4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Des milliers de pages manuscrites de Céline retrouvés !
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Des milliers de pages manuscrites de Céline retrouvés !

Une histoire rocambolesque

D 5 août 2021     A par Albert Gauvin - C 7 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Lettres, manuscrits, photos inédites… les archives retrouvées de Céline constituent une découverte extraordinaire

Selon les très rares experts qui ont pu les consulter, ces documents devraient modifier en profondeur la connaissance de l’oeuvre de l’écrivain.

Par Jérôme Dupuis


Parmi les feuillets authentifiés, on trouve un millier de feuillets manuscrits de « Mort à crédit ». JÉRÔME DUPUIS.
ZOOM : cliquer sur l’image.
Jean-Pierre Thibaudat :
« Il y a de nombreuses années, un lecteur de Libération m’a appelé en me disant qu’il souhaitait me remettre des documents. Le jour du rendez-vous, il est arrivé avec d’énormes sacs contenant des feuillets manuscrits. Ils étaient de la main de Louis-Ferdinand Céline. Il me les a remis en ne posant qu’une seule condition : ne pas les rendre publics avant la mort de Lucette Destouches, car, étant de gauche, il ne voulait pas “enrichir” la veuve de l’écrivain. Il y avait des milliers de pages, un peu en vrac, et il m’a fallu des mois uniquement pour les classer »

La résurrection des archives disparues de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline est sans conteste l’une des découvertes littéraires les plus extraordinaires de ces dernières décennies. Son « découvreur », le critique dramatique Jean-Pierre Thibaudat, a passé des années à identifier et à retranscrire ces milliers de pages manuscrites. Il livre le fruit de son travail au Monde. « On y trouve plusieurs blocs inédits d’une importance capitale, détaille-t-il. Dans une lettre à son éditeur Robert Denoël du 16 juillet 1934, Céline disait travailler à un projet divisé en trois parties : “Enfance, Guerre, Londres”. L’enfance, il l’a traitée dans Mort à crédit, la première guerre mondiale au début de Voyage au bout de la nuit et Londres dans Guignol’s band. Mais les manuscrits retrouvés semblent être des projets distincts, qui pourraient être destinés à ce triptyque. »

Il y a tout d’abord six chapitres inédits sur la guerre, représentant 240 feuillets. Ferdinand, sorte de double romanesque de Céline, y est décrit blessé sur le champ de bataille, puis emmené par des Anglais à Ypres, en Belgique. Là, dans un hôpital de campagne, il observe les jeux lubriques d’une infirmière, Mle Lespinasse, qui masturbe les morts. « Une scène hallucinante », d’après M. Thibaudat. Ferdinand a d’ailleurs une aventure avec cette infirmière.

La précision a son importance, car les biographes de l’écrivain ont souvent rapporté une rumeur tenace selon laquelle ce dernier aurait eu une fille cachée avec une infirmière de l’hôpital d’Hazebrouck (Nord), Alice David, qui le soigna de ses blessures reçues au front. Les chapitres suivants montrent Ferdinand s’acoquinant avec un proxénète et une prostituée prénommée Angèle. La dernière scène le laisse dans un bateau s’éloignant des côtes françaises vers Londres, exactement comme le fit Céline en 1915.

Un roman inédit intitulé « Londres »

Commence alors un autre manuscrit en trois parties de plus de 1 000 feuillets intitulé Londres. La première partie à elle seule contient dix chapitres. On y suit son héros dans le milieu des proxénètes londoniens. On y croise aussi un médecin juif, Yudenbitz, mais sans véritable trace d’antisémitisme. Ce texte préfigure évidemment Guignol’s band, roman « londonien » de Céline paru en 1944. Londres pourrait néanmoins être considéré comme un roman inédit de Louis-Ferdinand Céline.


Manuscrit inédit de « La Volonté du roi Krogold », une légende féérique de Louis-Ferdinand Céline.
L’écrivain avait l’habitude de rassembler les feuillets de chaque chapitre avec des pinces à linge. JPT.

ZOOM : cliquer sur l’image.

Les archives contiennent également 600 feuillets inédits de Casse-pipe, roman mythique dont on ne connaissait jusqu’à présent que quelques rares chapitres. Chronologiquement, il s’agit de la pièce manquante entre Mort à crédit et Voyage au bout de la nuit. C’est dire son importance. Céline y transpose sa vie au 12e régiment de cuirassiers de Rambouillet dans lequel il s’était engagé en 1912. Le tout est composé d’une quinzaine de séquences, allant du pansage des chevaux aux amours d’une cantinière.

On trouve aussi des versions manuscrites incomplètes de Mort à crédit (1 000 feuillets) et de Guignol’s band (600 feuillets). « Le manuscrit de Mort à crédit est fascinant, précise François Gibault, l’un des deux ayants droit de Lucette Destouches (la veuve de l’écrivain) qui ont désormais récupéré tout ce fonds. La première partie est plutôt fidèle au roman publié, mais toute la seconde partie présente de nombreuses variantes et repentirs. »

Mais ce n’est pas tout. Les archives contiennent également le manuscrit de La Volonté du roi Krogold et une autre « légende » dactylographiée mettant en scène un « roi René », ainsi qu’une nouvelle de jeunesse inédite intitulée La Vieille dégoûtante.

Enfin, on y trouve de nombreux papiers et souvenirs personnels de Céline : des photographies de sa fille, Colette, son livret militaire, des écrits médicaux, des lettres de femmes, sa correspondance avec l’écrivain d’extrême droite Robert Brasillach – qu’il détestait pourtant –, des lettres et des relevés de comptes de son éditeur Denoël, des dessins de son ami peintre Gen Paul et de la documentation antisémite dont il s’est sans doute servi pour alimenter ses terribles pamphlets qui lui ont valu d’être poursuivi après la guerre.

Jérôme Dupuis, Le Monde du 4 août.

« La réapparition massive d’inédits de Louis-Ferdinand Céline est un événement exceptionnel »

Des milliers de pages manuscrites de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit » avaient disparu en 1944. Elles viennent de surgir du néant. Emile Brami, biographe de l’écrivain, les avait lui-même beaucoup cherchées. Entretien.

Par Grégoire Leménager

JPEG - 41.1 ko
Céline à la sortie de son procès au début des années 1950.
(ECLAIR MONDIAL/SIPA)

Coup de tonnerre au cœur de l’été. Des milliers de pages de Louis-Ferdinand Céline, soudain ressorties des oubliettes de l’histoire. Soixante ans, un mois et quelques jours après la mort de l’écrivain. Ces pages-là avaient disparu il y a plus longtemps encore, voilà plus de soixante-quinze ans, en 1944, lorsque le romancier génial de « Voyage au bout de la nuit » (1932), devenu dans l’intervalle le pamphlétaire furieusement antisémite de « Bagatelles pour un massacre » (1937), avait fui la France pour Sigmaringen en compagnie de sa femme, Lucette Destouches, et de leur chat Bébert. Par la suite, Céline s’était souvent plaint d’avoir été volé, lui qui aimait tant se plaindre. C’est qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelles pages. Il y aurait là des lettres, des brouillons, des documents en pagaille, mais aussi une version de « Mort à crédit » et des romans majeurs restés inédits. « C’est du pain pour un siècle entier de littérature », avait écrit Céline en adressant le manuscrit de « Voyage » à Gaston Gallimard en avril 1932. Il se pourrait bien que cette découverte-là soit du pain pour un bon moment aussi.

Mais tout, dans cette affaire, est incroyable. Jérôme Dupuis, qui l’a révélée dans une formidable enquête publiée par « le Monde », raconte notamment comment Jean-Pierre Thibaudat, qui fut longtemps critique dramatique à « Libération », dit avoir conservé ce trésor pendant quinze ans après l’avoir reçu, en mains propres, d’un lecteur qui « étant de gauche, ne voulait pas ‘‘enrichir’’ la veuve de l’écrivain ». Ce mystérieux lecteur-là était-il le descendant d’un résistant, qui aurait perquisitionné l’appartement parisien de Céline à la Libération ? Emile Brami est en mesure de nuancer cette hypothèse. Cet excellent biographe de l’écrivain est l’une des personnes les mieux informées sur tout ce qui touche à Céline, et plus particulièrement sur ce trésor perdu, qu’il a lui-même beaucoup cherché. Et si Brami, à force de s’en approcher au début des années 2000, avait incité ceux qui le détenaient à se débarrasser de leur mètre cube de manuscrits, pour lui permettre de resurgir aujourd’hui du néant ?

Entretien

Des milliers de pages de Louis-Ferdinand Céline viennent de réapparaître, dans des circonstances étonnantes. Pourquoi considérez-vous leur découverte comme « un événement inouï » ?

Emile Brami. C’est à n’en pas douter un événement exceptionnel, car, à ma connaissance, il n’y a pas d’exemple de réapparition d’une masse aussi importante de documents concernant l’œuvre d’un écrivain majeur, même « Jean Santeuil » de Proust, retrouvé et publié dans les années 1950, est très loin de ce qui est retrouvé aujourd’hui, d’autant plus que « Jean Santeuil » est une œuvre mineure. Ici, il est question de « la Volonté du roi Krogold », de l’intégralité de « Casse-pipe » et d’un texte inconnu intitulé « Londres », à quoi s’ajoutent des versions intermédiaires, des brouillons, de correspondances, de la documentation.

Vous-même avez longtemps été sur la piste de ce trésor. Comment avez-vous appris qu’il avait été retrouvé ? Et quelle a été votre réaction à ce moment-là ?

J’ai appris que ce trésor (le mot est faible) avait été retrouvé par l’intermédiaire d’un des héritiers de Madame Destouches, la veuve de Céline. J’étais persuadé, pour les avoir longtemps cherchés, que certains textes comme « Casse-pipe » ou « la Volonté du roi Krogold » existaient, mais je n’imaginais pas une telle richesse. Pour moi ce fut une grande émotion, car après les avoir recherchés je pensais que ces textes étaient définitivement perdus. Savoir qu’il existaient encore et seraient bientôt disponibles, et que je pourrais les lire, était extraordinaire, à quoi s’ajoute évidemment une curiosité pour leur contenu. Cette découverte va poser une lumière nouvelle sur l’œuvre de Céline et nous faire pénétrer un peu plus dans son « laboratoire » d’écriture.

Que savez-vous de ces manuscrits ? Et pourquoi ont-ils une telle valeur, littéraire et probablement historique, sinon financière ?

Je n’ai pas vu les documents, j’ai seulement pu en consulter la liste, je parle donc au conditionnel. Il y aurait une première version de « Mort à Crédit », « La Volonté du roi Krogold », texte dont l’existence était attestée par une lettre de l’éditeur Denoël à Céline, tout ou partie d’un roman inconnu intitulé « Londres » (qui pourrait bien être une première version de « Guignol’s Band »), une nouvelle inédite, de très nombreux brouillons, des correspondances (avec Robert Brasillach, par exemple), de la documentation (notamment préparatoire à la rédaction de « Bagatelles pour un massacre »), des documents comptables, etc.

La valeur littéraire de cette découverte est très importante, car Céline a écrit relativement peu de textes majeurs, et ceux qui viendraient s’ajouter au corpus de l’œuvre sont, sous réserve de vérification, de l’importance de « Voyage… » ou de « Mort à crédit ». « Casse-pipe » est en effet le chaînon manquant entre « Mort à crédit » et « Voyage » : il vient naturellement combler les manques entre l’enfance du petit Ferdinand et son engagement dans l’armée avant son départ pour le front, qui ouvre « Voyage ». Quant à « Krogold », il s’agit, pour ce que nous en savons, d’une écriture inspirée des sagas celtiques, donc totalement différente de celle des romans que nous connaissons : nous pourrions donc y trouver une facette nouvelle du style de Céline et de son inspiration.

Les brouillons, nombreux aussi, permettront de mieux appréhender la genèse de la création célinienne. Certaines correspondances auraient également une valeur historique. Enfin, et s’il faut en parler, leur valeur vénale est aussi très importante. On se souvient par exemple que la Bibliothèque nationale de France a acheté, en 2001, le manuscrit de « Voyage au bout de la nuit » pour la somme de 1,82 million d’euros… Il s’agit donc d’une découverte majeure, quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde.

Dans sa correspondance, et jusque dans son dernier livre « Rigodon », Céline a beaucoup évoqué ces très nombreux manuscrits qu’on lui aurait « pris » en 1944, à la Libération, lors d’une perquisition de son appartement parisien proche de Montmartre, alors qu’il avait fui la France pour Sigmaringen. Dans quelles circonstances, selon vous, ces manuscrits avaient-ils disparu ?

Il y a une constante chez Céline, aussi bien dans ses romans autobiographiques que dans sa correspondance : même s’il exagère, le point de départ de son propos est toujours ancré dans la réalité. S’agissant de la disparition de ses manuscrits, aussi bien dans sa correspondance que dans des versions romanesques, il accuse toujours le même homme, Oscar Rosembly. Céline le connaissait : Rosembly, à partir de 1943, a vécu chez Gen Paul, et Céline, qui le croyait juif (ce qu’il n’était pas), lui faisait faire sa comptabilité. Lorsque des soldats allemands patrouillaient à Montmartre, Rosembly montait se cacher dans l’appartement de Céline… Mais au-delà de ces accusations, nous savons que ce Rosembly, qui à la Libération de Paris se présente comme un résistant, a perquisitionné des collaborateurs aussi célèbres que l’acteur Le Vigan ou le dessinateur Ralph Soupault, et qu’il a commis des vols au cours de ces perquisitions assez importants pour le faire condamner et envoyer en prison.

Plusieurs hypothèses s’affrontent, dans l’article du « Monde », sur l’origine de ces manuscrits. Quelle est la vôtre ? Jean-Pierre Thibaudat, qui les conservait secrètement depuis quinze ans, laisse entendre qu’ils lui ont été confiés par le descendant d’un résistant, qui, parce qu’il était « de gauche », refusait « d’enrichir la veuve de l’écrivain », Lucette Destouches, disparue fin 2019. Il y a une vingtaine d’années, vous aviez pourtant suivi une autre piste : celle de Rosembly, justement, qui menait dans le maquis corse…

La version donnée par M. Thibaudat et son conseil, mon ami Emmanuel Pierrat, ne me convainc pas. Elle suppose que ces documents auraient été pris chez Céline, à Montmartre, au cours d’une perquisition qui aurait eu lieu après le départ des Destouches pour l’Allemagne le 18 juin 1944 et avant, c’est très important, la Libération de Paris à la fin du mois d’août. Il faudrait croire que cette perquisition s’est faite si discrètement que personne n’en a entendu parler en 1944, alors que ce quartier de Montmartre est un village où tout le monde se connaît et qu’il y a une concierge dans l’immeuble de Céline, et que par la suite elle ne soit jamais évoquée jusqu’à aujourd’hui alors que nombre de chercheurs se sont attaqués à la biographie de Céline. Il faut accepter aussi qu’au terme de cette visite clandestine, alors que nous sommes encore sous occupation allemande et que les résistants risquent gros, de modestes résistants de gauche embarquent 1 mètre cube de documents dont ils ne connaissent pas la valeur, qui sont très encombrants, qu’ils les conservent sans qu’on ne sache bien où ni pourquoi pendant cinquante ans, jusqu’à les transmettre à M. Thibaudat.

Pour ma part j’ai toujours pensé, et je crois toujours, que c’était Oscar Rosembly qui avait volé les manuscrits lors de la perquisition qu’il fit chez Céline après la Libération de Paris. Ces faits sont, eux, largement documentés. J’ai ainsi retrouvé il y a vingt ans la piste de sa fille, Marie-Luce Rosembly, qui vivait en Corse et m’a laissé entendre qu’elle possédait effectivement des documents importants relatifs à Céline. Mais c’était une personnalité bizarre, si bien que je n’ai pas pu avancer, restant sur ma faim. Elle est morte en 2020, à Corte.

Comment les manuscrits ont-il pu rester cachés à ce point pendant plus de soixante-quinze ans ? C’est d’autant plus incroyable que, manifestement, ils n’ont été ni vendus ni dispersés : le trésor est resté intact.

Il faut pour cela remercier M. Thibaudat qui, en possession de ces manuscrits, les a conservés sans les disperser alors qu’étant donnée la cote de Céline, il aurait pu en retirer beaucoup d’argent, par exemple en passant en vente quelques dizaines de feuillets d’inédits.

Céline, parce qu’il fut à la fois un écrivain génial et un antisémite furieux, est un « cas » hors-norme dans l’histoire littéraire, comme dit le professeur Henri Godard. Pensez-vous que cette découverte puisse nuancer, complexifier, voire aggraver ce cas ?

Cette découverte, par son importance, va, par la force des choses, sinon changer notre regard sur Céline, au moins le modifier en nous permettant de mieux comprendre si c’est possible les processus d’écriture de Céline et donc son génie. Aggraver son cas, je ne crois pas. Depuis la publication des pamphlets, nous savons à quoi nous en tenir quant à l’antisémitisme en particulier et au « racisme biologique » de Céline en général.

Combien de temps devrons-nous attendre pour lire enfin ces textes, et tout particulièrement l’intégralité de « Casse-pipe » ?

Il faudra, avant que nous puissions les lire, tout un travail universitaire de lecture − les brouillons de Céline étant souvent difficilement déchiffrables −, de mise en perspective et de notes qui prendra du temps. A moins que l’éditeur ne décide de publier très vite et en l’état, il faudra au moins deux ou trois ans avant de pouvoir lire une partie de ce qui vient d’être découvert. Je pense que Gallimard, l’éditeur naturel de Céline, publiera un ou deux volumes de Pléiade, la formule qui à mon avis conviendrait le mieux.

Pensez-vous que d’autres inédits de Céline puissent, un jour, réapparaître ?

Il existe des correspondances dont l’existence est avérée et qui ne sont pas encore publiées, celle au pasteur Löchen par exemple. Il y a sans doute aussi quelques brouillons qui ont été éparpillés. Mais je ne crois pas qu’il existe d’autres textes majeurs, Céline n’en ayant jamais parlé.

Propos recueillis par Grégoire Leménager

Emile Brami, bio express

Né en 1950 en Tunisie, Emile Brami est écrivain et libraire spécialisé dans les livres rares (il tient depuis 2012 la Librairie-Galerie D’Un livre l’autre, à Paris). Il est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels « Histoire de la poupée » (2000), « Emile l’Africain » (2008), « Massacre pour une bagatelle » (2011), « Editeur ! » (2013), où il évoque son expérience dans l’édition, ou encore « Notre crime » (2018). On lui doit également plusieurs ouvrages sur Louis-Ferdinand Céline, dont une excellente biographie, « Je ne suis pas assez méchant pour me donner en exemple » (parue aux Éditions Écriture en 2003, republiée en poche sous le titre « Céline à rebours » chez Archipoche en 2011), « Céline, Hergé et l’affaire Haddock » (Écriture, 2004), ou encore « Céline et le cinéma, Voyage au bout de l’écran » (Écriture, 2020).

LIRE AUSSI :
Louis-Ferdinand Céline, ce médecin obsédé par le lavage des mains
Emile Brami, Céline, agent nazi : où sont les preuves ?

Grégoire Leménager, L’OBS du 5 août 2021.


Parmi les documents authentifiés, on trouve un millier de feuillets manuscrits de « Mort à crédit ». JÉRÔME DUPUIS.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Manuscrits retrouvés  : "Dix ou quinze ans de publications inédites de Céline nous attendent  !"

Pas une bagatelle

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Six mille feuillets de Céline ont été découverts. L’histoire de leur « retour à la vie » est incroyable. Mais, surtout, il y a parmi eux des textes inédits. Et cela constitue un événement littéraire pour David Alliot, spécialiste de l’écrivain. Entretien.

Mort depuis 1961, Louis-Ferdinand Céline n’en finit pas d’agiter le paysage littéraire français. Dernier épisode en date, Le Monde vient de révéler l’existence d’un fonds d’archives contenant plusieurs inédits. Ces milliers de feuillets rassemblent le manuscrit intégral du roman Casse-Pipe, une première version de Mort à crédit, quelques nouvelles ainsi que des passages coupés du Voyage au bout de la nuit. Au terme d’un long périple, ses archives détenues pendant des années par l’ancien journaliste de Libération Jean-Pierre Thibaudat (qui les avait lui-même reçues d’une mystérieuse source) ont fini par revenir aux ayant-droits de la veuve de l’écrivain Lucette Destouches (1912-2019).

Dans les prochaines années, ces œuvres disparues après le pillage de l’appartement parisien des Céline à la Libération pourraient être publiées. Soixante-dix-sept ans plus tard, une véritable révolution littéraire s’annonce, d’après David Alliot, spécialiste de l’œuvre de Céline et auteur notamment de D’un Céline l’autre (Bouquins, 2021).

Marianne  : Comme l’a révélé Le Monde, des volumes entiers d’écrits inédits de Louis-Ferdinand Céline ont été récemment retrouvés. Que contiennent ces manuscrits  ?

David Alliot  : Ces archives recèlent une bombe atomique  : Casse-Pipe, le grand roman de Céline sur la première guerre mondiale. Jusqu’ici, on ne connaissait que 50 pages de ce roman. Là, on a récupéré 800 pages de manuscrit qui nous permettront enfin de lire la guerre de 1914 racontée par Céline, de son engagement au 12e régiment de cuirassiers à Rambouillet jusqu’au front. Cela va rétablir complètement l’œuvre célinienne, en commençant par sa jeunesse dans Mort à crédit, son engagement dans Casse-pipe, puis Voyage au bout de la nuit.

« C’est un bouleversement complet
de l’histoire littéraire du XXe siècle  ! »

Les volumes découverts contiennent aussi le conte La Volonté du roi Krogold qu’on ne connaissait jusqu’alors que dans des fragments et des lettres de Céline. Sans oublier des morceaux du Voyage que Céline n’a pas gardés, l’œuvre Londres qui est une sorte de prémice de Guignol’s band et quelques nouvelles inédites. Il y a aussi un manuscrit de Mort à crédit, dont on ignore encore le degré de différence avec la version tapuscrite définitive publiée. On va donc enfin connaître la genèse de Mort à crédit. Des lettres et des photos venant des affaires personnelles de Céline complètent ce dossier.

Ces révélations bouleversent-elles vraiment notre connaissance de l’œuvre célinienne  ?

C’est même un bouleversement complet de l’histoire littéraire du XXe siècle  ! Connaître la version intégrale de Casse-Pipe, la genèse de Mort à crédit, des fragments inédits du Voyage et d’autres textes inédits de cette période est extraordinaire. Tous ces volumes ont été rédigés à l’époque où Céline était le plus fécond, de 1929 à 1937. Les Pléiade, biographies et autres éditions critiques sont bonnes à refaire  ! Dix ou quinze ans de publications inédites de Céline nous attendent. La sortie de Casse-Pipe sera un événement. Cela va créer une actualité extraordinaire autour de Céline. Pour vous donner un ordre de grandeur, le dernier événement littéraire en date était la découverte de 75 feuillets de Marcel Proust. Là, on parle de 6 000 feuillets  ! J’espère que cette publication va contribuer à débloquer le dernier Far West invaincu autour de Céline qu’est le cinéma. Songez que Louis-Ferdinand Céline n’a jamais été adapté au cinéma ni à la télévision. L’actualité célinienne qui nous attend ces dix ou quinze prochaines années pourrait encourager le public et les décideurs à assouvir ce fantasme qui remonte à 1932.

Dans ses lettres et romans autobiographiques, Louis-Ferdinand Céline s’est construit son propre cinéma. Il évoque à plusieurs reprises le vol de précieux manuscrits qu’auraient commis des « épurateurs » dans son appartement montmartrois à la Libération. La découverte de ses écrits confirme-t-elle finalement ce qu’on a souvent pris pour des affabulations  ?

Exception faite des pamphlets, dans ses romans ou comme dans sa correspondance, il y a toujours un fond de vérité chez Louis-Ferdinand Céline. On connaissait l’histoire de son appartement de la rue Girardon qui avait été pillé… Pas une seule feuille n’étant sortie depuis 1944, ces écrits étaient considérés comme perdus. Tant qu’on ne connaîtra pas le nom du mystérieux donateur de ces volumes, il sera d’ailleurs impossible de remonter la généalogie du vol. Cela peut être l’acte de simples FFI, à moins que quelqu’un d’autre se soit introduit dans l’appartement de Céline après son départ. Céline et son épouse Lucette sont partis de Paris (pour l’Allemagne puis le Danemark, N.D.L.R.) en juin 1944 mais leur logement n’a été pillé qu’en août, à la Libération de Paris. L’appartement est donc resté inoccupé pendant un mois et demi. Il faut remettre les événements dans leur contexte  : les résistants cherchaient les collabos pour leur faire la peau. À Montmartre, Céline étant le premier d’entre eux, les partisans l’ont cherché mais, faute de le trouver, ont pillé son appartement. À l’époque, on ne s’embarrassait pas des traîtres  !

Antisémite, collabo, provocateur au point de traiter Pierre Laval de « juif »¸Céline traîne une image sulfureuse qui ne l’empêche pas de rester le deuxième auteur français le plus lu après Proust. Comment expliquez-vous ce succès mondial  ?

Que cela plaise ou non, Céline est un génie littéraire. Malheureusement, ce génie a écrit des horreurs sur les juifs dans ses pamphlets. En France, on ne l’accepte pas. Pour la doxa, soit vous êtes un génie résistant auréolé de pureté à la Malraux, soit vous êtes une ordure collabo à la Brasillach ou Drieu la Rochelle. A contrario, Céline est un génie qui n’entre pas dans les cases. En revanche, dans les pays qui n’ont pas connu l’Occupation comme les États-Unis, les débats franco-français sur la collaboration et l’antisémitisme sont moins éruptifs. Céline est ainsi traduit dans de très nombreuses langues, y compris en hébreu.

Les céliniens ont coutume de séparer l’homme de son œuvre, selon la conception de la critique littéraire que défendait Marcel Proust dans son Contre Sainte-Beuve. Qu’en pensez-vous  ?

Il faut forcément distinguer l’homme et l’œuvre car le génie littéraire n’empêche pas d’être une ordure. Si j’avais rencontré Louis-Ferdinand Céline dans les années 1950, il ne me serait peut-être pas apparu très sympathique. Cet homme geignard n’avait aucune gratitude. D’un autre côté, je ne sais même pas si Céline pensait un quart des horreurs qu’il a écrites dans les pamphlets. Dans Mort à crédit, prétendument inspirée de sa jeunesse, ce qu’il en raconte est complètement faux. Or, depuis quelque temps, un discours pernicieux fait de tout lecteur de Céline un facho complice de l’auteur. Je trouve ce raisonnement inquiétant.

Marianne du 6 août 2021.

LIRE : David Alliot, Madame Céline

Le trésor retrouvé de Louis-Ferdinand Céline

Depuis juin 1944, date du départ de Céline pour le Danemark, il n’y avait aucune trace des manuscrits – dont des inédits – que Céline disait avoir laissés dans son appartement. Brûlés, jetés à la poubelles, volés ? Non, préservés et retrouvés. Un trésor dont le signataire de ces lignes a été le miraculeux dépositaire puis le déchiffreur. Avant que les ayants droit n’en disposent à leur guise.

Jean-Pierre Thibaudat
journaliste, écrivain, conseiller artistique

JPEG - 81.7 ko
Manuscrit retrouvé de Céline. © jpt

Un coup de fil au journal Libération où je travaillais alors. On veut me voir. Me donner des documents ayant appartenu à Louis-Ferdinand Céline. Je crois un instant à un canular. Sait-on jamais. Rendez-vous est pris. La personne ne vient pas les mains vides mais avec un tombereau de documents. À l’évidence, la personne semble vouloir s’en débarrasser. Sa veuve Lucette ? Il ne veut pas entendre parler de la famille de Céline, pour des raisons sans doute politiques ou ayant trait à l’antisémitisme de l’écrivain. La rencontre ne dure pas. Il n’est pas question d’argent. Je ne reverrai jamais cette personne mais je tiendrai parole : je ne remettrai pas le contenu du tombereau – dont j’ignore alors tout – à Lucette Destouches.

C’est un fatras de feuilles manuscrites éparses, parfois insérées dans des chemises roses d’un des dispensaires où le docteur Destouches a exercé. Des milliers de pages, certaines très abîmées. Mais aussi des textes dactylographiés avec ou sans correction à la main. Mais encore des lettres, des photos, des fiches de compte avec l’éditeur Denoël, des dessins de Gen Paul… je suis abasourdi, sonné. Je mettrai des mois à ordonner ce magma. Mais je comprends vite que je tiens là un trésor. Inouï. Des manuscrits que les « céliniens » cherchent inlassablement depuis juin 1944, certains ayant fini par douter de leur existence.

Sur une page volante ces simples mots «  je pars  ». Le 17 juin Céline, Lucette et leur chat Bébert quittent leur appartement de la rue Girardon munis de faux passeport. Il partent pour le Danemark, via Sigmaringen. L’auteur de Bagatelles pour un massacre craint d’être arrêté, liquidé. Il ne déménage pas, il fuit. Avec forcément peu de bagages. Il dit vouloir confier ses manuscrits à sa mère, son oncle, un cousin. Mais « c’est bien des risques », écrira-t-il plus tard, en revenant sur cette période, dans Maudits soupirs pour une autre fois. Il n’en a pas le temps ou y renonce, on ne sait. Il en emporte, il en laisse. Beaucoup.

Céline ne reviendra jamais dans l’appartement loué de la rue Girardon. Il ne reverra jamais les manuscrits laissés là. Il pense qu’ils ont été brûlés, volés ou jetés à la poubelle. Il évoquera cette disparition dans des lettres, des livres. D’un château l’autre par exemple : « Je sais tout ce qu’on m’a secoué, j’ai l’inventaire dans la tronche… Casse-Pipe... La Volonté du roi Krogold… Plus encore deux...trois brouillons ! ... Pas perdu pour tout le monde ! Certes ! Je sais aussi ! Je dis rien... j’écoute les amis... » Des amis qui n’en savent pas plus que lui.

Comme le note Henri Godard dans sa biographie de Céline (Gallimard, 2011), « il laisse donc en pile sur le dessus d’une armoire les manuscrits de La Légende du roi Krogold et de Casse-pipe. Ils disparaîtront dans les jours de la Libération, avant le moment où l’appartement sera officiellement réquisitionné ». Il laisse bien d’autres choses.

Un trésor, oui.

«  Trésor je l’affirme ! De ces romans, tonnerre de dieu, que la littérature française en est appauvrie pour toujours ! La preuve qu’ils les ont brûlés, trois manuscrits presque, les justiciers épurateurs ravageurs ! Pas laissés un atome de cendres ! », écrira-t-il dans Maudits soupirs pour une autre fois. Donc « trois manuscrits », puis plus loin, dans le même texte, il va jusqu’à « quatre je dirai, sans compter la légende gaélique  », puis, encore plus loin, il opte pour « trois légendes et deux romans ».

C’est à la fois moins et plus. Le trésor retrouvé comprend en effet :

– Une nouvelle de jeunesse « La Vieille Dégoûtante » (dactylographiée avec corrections)

– Une ébauche d’un texte sur une page unique titrée « La Charogne »

– Une dactylographie (avec corrections) incomplète d’une légende où il est question d’un roi René, appelons ce texte « La légende du roi René ». Un manuscrit incomplet de « La volonté du roi Krogold » (en partie réécriture de la précédente légende) auquel Céline fait référence dans plusieurs textes dont Mort à crédit.

– Un ensemble important de séquences inédites de Casse-pipe.

Dans une lettre du 4 février 1948, Céline donne son accord à Jean Paulhan pour la publication de Casse-Pipe dans les Cahiers de la Pléiade. Et il précise : « Il n’y aura jamais ni suite ni fin à Casse-Pipe hélas ! Il était bon. Mes “occupants” Rue Girardon en ont foutu 15 ou 20 chapitres aux ordures. » Deux ans plus tard (le 15 octobre 1950), dans une lettre à Roger Nimier qui a lu et aimé Casse-Pipe et qui vient d’envoyer son roman Le Hussard à Céline, ce dernier écrit : « Allez pas croire que Casse-Pipe c’était seulement ce préambule ! Diantre il y en avait 600 pages. »

Foutues aux ordures ou pas, ces pages sont là, du moins une partie. 400 folios environ répartis en une trentaine de séquences ou chapitres. Un ensemble auquel il faut ajouter un certain nombre de pages volantes, de pages rayées provenant d’autres séquences (ou pas) laissant penser que l’état du manuscrit était encore plus développé. Céline n’exagérait sans doute pas trop en évoquant le chiffre de six cents pages sachant qu’une page manuscrite de Céline correspond à moins de quinze lignes imprimées.

Toutes les séquences retrouvées racontent la vie au 12e régiment de cuirassiers à Rambouillet à la veille de la guerre, le pansage des chevaux, le manège et ses frayeurs, les bitures, les sorties du dimanche, le récit des séances de baise de la cantinière, les officiers tançant la bleusaille, le boulot envié de garde-manège, etc., mais aussi un monde où les chevaux sont mieux traités que les hommes et où le Parisien Ferdinand fait figure d’exception dans ces recrues venues de Bretagne, généralement illettrées. L’ensemble de ces séquences amplifie considérablement le peu de séquences retrouvées depuis la publication du texte initial (et qui figurent dans l’édition de La Pléiade, la plus complète).

– D’autres pages dont on ne soupçonnait pas l’existence, l’ensemble « Guerre ». Soit un unique chapitre halluciné ; Ferdinand racontant comment il reprend conscience après l’explosion d’un obus, entouré de ses copains morts. Il erre, hallucine, croise des soldats anglais qui l’évacuent vers un hôpital de campagne. S’ensuivent quatre chapitres racontant son hospitalisation : visite de ses parents, médaille militaire, relations particulières avec une infirmière, rencontre à l’hôpital avec le souteneur Cascade et, en ville, avec la femme de ce dernier, Angèle. Laquelle, voulant reprendre sa liberté, dénonce Cascade pour s’être volontairement blessé le pied. Comme il le pressent, il sera fusillé. Et se rapproche de Ferdinand. Lors de ses passes, Angèle a rencontré un major anglais qui veut l’amener à Londres, Angèle part avec le Major, Ferdinand se débrouillera pour les rejoindre. Dernière scène : Ferdinand sur le bateau voit Douvres s’éloigner. Cet ensemble est sans doute la partie la plus étonnante de ces inédits.

– Commence alors Londres, un manuscrit en trois parties. Ferdinand retrouve Angèle à Londres, va voir Cantaloup, le boss de tous les souteneurs français repliés à Londres, l’oncle du défunt Cascade. (Les lecteurs de Guignol’s band apprécieront le tour de passe-passe des prénoms). S’ensuivent de multiples péripéties. Si la première partie de Londres a été retravaillée par Céline, les deux autres semblent en être restées à un premier jet.

En 1934, Céline évoquait un triptyque « Enfance-Guerre-Londres »…

A ces inédits s’ajoutent des manuscrits de textes existants et leur lot de variantes, parfois importantes :

– Une dactylographie avec corrections de Périclès sous-titré « farce en quatre tableaux et petits divertissements », texte publié plus tard sous le titre Progrès

– Une version manuscrite (incomplète) de Mort à crédit (roman déjà publié)

– Une version incomplète de Guignol’s band I (roman publié au printemps 1944)

– Mais encore des lettres reçues de ses amies de cœur, des feuilles de comptes de son éditeur Denoël, son livret militaire, un échange de lettres avec Brasillach, des documents à teneur antisémite, des photos, des dessins de Gen Paul, etc.

Un trésor, oui.

Des années durant, j’allais vivre, par à-coups, par vagues de travail, avec ce trésor. Dans le plus grand secret. Des nuits durant, j’allais explorer, déchiffrer des centaines et des centaines de pages en m’attachant avant tout aux textes inédits tout en me nourrissant de toute la littérature célinienne, devenant, par la force des choses, un apprenti célinien. Fasciné, envoûté, comme drogué. Harassant mais gratifiant, ce travail solitaire. Respirant l’écriture, pistant la ponctuation erratique, m’enfonçant dans un déchiffrement souvent retors, buttant sur un mot, une phrase indéchiffrable, y revenant, me noyant dans les repentirs. Et parfois, ayant peur que la maison brûle, que tout parte en fumée.

Le travail de décryptage largement accompli, il me fallait attendre, par fidélité à ma promesse, la disparition de Lucette Destouches. Laquelle s’éteignit à l’automne 2019, à l’âge de 107 ans. Je pris alors contact avec ce grand spécialiste de la propriété littéraire et cet amoureux des lettres qu’est Me Pierrat, par ailleurs avocat de l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine). Pour la première fois, j’évoquai le trésor. A un tiers. Ses yeux brillèrent de stupeur. Il invita bientôt les deux ayants droit à me rencontrer. Me Gibault, auteur d’une biographie en trois volumes de Céline que j’avais souvent consultée. Et Véronique Chovin, amie de longue date de Mme Destouches, cette dernière l’avait couchée sur son testament. Je leur donnai à chacun une feuille dactylographiée sur laquelle j’avais inventorié les éléments du trésor cités plus haut. Je leur fis part de mon travail de décryptage. Je leur confiai surtout qu’à mes yeux, il serait dommage de disperser ce trésor, constituant un corpus unique qui ferait le régal des chercheurs. J’ajoutai qu’ayant travaillé à l’IMEC à plusieurs reprises, et ayant su apprécier cette maison, je trouverais formidable que le trésor aille en bloc enrichir le fonds Céline qui s’y trouve. Rêve d’un rêveur.

On se quitta. Des mois passèrent. Jusqu’à ce que les policiers de l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels) à Nanterre ne me convoquent : une plainte pour recel avait été déposée par les ayants droit de Céline. J’étais un « receleur » !

L’affaire rocambolesque touchait à sa fin. Accompagné par le cabinet de Me Pierrat, je me suis donc rendu à Nanterre avec le tombereau cette fois parfaitement ordonné. Le policier en chef brandit sous mes yeux une feuille où figurait l’inventaire du trésor : celle-là même que j’avais donnée aux ayants droit ! Comique de répétition, si je puis dire. Plus d’une heure durant, cinq policiers comptèrent, feuille par feuille, tous les documents. Sans émotion aucune cependant : le nom de Louis-Ferdinand Céline ne leur disait pas grand-chose. Dans l’une des pièces attenantes se tenait une danseuse de Degas. Vraie ou fausse ? Sur ce plan-là, je n’ai jamais eu de doute. Enfin, comptage achevé et signatures apposées (celle du policier en chef et la mienne) sur les multiples enveloppes scellées, vint l’interrogatoire. Qui vous a donné tout ça ? « Secret des sources », répondis-je. Le policier revint plusieurs fois à la charge, usa de ruse, la réponse ne varia pas. Qu’importe la source pourvu qu’on ait l’ivresse.

Les manuscrits rendus, l’affaire semble devoir être classée sans suite. Ne m’étant jamais senti le propriétaire de ce trésor, au mieux son provisoire dépositaire, m’en délester ne me fit rien. Mon trésor à moi fut d’en décrypter les parties inédites. Une épopée intime. Un tête-à-tête fabuleux.

Les ayants droit ont récemment récupéré le trésor. Que deviendra-t-il ?

Il était l’heure pour moi de briser un si long silence, de proclamer haut et fort l’existence de ce trésor inestimable tout en souhaitant qu’il soit, dans un avenir relativement proche, mis à la portée de tous. Dans une institution publique pour qu’il soit accessible, en particulier aux chercheurs et aux étudiants. Et, pour ce qui est des inédits, dans une publication qui n’attende pas la refonte nécessaire des œuvres de Céline dans La Pléiade.

Mediapart, 6 août 2021.

Stupéfiant Céline

2021. Emmanuel Pierrat, avocat de Jean-Pierre Thibaudat, et les inédits.
Extrait du documentaire diffusé sur France 5 Céline, les derniers secrets.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
Ajouter un document
  • Lien hypertexte

    LIEN HYPERTEXTE (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


7 Messages

  • Albert Gauvin | 19 mai 2022 - 11:58 1

    Manuscrits de Céline : ce que Jean-Pierre Thibaudat, leur « miraculeux » détenteur, a raconté aux policiers

    Alors que paraît « Guerre », le premier des romans inédits de l’écrivain, « l’Obs » a pu consulter l’audition devant les policiers, en mars 2021, de Jean-Pierre Thibaudat, l’homme qui aurait reçu ces manuscrits dans des conditions étranges. L’enquête ayant été classée sans suite, l’énigme sur leur disparition reste entière.

    Par Vincent Monnier
    Publié le 6 mai 2022 à 16h55

    Ce 18 mars 2021, Jean-Pierre Thibaudat, 74 ans, ancien journaliste de « Libération », arrive dans les locaux de la brigade de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (parfois abrégé en OCBC), accompagné de son avocate du cabinet Pierrat. Ils sont flanqués de deux valises, qui contiennent des manuscrits inédits de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, portés disparus depuis juin 1944. A l’époque, face à l’avancée des forces alliées, l’écrivain, proche des milieux collaborationnistes, avait décampé de son appartement de la rue Girardon, dans le 18e arrondissement de Paris, pour rejoindre l’Allemagne puis le Danemark. Dans sa fuite, il laissait derrière lui un tas de feuillets dans son logement. Ils vont mystérieusement disparaître. Volés ? Brûlés ? Eparpillés aux quatre vents dans les soubresauts de la Libération de Paris ? Nul n’a jamais vraiment su. Pas même les plus fervents céliniens.

    L’enquête préliminaire, qui a valu à Jean-Pierre Thibaudat d’être interrogé, a fini par être classée sans suite, en novembre dernier. Mais après plus de soixante-quinze années pleines de mystères, l’Histoire retiendra que ces manuscrits, parmi lesquels se trouvait « Guerre », le roman aujourd’hui édité par Gallimard, ont soudainement fait leur miraculeuse réapparition publique ce jour-là, dans les locaux sans charme de l’Office central de la Police nationale, rue des Trois-Fontanots, à Nanterre.

    Une restitution sous condition

    L’affaire avait commencé en juin 2020, quand Jean-Pierre Thibaudat contacte François Gibault et Véronique Chovin, les deux ayants droit de Céline, par le biais de Me Emmanuel Pierrat, l’avocat du Tout-Paris littéraire, pour les informer qu’il est en possession de ces manuscrits disparus. Une réunion est alors organisée entre les différentes parties.

    Le lendemain, Me Emmanuel Pierrat adresse un mail aux deux héritiers. Il pose une liste de conditions à la restitution des documents. Il explique notamment que son client souhaiterait en faire don à l’Imec (l’Institut Mémoires de l’Edition contemporaine, basé près de Caen) dont l’avocat rappelle être le secrétaire général. Il précise également qu’il a été convenu que l’ancien journaliste « assurera l’édition scientifique » lors de la future publication des ouvrages.

    Les héritiers de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit » ne l’entendent pas de cette oreille. Ils n’ont convenu de rien et s’étonnent que Jean-Pierre Thibaudat se comporte comme le découvreur des documents. Pour eux, il n’en est que le receleur. A deux reprises, en juin et en septembre 2020, ils demandent ainsi, par le biais de leur avocat, Me Jéremie Assous, la remise « immédiate et sans conditions  » des manuscrits.

    Leurs requêtes restent lettre morte. Une plainte est alors déposée, entraînant l’ouverture de l’enquête préliminaire en février 2021, puis la convocation de Jean-Pierre Thibaudat pour une audition libre dans le cadre de cette enquête.

    Deux énormes sacs

    Celle-ci débute par la salve de questions habituelles : activité passée, ressources actuelles, lieu de résidence. L’ancien correspondant de « Libé » à Moscou, devenu par la suite chroniqueur théâtral, a préféré prendre les devants et remettre les manuscrits disparus en préambule à son audition :

    "« Confirmez-vous avoir donné votre assentiment afin que nous procédions à la saisie des manuscrits et des documents inédits que vous nous avez remis préalablement à cette audition, lui demandent les policiers."
    "— Oui, répond-il."
    "— Confirmez-vous nous avoir remis l’ensemble des documents manuscrits et écrits de Céline qui vous avaient été donnés ?"
    "— Oui. »"

    Puis les policiers entrent dans le vif du sujet : « Pouvez-vous nous expliquer de manière chronologique de quelle manière (sic) vous avez été amené à entrer en possession des documents saisis précités ? », demandent-ils à l’ancien journaliste.

    En guise de réponse, ce dernier se montre des plus flous. Il évoque un mystérieux coup de fil suivi d’une brève rencontre avec un interlocuteur tout aussi mystérieux : «  Lorsque j’étais à “Libération”, raconte-t-il, j’ai reçu un coup de téléphone d’une personne – j’ai compris que c’était un lecteur qui suivait ce que j’écrivais – qui m’a dit : “J’ai des documents et manuscrits de Céline et je veux m’en débarrasser.” Je lui demande pourquoi elle ne prend pas contact avec la veuve de Céline et elle me répond qu’elle ne veut aucun contact avec ces gens-là. Nous prenons rendez-vous en bas de “Libération”. »

    A quelle date survient cet étonnant appel ? Sa mémoire vacille : « Le coup de fil a eu lieu entre 1982 et 1996 mais j’ai pas d’idées plus précises, je dirais fin des années 1980 », répond-il drôlement.

    Le rendez-vous se serait tenu dans un café proche de la place de la République. « La personne vient avec deux énormes sacs, c’était un désordre, elle me dit : “Voilà j’ai tout mis là-dedans”, raconte Jean-Pierre Thibaudat. Cela a été très bref, la personne ne voulait plus voir ça et elle est partie. »

    Devant les policiers, il refuse toutefois de livrer davantage d’informations sur l’identité de son interlocuteur : « Je ne donnerai pas le nom de cette personne car cela faisait partie de notre pacte. Je devais garder secrète son identité et ne pas remettre les documents à la veuve de Céline. J’ai donc attendu le décès de Lucette Destouches. » Il ajoute toutefois ne connaître ni cette personne ni sa famille.

    L’audition se poursuit.

    "— Je pense que c’est des questions probablement éthiques, politiques, je n’ai pas posé la question. »"

    « Secret des sources »

    Malgré son mutisme sur ce point, les policiers reviennent à la charge pour tenter d’en savoir plus sur l’identité de son interlocuteur :

    "« Pouvez-vous nous indiquer clairement qui vous a remis ces écrits ?"
    "- Non, je refuse de répondre en raison du secret des sources."
    "- A quel titre invoquez-vous le secret des sources pour la personne qui vous a remis ce document ?"
    "- A titre journalistique, la personne m’appelle parce que je suis journaliste, c’est pour cela que je parle du secret des sources. »"

    A partir de ces documents, l’ancien grand reporter ne rédigera pourtant aucun article, ni n’entreprendra le moindre travail journalistique. D’ailleurs, ni sa direction ni ses collègues ne seront mis dans la confidence.

    Pour un journaliste, l’intéressé semble d’ailleurs avoir fait montre de bien peu de curiosité lors de ce rendez-vous :

    "« L’avez-vous interrogé sur la provenance de ces écrits de Céline ?, demandent les policiers."
    "— Non non pas du tout, mais l’âge de la personne, ça ne pouvait pas être elle qui les avait récupérés, répond-il, ajoutant que cette personne avait entre “40 et 50” ans. »"

    Devant les enquêteurs, Jean-Pierre Thibaudat justifie même son manque de curiosité. A le croire, il s’agissait de sauver les documents de la benne à ordures : « Elle ne souhaitait qu’une chose, c’était s’en débarrasser, elle ne souhaitait pas les vendre […] moi ce qui m’importait c’était que ces documents ne finissent pas à la poubelle, comme cette personne était à deux doigts de le faire. »

    « Un geste de préservation »

    A la suite de ce rendez-vous, Jean-Pierre Thibaudat assure ne pas avoir pris tout de suite conscience du caractère inédit des documents qui lui avaient été remis : «  Tout avait été rassemblé à la va-vite et moi je travaillais énormément à cette époque donc je n’avais pas le temps de m’y mettre à plein temps, je faisais cela l’été, je classais tout et cela m’a pris plusieurs années. Une fois que j’ai tout classé, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses inédites et donc je me suis attelé à les décrypter »

    Pourtant, quelques questions plus tard, il confirme avoir bien entendu parler de la disparition des manuscrits de Céline à son domicile en 1944, et être arrivé à la conclusion que les documents entre ses mains étaient bien ceux-là. Toutefois, il nie avoir été au courant qu’ils provenaient d’un vol : « Céline en parle lui-même dans ces œuvres sauf qu’il dit volé, brûlé, jeté aux ordures, à chaque fois, ce n’est jamais la même version  », se justifie-t-il.

    D’ailleurs, lui qui se présente comme leur « miraculeux dépositaire  » considère qu’il s’agit davantage d’un sauvetage que d’un cambriolage : « Je pense que les gens qui ont pris cela ont sauvé ces documents, sans ce geste de préservation ces documents auraient été probablement détruits […], jamais personne n’a songé à les vendre, ni eux ni moi.  »

    Interrogé sur Oscar Rosembly, l’ancien comptable de Céline reconverti en opportuniste résistant en 1944, longtemps soupçonné de s’être servi dans le logement abandonné de l’écrivain, Jean-Pierre Thibaudat répond ne pas le connaître.

    Selon son récit, l’ancien journaliste prend contact avec Me Emmanuel Pierrat, «  en tant que spécialiste des droits d’auteur », quelques mois après la mort de Lucette Destouches, la veuve de Céline, décédée en novembre 2019 à l’âge de 107 ans, « puisque le pacte est fini ». « Il m’a dit qu’il fallait contacter Me Gibault car il était l’héritier de Céline.  »

    Le fameux rendez-vous est organisé au cabinet de Me Pierrat en juin 2021. Lors de cette réunion, François Gibault arrive accompagné de Véronique Chovin, l’autre héritière de Lucette Destouches. « La dame », comme l’appelle Thibaudat, dont il ne connaissait pas l’existence. «  Je souhaitais leur remettre les documents mais je souhaitais qu’ils ne soient pas dispersés car c’était un trésor rare de voir tous ces éléments réunis. Me Gibault était plutôt d’accord mais pas l’autre personne, explique Thibaudat à propos de cette rencontre. Je n’ai jamais songé à disperser ou vendre ces documents, je souhaitais en faire don à l’Imec ou la BNF.  »

    Un livre pour donner sa version

    Interrogé sur son refus de restituer les documents suite aux demandes des ayants droit, il peine à se justifier : «  Il y avait quelque chose qui n’était pas clair, je plaidais pour que tout cela reste en bloc pour que les chercheurs puissent avoir accès à l’ensemble des documents, je pensais que cela était le mieux. La dame a d’abord dit qu’elle voulait examiner les documents, j’ai compris qu’elle voulait soit dissimuler un certain nombre de choses soit vendre un certain nombre de choses. Je trouvais cela dommageable. » Une version contredite par les deux héritiers de Lucette Destouches.

    "« Aviez-vous donc conscience que ces écrits appartenaient légalement aux ayants droit de Céline ?, lui demandent alors les policiers. "
    "— Pour moi, ils appartiennent à l’histoire littéraire française. »"

    Une histoire littéraire qu’il aura pourtant privée de ces manuscrits inestimables pendant de longues années.

    Les questions suivantes portent sur le rôle « d’éditeur scientifique » qu’il souhaiterait se voir attribuer : «  Pendant toutes ces années je me suis attelé à décrypter toutes ces choses inédites de Céline ce qui prend un temps considérable. L’édition scientifique était une édition avec une présentation des choses, d’où elles viennent et le contexte etc. […] Il n’y avait pas de rémunération pour moi de prévue, il n’a jamais été question d’argent dans cette histoire de A à Z  », conclut-il son audition, après avoir refusé que son téléphone soit «  perquisitionné ».

    Par la suite, plusieurs actes d’enquête seront menés sur les fadettes et la géolocalisation de son portable. Sans permettre d’en savoir plus sur le parcours des manuscrits. En novembre 2021, le procureur de la République décide donc de classer l’affaire.

    Après un temps de réflexion, les héritiers ont finalement choisi de ne pas relancer les investigations. De son côté, Jean-Pierre Thibaudat, lui, se mure toujours dans le silence sur l’origine de ses manuscrits. Il confie cependant à « l’Obs » qu’il aurait entamé la rédaction d’un livre pour raconter sa version de l’histoire pour « mettre fin aux flots de mensonges et d’élucubrations déversés ».

    L’OBS, 5 mai.


  • Albert Gauvin | 24 mars 2022 - 16:32 2

    Le roman inédit Guerre devrait paraître le 5 mai 2022 dans la collection Blanche de Gallimard.

    L’édition a été établie par Pascal Fouché avec un avant-propos de François Gibault.

    Ce texte est le premier à être publié après la réapparition en 2021 de milliers de feuillets inédits de l’auteur de Voyage au bout de la nuit.

    Selon La Lettre du libraire, un tirage d’environ 80 000 exemplaires est annoncé pour ce texte « qui appartient au triptyque "Enfance-Guerre-Londres", dont le premier volet Mort à crédit a été publié en 1936. Guerre est publié dans son premier et seul état de rédaction connu, datable de 1934 et nous permet de suivre Ferdinand Bardamu, depuis la Belgique où il est hospitalisé dans un bourg des Flandres, jusqu’en Angleterre. »

    Présentation de l’éditeur
    Parmi les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment retrouvés figurait une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre. Avec la transcription de ce manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit (1932), une pièce capitale de l’œuvre de l’écrivain est mise au jour. Car Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève le voile sur l’expérience centrale de son existence : le traumatisme physique et moral du front, dans l’« abattoir international en folie ». On y suit la convalescence du brigadier Ferdinand depuis le moment où, gravement blessé, il reprend conscience sur le champ de bataille jusqu’à son départ pour Londres. À l’hôpital de Peurdu-sur-la-lys, objet de toutes les attentions d’une infirmière entreprenante, Ferdinand, s’étant lié d’amitié au souteneur Bébert, trompe la mort et s’affranchit du destin qui lui était jusqu’alors promis. Ce temps brutal de la désillusion et de la prise de conscience, que l’auteur n’avait jamais abordé sous la forme d’un récit littéraire autonome, apparaît ici dans sa lumière la plus crue. Vingt ans après 14, le passé, « toujours saoul d’oubli », prend des « petites mélodies en route qu’on lui demandait pas ». Mais il reste vivant, à jamais inoubliable, et Guerre en témoigne tout autant que la suite de l’œuvre de Céline.

    http://www.lepetitcelinien.com


  • Viktor Kirtov | 18 novembre 2021 - 17:47 3

    Par Jérôme Dupuis
    Le Monde, 18/11/1921

    Selon nos informations, les investigations n’ont pas permis d’établir comment des milliers de feuillets inédits du romancier, disparus à la Libération, ont pu réapparaître en2020.


    Parmi les documents authentifiés, on trouve un millier de feuillets manuscrits de « Mort à crédit ».
    JÉRÔME DUPUIS - ZOOM : cliquer l’image

    Il sera dit que rien n’est jamais simple avec Louis-Ferdinand Céline. On aurait pu imaginer que la redécouverte miraculeuse de milliers de pages manuscrites de l’auteur de Voyage au bout de la nuit disparues en1944, révélée par Le Monde en août2021, resterait un événement strictement littéraire ; d’autant que parmi ces feuillets se cachent deux romans inédits – Guerre et Londres – ainsi que le manuscrit complet du mythique Casse-pipe, que les « céliniens » rêvaient de lire depuis soixante-quinze ans.

    La réapparition de ces « trésors » s’est pourtant doublée d’un feuilleton judiciaire. En février, les deux ayants droit de l’écrivain mort en1961, François Gibault et Véronique Chovin, avaient déposé une plainte pour « recel de vol » contre Jean-Pierre Thibaudat, l’homme qui avait secrètement conservé ces manuscrits pendant des années avant de les leur restituer. Il est, en effet, de notoriété publique – Céline l’a rageusement rappelé dans ses œuvres d’après-guerre – que ces documents lui avaient été dérobés dans son appartement de Montmartre, au moment de la Libération. Pendant des mois, les hommes de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) ont donc enquêté sur ce vol vieux de trois quarts de siècle. Selon nos informations, le 21 septembre, le procureur de Paris a finalement décidé de classer sans suite cette enquête. Motif : « infraction insuffisamment caractérisée ».

    oOo


  • Albert Gauvin | 21 septembre 2021 - 12:12 4

    Depuis la réapparition des inédits de l’auteur de « Mort à crédit », une féroce bataille judiciaire oppose les héritiers de sa veuve et leur dernier « dépositaire ». Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour recel de vol. LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 16 septembre 2021 - 23:04 5

    Des milliers de feuillets de l’écrivain, dérobés à la Libération, viennent de réapparaître. Comment ont-ils atterri chez le journaliste Jean-Pierre Thibaudat ? Plusieurs thèses s’affrontent… LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 18 août 2021 - 23:34 6

    Entretien. Antoine Gallimard, le patron de la maison d’édition historique de Céline entend bien publier en exclusivité les feuillets qui ont ressurgi, 77 ans après leur disparition. Il espère aller vite, entamer le travail, juste après les premières discussions avec les ayants droit, début septembre. LIRE ICI.


  • Albert Gauvin | 12 août 2021 - 21:45 7

    Entretien avec François Gibault, leur nouveau « propriétaire »

    L’avocat est l’un des deux ayants droit de Louis-Ferdinand Céline. Il nous en dit plus sur le contenu des fameux feuillets et règle ses comptes avec Jean-Pierre Thibaudat, l’homme qui a gardé pendant des années les manuscrits. LIRE DANS L’OBS ICI.