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Un centenaire en pleine forme : le Parti Communiste Chinois plus nationaliste que jamais

D 3 juillet 2021     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un centenaire monumental


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Le parti aux plus de 90 millions d’adhérents a célébré son centenaire avec un anniversaire digne d’une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Lundi 28 juin, le Parti Communiste Chinois a célébré cet anniversaire avec un spectacle haut en couleur à la gloire de la Chine communiste.

Huffington Post

"Le peuple chinois s’est levé" et sa "renaissance" après plus d’un siècle de sous-développement et d’invasions est "irréversible" : le président Xi Jinping a usé de forts accents patriotiques jeudi lors du centenaire du Parti communiste.

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Le Parti Communiste Chinois (PCC) converti au nationalisme

« Résoudre la question de Taïwan et réaliser la réunification complète de la patrie sont les missions historiques indéfectibles du Parti communiste chinois et l’aspiration commune du peuple chinois. »
XI JINPING, JEUDI DANS SON DISCOURS CÉLÉBRANT LES 100 ANS DU PARTI

Le « prince rouge » exalte « la renaissance de la grande nation » chinoise et vole vers un troisième mandat

SÉBASTIEN FALLETTI @falettiseb
CORRESPONDANT EN CHINE (Le Figaro)
2/07/2021


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MÈME le ciel plombé de moiteur de Pékin s’est mis au diapason de la veste grise à col Mao du timonier Xi Jinping. Au balcon de la porte de la Paix Céleste, qui surplombe la place Tiananmen, le costume martial du président chinois le distingue immanquablement des caciques du régime communiste aux yeux de la foule de 70000 personnes massée sur l’esplanade, sous le crachin moite, drapeau rouge à la main. Le dirigeant de la deuxième puissance mondiale s’avance à la tribune, siglée de la faucille et du marteau, sur fond rouge, en accord avec celui du décor ancestral de cette porte ocre bâtie par les Ming. marquant l’entrée de la Cité interdite. Comme un précipité de la ligne nationaliste décomplexée de son secrétaire général toutpuissant, proclamée à l’heure des célébrations grandioses du centenaire du Parti communiste chinois (PCC), ce 1er juillet. « Le temps où le peuple chinois pouvait être.foulé aux pieds, où il souffrait et était opprimé est à jamais révolu », déclare Xi. Et d’envoyer « un message au monde » sous un tonnerre d’applaudlssements : « Le peuple chinois s’est levé », et il résistera à toute « hégémonie  », prévient le dirigeant en plein bras de fer stratégique avec les États-Unis.

Retour vers le futur à Pékin. En célébrant en fanfare l’entrée du parti dans un second siècle plein d’ambitions, Xi Jinping nargue crânement les Cassandre occidentales qui annonçaient la mort du communisme sur les décombres du mur de Berlin. Trois décennies plus tard, le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao proclame sa renaissance à la face du monde, sous les atours d’un nationalisme affirmé, et défie des démocraties libérales tétanisées. « La force du parti démontre que le marxisme joncnonne ! », a déclaré Xi devant les caméras du monde entier. Surfant sur sa gestion énergique du Covid, le « prince rouge » instrumentalise ce rendez-vous pour lancer la contre-offensive idéologique mondiale, et mieux justifier la mainmise sans partage du régime sur le pays le plus peuplé du monde. « Le parti est obsédé par l’histoire, comme toute formation marxiste-léniniste.

" Xi a transformé un Parti communiste
en formation de droite
ultranationaliste "

WU QIANG. POLITOLOGUE INDÉPENDANT

Ce centenaire est un moment sacré, qui vise à légitimer son pouvoir en démontrant comme une preuve historique que le chemin qu’il a choisi est le bon. Il s’agit d’un moment pivot projetant le parti vers un nouveau siècle », juge Rana Mitter, professeur à l’université d’Oxford. « La renaissance de la grande nation chinoise est irréversible », a déclaré Xi, s’appuyant sur le décollage économique spectaculaire des dernières décennies et l’élimination de la pauvreté, pour propulser le pays vers la suprématie mondiale à l’horizon 2049, défiant l’Amérique, sans la nommer.

Que de chemin parcouru depuis ce rendez-vous clandestin dans la moiteur de Shanghaï, en 1921, entre quelques intellectuels idéalistes, dont un bouillonnant assistant de bibliothèque de 27 ans originaire du Henan, Mao Tsé-toung. A l’époque, le groupuscule galvanisé par la révolution russe de 1917, pourchassé par les polices des concessions étrangères de la ville, doit poursuivre son conclave fondateur sur un frêle esquif sur le lac de Jiaxing. Aujourd’hui, le parti est devenu une « machine à gouverner » de 95 millions de membres, qui souffle ses bougies en se confondant avec la nouvelle grande puissance mondiale, exhibant porte-avions et jets furtifs. « Toute tentative d’enfoncer un coin entre le parti et le peuple chinois est vouée à l’échec », prévient le dirigeant, qui revendique à jamais le mandat de « fils du ciel » et piétine tout appel une alternative démocratique.

Mardi, Xi a décoré de fiers soldats défendant bec et ongles les frontières disputées du géant, de la mer de Chine du Sud à l’Himalaya, accomplissant la mue nationaliste d’une formation en quête d’une idéologie de rechange depuis la répression de Tiananmen et sa conversion au capitalisme. Ironie mordante, le nouveau timonier reprend à son compte l’agenda du Kuomintang de Tchang Kaïchek, l’adversaire historique de Mao. « Xi a transformé un parti communiste en formation de droite ultranationaliste », juge Wu Qiang, politologue indépendant, écarté de l’université de Tsinghua pour ses propos critiques.

Ces célébrations sont la culmination d’une intense campagne de propagande de plusieurs mois, déclenchant la fierté chez de nombreux Chinois, qui ont regardé en direct pendant près d’une heure le discours de leur dirigeant. Sonder les cœurs dans un système autoritaire privé d’élection, où l’ensemble des informations et des sondages est étroitement contrôlé par le pouvoir est une gageure, mais nombre d’indices indiquent une adhésion réelle à travers ce pays, où la propagande démarre dès l’école maternelle.

" Beaucoup de Chinois ne croient pas forcément à la propagande, mais ils l’acceptent "
BIAO XIANG, ANTHROPOLOGUE
AU MAX PLANCK INSTITUTE. A BERLIN

Sur la messagerie Weibo, le hashtag #I00ans a été vu 5,3 milliards de fois et a déclenché plus de 23 millions de commentaires quelques minutes après la fin du discours. « J’ai failli rater ma station de métro, car je regardais en direct sur mon téléphone ! », s’exclame un internaute. « Tout le monde regarde, je suis trop émue », s’enflamme une autre. Des entreprises ont convoqué leurs employés plus tôt au bureau pour qu’ils écoutent ensemble la parole de Xi Dada, (Oncle Xi), au moment où le parti les reprend en main. Beaucoup associent le régime à l’extraordinaire amélioration des conditions de vie depuis les années 1970, et y voient un garant contre le spectre du chaos qui hante l’histoire séculaire chinoise. « Beaucoup de Chinois ne croient pas forcément à la propagande, mais ils l’acceptent », juge Biao Xiang, anthropologue au Max Planck lnstitute, à Berlin. Et les rares voix discordantes sont bâillonnées sans merci depuis l’arrivée de Xi au pouvoir, en 2013, plaçant le couvercle sur toutes les dissensions, même à l’intérieur du parti.

Le Parti a parcouru un long chemin depuis sa création, et a accompli tant de cnoses. Pour cela, le peuple chinois lui est extrêmement reconnaissant
UN VISITEUR DE LA MAISON Où A ÉTÉ CREE LE PCC A SHANGAÏ

A l’étranger, en revanche, le discours nationaliste de Xi, de même que sa reprise en main implacable à Hongkong et au Xinjiang, accélère le rejet de la Chine, en particulier dans les pays développés, nourissant le risque d’isolement. L’image du pays connait une dégradation historique, avec près de trois quarts des habitants ayant une perception négative du géant asiatique, aux États-Unis, au Canada, en Asie-pacifique, et 66 % en France, selon une nouvelle enquête du Pew Research Institute. Le spectre de l’isolement international est balayé par les stratèges de Pékin, qui jugent l’Occident irrémédiablement en déclin et misent sur les pays du Sud. « Le Parti veut faire naissant coïncider son centenaire avec le grand basculement du monde vers l’Asie », analyse Mitter. Persuadé d’avoir le vent de l’histoire dans le dos, le régime avance ses pions et réaffirme sa détermination à achever la « réunification » de Taïwan au continent, au risque d’une nouvelle escalade périlleuse avec Washington.

Cette fuite en avant « patriotique » vise à consolider la popularité intérieure du « prince rouge », pour mieux légitimer sa mainmise sur le régime. Les célébrations spectaculaires du centenaire sont un tremplin grandiose pour propulser Xi vers un troisième mandat et un éventuel règne a vie, un an avant le prochain congrès du parti, prévu pour 2022. Son rôle central au cœur de la mise en scène reflète un pouvoir sans partage en coulisse, et l’absence de tout potentiel successeur dans l’assemblée. Cette configuration augure d’un nouveau quinquennat, qui marquerait une rupture avec la tradition de ses prédécesseurs. « Xi travaille d’arrache-pied pour placer ses alliés, et dénicher les agents déstabilisateurs. Il est déjà assuré du contrôle pour 2022 », juge Alex Payette, fondateur du cabinet de conseil Cercius. Derrière la porte close, les luttes internes d’un régime hanté par la chute de l’URSS échappent au monde extérieur et à la plupart des Chinois, dans un environnement lourd de défis économiques, démographiques et géopolitiques. En façade, sur la place Tiananmen, l’ordre règne comme jamais depuis que les chars ont maté la rébellion démocratique, en 1989, l’année de la chute du mur de Berlln.

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Comment le nouvel empereur a étendu la main de fer du Parti

PATRICK SAINT-PAUL @psaintpaul

LE NOUVEL empereur rouge a réparé l’affront. Un siècle après la fondation du Parti communiste chinois, Xi Jinping peut s’enorgueillir d’avoir lavé une « humiliation » du passé à Hongkong. Sous son règne, la main de fer du Parti s’est étendue à l’ancienne colonie britannique, cédée par la dynastie Qing au Royaume-Uni dans le cadre des traités inégaux imposés à l’empire du Milieu par les puissances occidentales à la fin de la première guerre de l’opium. Le principe « un pays deux systèmes », accepté par une Chine tout juste émergente lors de la rétrocession de 1997, a été enterré il y a un an avec l’adoption de la loi sur la sécurité nationale.

« La fin du Hongkong Ici que le monde le connaissait avant », avait prédit Joshua Wong lors de la promulgation de la loi. Un an plus tard les craintes du jeune activiste prodémocrate se sont matérialisées. Il est en prison. Selon les autorités hongkongaises, 114 personnes - militants prodémocratie, journalistes et opposants- ont été arrêtées comme lui, pour avoir enfreint cette loi et 64 ont été poursuivis. La semaine dernière, le premier procès d’une personne accusée d’avoir violé la loi s’est ouvert à Hongkong. Il se déroule sans jury et en présence de trois magistrats tout spécialement sélectionnés. Les autorités de Pékin et l’exécutif hongkongais, à La botte de la Chine, affirment que cette loi a permis de rétablir la stabilité face à la contestation populaire de 2019, qui avait mis en ébullition le territoire. Ses détracteurs estiment qu’elle sonne la fin du garde-fou juridique entre la Chine et le territoire, qui était censé rester en vigueur jusqu’en 2047 et connu sous le nom « un pays, deux systèmes

114
personnes
ont été arrêtées pour avoir enfreint la loi sur la sécurité nationale et 64 ont été poursuivies depuis son adoption il y a un an.

Jeudi, un calme inhabituel régnait à Causeway Bay, haut lieu de la contestation anti-Pékin, à l’occasion du centenaire du PCC, qui coïncidait avec le 24r anniversaire de la rétrocession de l’île. Plus de 10000 policiers ont été déployés afin de réprimer tout acte de dissidence.

L’accord de rétrocession signé en 1997 avait pourtant offert à Hongkong une relative autonomie. L’ile était gouvernée comme un territoire semi-autonome avec une économie capitaliste, un système légal et politique séparé de la Chine continentale. La loi fondamentale, une constitution de fait, garantissait certaines libertés, notamment une presse indépendante et le droit de manifester. Pendant deux décennies Hongkong était devenue une place financière florissante et gouvernait largement ses propres affaires. La Chine s’était engagée à respecter pendant cinquante ans ce principe. Mais elle continuait de voir Hongkong comme une partie intégrante de son territoire. Certains optimistes espéraient que la prospérité de Hongkong diffuserait certaines valeurs démocratiques à la République populaire, y compris à l’arrivée au pouvoir en 2012 de Xi Jinping, alors considéré comme un pragmatique. Sa politique ultranationaliste marquée par de forts relents maoïstes l’a au contraire poussé à tout faire pour affaiblir le statut spécial et étendre l’autorité du PCC sur l’ile.

Début de la désillusion Comme souvent sous le règne de l’empereur Xi, la reprise en main de Hongkong a été scellée par une petite phrase passée inaperçue et noyée au milieu d’un épais et aride livre blanc. Pékin devait exercer « une juridiction complète » sur le territoire était-il écrit dans le document publié en 2014, qui signalait clairement la volonté de Xi de mater la défiance politique dans l’ex-colonie britannique. Dès lors un bras de fer pour le contrôle de Hongkong s’est enclenché.

En 2014, le mouvement démocratique des « parapluies » avait attiré 1 million de Hongkongais dans les rues. La jeunesse réclamait un scrutin libre pour désigner l’exécutif du territoire. Pékin les laissa choisir parmi des candidats triés sur le volet ayant juré fidélité à la Chine communiste. C’était le début de la désillusion. En 2019, les manifestations chaotiques déclenchées par l’adoption d’un texte autorisant l’extradition vers la Chine furent réprimées durement. Elles aboutirent à l’imposition par Pékin, le 30 juin 2020, de la loi sur la sécurité nationale, en contournant le Parlement de Hongkong.

L’adoption de la loi a déclenché une avalanche d’actions pour Imposer sur l’ile la volonté du PCC : arrestation d’activistes, confiscation d’avoirs, licenciement d’employés gouvernementaux, détention d’éditeurs de journaux, ou encore la réécriture des manuels scolaires, qui font désormais l’éloge de la grandeur chinoise et de son Parti unique. L’expression de certaines opinions politiques est susceptible d’enfreindre cette loi draconienne, un crime passible de la prison à perpétuité, ce qui a fondamentalement changé le contexte politique et juridique du territoire. Presque aucune manifestation n’est autorisée et de nombreuses figures de l’opposition ont été placées en détention ou ont fui à l’étranger. Le grand lavage des cerveaux de la jeunesse par l’enseignement a débuté et la culture de la dénonciation du voisin ou du collègue déloyal envers le PCC commence à s’enraciner dans cet ancien havre de libertés.

Crédit : Challenges

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REPORTAGE. Pour les 100 ans du PCC, le "tourisme rouge" bat son plein


La propagande cherche à gommer tous les aspects négatifs de l’histoire du régime et à l’inscrire dans une continuité pour consolider sa légitimité.

A Jiaxing, haut lieu du "tourisme rouge", à 80 kilomètres au sud-ouest de Shanghai, des hordes de visiteurs, en famille ou en voyage d’entreprise, débarquent par vagues.
Getty Images via AFP

Par Sébastien Le Belzic (envoyé spécial à Jiaxing et Shanghaï), avec Cyrille Pluyette
L’ EXPRESS, publié le 24/06/2021


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Ils se prennent en photo devant le "bateau rouge", la modeste embarcation de bois dotée d’une large cabine intérieure où s’est tenu le premier congrès du Parti communiste chinois (PCC) en juillet 1921. Sur les fresques accrochées le long des grilles du parc qui entoure le lac Nanhu, on aperçoit un Mao Zedong alors âgé de 28 ans et, juste à côté, des dessins évoquant le "sacrifice des révolutionnaires", lors des combats qui précédèrent leur prise de pouvoir, le 1er octobre 1949.

A Jiaxing, haut lieu du "tourisme rouge", à 80 kilomètres au sud-ouest de Shanghai, des hordes de visiteurs, en famille ou en voyage d’entreprise, débarquent par vagues. Certains groupes arborent des tee-shirts floqués du logo du centième anniversaire du Parti : un "100" rouge sur fond blanc. D’autres préfèrent le bon vieux pin’s avec la faucille et le marteau. De larges banderoles rouges sont déployées, pleines d’éloges pour le Parti et affichant l’identité des groupes présents : ici, les retraités de l’éducation nationale de la province du Zhejiang ; là, l’association des infirmières de Hangzhou ; un peu plus loin, en chemises bleues, un groupe d’ingénieurs travaillant pour une grande société de construction d’Etat. Un déluge de photos immortalise le moment. "Ce voyage est organisé par la cellule du Parti de notre société", explique l’un des visiteurs. "On se doit d’être là, reprend une retraitée venue avec d’anciennes ouvrières, elles aussi encadrées par le PCC. Tout est gratuit, on est vraiment bien entre camarades."

Modeste cité de 1,2 million d’habitants, Jiaxing s’est offert un lifting complet pour être à la hauteur de cet anniversaire historique. Des lignes de tramway, des jardins, des autoroutes, un quartier d’affaires flambant neuf et plusieurs gratte-ciel entourent désormais le "bateau rouge". Au milieu des grues et des bulldozers, une armée d’ouvriers, casque jaune sur la tête, se dépêche de finir les travaux. Des banderoles appelant la population à "embrasser le rêve chinois" et à "affronter les flots de l’Histoire, comme le bateau rouge du lac Nanhu", sont accrochées le long des trottoirs.

"Je n’ai pas connu l’époque de Mao, mais j’ai l’impression d’y être..."

Avec 91 millions de membres - d’après l’agence officielle Chine nouvelle -, le PCC est le deuxième parti du monde après le BJP indien, le parti nationaliste hindou. C’est aussi la plus ancienne organisation politique encore au pouvoir, avec le Parti des travailleurs de Corée du Nord, à la tête du royaume ermite depuis juin 1949. Le régime chinois devrait même battre dans deux ans le record de longévité de l’Union soviétique, soixante-quatorze ans. Aucune glasnost à la Mikhaïl Gorbatchev - l’ancien dirigeant russe est un repoussoir absolu pour Xi Jinping - n’est en revanche envisagée.

Fondé dans la discrétion, le PCC est devenu omniprésent. "Parti, Etat, affaires militaires, affaires civiles, éducation, Est, Ouest, Sud, Nord, Centre, le Parti dirige tout", a déclaré en octobre 2017 Xi Jinping - à la fois président de la République populaire et secrétaire général du PCC. Il s’incarne dans les cellules implantées dans toutes les entreprises, les comités de quartier (sorte de vigies de proximité), mais aussi les cadres qui contrôlent le pays en parallèle des administrations étatiques, tant à l’échelle nationale que dans les provinces, les villes et les villages.

Pour célébrer son centenaire, le régime a démarré ces dernières semaines une énorme opération de propagande. Elle va grandissant à mesure que l’on s’approche du 1er juillet, date anniversaire officielle. Une directive incite tous les membres du Parti à se rendre sur les lieux symboliques de son parcours, comme Jiaxing ou Yan’an (province du Shaanxi), ancien quartier général des troupes communistes avant la révolution. Des articles, des émissions de télévision et des films mettant en scène l’héroïsme des premiers communistes sont diffusés quotidiennement. Une douzaine de longs-métrages ont été sélectionnés pour envahir les écrans. La palme revient au filmChangjin Hu (La bataille du lac Changjin),prévu cet été au cinéma, qui raconte la vie de "camarades volontaires" répondant à "l’agression américaine" pendant la guerre de Corée (1950-1953), précise le communiqué officiel - alors que c’est en réalité le Nord qui a déclenché les hostilités. "On ne parle plus que de ça, soupire une jeune Pékinoise. Je n’ai pas connu l’époque de Mao, mais j’ai l’impression d’y être..."

Non loin de Jiaxing, à Shanghai, un musée du communisme chinois vient de rouvrir après une longue rénovation. Un endroit hautement symbolique : Xi Jinping et les six autres membres du comité permanent du bureau politique du PCC s’y sont rendus en 2017 pour y déclamer, poing levé, le serment d’admission au Parti. Il jouxte une maison traditionnelle de style Shikumen, typique de la concession française des années 1920. Deux étages de briques rouges et grises coincés entre les boutiques de luxe et les cafés chics du quartier de Xintiandi, l’un des plus branchés de Shanghai. Quelques touristes se prennent en photo devant le bâtiment 76, là où s’est tenue le 23 juillet la première partie du congrès du PCC, avant son départ pour Jiaxing sous la pression de la police. "C’est un lieu d’une grande importance pour la nation chinoise", lance un guide à l’attention d’un groupe venu de la province du Hunan. Aussitôt après leur visite, ils se dirigent vers le Bund, pour admirer l’imprenable vue sur les tours futuristes du quartier d’affaires de Pudong qui bordent le fleuve Huangpu et illustrent l’incroyable chemin parcouru en quelques décennies : un pays pauvre et isolé devenu la deuxième puissance économique mondiale, et rivalisant de plus en plus avec les Etats-Unis sur les plans technologique, militaire ou géopolitique.

Silence sur Tian’anmen et les dérives de Mao Zedong

Ces pèlerinages en terres rouges sont l’occasion de donner une image entièrement positive de ce siècle de communisme. Le Parti a même publié sa bible rouge, à laquelle il faut se référer pour toute allusion à l’histoire du régime. Les aspects négatifs y sont gommés ou raccourcis. Rien, évidemment, sur le massacre de la place Tian’anmen le 4 juin 1989 - tabou absolu en Chine -, qui mit brutalement fin au mouvement étudiant prodémocratie. Les dérives de Mao Zedong sont également passées sous silence, notamment la Grande Famine, qui fit entre 30 et 50 millions de morts de 1959 à 1961, du fait de l’effondrement de la production agricole après le Grand Bond en avant. La Révolution culturelle (1966-1976), au cours de laquelle les gardes rouges ont éliminé des millions de personnes, fait l’objet d’un court chapitre sobrement intitulé "Rebondissements sur la voie de la reconstruction socialiste". Mao se retrouve aujourd’hui déifié, érigé en pourfendeur de "la corruption et des privilèges de la bureaucratie", alors que, dans la précédente édition datant de 2010, il était tenu responsable de ce qui était qualifié de "désastre" pour le peuple chinois.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, Xi Jinping a renoué avec l’héritage du fondateur de la République populaire, perçu comme essentiel à la légitimité du régime. "Le président réécrit l’histoire du Parti et veut effacer toutes les erreurs du passé, résume Gao Wenqian, historien spécialiste du communisme chinois et professeur à l’université Columbia aux Etats-Unis. Le Parti s’est attaché tout au long de son histoire à consolider son pouvoir. L’actuel dirigeant veut faire de Mao un leader conscient des dangers du capitalisme, car cela le sert dans sa volonté de lutter contre toute velléité de démocratisation du régime chinois."

"Xi Jinping cherche à gommer la rupture effectuée par Deng Xiaoping en 1978-1979, celle qui a lancé les réformes et le passage d’une dictature totalitaire à un régime autoritaire, et insiste sur la continuité. Il veut créer un récit plus linéaire et lisse, et renvoyer une image bienveillante du PCC, illustrée par exemple par le succès de la lutte contre l’extrême pauvreté. Car, pour lui, c’est le parti qui apporte sa légitimité au régime", confirme Jean-Pierre Cabestan, professeur de sciences politiques à l’université baptiste de Hongkong.

Dans cette logique, le régime chinois censure les événements historiques qui ne cadrent pas avec son récit. Les autorités encouragent même la population à dénoncer les discours, qualifiés de "nihilistes", coupables "d’attaquer, diaboliser ou calomnier" l’histoire de la révolution chinoise, au moyen d’une hot line mise en place le 9 avril. Et ce, afin de créer "un environnement positif pour l’opinion publique".

S’inscrivant dans les pas de Mao, Xi a parallèlement instauré un édifiant culte de la personnalité qui sévit jusque dans les écoles, les universités et les entreprises. "Ma fille est encore en classe primaire, mais elle a déjà des leçons politiques et étudie la pensée de Xi Jinping", témoigne une mère de famille pékinoise. Chaque jour, leQuotidien du peuplecite le secrétaire général, et ses formules sont reprises sur des banderoles accrochées en pleine rue.

Derrière ce vernis d’unité, le Parti reste cependant divisé, même si Xi Jinping, dirigeant le plus puissant depuis Mao, règne en maître. "Il y a des mécontents", note Jean-Pierre Cabestan, même si la plupart restent silencieux. Parmi eux, des victimes de la campagne anticorruption - qui a aussi permis au "grand leader" de faire taire des voix critiques -, à l’image de Ren Zhiqiang, un homme d’affaires membre du PCC depuis plus de quarante-cinq ans et fils d’un ancien dignitaire, qui avait osé qualifier le président de "clown" - il a été condamné l’an dernier à dix-huit ans de prison.

La révision de la Constitution a par ailleurs du mal à passer auprès de l’aile libérale. Après la mort de Mao en 1976, Deng Xiaoping y avait inscrit la limite de deux mandats présidentiels de cinq ans, afin de prémunir le pays contre le retour d’un dictateur et du culte de la personnalité. Mais Xi Jinping a fait voter en 2018 un amendement supprimant cette limite, afin de pouvoir rester à vie au pouvoir. "Alors qu’il y avait, sous le Petit Timonier, une aspiration à une certaine libéralisation au sein du régime, ainsi qu’une volonté de laisser plus d’autonomie à l’économie et à la société, tout cela a été balayé, rappelle Jean-Pierre Cabestan. Deng voulait limiter le rôle du Parti par rapport à l’Etat, Xi Jinping veut faire l’inverse. Avec lui, le PCC retrouve un pouvoir total et promeut un marxisme à tendance maoïste : il joue un rôle de plus en plus central et direct dans la vie politique."

Un défi de taille pour le parti unique

Malgré cette évolution, la société chinoise, dans sa grande majorité, ne remet pas en cause le système actuel (même s’il est contesté par une partie de l’élite). Soit elle le soutient, soit elle sait qu’elle n’a pas d’autre choix que de vivre avec. Mais, dans l’ensemble, la population s’estime bien gouvernée. Une étude de la Harvard Kennedy School publiée en juillet 2020 (portant sur 2016) relève ainsi un taux de satisfaction de 93 % quant à l’action du gouvernement central. Plus récemment, les Chinois, dans un contexte de propagande triomphante, semblent avoir largement approuvé sa gestion de l’épidémie de Covid-19, malgré le manque de transparence initial. Beaucoup ont souffert du manque de protection sociale l’an dernier, mais l’économie nationale est repartie très fort (le FMI prévoit une progression du PIB de 8,4 % cette année).

S’il semble solidement arrimé au pouvoir, le parti unique fait toutefois face à un défi de taille. "Le décalage de cette organisation autoritaire et monolithique avec une société de plus en plus diverse, pluraliste et mondialisée - et marquée par l’apparition de nouveaux pouvoirs financiers et économiques - ne cesse de croître. C’est une tension qui pourrait à terme provoquer des transformations politiques", avance Jean-Pierre Cabestan.

En 2022, pour la première fois depuis Mao, un président devrait voir son mandat prolongé au-delà de dix ans. Combien de temps un seul parti pourra-t-il encore contrôler un pays aussi dynamique ? "Le PCC a déjà vécu cent ans, s’enflamme un visiteur après sa visite à Jiaxing. Je suis certain qu’il gouvernera encore au moins autant. Les démocraties changent tout le temps, sans continuité. Il n’y a aucune chance de construire quoi que ce soit." Et qu’importe si la moindre voix chinoise discordante est étouffée et si le dialogue avec le reste du monde ne cesse de se compliquer.

Crédit L’Express

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100 ans du PCC : l’incroyable montée en puissance de Pékin à l’ONU

Antoine Izambard,
Challenges, 01/07/2021


© SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP Xi Jinping

Alors que les commémorations des 100 ans du Parti communiste chinois battent leur plein, Challenges donne un coup de projecteur sur la très forte montée en puissance de Pékin dans les instances onusiennes.

Alors que Pékin célèbre en grande pompe les 100 ans du Parti communiste, voici une statistique qui dit bien la place prise ces dernières années par la Chine dans les organisations internationales : quatre sur quinze. Il s’agit du nombre d’agences de l’ONU dirigées par un Chinois. Après l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), la Chine a raflé à l’été 2019 la puissante Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).Le candidat de Pékin, qui s’était assuré du soutien de la plupart des pays africains, avait alors battu à plate couture la françaiseCatherine Geslain-Lanéelle, en usant de tous les moyens comme l’a raconté L’Opinion. "La focalisation sur la FAO était tout sauf un hasard, analyse Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. L’agriculture permet d’atteindre les pays en développement qui sont la priorité du régime chinois."

Cette razzia chinoise traduit une volonté de jouer un rôle accru dans le système international et de le façonner suivant des intérêts propres. "Le multilatéralisme chinois ressemble à une roue de bicyclette : il peut y avoir plusieurs rayons mais il n’y a qu’un seul centre", fait valoir Jean-Maurice Ripert, ambassadeur de France à Pékin de 2017 à 2019. Pays qui dirige le plus d’agences onusiennes, la Chine lorgne aussi depuis plusieurs années, sans parvenir à ses fins, le très stratégique Secrétariat général adjoint pour les opérations de maintien de la paix traditionnellement dévolu à la France. "L’offensive des Chinois est réelle mais aujourd’hui il est difficilement concevable qu’ils parviennent à leurs fins", réagit un diplomate du Quai d’Orsay.

100 ans du parti communiste chinois : Xi Jinping salue le "nouveau monde" créé par le peuple

"Pékin qui est derrière les États-Unis, le deuxième contributeur au budget de fonctionnement de l’ONU, ne cesse de gagner du terrain, observe pour sa part le sinologue Emmanuel Véron. La notion de nouvelles routes de la soie a par exemple été reprise dans plusieurs déclarations de l’ONU et elle est devenue un thème phare. "Dans un rapport de l’Institut Montaigne publié en mars 2020, François Godement, grand spécialiste de la Chine, estimait à ce propos que "même le Haut-Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, dont les missions semblent pour le moins éloignées des enjeux des nouvelles routes de la soie, a ressenti le besoin de signer avec Pékin un Mémorandum d’action sur la BRI [acronyme anglais de Belt and Road Initiative, NDLR]."

Le rouleau compresseur chinois, qui a fortement tiré profit de la politique de la chaise vide dans les organisations internationales voulue par Donald Trump, affronte toutefois un nombre croissant de détracteurs. En mars 2020, la candidate chinoise à la direction générale de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a ainsi mordu la poussière, sèchement battue par son concurrent singapourien qui avait le soutien des États-Unis et de l’Europe. L’élection de Joe Biden qui a fait de la reconquête des instances onusiennes une priorité n’est pas non plus une bonne nouvelle pour Xi Jinping.

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Les 100 ans du PCC vus par un magazine hongkongais

PAR YAZHOU ZHOUKAN (HONG KONG)
COURRIER INTERNATIONAL

Au pouvoir depuis 1949, fort de 91 millions de membres, le Parti célèbre en juillet son centenaire. Sous la férule de Xi Jinping, son secrétaire général depuis 2012, il poursuit un “rêve chinois” qui remet en cause le vieil ordre mondial, analyse ce magazine hongkongais proche de Pékin.

Il y a un peu plus de cent ans, en 1919, alors que la Chine était réduite à l’état de victime, à la merci du couteau brandi par l’oppresseur, éclatait le mouvement du 4 mai [mouvement nationaliste principalement dirigé contre l’appétit expansionniste du Japon], qui visait à sauver la nation du désastre et fut accompagné par le bouillonnant Mouvement pour la nouvelle culture. Deux ans plus tard, en [juillet] 1921, le Parti communiste chinois naissait avec cette même détermination de sauver le pays. Il allait grandir en se nourrissant de tout ce nouveau courant de pensée.
C’est Mao Zedong qui permit à la Chine de se redresser, de se structurer. Avec Deng Xiaoping, le pays fut incité à s’enrichir et à se moderniser. Puis cela fut au tour de Xi Jinping de faire son entrée en scène. Arrivé au pouvoir au moment où la Chine se développait à pas de géant, il a fait de la grande renaissance de la nation chinoise l’objectif ultime de la révolution. Son “rêve chinois” est un rêve de puissance.

Ce rêve de nation forte poursuivi par Xi Jinping repose sur trois piliers : l’autoritarisme, le technologisme et le révisionnisme. La pensée qui préside à la politique de Xi Jinping et toutes les actions qui en découlent sont issues de ce socle. Si ce modèle a jusqu’à présent produit d’excellents résultats, il a aussi engendré une profonde inquiétude dans le reste du monde. Les efforts déployés par le président des États-Unis, Joe Biden, lors de sa récente tournée en Europe, pour consolider ses alliances reflètent la crainte qu’inspire aux Américains et aux Européens l’essor de la puissance chinoise [crainte comparable à celle qu’inspirait à ses voisins l’État de Qin, dont le roi allait devenir le premier empereur de Chine au IIIe siècle avant J.-C.], avec le même résultat : se liguer pour limiter l’ambition d’un puissant rival.

Une gouvernance efficace ancrée dans l’autoritarisme

Cette inquiétude que suscite aujourd’hui aux États-Unis et au sein d’un groupe de grandes puissances traditionnelles une Chine dont le parti aux commandes a été fondé il y a un siècle ne se limite pas au seul fait que le pouvoir de la Chine est en train de dépasser le leur sur tous les plans : elle comprend aussi la crainte que leur système de gouvernement puisse se révéler dépassé comparé au sien, qu’il se montre moins performant que par le passé. Le “rival systémique” auquel ils sont confrontés se distingue par une gouvernance ultra-efficace ancrée dans l’autoritarisme. “Concentrer le pouvoir pour réaliser de grandes choses” : telle est la devise sur laquelle s’appuie le Parti communiste pour mettre en œuvre, avec la plus grande fermeté, sa politique dans tous les domaines, qu’il s’agisse des affaires intérieures ou étrangères.

Une autre formule est chère à Xi Jinping : &#8220 ;Pour battre le fer, il faut être fort soi-même.” Dès son accession au pouvoir [le 15 novembre 2012, Xi a succédé à Hu Jintao en devenant secrétaire général du PCC], il a fait de cette exigence d’irréprochabilité l’idéal du parti et de chacun de ses membres, et dirigé d’abord dans leur direction le canon du pistolet, en lançant une campagne de lutte contre la corruption aussi inflexible que fulgurante [aux yeux des observateurs étrangers, Xi a utilisé cette campagne pour éliminer ses opposants].

“Le parti dirige tout”

Xi Jinping a orchestré une transformation en profondeur des institutions du parti, de l’État et de l’armée, à la fois sur le plan de l’organisation du système et sur celui du fonctionnement du pouvoir. L’appareil du parti, qui concentre désormais toute l’autorité, s’est élevé à un point culminant, jamais atteint depuis l’époque de Mao. Le parti et le gouvernement se sont profondément infiltrés dans la société, s’étalant en toutes directions comme du mercure se répandant sur le sol, pour mettre en œuvre le principe selon lequel “le parti dirige tout”. Ils n’ont pas laissé le moindre espace à ce qui pourrait porter préjudice à la stabilité du pouvoir. Ils ont construit un mur gigantesque conçu pour maintenir la stabilité de la société. Concrètement, ils ont instauré un pilotage et une surveillance totale des règles et de l’ordre. De manière moins visible, ils contrôlent d’une main de fer tout ce qui relève des valeurs, des idées et de la culture.

L’autoritarisme politique procure une grande force de cohésion, capable d’unifier les aspirations de l’ensemble du pays. De son côté, l’innovation technologique constitue une force motrice intense, qui stimule le perfectionnement des structures économiques. L’idée de “régénérer le pays au moyen de la technologie” a déjà été mise en pratique depuis longtemps, mais Xi Jinping a su utiliser l’ensemble du système pour promouvoir les nouvelles technologies, et cela s’est révélé une arme redoutable capable à la fois de dynamiser l’économie, de développer la compétitivité et de renforcer l’autorité du parti.

Surveillance généralisée digne de George Orwell

Si Xi Jinping accorde la priorité au développement technologique et à la construction de pôles scientifiques de premier plan et de hauts lieux de l’innovation, c’est dans le but d’assurer la renaissance de la Chine, et d’en pérenniser la puissance et la prospérité. Mais la technologie ne favorise pas seulement le développement économique : utilisée pour améliorer l’efficacité de la gouvernance, elle vise et rend possible un contrôle total des individus. On estime qu’en 2020 il y avait en Chine déjà plus de 620 millions de caméras de surveillance, soit quasiment une pour deux personnes. Ce déploiement technologique rappelle la surveillance généralisée décrite par George Orwell dans son roman 1984.

Le révisionnisme est l’unique voie qui s’offre à Xi Jinping pour tenter de défier l’hégémonie mondiale et pour remodeler l’ordre international. Pour le gouvernement Trump, la Chine était clairement une “puissance révisionniste” s’efforçant de construire au moyen de la technologie, de la propagande et de mesures coercitives un monde opposé aux intérêts et aux valeurs des États-Unis. Cette étiquette correspond de fait plus ou moins à la réalité. La Chine ne se satisfait en effet nullement de la situation internationale actuelle et aspire vivement à la remodeler.

L’ordre mondial que nous connaissons a pris forme à l’époque des grandes découvertes, il y a cinq siècles, avant d’être façonné par les États-Unis pendant et après la guerre froide. La Chine reprenait alors pied, mais aucune occasion de cogouvernance ne lui a été offerte. Pis, ces dernières années, on n’a cessé, pour contenir sa montée en puissance, de lui mettre des bâtons dans les roues. Il est évident que pour la Chine, le chemin de la renaissance de la nation passe par le fait de se libérer des chaînes que tous ces pays, États-Unis en tête, lui ont imposées. Xi Jinping, quand il prêche en faveur d’une communauté de destin de l’humanité, s’oppose aussi bien à Trump et à son concept “l’Amérique d’abord” qu’à Biden se disant “prêt à diriger le monde”. Sa doctrine n’est pas sans sonner comme un appel au cosmopolitisme en vue d’affronter l’hégémonisme américain.

Des remparts contre les influences étrangères

Xi Jinping est un dirigeant qui règne en maître. Depuis qu’il assume les charges de secrétaire général du Parti communiste chinois et de président de la République, le contrôle qu’il exerce sur le système ne cesse de s’étendre, tout comme son autorité personnelle. Concentrant entre ses mains les rênes du parti, du gouvernement et de l’armée, il est sans aucun doute l’homme d’État le plus puissant que la Chine ait connu depuis Mao. L’équipe de dirigeants qui assure la mise en œuvre de sa politique a nettement amplifié le rôle du gouvernement dans tous les domaines de la société. Elle a renforcé les compétences et accru le contrôle exercé par le parti et le gouvernement, et elle a fait en sorte que le rôle joué par le parti dans la vie politique, sociale et économique gagne toujours davantage en importance. Tandis que les autorités étendaient ainsi leur emprise sur toute la société comme à l’extérieur des frontières, Xi Jinping a édifié de nouveaux remparts pour protéger la Chine de la pénétration des idées, des informations et de toute influence venues de l’étranger. Ce que certains décrivent de manière imagée en disant que “de moins en moins de choses passent à travers le mur vers l’intérieur, mais que de plus en plus de choses en sortent”.

Xi Jinping a établi que le développement du pays avait pour modèle “la pensée pour la nouvelle ère du socialisme aux caractéristiques de la Chine”. Selon lui, si ce modèle convient à la société chinoise, il est aussi le plus adapté qui puisse être en matière de politique et d’affaires étrangères. Il suffit de s’y conformer pour réaliser le rêve chinois et offrir par la même occasion un exemple à suivre à tous les autres pays qui, comme la Chine, ne se reconnaissent pas dans le modèle de démocratie libérale incarné par les Occidentaux.

Chen Guoxiang
Courrier International

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