans, duc d’Aumale, Chantilly peut s’enorgueillir de conserver la collection la plus importante d’œuvres de Raphaël et de ses élèves en France, après le musée du Louvre, avec un fonds de premier plan de dessins du maître et ses élèves, mais aussi trois tableaux autographes illustrant chacune des grandes étapes de sa carrière.


Raphaël, Les Trois Grâces, Huile sur bois, 17 x 17 cm. Chantilly, musée Condé. Photo ervice de presse. © RMN Grand Palais (domaine de Chantilly) / Franck Raux
ZOOM : cliquer l’image

Les Trois Grâces figurent ainsi parmi les premières œuvres profanes que le jeune artiste ait peintes (vers 1503-1504), alors qu’il baignait dans l’univers courtois de mécènes lettrés qui lui commandaient de petits tableaux mythologiques. Les analyses en réflectographie infrarouge ont montré qu’à l’origine, une seule des Grâces, celle de gauche, tenait une pomme d’or. C’est sans doute dans un souci d’équilibre, pour parvenir à la parfaite harmonie finale, que Raphaël opta pour les trois fruits. Si le duc d’Aumale avait acheté à prix d’or deux tableaux de son peintre favori, en réalité, il en possédait trois... L’une des autres œuvres les plus fameuses de Raphaël conservées à Chantilly était en effet considérée comme une copie au XIXe siècle et n’a été authentifiée comme un original du maître qu’à la fin des années 1970, après une spectaculaire restauration !

GIF AU CŒUR DU PROCESSUS CRÉATIF

Du côté des dessins, l’exposition permet de parcourir le cheminement artistique de Raphaël, depuis ses débuts à Urbino, à Pérouse et en Ombrie, dans le sillage du Pérugin et de Pinturicchio : la comparaison de grands cartons de jeunesse avec les dessins de ces maîtres plus installés dont il fréquenta l’atelier permet de révéler les dispositions précoces de notre artiste. À partir de 1504, âgé de 21 ans, Raphaël quitta Pérouse pour rejoindre le cœur en fusion de la Renaissance, Florence. Là, il put prendre connaissance des dernières nouveautés artistiques portées par Léonard de Vinci et Michel-Ange, mais aussi tracer sa propre voie, faite de grâce, d’harmonie et d’apparente facilité. Celle-ci n’était en vérité que factice : chacun de ses tableaux était conçu à l’aide de nombreux dessins, notamment pour les Vierges à l’Enfant, à chaque fois singulières, dont il se fit dès lors une spécialité. L’exposition offre la possibilité d’entrer dans le processus créatif du maître et de suivre chaque étape permettant d’aboutir à un tableau ou une fresque. Parmi ceux-ci, citons le dessin préparatoire à iLa Belle Jardinière/i du Louvre (vers 1507- 1508), remarquable par le calibrage de ses formes, la monumentalité de la Vierge, l’harmonie du groupe pyramidal qu’elle forme avec l’Enfant Jésus et le petit saint Jean Baptiste, le sentiment de l’espace autour des trois personnages et l’émotion de la scène représentée.


Raphaël, La Madone de Lorette. Huile sur bois, 120 x 90 cm. Chantilly, musée Condé. Photo service de presse. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Harry Bréjat

Appelé à Rome par le pape, Raphaël répondit aux grandes commandes de fresques destinées au Vatican, préparées avec force dessins dont certains sont présentés à Chantilly. Parmi eux émerge notamment une puissante sanguine relative à la fresque du Couronnement de Charlemagne dans la Chambre dite de l’Incendie du Bourg. Elle concerne le porteur d’une table précieuse qui regarde le spectateur et l’entraîne, par son corps ployant sous le poids de sa charge, vers le cœur de l’action. Sa monumentalité, sa précision anatomique, les raccourcis employés et le traitement de la lumière attestent du talent sans pareil du Raphaël dessinateur. Jamais avant lui un artiste n’avait porté l’art du dessin à un tel sommet. À la tête d’un atelier pléthorique et bien organisé qui réalisait fresques, tableaux et cartons de tapisserie sous sa direction et d’après ses dessins, il forma toute une école qui propagea sa leçon quand le « dieu mortel » qu’il était, comme le qualifiait Vasari, rendit son dernier soupir.


Raphaël, La Vierge assise avec l’Enfant Jésus et le petit saint Jean, dans un paysage, Plume et encore brune, 22,9 x 16,5 cm. Chantilly, musée Condé. Photo service de presse. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Thierry Ollivier

GIF LE CERCLE DE RAPHAËL

L’exposition consacre ainsi une section entière à Giulio Romano (voir page suivante) qui entra dans le cercle de Raphaël autour de 1515-1516. Il devint rapidement son premier assistant. À la mort de Raphaël, il reprit, avec Gianfrancesco Penni, les rênes de son atelier, créa fresques et cartons de tenture, avant de quitter Rome en 1524 pour s’établir à Mantoue comme peintre et architecte de la cour de Frédéric Gonzague. Le Palais du Te construit pour son mécène fut le laboratoire de ses recherches ostentatoires et énergiques empreintes de références à la glorieuse Antiquité. Le géant Giulio y bouscula le classicisme de son maître et développa un langage extravagant et raffiné, participant à la naissance à ce qu’on appelle l’esthétique maniériste. Le sac de Rome par les troupes de l’empereur Charles uint en 1527 dispersa le reste de l’atelier de Raphaël dans toute la péninsule italienne. Perino del Vaga s’établit à Gênes où il décora à fresque le palais de l’amiral Andrea Doria. Il y développa un art puissant et gracieux, teinté d’Antiquité, au service de la glorification de son puissant commanditaire. À son retour à Rome, il se vit confier par le pape Paul III Farnèse le décor du Château Saint-Ange. S’y déploya un répertoire ornemental inspiré par les décors de la Domus Aurea de Néron et appelé « grotesques » (car on les découvrit dans des ruines enterrées, ou grottes). Polidoro da Caravaggio se spécialisa quant à lui dans la peinture des façades de palais romains et dans l’étude des paysages. C’est finalement l’un des peintres et dessinateurs les plus fascinants et virtuoses de tous les temps qu’invite à redécouvrir l’exposition de Chantilly, dont l’héritage immense a bouleversé le cours de l’histoire de l’art.


Raphaël, Homme à demi drapé, de
trois quarts vers la droite,
portant un fardeau.
.
Sanguine, lavis de sanguine,
32,1 x 16 cm.
Chantilly, musée Condé.
Photo service de presse.
© RMN-Grand Palais
(domaine de Chantilly) /
Thierry Ollivier

VOIR ICI L’article en version pdf zoomable
( pour mieux évéler les détails des dessins et peintures)

VOIR AUSSI L’ANNEE RAPHAEL 1520-2020 (I) / Le peintre Raphaël est en réalité mort d’une « maladie de type coronavirus »

Crédit :

L’Objet d’Art N° 566

Site du Domaine de Chantilly / Raphaël à Chantilly

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2 Messages

  • Viktor Kirtov | 23 juillet 2020 - 14:21 1

    Merci Anwen pour ce déluge d’érudition nous inondant de ses bienfaits afin de nous rappeler les origines de la symbolique de l’eau et du nombre « trois », sous-jacents dans le tableau de Raphaël « Les Trois Grâces ».


  • Anwen | 23 juillet 2020 - 10:19 2

    C’est de ce grand cataclysme moral que la symbolique a fait un déluge universel, quand on a tout caché sous des allégories.
    Ce soulèvement est devenu une grande inondation parce que, dans le symbolisme antique, on représentait l’Esprit de Vérité par le feu qui brille, par la torche qui éclaire, et l’erreur qui est son contraire par l’eau qui éteint le feu.
    Les Déesses cherchèrent donc à cacher leurs Ecritures pendant que les Femmes se réfugiaient sur les Hauts Lieux, émergeant ainsi de l’abîme, c’est-à-dire des plaines laissées aux hommes, où, dit la légende, ils se noyèrent, c’est-à-dire où ils perdirent la Vérité, se noyant dans l’erreur.
    La Femme émergeant de l’eau, surnageant à l’erreur que l’eau représente, se trouve dans toutes les mythologies.
    Aphrodite, qu’on fait naître de l’écume de la mer, était dite Anadyomène, « l’Emergeante ». Elle flottait sur une conque marine.
    Aux Indes, Vishnou est appelée Djalaçaya (qui repose sur l’eau) ou Çankhabhrit (qui porte la conque). Elle est aussi surnommée Nârâyana ; on la montre dans une nacelle sur un fleuve, c’est une Déesse flottante.
    On la représente aussi montée sur un animal figuratif du flux, pour se sauver des eaux.
    C’est parce que la Femme divine émerge de l’eau du déluge, que tous ceux qui depuis ont prétendu apporter la vérité ont été représentés comme « sauvés des eaux »
    Dans un mythe ancien, nous voyons le monstre diluvien qui va engloutir une jeune fille attachée au rivage.
    Cette légende venue des Chéviens à Joppé passa en Grèce, où on en fit l’histoire d’Andromède, fille de Céphée, roi de Joppé.
    Puis peu à peu, le mythe prenant corps avec l’histoire, on arriva à chercher la date réelle de l’événement.
    L’art sous toutes ses formes a représenté ce symbolisme de la lutte des sexes, depuis les dessins naïfs des anciens jusqu’à l’art moderne.
    Le souvenir du déluge chez les Chaldéens, d’après un cylindre ou cachet assyrien conservé au Musée Britannique de Londres, montre l’homme Hasisadra à tête d’animal, ramant sur l’eau.
    La Femme est au-dessus de lui, suspendue dans l’air, elle tient dans ses mains le soleil et la lune pour indiquer sans doute qu’elle s’élève vers le ciel, ou peut-être qu’elle enseigne l’astronomie.
    La légende du déluge universel a inspiré Raphaël qui nous a montré les hommes dans l’eau cherchant à y entraîner les femmes.
    Donc, à son époque, on savait encore ce que signifie le symbolisme.
    Après la victoire de la bêtise humaine, nous allons trouver l’ironie et le sarcasme.
    Pour fonder un ordre secret, il faut d’abord former un triangle : être trois. C’est ce que nous voyons chez les Hindous et chez les Sémites.
    Partout trois femmes, représentées les mains enlacées les unes dans les autres de manière à former un triangle, sont les fondatrices des Mystères.
    En Grèce, un triangle est formé de Diane, Hécate et Cérès, qui sont les trois en un, reproduisant la Diva triformis tergemina triceps des Hindous : trois têtes sur un seul cou. C’est pourquoi elle est le prototype de la Trinité.
    On discutait beaucoup dans les Ecoles d’Alexandrie sur les trois hypostases divines (suppôts, personnes, en grec hupostaseis), qui avaient formé primitivement une Trinité féminine : Mère-Sœur-Fille. Partout trois grandes Déesses représentaient la Femme sous ces divers aspects :
    Nous trouvons le nombre trois dans la légende des trois patriarches Abraham, Isaac, Jacob, qui sont des matriarches formant une Trinité ; dans les trois enfants d’Adam, les trois enfants de Noah, les trois Grâces, les trois femmes qui se disputent la pomme, etc.
    Ceux qui feront la mythologie grecque, pour cacher la vérité, les appelleront « les trois grâces » ou Charités (de caritas, amour ou charité). Elles seront les compagnes des Muses et on les nommera Euphrosyne, Thalie et Aglaé.
    Les néo-chrétiens qui vinrent après les philosophes d’Alexandrie exagérèrent leur système, et, pour qu’il soit bien entendu qu’ils ne laissaient à la Femme aucune place dans la Trinité, ils la représentaient symboliquement par trois Phallus (2). Cela dura jusqu’au Concile, de Constantinople, où cet emblème fut remplacé par une croix.
    Pour expliquer le rôle fécondateur de l’homme, on accolait le Phallus à la croix, comme on pouvait encore le voir dans les galeries du Musée égyptien, au Louvre, en 1927. C’est dans cette position, la crucifixion, que la Femme subissait « l’onction du mâle », d’où le nom d’oint qu’on lui donnait.
    Origines et histoire du Christianisme

    Voir en ligne : Origines et histoire du Christianisme