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Mehdi Belhaj Kacem, Colaricocovirus

Le mal radical, par Jacques Henric

D 30 septembre 2022     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Non, il n’y a pas de hasard : après avoir rendu compte du récent article de Mehdi Belhaj Kacem sur les écrits de Guillaume Basquin et de François Meyronnis [1], voilà que je découvre dans le numéro 503 d’art press, sous la plume de Jacques Henric, la recension de son dernier livre, Colaricocovirus, sous-titré D’un génocide non conventionnel. Après Guillaume Basquin et son article du 1er juillet, une nouvelle incitation à lire ce livre qui, écrit Henric, nous parle de la nouvelle forme qu’a prise le Mal radical dont notre modernité progressiste et démocratique ne veut rien savoir [2].

Mehdi Belhaj Kacem
Colaricocovirus – D’un génocide non conventionnel.

Préface de Louis Fouché

Beaucoup d’encre a coulé depuis le déclenchement mondial de la “crise du Covid-19”. Et pourtant, les réactions des philosophes sur la question laissent entièrement à désirer. Le plupart ont pris pour argent comptant la narration officielle faite de ladite “crise”, et n’ont pas songé à interroger les fondements mêmes de cette narration, pourtant d’évidence cousue de fil blanc en tous ses points stratégiques.

C’est fort des concepts développés dans son livre-référent, Système du pléonectique, que Mehdi Belhaj Kacem montre que les questions les plus cruciales de la philosophie moderne sont reposées à tout nouveaux frais à la faveur de cette “crise”, montée de toutes pièces par les plus hautes institutions supranationales et les plus puissantes multinationales du monde. Par exemple : Qu’en est-il du concept, crucial dans la modernité philosophique et politique, d’”anarchie” ?

Qu’en est-il du critère de rationalité dans le discours, à la lumière de cette “crise” ? Qu’en est-il, après Heidegger, Lacan, Badiou ou Schürmann, du concept de vérité, à l’ère de la techno-science devenue folle ? Que penser du concept de “nihilisme”, ou de ce que Lyotard a appelé “la fin des grands récits” ? Que faire encore des notions politiques de “gauche” et de “droite”, quand on les subsume à l’impératif totalitaire du biopolitique ? Quel lien unit, depuis nos origines, le concept de science au concept de politique ? Pourquoi l’insurrection des gilets jaunes, à partir de novembre 2018, a-t-elle signifié un événement aussi prophétique que salutaire, jetant rétroactivement un éclairage saisissant sur la “crise du Covid-19” ? Comment repenser l’éthique, quand l’impératif catégorique moderne se réduit à la peau de chagrin d’un “pense, vis et agis en toutes circonstances de façon à ne pas à attraper, ni transmettre, un virus” ?

SOMMAIRE :

Préface de Louis Fouché ……………………………… 13
Présentation ………………………………………………. 21
Colaricocovirus ………………………………………….. 25
Post-scriptum
Lettre à la bonne conscience
de gauche, même « radicale » ……………………….177
Post-scriptum 2
Lettre ouverte au maire de Turenne ………………223

Louis Fouché & Mehdi Belhaj Kacem : la Crise et ses contours

Mehdi Belhaj Kacem
Colaricocovirus
Exuvie, 264 p.,20 euros


Mehdi Belhaj Kacem
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Sept vagues de covid, nous sortons d’une longue période où la peur l’emporta sur la raison. Une anxiocratie, via une médicocratie étalant sur tous les médias ses prétentions scientifiques (« la science, la religion de notre temps », rappela Giorgio Agamben), régna sur nos sociétés (pas toutes, contrairement à ce que nos trouillocrates nationaux continuent de pré­ tendre). L’épidémie révéla l’extrême fragilité de nos institutions, des démocraties dont nous sommes si fiers. Le philosophe Jean-Pierre Le Goff l’exprima très tôt :
« Une bulle langagière et communicationnelle a saturé l’espace médiatique et s’est imposée une orthopraxie avec ses gestes rituels, gel, masque le matin, couvre-feu le soir, vaccins tous les six mois, pass sanitaire », avec pour conséquences une machine bureaucratique qui s’emballa : plages interdites, attestations dégradantes, agitation grandiloquente et stérile. Père Ubu fut notre tout puissant Maître. Georges Bernanos nous avait mis en garde dès 1947, dans l’Esprit européen : « Les médecins de Molière autour de l’agonie du monde, voilà ce que vous voyez tous les jours, et vous y êtes si bien habitués qu’il vous paraîtra peut-être demain naturel de mourir vous­ mêmes au milieu de ces guignols. »

LE MAL RADICAL

Les guignols, nos guignols d’au­jourd’hui, Mehdi Belhaj Kacem les met en scène dans un livre drôle et grave, écrit à chaud, qui tient du précis de philosophie, du manuel de littérature, du traité de stratégie politique (rôle des anarchistes face aux empoignades entre droite, droite extrême, sociaux-démocrates et tous les rejetons d’une extrême gauche en pleine déshérence), et j’ajoute de l’opéra-bouffe. Son titre le suggère. Colaricocovirus renvoie à une émission de télévision de la fin des an­ nées 1970 où se produisait un comique particulièrement vulgaire, Stéphane Collaro, dont le show s’appelait le Collaricocoshow.

BILL GATES

Rappel rapide de la biographie de Mehdi Belhaj Kacem : à 17 ans. le jeune Mehdi écrit un roman, Cancer, qui lui vaudra une belle renommée ; en autodidacte il se passionne pour la philosophie et la littérature, découvre avec enthousiasme l’œuvre d’Alain Badiou dont il devient proche, rompt avec lui, publie plusieurs livres de philosophie imposants, puis disparaît pendant des années des radars médiatiques. Il vit alors pauvrement, connaît de nombreux épisodes psychiatriques graves dont il dit que, paradoxalement, c’est la « crise sanitaire » qui y mit fin et est à l’origine de son actuel essai. Probable que ses séjours en hôpital psychiatrique ne sont pas étrangers aux imputations de « complotiste » le visant, comme furent ainsi ostracisés un grand nombre d’esprits libres qui osèrent mettre en doute les thèses officielles du pouvoir sur la pandémie et les décisions, souvent insensées, prises pour la combattre. La notion de « complotisme », Mehdi Belhaj Kacem l’éclaire d’entrée par une ci­tation de Guy Debord qui lui fait subir un renversement : « Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. » Et Belhaj Kacem, suivant la logique de Debord, met en cause les pouvoirs politiques du moment, mais plus encore les gigantesques réseaux d’influence qui décident de tout (grands médias, réseaux sociaux, Gafam, ONU, OMS). Sont particulièrement ciblés leur om­nipuissant ordonnateur Bill Gates et son entourage de très dangereux et très allumés adeptes de l’intelligence artificielle et du transhumanisme. Depuis longtemps déjà, Belhaj Kacem les avait désignés comme les propagateurs du « Mal radical », ce Mal qui avance « à pas de géant, en portant le masque du Bien ».

BIOPOUVOIR

La lucidité dont fait preuve Belhaj Kacem dans ses analyses, il la doit à sa culture philosophique qui n’est pas celle d’un pion. Ses jours et ses nuits ont été occupées pendant des années par les lectures d’Hegel, Spinoza, Marx, Heidegger, Nietzsche, Freud, Lacan, Foucault, Deleuze, Badiou, Walter Benjamin, les théoriciens de l’anarchisme et les situationnistes, une des œuvres essentielles qui enrichit sa pensée est celle de Giorgio Agamben, ce philosophe qui, avec son grand livre Homo sacer, nous a alerté depuis longtemps sur les risques du « biopouvoir » et a pensé l’infernale logique qui, promouvant la « vie nue » en valeur absolue, est à l’origine de la « guerre » contre le covid. Déjà Carl Schmitt, qu’il cite, avait annoncé : « Est souverain celui qui maintient l’état d’exception. » Notamment avec ces fameux « conseils de défense » aux délibérations tenues secrètes, nous avons vu chez nous se mettre en action une telle machinerie politique bien huilée. Avant l’élection présidentielle, le virus est omniprésent (notre Sauveur, Dieu merci, est sur le front de « guerre ») ; juste avant les élections : miracle, plus de virus, tous les masques tombent, plus besoin de muselières et de filtres à café sur le visage, plus d’Ausweiss, de confinement, de couvre-feu, de pass, de gestes barrières (notre Père sévère, en un tour de passe-passe, est soudain devenu notre Libérateur).

SES POTES ADMIRABLES

Est-ce dire que le covid n’aurait été qu’une chimère, qu’on aurait fantasmé le grand nombre de morts qu’il a causés, qu’il n’eut pas fallu le combattre ? Bien sûr que non. Mehdi Belhaj Kacem n’est pas un illuminé délirant. Il rappelle simplement ce que nous avons tous étrangement oublié, que la grippe asiatique de 1957-58, celle de Hong Kong en 1968, ont été autrement plus meurtrières, dans le monde et en France, que notre récente pandémie.
Un mot encore sur Mehdi Belhaj Kacem, il me semble que c’est sa passion pour les écrivains, poètes et romanciers, plus que sa connaissance de la philosophe, qui a profondément nourri sa pensée et sa vie : Hölderlin, Poe, Baudelaire, Artaud, Pasolini, Bataille, Péguy, Céline, Thomas Bernhard, Guyotat, voilà quelques­ uns de ses potes admirables.

LE SOMMAIRE

De Jacques Henric, on lira aussi : son Edito, Vieux démons (l’antisémitisme), p. 5, Déclarer sa flamme, p. 91 (sur Totalement inconnu de Gaëlle Obiégly, livre sur lequel Yannick Haenel a déjà attiré l’attention dans une récente chronique de Charlie Hebdo) et un bel hommage à Jean Louis Schefer, mort le 7 juin, p. 97.


[2Rappelons que Belhal Kacem, avant la pandémie, avait déjà publié Dieu. La mémoire, la technoscience et le mal, présenté ainsi :
« Il n’y a de Dieu que pour l’homme, et seul l’homme est destiné à Dieu. Parce que l’unicité de l’événement anthropologique dans l’Univers, c’est celle de l’apparition d’une mémoire telle qu’il n’en a semble-t-il jamais existé auparavant sur terre.
Dieu, depuis toujours, est le concept d’une mémoire absolutisée. Or ce concept est en train de se réaliser sous nos yeux : il n’est autre que la toute-puissance atteinte par la techno-science elle-même. Omniprésence, omnipotence, omniscience littéralement, et peut-être, demain, éternité et immortalité : tels sont les attributs, jusqu’ici étrangement inaperçus, de la techno-science, c’est-à-dire ceux-là mêmes qu’on prête à Dieu… » (Les liens qui libèrent, 2017)

Autres écrits récents :
2020 : Système du pléonectique, éditions Diaphanes, coll. Anarchies.
2020 : Immortelle finitude – Sexualité et philosophie, avec Jean-Luc Nancy, éditions Diaphanes

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1 Messages

  • Zatlick | 24 octobre 2022 - 17:43 1

    Plaisir de lire Jacques Henric (pour moi, l’un des amants de la grande Catherine M.) reconnaître la place tenue (sur et sous le pavé) par notre beau Mehdi dans ce Colarocococircus…
    Bisoux
    OZ