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Ovide, poète de l’amour et de l’exil

suivi de « Un festival de Dante en Ukraine »

D 29 mars 2022     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Cher Viktor,

au milieu des événements tragiques que le monde traverse et dans l’attente inquiète des jours et des semaines à venir, parler d’amour peut sonner creux et paraître bien dérisoire..

[…]

En complément de ce que vous avez mis en ligne à propos d’Ovide et des Héroïdes, je vous envoie le lien d’une émission que j’ai faite à distance pour la radio Cause Commune avec Isabelle Kortian qui m’avait déjà invitée pour Dante et que j’apprécie beaucoup. Elle est ponctuée par quatre illustrations musicales qui me tiennent particulièrement à cœur.

Danièle Robert

Dans une première partie, nous donnerons un écho à cette émission de Radio Cause Commune avec Isabelle Kortian sur Ovide et Les Héroïdes, suivie d’une note de lecture d’Yves Boudier concernant ce même recueil

Dans une deuxième partie, pour conjurer les craintes de Danièle Robert d’évoquer Ovide alors que les bombes dévastent Khirkiv et Marioupol en Ukraine, regardons comment les Ukrainiens :
- continuent à célébrer la musique à laquelle vous accordez une si belle place dans cette émission, un temps suspendu au milieu de la guerre pour les Ukrainiens,
- ont créé un festival annuel de Dante en 2014, ce qui ne peut vous laisser indifférente, vous qui avez consacré le meilleur de vous-même, pour traduire La Divine Comédie en respectant sa prosodie et sa musique. Et voici ce que répondent les organisateurs à la question ;
- Pourquoi Dante en temps de guerre ?
- Il est le sommet et le fondement de la culture européenne, c’est-à-dire qu’il a un regard particulier sur l’homme et son destin ».

Partie 1. Ovide poète de l’amour et de l’exil

LE MONDE EN QUESTION
proposé par ISABELLE KORTIAN
diffusé le 16 mars 2022 sur Radio Cause Commune 93 FM

EN PLATEAU (VIRTUEL)

Danièle Robert, écrivain, critique et traductrice littéraire, a traduit l’ensemble des œuvres poétiques d’Ovide, traductions pour lesquelles elle a reçu le prix Laure-Bataillon classique et le prix Jules-Janin de l’Académie française. Les Héroïdes paraissent dans la collection de poche Babel. Elle a aussi traduit Paul Auster et Catulle ainsi qu’une traduction novatrice de La Divine Comédie aux éditions Actes Sud, à l’occasion du 700èmeanniversaire de la mort de Dante.

CONTEXTE

Ovide est né en l’an 43 avant J.C. dans les Abruzzes, à une centaine de kilomètres de Rome. Il reçoit l’éducation d’un jeune aristocrate et suit les leçons des deux plus grands rhéteurs de l’époque. Au retour d’un voyage qui le conduit en Grèce et en Sicile, il entreprend une carrière juridique tout en fréquentant Horace,Tibulle et Properce qui deviendra son ami intime, avant de choisir définitivement la poésie. Il devient vite le poète favori de la haute société romaine. En l’an 8 de notre ère, célèbre et adulé de tous, il est forcé à l’exil dans le Pont-Euxin par l’empereur Auguste, qui frappe aussi ses écrits d’ostracisme. Il doit alors quitter sa famille, ses amis, ses biens, sa carrière de poète. Il ne le sait pas encore, mais il ne reviendra jamais à Rome. Les motifs de son bannissement restent peu clairs à ce jour : sa trop grande notoriété, l’érotisme de sa poésie élégiaque, sa liaison avec Julie, la fille de l’Empereur, des raisons d’ordre politique ? A la mort d’Auguste, son successeur Tibère ne l’autorise pas non plus à rentrer en Italie, malgré ses supplications.Ovide meurt à Tomes (Roumanie) et sa dépouille ne sera pas ramenée à Rome. Du statut de favori, il est passé du jour au lendemain à celui de poète déchu. L’éloignement de Rome sera une sentence d’autant plus violente qu’il avait choisi cette ville qui le fascine pour y vivre et se consacrer à l’art poétique.

Ovide est l’auteur des Métamorphoses (Babel n ° 1573).Les Héroïdes,œuvre de jeunesse, seront suivis d’Amours, Soins du visage, L’Art d’aimer, Remèdes à l’amour, tous rassemblés sous le titre Écrits érotiques (Actes Sud, collection « Thesaurus »). LesTristes et Les Pontiques,sont écrits en exil( Babel n°1670).

Danièle Robert présente Les Héroïdes, une œuvre de jeunesse du poète latin, composé de quinze lettres dont l’authenticité des quinze premières est attestée et celle de six autres, davantage problématique et, en tout état de cause, d’une rédaction plus tardive que les premières et s’en distinguant encore par le fait que les lettres d’Hélène, Héro et Cydippe sont accompagnées en retour des lettres de Pâris, Léandre et Acontius. A l’exception de Sappho, qui a réellement existé, les autres épistolières du recueil sont toutes des héroïnes de la mythologie (d’où le nom d’Héroïdes) qu’Ovide met en scène en leur attribuant des lettres imaginaires rédigées en distiques élégiaques. Elles ont en commun, souligne Danièle Robert, d’aimer à en mourir. « Qu’il soit partagé ou non, l’amour ici dépeint n’est en aucun cas un jeu badin ou superficiel ». « Les amoureuses qui se savent aimées ne supportent pas l’absence de l’être cher, la vie n’ayant de sens qu’auprès de leur amant, en totale fusion avec lui » : parmi elles ,Pénélope, Hermione, Laodamie, Hypermnestre. « Quant aux femmes délaissées, trahies, abandonnées, toutes victimes de l’inconstance masculine, elles sombrent dans le désespoir le plus profond et, suivant leur personnalité, passent de la soumission à la révolte, des menaces aux supplications » : parmi elles, Phyllis, Briséis, Didon, Ariane, Médée, en proie à la jalousie.

Et si la voix de Billie Holiday, de Jessye Norman, la musique de Monteverdi ou de Purcell nous aidaient à comprendre la passion amoureuse dépeinte pa rOvide dans ses multiples variantes ? Qu’elle traduise le poète latin en respectant sa prosodie, qu’elle lise ou commente Les Héroïdes, Danièle Robert veut nous faire éprouver avec force la proximité littéraire, émotionnelle ou politique nous liant à ces figures de la mythologie revisitées par Ovide.

À L’OREILLE

§ Ornella VanoniL’amore è come un giorno

§ Billie HolidayI’m a fool to want you

§ Anne Sofie von Otter : Monteverdi –Lamento d’Ariane : Lasciate me morire

§ Jessye Norman : Henry Purcell –Remember me(la mort de Didon)

§ KimberoseEnvie de valser

POUR ALLER PLUS LOIN

§ Ovide, Les Héroïdes, Lettres d’amour, traduites du latin, présentées et annotées par Danièle Robert, Actes Sud, Babel, 2022

ET

§ Dante Alighieri, La Divine Comédie, traduit de l’italien, préfacé et annoté par Daniele Robert, éditions Actes Sud

§ Radio Cause commune, Le monde en questions n°90, Dante, plus dantesque que jamais

cause-commune.fm/

(Note de lecture) Ovide, Les Héroïdes, traduction de Danièle Robert, par Yves Boudier

Pérennité et urgence du désir, dans la douleur, le froissement des sentiments, la dictature de l’envie et du plaisir, voici ce qui anime, figure et défigure selon Ovide la pulsion d’amour, le cri d’une femme, parfois d’un homme, qui subit l’injure de l’inconstance de l’être aimé ou l’impossible assurance d’un amour qui se prétend prêt au pire s’il n’était partagé.

Quelle que soit l’expérience, la connaissance intime que chacun peut avoir de la part désirante de notre être au monde, on est touché par ces voix venues de l’outre-tombe des amants exemplaires qui peuplèrent souvent notre fréquentation troublante des langues anciennes, en particulier de notre grande sœur latine. Et si l’on pensait tout connaître de ces lettres pourtant imaginaires qu’Ovide, notre maître, a écrites dans le ressenti anticipé d’un exil à venir, un acte d’éloignement réel qui toucha à la chair de sa vie plus violemment encore que ses vers n’avaient troublé son esprit et son cœur se frottant aux épreuves d’amours chimériques, on est aujourd’hui de nouveau saisi à leur relecture par la même sidération heureuse devant ces paroles extrêmes que l’on croyait disparues de notre mémoire des affres de l’amour.

Quel génie eut Ovide de donner corps de désir et de souffrance à ces parangons mythologiques de la multiplicité des approches du jouir ou du mourir ! Ainsi Pénélope, Hermione, Laodamie, Hypermestre, Héro, Canacé, Phyllis, Briséis, Œnoné, Hypsipylé, Didon, Déjanire, Ariane, Médée, Phèdre, Sappho, Hélène et Cydippe. Ainsi Ulysse, Démophoon, Achille, Hippolyte, Pâris, Jason, Énée, Oreste, Hercule, Thésée, Macarée, Protésilas, Lyncée, Phaon, Léandre et Acontius. Le jeu est relancé d’apparier ces couples légendaires selon nos souvenirs classiques, en résonance avec ce que notre Grand Siècle théâtral répéta de leurs malheurs. Tous personnages de tragédie, chacun riche d’un monologue intime à la fois attendu, car l’amour n’invente que sa répétition, et toujours surprenant d’audace dans sa volonté de posséder ou de l’être, dans sa volonté d’une ultime transcendance sous le trait d’une mort désirée, autant que dans une étreinte d’éternité impossible vers un suprême baiser pour rompre la clandestinité du désir solitaire.

Ton visage dément tes paroles.
Ton corps est plus fait pour l’amour que pour la guerre :
Aux valeureux la guerre ! Toi, Pâris, ne cesse pas d’aimer.
Demande à Hector, que tu admires, de se battre à ta place ;
C’est un autre service qui mérite tes soins.
Je m’y emploierais si j’étais maligne et un peu plus audacieuse ;
N’importe quelle fille maligne s’y emploiera.
Peut-être le ferai-je, abandonnant toute pudeur,
Et, vaincue par le temps, te tendrai-je des mains hésitantes.

Lettre XVIII, Hélène à Pâris.


Telles sont les Heroidum Epistulae, « voix en poèmes de ces irréductibles de l’amour » comme l’écrit Danièle Robert, à qui nous devons cette heureuse traduction des Héroïdes aujourd’hui rééditée, replaçant de la sorte ces lettres dans leur vérité on ne peut plus contemporaine de l’expression à jamais vive du sentiment amoureux.

Yves Boudier

Ovide, Les Héroïdes, traduites du latin, présentées et annotées par Danièle Robert, collection Babel, Actes Sud 2022.


Partie 2. Un festival de Dante en Ukraine : « parce que le Paradis, c’est les autres ! »

Avant le début de la guerre, Kharkiv était la deuxième ville d’Ukraine. Une vie bouillonnante à quelques kilomètres de la frontière russe. C’était avant la pluie des bombes. Ruines, gravas, bris de glace et poussière, c’est aujourd’hui la réalité d’une ville tombée en ruines. La deuxième ville la plus bombardée d’Ukraine avec Marioupol. Kharkiv avait été la première capitale de l’Ukraine soviétique de 1917 à 1934.


ZOOM : cliquer l’image

2014 Le festival annuel de Dante a eu lieu pour la première fois à Kharkiv en Ukraine.

« Dante ? Qui se soucie de Dante ? Personne ne viendra ! Les gens ont d’autres problèmes en Ukraine, nous avons besoin que la guerre se termine, et non pas de poésie ! » – telles ont été les réactions au début. « Mais c’est justement pour cela que nous proposons Dante ! » répondent les organisateurs du Centre Culturel Européen Dante, et l’ONG Emmaüs, « c’est afin de chercher dans la musique, dans l’art, dans les livres et par la rencontre avec leurs auteurs, à unir les contextes culturels et sociaux.
- Pourquoi Dante ?
- Il est le sommet et le fondement de la culture européenne, c’est-à-dire qu’il a un regard particulier sur l’homme et son destin ».

2019 « Parce que le paradis, c’est les autres » :

Cette année 2019, le festival de Dante s’est ouvert par une rencontre entre Silvio Cattarina (le fondateur de la communauté « L´Imprevisto » à Pesaro (Italie) et Alexander Filonenko, philosophe. Le thème de leur rencontre était : « Parce que le paradis, c’est les autres » : la seul espérance est dans l’imprévu ». Comme le souligne Alexandre : « Le festival de Dante a commencé dans des circonstances de confusion, dans des périodes de turbulences. Et dans ces moments-là, il est très difficile de vivre si on ne trouve pas, ne serait-ce qu’un petit repère de sécurité. C’est pourquoi les festivals se veulent une tentative de réponse à cette question : comment vivre quand la confusion règne dans la vie ?

Le mot « inattendu » est provocateur, car après la terrible expérience du XXe siècle, J.P. Sartre a résumé le problème dans la formule « l’enfer, c’est les autres ». Il est vrai que lorsque nous contemplons les scènes du XXe siècle, nous comprenons la profondeur de cette phrase et le défi quelle représente. Mais en la rejetant, nous préférons suivre un écrivain ukrainien du nom de Taras Projasko et affirmer « Parce que le Paradis, c’est les autres ». ». Ce mot n’est pas une simple contestation rhétorique de Sartre, ce n’est pas non plus seulement une célébration, car si nous réfléchissons, nous réalisons que cette phrase représente un véritable scandale.

https://terredecompassion.com/

22 mars 2022 Denys Karachevtsev, violoncelliste, joue Bach dans Kharkiv dévastée : « J’aime ma ville héroïque, qui lutte en ce moment pour survivre à la guerre »

Le 21 mars, Denys Karachevtsev avait installé son violoncelle devant le théâtre qui abrite l’Académie National d’Opéra et de Ballet de Kharkiv pour y interpréter l’hymne ukrainien. Le lendemain, mardi 22 mars, c’est devant la préfecture de police, en grande partie détruite, qu’il s’est posé, au milieu des ruines, pour jouer le prélude de la Suite pour violoncelle seul n°5 de Jean-Sébastien Bach.

26 mars 2022 Malgré le danger, des musiciens donnent un concert dans le métro de Kharkiv

Samedi 26 mars, dans Kharkiv quotidiennement bombardée par l’armée russe, de jeunes musiciens ukrainiens - trois violonistes, un violoncelliste et un contrebassiste - ont offert samedi, à un public restreint mais ému, un concert de musique classique, temps suspendu au milieu de la guerre. Sous terre, dans les couloirs d’une station de métro, protégés des roquettes et des missiles à longue portée, ces musiciens, âgés de 20 à 35 ans, ont interprété successivement l’hymne national, des morceaux de Franz Schubert, Jean-Sébastien Bach, Antonin Dvorak, et plusieurs airs du folklore populaire ukrainien, dont une mélodie de Myroslav Skoryk, souvent utilisée par le président Volodymyr Zelensky dans ses vidéos et messages diffusés sur les réseaux sociaux.

Philippe Gault, Radio classique

29 mars 2022 Frémissement diplomatique ?

Moscou annonce sa décision de réduire « radicalement » son activité militaire en Ukraine (sic). Mais Poutine n’a cessé de mentir et manipuler ses interlocuteurs !
Ce même jour, l’Elysée déclare que l’opération humanitaire d’évacuation de Marioupol envisagée n’est pas possible, « à ce stade » (suite à échange téléphonique Macron/Poutine). Toujours ce même jour, Poutine : les « nationalistes » ukrainiens à Marioupol « doivent déposer les armes. ».
Poutine qui souffle le chaud et le froid !

L’’Ukraine, de son côté, déclare accepter le principe de « neutralité » pour le pays, Mais Kiev veut un « accord international » garantissant sa sécurité. (l’équivalent d’un article 5 de l’Otan, sans l’Otan) ! On imagine mal Poutine accepter ça !

Le dicton nous le rappelle : une hirondelle ne fait pas le printemps, Mais, depuis la nuit des temps, le printemps revient toujours.

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