
Sortie en librairie, ce 1er octobre 2026 des « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy aux éditions Olivier Nora, qui a fondé sa propre maison d’édition après son limogeage de Grasset. Bernard-Henri Lévy qui jusque là publiait chez Grasset, lui a confié son livre pour inaugurer sa maison d’édition. Un pavé de 858 pages Dans « Mémoires provisoires », Bernard-Henri Lévy se raconte à travers 48 portraits de rencontres remarquables. Compte-tenu du tropisme de ce site « sur et autour de Sollers », nous avons extrait celui de Philippe Sollers.



Quatrième de couverture (extrait)
le livre sur amazon.fr

Des champs de bataille de notre temps aux coulisses de la vie littéraire, culturelle, politique et intellectuelle, un demi-siècle d’Histoire vu par un témoin hors du commun.
" J’ai toujours estimé que le cœur battant d’une vie est dans les humains qu’elle a eu la chance, le bonheur ou l’honneur de croiser... "
Rares sont les écrivains qui ont côtoyé intimement des univers si divers – littéraire, artistique, intellectuel, politique, géopolitique. Encore plus rares sont ceux qui ont fait le choix de raconter leur vie à travers le portrait de celles et ceux qui l’ont peuplée, embellie et grandie.
Ces Mémoires sont des " exomémoires " : le récit de soi y passe toujours par les autres et chaque portrait devient, en retour, un fragment d’autoportrait […]
Ces Mémoires uniques, composés de ceux qui ont nourri une existence traversant le siècle, incliné son cours ou éclairé sa trajectoire, dessinent le visage familier de l’auteur.
Ecrivains et amis (Philippe Sollers)
Philippe Sollers, Bernard-Henri Lévy, ©La Règle du Jeu

De tous mes disparus, Philippe Sollers est celui que j’ai le plus admiré.
Plus que ceux de mes contemporains qu’il m’est arrivé, comme Benny Lévy ou Christian Jambet, de trouver un peu géniaux.
Plus que, dans la génération antérieure, ceux de mes maîtres – Barthes, Derrida, Foucault – qui étaient aussi, d’une certaine façon, les siens et qu’il s’honorait de publier dans sa revue.
Plus qu’Alain Robbe-Grillet, son vieil ennemi, dont l’humour, le rire falstaffien, le côté grand seigneur méchant homme intimidaient ceux qui l’approchaient mais dont les romans m’ennuyaient.
Plus que Claude Simon, immense écrivain dont les longues conversations, chez lui, à l’angle de la rue Gracieuse et de la place Monge (c’est par l’une d’entre elles que s’ouvrent Les Aventures de la liberté ), étaient l’une des rares choses que lui, Sollers, m’enviait – mais il y avait dans son austérité, son dos trop droit, ses vestes à chevron d’allure militaire et coupées court, quelque chose qui me le rendait étranger.
Plus que Leiris et Klossowski, étoiles fixes de l’imaginaire sollersien, mais pas vraiment du mien : je voyais l’un rue Vergniaud, dans le studio qui lui servait d’atelier, presque vide, sans livres, juste des pinceaux et des croquis de Denise son épouse, alors âgée, mais qu’il faisait encore poser nue, en porte-jarretelles, cuisses ouvertes, saisie par des lilliputiens ou des géants, le visage impénétrable ; l’autre quai des Grands Augustins, dans le bel appartement bourgeois, rempli d’objets et de meubles qui n’avaient pas bougé depuis la création, en 1944, avec Sartre, Lacan et Michaux, du Désir attrapé par la queue de Picasso ; mais, là encore, même si je mesure la chance que ce fut, non seulement de rencontrer ces grandes figures, mais de les interviewer, eux aussi, pour Les Aventures de la liberté, je les voyais comme des témoins capables de me raconter, l’un son amitié avec Georges Bataille, l’autre ses discussions d’écrivain riche avec André Gide.
Sollers, c’était autre chose.
J’ai tout admiré en lui. Son brio. Sa virtuosité sans exemple depuis Aragon. Sa liberté. Son refus, comme nous disions, de céder sur son désir (ai-je jamais connu écrivain plus insolemment souverain que lui ?). Son érudition (n’était-il pas capable de parler avec autant d’éloquence et de compétence de littérature que de science, de musique que de peinture, de cellules souches et de vente d’organes que d’histoire des religions ou de psychanalyse ?). Paradis, long roman non ponctué, les pages comme une coulée de lave, un chef-d’œuvre… Femmes, roman ponctué et combatif, allègre comme du Mozart, étape décisive dans sa guerre de longue durée de l’infini contre le nihilisme – autre chef-d’œuvre…
Et il faut croire que, comme le duc de Guise dont on disait qu’il était plus grand mort que vivant, il m’impressionne, aujourd’hui encore, comme jamais – car je ne sais pas, pour parler de lui, par où commencer.
Notre première conversation, au Twickenham, en 1977, après la semaine passée à lui lire, phrase après phrase, l’intégralité de La Barbarie à visage humain ?
Tout de suite le tutoiement, qui ne nous est ni à l’un ni à l’autre familier.
Tout de suite cette manière, qui sera la nôtre jusqu’au bout, de parler à mots couverts, parfois un mot sur deux, comme en morse, ou, si nous étions musiciens, une note sur deux.,
Philippe Sollers, à cette époque, n’a rien publié depuis quatre ans.
Il ne publiera rien, non plus, pendant les quatre années qui suivront.
Avec son visage plein et aigu, son détachement de façade, son demi-sourire de principe qui éclate soudain de rire, son affectation d’en savoir toujours plus qu’il n’en dit et de le savoir autrement, avec son fume-cigarette, sa manière de vous parler à voix basse comme si la vérité ne supportait pas le plein volume et, brusquement, de s’esclaffer, le corps renversé en arrière, comme s’il fallait au contraire la hurler au nez des philistins, il semble un joueur inquiet, cerné par une malveillance généralisée, engagé dans une lutte à mort contre la presse qui lui reproche tout et contre son éditeur, le Seuil, qui ne rêverait, selon lui, que de le coincer dans une cave et de lui loger une balle dans la nuque – bref, un écrivain « en sursis » et « rattrapé par la patrouille » s’il s’avisait de « sortir de sa tranchée ».
Mais il est, à mes yeux, au faîte de son prestige d’homme qui a côtoyé Bataille, que Foucault et Derrida ont courtisé et que Mauriac et Aragon, c’est-à-dire, comme il le précisera toujours, le Vatican et le Kremlin, se sont disputé l’honneur de baptiser.
Il est, avec sa revue Tel Quel, au cœur d’un jeu d’amitiés rompues, d’hérésies picrocholines et d’anathèmes minuscules dont se moquent les gens sérieux mais que j’observe moi, à distance, comme si l’esprit du monde avait élu domicile dans les quelques mètres carrés de son bureau de la rue Jacob et œuvrait dans ces débats d’apparence byzantine : là, face à lui, l’écoutant me raconter la rupture avec Hallier ou Renaud Matignon, la dernière trahison d’Houdebine, le rapprochement prudent avec Jean-Joseph Goux, c’est André Breton que j’entends, la seule fois où je l’ai vu, peu avant sa mort, avec mon camarade Alexandre Delamarre, dans un café du boulevard Saint-Michel où il nous expliqua que l’exclusion de Roger Vitrac, Jacques Baron et Georges Limbour fut un grand bond en avant de la conscience humaine.
Lui voit sans doute en moi l’un des jeunes écrivains qu’il passera sa vie, en bon meneur de revue, à soutenir avec une générosité rare – et peut-être me considère-t-il aussi, dans le grand jeu, un rien paranoïaque, qu’est pour lui la vie littéraire, dans la vision militaire qui est celle d’à peu près tout le monde en ce temps-là mais dont il porte les obsessions à l’extrême, comme un allié, une promesse de troupes fraîches, un nouveau point d’appui possible, une carte dans sa main, une façon de relancer la partie sans se renier et, en la circonstance, de briser l’étrange solitude dans laquelle il s’est enfermé.
Ainsi débute notre amitié.
Ou bien faut-il commencer par la fin ?
Notre dernière conversation, avant sa mort, au téléphone ?
Il y en eut, en vérité, deux.
La toute dernière relève déjà de l’au-delà. C’est l’ultime semaine. Il est à Jeanne Garnier, avenue Emile-Zola, dans le centre de soins palliatifs où j’étais allé voir Paul Guilbert, vingt ans plus tôt. Mais il n’est plus vraiment là. Et il faut qu’Abdel, son tendre garde-malade, me mette sur amplificateur pour qu’il entende, sans pouvoir répondre autrement que par un souffle, un soupir, des expirations impersonnelles, les mots de réconfort que l’on prononce dans ces moments.
Mais il y eut surtout l’autre, la vraie, trois semaines plus tôt.
Je ne l’ai plus vu, alors, depuis un bon mois.
Je sais qu’il a un problème d’emphysème. Des difficultés pour marcher. Et j’ai compris qu’il préférait ne pas être vu ainsi.
Mais la voix est restée intacte – claire, bien timbrée et même étrangement rajeunie.
Nous parlons des mille riens qui ont toujours fait notre joie. Les « bons » et les « méchants »… Les « morts-vivants » et, comme nous, les « vrais vivants »… Tel épisode infime de l’éternelle guerre du goût et du démon où un écrivain français, soudain prorusse, vient de se déshonorer… Tel mouvement de troupes, au sol, dans la bataille constante, acharnée, que mène le monde pour ne pas aboutir à de beaux livres… La bêtise qui monte autour de nous et dont la longue séquence Covid vient de donner une illustration expérimentale…
Il me redit, en riant trop fort, et j’ai l’impression qu’il va s’étouffer, quelques-uns de ses secrets. Pas des confidences, bien sûr. Nous ne nous sommes, en cinquante ans, jamais fait de confidence et ce n’est pas maintenant que cela va commencer. Non. Des vrais secrets. C’est-à-dire des maximes. Des lois brèves, qu’il avait l’habitude de jeter comme des dés dans la conversation et qu’il me répète, là, sur un ton faussement enjoué et sans doute testamentaire : « pour vivre cachés, vivons heureux »… ou : « la vérité ? elle aime les masques »… ou : « les écrivains ne doivent rien à personne et, s’ils ont une morale et une foi, une religion, c’est celle, sacrée, de leurs romans »… ou : « je ne connais qu’une subversion, celle du style – le reste n’est que mascarade, marchandise, comédie »… ou encore : « tout finit, la syntaxe un peu moins vite »…
Je lui parle, moi, pour détendre la conversation, du bar du Montalembert où je ne le vois plus, le soir, complotant en amoureux avec sa chère Josyane Savigneau. La Closerie où le guettent en vain de jeunes disciples en quête, comme moi jadis, de Grand Écrivain. Son roman, en chantier, qu’il doit absolument terminer. Et puis, qu’il ne s’inquiète pas trop : le diable, qui semble le guetter, n’est pas le Malin qu’on croit mais l’inintelligence même, le mauvais goût, l’ignorance – n’est-ce pas sa théorie ?
Sollers rit encore.
Sollers, ce jour-là, n’est pas près de lâcher prise. Un vivant comme lui ne peut pas, dans son esprit, rejoindre les momies. Et dans le mien, d’ailleurs, non plus : comment, sans lui, continuer de parler de ces « certaines choses » dont, à la mort de Braque, un contemporain faisait le deuil ?
Toute la vie, nous nous sommes adressé, bien avant parution, les épreuves de nos livres. Nous nous lisions vite. Et il avait, lui, une façon extraordinairement juvénile et, surtout, rare de téléphoner en cours de lecture, parfois toutes les vingt ou trente pages, s’extasiant d’un mot sur Joseph de Maistre prêté à Baudelaire, s’émerveillant d’un passage sur l’Ecole des cadres d’Uriage qu’il me relisait comme s’il était de lui, ou riant, riant encore, de me voir préférer Sartre à Camus.
Quand les canons tonnaient, que « les méchants » semblaient se liguer et risquaient de submerger « les bons », nous venions à la rescousse l’un de l’autre.
Moi dans mes Bloc-notes – j’ai traité à peu près tous ses livres, surtout ceux de la fin, quand les imbéciles lui reprochaient de faire « trop de citations » sans entendre ce qu’il en disait lui-même : que ces citations n’étaient pas des citations mais des preuves, des gestes stratégiques.
Lui un peu partout, et à tous les moments décisifs de ma vie.
La Libye par exemple, en 2012, avec des lignes salvatrices, parues dans le JDD et défendant, dans Le Serment de Tobrouk, « un acteur hyper-surréaliste » qui, « dans sa virtuosité de déplacements et de communication », déclenche « des opérations militaires de grande envergure » – un homme « seul » qui, « avec des moyens personnels », démontre qu’on peut « sauver des populations et faire bouger les lignes »…
L’Idéologie française qui, au moment où sortaient de sa propre maison d’édition, le Seuil, des tracts prétendant mettre mon livre à l’index et élégamment titrés « Qui écrit un brûlot doit s’attendre à être brûlé », inspira à ce Bordelais dont la France était la passion une phrase (Le Matin, 15 janvier 1981) que je reçus comme un ballon d’oxygène : « je veux bien maintenant me déclarer français si Bernard-Henri Lévy accepte de l’être ».
Avant cela, Le Testament de Dieu, premier de mes livres juifs, vomi par la gauche et la droite qui ne comprenaient pas ce que ces vieilles histoires bibliques et talmudiques venaient faire dans notre noble et belle philosophie française – Sollers est encore au rendez-vous et c’est, dans Le Nouvel Observateur, ce joli pied de nez : un livre qui « éclaire notre Histoire » et qui est écrit, de surcroît, « dans le plus beau français qui soit ».
Et déjà, bien sûr, La Barbarie à visage humain qu’il a, dans un article retentissant paru, en Une du Monde, baptisée, propulsée, mise sur orbite : si j’osais la comparaison je dirais que ce qu’Aragon et Mauriac avaient, vingt ans plus tôt, fait pour lui, c’est lui et son ami Barthes qui le faisaient maintenant pour moi ; Bordeaux et la rue Servandoni, le meilleur écrivain français vivant et le pontife du structuralisme – bénédiction…
J’entends encore son rire inextinguible, à s’en étouffer, lorsque je lui racontai, le soir de la parution de son article, l’anecdote suivante.
Je me suis installé, à midi, une heure avant la sortie de la première édition du Monde, dans le coin de la terrasse du Flore où l’on a vue sur le kiosque. Je me suis précipité, dès l’arrivée du cycliste et à peine le premier paquet déballé, acheter le premier exemplaire et vérifier que l’article est bien là, en Une donc, et en grande Une du Monde des livres.
J’ai attendu encore une heure, ivre d’impatience, le temps que les vingt premiers accros – j’ai compté… – soient venus l’acheter à leur tour avec leur air de conspirateurs fébriles mais pas anxieux, car ils ont vu de loin, comme moi, que l’objet de leur désir est bien là, comme tous les jours, en pile, sur son tabouret, à la même heure ou presque, sauf les jours de grève ou d’événement importantissime.
J’ai observé cette expression singulière, aujourd’hui disparue, qu’avaient en ce temps-là les gens qui n’imaginaient pas un monde sans Le Monde, imprimé sur papier, qu’ils vont pouvoir ouvrir tout de suite, commencer à parcourir, lire même, en marchant, sur le macadam, au risque de heurter un passant ou un plot de béton où l’on se broyait le genou.
Jugeant que le compte était bon, qu’il y en avait bien eu vingt et que (je m’étais, par avance, fabriqué une martingale) il y en avait forcément, c’est-à-dire statistiquement, eu cent fois plus pour avoir fait le même geste, à la même heure, dans d’autres kiosques parisiens et avoir donc dévoré l’article de Sollers, j’entre nonchalamment, mais néanmoins le cœur battant, dans la librairie voisine, sur le trottoir d’en face de la rue Saint-Benoît, à équidistance du kiosque, qui s’appelait La Hune. Je m’assure d’un coup d’œil que le livre est toujours là, une petite pile de six, mais une pile quand même, entre celle des Maîtres penseurs de Glucksmann et celle des Fragments d’un discours amoureux de Barthes. Je le savais d’ailleurs. Je l’avais vérifié, depuis la veille, une bonne douzaine de fois. Mais enfin c’est confirmé. Pas un exemplaire vendu, d’accord, mais la pile est toujours là. Et, me postant un peu plus loin, entre les rayons Histoire ancienne et Sciences humaines, en un point où je sais que je peux voir sans être vu ou, en tout cas, remarqué, j’attends le premier acheteur. Le voici.
Il a une trentaine d’années. Un manteau gris, un peu chaud pour cette fin de mois de mai. Des cheveux longs, sauf la frange, qu’il vient sûrement de couper. Il n’a l’air de personne. Pas de type ni de caractère. Rien qui laisse deviner l’étudiant de gauche ou de droite, l’agrégé, l’habitant du quartier, le passant de hasard, le joueur de tiercé, le rentier mélancolique. Tant mieux, je me dis. Ça s’appelle un échantillon. Un nobody statistique et, si ça se trouve, représentatif. Et, justement, miracle ! Il prend le premier exemplaire sur la pile. Le feuillette. Va à la table des matières. Au texte de couverture. A la table des matières encore. Hésite. Se décide. Le repose. Se ravise encore. Le prend pour de bon. Et se dirige enfin vers la caisse. Prenant mon courage à deux mains, je coupe alors par la diagonale, arrive une seconde avant lui au comptoir et, tremblant d’émotion, lui dis : « c’est moi… l’auteur… je suis tellement ému… je voulais simplement savoir… pourquoi avez-vous acheté ce livre ? l’article de Sollers ? ». Et là, catastrophe. Mon premier acheteur, celui dont je m’étais dit, toute la matinée, entre moi et moi, que le destin l’aurait placé là et que le sort du livre serait entre ses mains, m’observe d’un regard d’abord sidéré, puis effarouché, presque effrayé. « Pardon, fait-il, c’est une erreur. » Et, au lieu de payer, il retourne déposer le livre sur sa pile. Et s’en va.
Sollers, oui, ce soir-là, manqua mourir de rire – et moi avec lui.
Mais il faudrait raconter le reste.
Tout le reste.
Et d’abord ses paradoxes.
Son goût de se mettre à l’écart sans partir et de grogner contre l’indiscrétion de la vie parisienne sans céder, pour autant, à la tentation de Venise ou de Ré.
Son goût du secret, de la clandestinité, de la double ou triple vie en tout et, notamment, en amour – et, en même temps, ce plateau d’« Apostrophes » où il fut invité avec Dominique Rolin, écrivaine elle aussi, et autre femme de sa vie : savait-il que Bernard Pivot allait révéler, en un coup de théâtre cathodique sans précédent, que le Jim des romans de Rolin, l’amant secret et adoré, était là, sur le plateau, et que c’était lui, Philippe (et, inversement, que la Dora de ses romans à lui, sa Vénitienne énigmatique, était aussi là et que c’était, elle, Dominique) ? savait-il qu’il allait falloir, devant des millions de téléspectateurs, briser les sceaux de ce secret si patiemment échafaudé et qu’en acceptant, sans ciller, de voir mis un visage réel sur le personnage de son roman, il laisserait la vie demander des comptes à ses livres ?
Le libertinage affiché, les femmes sans nombre de Femmeset, dans la vie réelle, la fidélité à deux femmes, trois avec Josyane. Et, dans le cas de Dominique, ou de Dora, la beauté de cet amour sans fin. Jusqu’au bout, avec elle, en juin et septembre de chaque année, le rituel de la fête à Venise qu’il écrivait parfois Veni etiam (viens encore, viens toujours, reviens)… Jusqu’au bout, chez elle et avec elle, le lundi et le vendredi, la douce règle des deux nuits hebdomadaires… Elle avait, quand ils se sont rencontrés, 45 ans et lui 21. Elle avait la beauté que l’on a quand on règne sur son âge au lieu de le subir. Un battement de cils plus tard, elle en a presque 100 et elle est toujours là, transfigurée dans les romans de mon ami en amante éternelle. Souvenir de ce soir d’août, à la fin, dans un Paris désert et chaud, où je feins de ne pas les voir à la terrasse d’un café, dans une rue perdue de Montparnasse. Ils sont main dans la main, abandonnés l’un à l’autre, amoureux comme au premier jour, silencieux – si peu sollersiens…
Le secret encore. Le secret comme art de vivre et de se conduire. Mais attention ! Il y a des écrivains qui, pour se protéger, se cachent et jouent les laconiques, les ombrageux, les silencieux. Sollers, lui, faisait l’inverse. C’est en se montrant chez Pivot, Ardisson, Guillaume Durand qu’il pensait se dérober. Contrairement à Gygès, le roi-guerrier de Lydie qu’un anneau magique pouvait rendre invisible, Sollers avait un anneau de visibilité qu’il portait, d’ailleurs, au doigt et dont il disait que c’était lui qui, sous les sunlights, le protégeait. Comme Cocteau, qu’il ne citait guère, mais qu’il aimait bien, il s’était fait une cuirasse de lumière qui aveuglait ceux qui venaient trop près – mais c’est ainsi, en projetant ce leurre, cette image feinte de lui-même, cet hologramme, qu’il écartait les malveillants et vivait sa vraie vie de catacombes et de masques.
Sa culture classique prodigieuse. Sa familiarité avec les époques antiques. Et pourtant ce goût du siècle, de ce siècle qui était le nôtre et qu’il n’aurait échangé pour aucun autre. « Ah, le beau siècle que ce siècle de fer ! », disait son cher Voltaire ? Eh bien c’était sa ligne. C’est cette époque où nous sommes qui est la bonne. Jamais, pour personne, il n’y a d’époque de rechange. C’est là qu’il faut jouer, là qu’il faut gagner et c’est ça qu’il faut décrire, raconter, critiquer. Ces principes qui commandent de vivre sans nostalgie, sans dépression, sans mélancolie, il les avait faits siens.
Il lisait tout mais ne répondait à rien. On l’accusait de tous les maux mais il s’en tirait par une pirouette et laissait dire. Quel culot, grondaient les détracteurs ! Où va-t-on si les insultés se mettent à ne plus répondre aux insulteurs ! Qu’allons-nous devenir, nous, les sycophantes, s’ils croient vraiment que le dénigrement, la calomnie, la bassesse organisée les protègent plus qu’ils ne les gênent ? Eh bien oui. C’est ainsi. Et Sollers, comme le lui fit dire, un jour, dans un beau livre qu’il lui consacra, l’écrivain et éditeur Gérard de Cortanze, était convaincu d’une chose : on peut dire, médire, le couvrir de crachats et le noircir, il va « gagner contre mes contemporains », il n’a « aucun doute là-dessus ».
Sa passion pour Casanova que les lecteurs pressés prenaient pour un éloge du libertinage. Alors que le plus fort, dans son livre, était le renversement de l’image convenue d’un homme de plaisir, paillard, pourquoi pas polisson et surmâle aux performances fabuleuses : son Casanova était un personnage des Lumières, un kabbaliste impeccable, un expérimentateur prodigieux qui aurait installé en lui son laboratoire et son microscope – c’était un physicien des idées, un métaphysicien des sensations qui, confronté au mystère d’un autre corps, à la blancheur d’une autre peau, au potelé d’une main, à l’esprit d’une caresse, aux « fossettes » exquises d’un bras, aux « grands yeux bleus » d’une autre ou même à la « main de glace » qui, à Venise, vient lui « presser le cœur », commence par noter, juste noter, ce qui s’opère dans son corps, puis dans son âme et, autant qu’il puisse observer, dans l’âme et la chair de son amante.
Sa constance aussi. Eh oui ! Cet homme à qui l’on a reproché sa désinvolture et ses palinodies, son passage de Mao (réinterprété par l’esprit jésuite) à Moïse (tendance Eglise catholique, apostolique et romaine) a été fidèle, toute sa vie, à quelques passions fixes : athéisme social et goût du malentendu ; conviction qu’écrire n’est ni un droit ni un devoir mais que la littérature a tous les pouvoirs ; l’amour de la France, même moisie, mais avec un passeport britannique et sous drapeau européen ; Julia, Dominique et Josyane ; le sentiment que Dieu est, mais qu’il n’existe pas ; la certitude qu’un écrivain a plusieurs vies (l’officielle, l’intérieure et puis la souterraine, qui continue après la mort) ; l’axe Vichy-Moscou, vraie source du mal français ; l’Europe comme volonté et représentation ; le geste, chaque année, le 14 juillet, d’accrocher dans son jardin quatre drapeaux : le français, l’anglais, le chinois et celui du Vatican ; l’épreuve du grand malheur et, pourtant, le goût du bonheur ; l’insistance avec laquelle il revient, depuis ses tout premiers textes, sur l’éminent courage d’être heureux : il y a des vampires qui reculent à la vue de l’ail et des crucifix ; les vampires d’aujourd’hui – en langage nietzschéen, les tarentules – c’est en leur brandissant sous le nez l’image d’un homme ou une femme heureux qu’on les tient, disait-il, à distance.
Et puis cette façon, l’accusait-on, de jouer sur les deux tableaux : Joyce, Mallarmé, Lautréamont, Bataille et puis, soudain, réveiller ses lecteurs en sursaut avec un livre où il nageait sous les mouettes, chantait l’étoile des amants, disait à une femme aimée « tu es un galet de la plage », faisait un roman avec des noms d’oiseaux ou de violettes et prenait « le chemin du fenouil ».
Et même ça ne suffirait pas.
Il faudrait des scènes.
Ce déjeuner d’écrivains avec Mitterrand qui ne s’intéressa qu’à lui, ne lui parla que de Femmes et tenta d’en obtenir les clefs.
Cet autre, à Matignon, autour d’Edouard Balladur, en pleine guerre de Bosnie, où la conversation était censée porter sur Sarajevo. Glucksmann fit de son mieux. Moi aussi. Mais Balladur préféra parler de Voltaire. De qui, à cet instant, me sentis-je le plus proche ? André et sa monomanie (qui était aussi la mienne) ? Ou Sollers et sa légèreté (que, dans le fond, j’enviais) ?
Nos conversations de fous, le soir, au bar du Pont Royal, ou, pour déjeuner, à La Closerie où nous étions comme deux agents secrets, représentants de puissances alliées et se voyant pour échanger, entre une tasse de thé et un verre de whisky, quelques informations de qualité. « Où es-tu ? D’où viens-tu ? Ta position de vol ? Ton analyse ? Des infos ? Pas d’infos ? Complotons… Gagnons du temps, mais complotons… Tout cela est si monotone… C’est fou comme il se passe peu de chose – et comme ce peu est passionnant… »
Nos trafics d’amphétamines. Le demi-comprimé glissé dans une enveloppe Grasset ou NRF. La course dans la ville. Les taxis. L’enveloppe sous le paillasson. Et, alors, dérèglement raisonné de tous les sens : le corps qui s’allège comme celui des cosmonautes, le paysage qui gagne en précision, l’espace soudain sans limites et la beauté d’une femme aimée qui semble une apparition de l’au-delà.
Nos secrets d’écriture : qu’on écrivait tous deux comme on peint, mais lui à la chinoise et moi à la Delacroix.
Nos discussions sans fin sur la musique : lui, Nietzsche et sa célèbre phrase sur la vie qui, sans la musique, serait une erreur – moi la littérature qui a, depuis toujours, pris la place de la musique que j’ai pourtant follement aimée.
Nos exercices de mémoire pour temps d’amnésie ou, ce qui revient au même, de banques de données : le nom du logeur de Lautréamont… pourquoi son corps, après l’absoute dite par un abbé Sabatier, massacré quelques jours plus tard par les communards, ne fut jamais retrouvé… combien de morts à Katyn… qui a dit : « vulgarité des premières places, ne comptent que les places à part » ? qui : « pour chercher la vérité, il vaut mieux être seul » ? et qui : « je prendrai la politique, je la baptiserai littérature et elle le deviendra aussitôt » ?
Et encore les jeux puérils auxquels nous nous livrions et dont je retrouve, dans mes notes, sous ma plume, deux exemples. Je doute qu’ils feront encore rire. Mais ils faisaient, je l’avoue, notre bonheur.
Un portrait de lui farfelu rédigé « à la demande d’un imaginaire ministère de l’Individu et des Comportements », soi-disant daté du 1er janvier 2001 mais rédigé, bien entendu, par moi à la fin des années 1980.
Nom : Sollers. Prénom : Philippe. Se fait aussi appeler, selon les circonstances, Mozart, Docteur ou Crébillon. Né le 28 novembre 1936, mâle et célibataire, à Bordeaux. Famille résistante, donc suspecte. Participe, dans les années 1960 et 1970, à la plupart des entreprises de trouble à l’ordre public. Guerre d’Algérie, bien sûr. Communisme. Chine. Vatican. Chine encore. Ose dire, en 1990, qu’il conserve à Mao Zedong une « tendresse physiologique ». Poursuit, pendant ces années, ses activités subversives (directeur, notamment, d’une publication qui, pour tromper notre vigilance, changea au moins une fois de titre). Ecrit aussi des livres. Trop de livres. Activité apparemment en sommeil, mais qu’il est soupçonné de poursuivre en secret. L’homme est habile. Rusé. Abord avenant. Vie rangée. Horaires ostensiblement réglés. Mœurs mal connues. Revenus identifiés. Met son point d’honneur à paraître bon père, bon époux, bon citoyen. Papiers en règle. Vignette à jour. Eloge du mariage. Apologie de la courtoisie. Signalé chaque soir, à la même heure, dans un bar louche, et underground, proche du boulevard Raspail. Trafics. Contacts. Complicité du barman établie. Double issue. Micros ? Téléphone sur écoute, jour et nuit. Mais l’homme est sur ses gardes. Mots couverts. Allusions. Phrases interrompues. Silences. Rires fréquents. Expressions codées. Chiffreurs au travail mais résultats pour l’instant décevants. Relevé des dernières conversations donne : « cours du dollar… météo… les bons, les méchants… esprits frappeurs… ADN… Adénine… Captagon… Mozart… New York… morts-vivants… ». Nombreux sigles et abréviations, en cours de déchiffrement : « GSI… IFN… SPA… WOMANN… GRCP… SGIC… etc. »
Dans la même veine littéraro-policière potache, l’autre « rapport », en fait une « fiche de renseignements » que j’étais censé avoir commandé à un inspecteur « aujourd’hui à la retraite » mais dont la « qualité des interrogatoires » est « sans équivalent » et que j’avais, de nouveau, rédigé de bout en bout : l’inspecteur Proust Marcel.
Principal trait de votre caractère ? « enjoué ».
Qualité que vous désirez chez un homme ? « le rire et l’oubli ».
Qualité que vous préférez chez une femme ? « l’immortalité ».
Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ? « les informations dont ils me font grâce ».
Votre principal défaut ? « l’aptitude à la métamorphose ».
Votre occupation préférée ? « le plaisir ».
Votre rêve de bonheur terrestre ? « être simultanément, ou successivement, le contemporain d’Andy Warhol et de Fragonard ».
Quel serait votre plus grand malheur ? « que Joyce n’ait jamais existé ».
Ce que vous voudriez être ? « l’homme invisible ».
Le pays où vous désireriez vivre ? « la France, mais avec un passeport anglais ».
La couleur que vous préférez ? « le rouge et le noir ».
La fleur que vous aimez ? « le lys ».
L’oiseau que vous préférez ? « l’avion Awacs ».
Vos auteurs favoris en prose ? « Crébillon fils, Voltaire, Antonin Artaud ».
Vos poètes préférés ? « les mêmes ».
Vos héros dans la fiction ? « Saint-Simon, Casanova ».
Vos héros dans la vie réelle ? « Valmont, le neveu de Rameau ».
Vos compositeurs préférés ? « Mozart (ou bien Mozart) ».
Vos peintres préférés ? « Watteau, Picasso ».
Vos héroïnes dans l’histoire ? « Luz, Geena, Nicole, Bernadette, Deb, la présidente, Cyd, Kate, Edith, Diane, Helen, Ysia ».
Vos noms favoris ? « tous les pseudonymes ».
Ce que vous détestez par-dessus tout ? « la mélancolie ».
Le don de la nature que vous voudriez avoir ? « la marche arrière ».
Comment vous aimeriez mourir ? « meilleur et aimé ».
Etat présent de votre esprit ? « agnostique ».
Votre devise ? « N.F., F., N.S., N.C. »
Faute qui vous inspire le plus d’indulgence ? « l’amour que l’on me porte ».
Voilà Sollers tel que je le voyais.
Le voilà tel qu’il consentait à se voir dans les facéties cryptosurréalistes, piquées d’une cruauté bouffonne à la Benjamin Péret ou à la Alfred Jarry, auxquelles nous nous adonnions.
Je me souviens du jour où je lui donnai lecture de ce rapport de l’inspecteur Proust Marcel et où lui, en retour, me donna lecture du rapport du même inspecteur sur le suspect Lévy Bernard-Henri (de celui-ci, en revanche, je n’ai gardé aucune trace, il est peut-être dans ses papiers et, s’il y a un volontaire pour le retrouver, je veux bien).
J’ai dit que nous avions l’habitude de beaucoup rire. Le mot, en la circonstance, est faible. C’était un rire déchaîné. Un rire épileptique. C’était un rire presque inquiétant, tout en rafales, spasmes, convulsions, air qui manque, yeux noyés de larmes, chaque mot comme une déflagration, chaque réplique rallumant l’incendie, les voix s’étranglant et déraillant, les corps pliés en deux ou l’un repoussant l’autre, dans l’atmosphère ouatée du bar du Pont Royal.
Je pense n’avoir jamais ri ainsi, ni autant, avec quiconque, que ces jours-là, avec lui.
Et puis sa mort, enfin, qu’il évoquait volontiers – le plus tard possible, disait-il ; mais que la société sache qu’elle n’aura de lui que ses manuscrits et ses restes ; et, ces restes, qu’ils soient enterrés à l’île de Ré, près du carré des corps non réclamés où l’on inhuma, dans son enfance, les corps des jeunes pilotes australiens venus libérer la France. Cela fut fait.
Le lancement du livre de Bernard-Henri Lévy en images
26 septembre 2026
La Règle du jeu
Mercredi 23 septembre, au cinéma Le Saint-Germain-des-Prés, Olivier Nora Éditions célébrait le lancement du premier livre de son catalogue : Mémoires provisoires de Bernard-Henri Lévy.
Dans ce livre, en librairie le 1er octobre, l’écrivain raconte les grands moments de sa vie à travers les rencontres qui l’ont façonné, dessinant la scène et les coulisses de la fin du XXe et du début du XXIe siècle. « J’ai toujours estimé que le cœur battant d’une vie est dans les humains qu’elle a eu la chance, le bonheur ou l’honneur de croiser… », écrit-il.
Quelques images
BHL et Olivier Nora lors de la soirée de lancement de « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy, le 23 septembre 2026 au cinéma Saint-Germain. L’ouvrage inaugure le catalogue d’Olivier Nora Éditions. Photo : Gil Lefauconnier

Lancement de « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy, le 23 septembre 2026 au cinéma Saint-Germain. Photo : Gil Lefauconnier.

.
Salle comble pour la soirée de lancement de « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy, le 23 septembre 2026 au cinéma Saint-Germain. Sophie Zhang en vert, Julia Kristeva à sa gauche. Photo : Gil Lefauconnier.

.
Gilles Hertzog, Inès de la Fressange, Denis Olivennes, Vincent Darré, Arielle Dombasle, Michel Fau, Jean-Luc Barré, lors de la soirée de lancement de « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy, le 23 septembre 2026 au cinéma Saint-Germain Photo : Gil Lefauconnier.

.
Jacques Henric et Catherine Millet lors de la soirée de lancement de « Mémoires provisoires » .

.
À l’occasion du lancement de son livre, Bernard-Henri Lévy a répondu aux questions de Caroline Fourest et Nathan Devers devant le public du cinéma Saint-Germain, le 23 septembre 2026. Photo : Gil Lefauconnier.

La chronique de Marin de Viry
Partie 1- À propos des « Mémoires provisoires » de Bernard-Henri Lévy : la question du style

C’est une expérience devenue rare, faute de lecteurs et faute d’auteurs capables : lire un pavé qui tient à l’esprit au point d’y revenir tous les jours. Bernard-Henri Lévy a ce que Proust appelait de « l’électricité » littéraire, qu’on est tenté d’attribuer, en première analyse, à un surmoi malrucien posé sur un dasein éruptif. Dispositif personnel nécessaire, car il fallait un style pour soutenir ces plus de 800 pages de Mémoires provisoires. Marin de Viry
A propos de l’auteur

A droite, Harlem Désir (auquel un chapitre est consacré dans « Mémoires provisoires ») et Bernard-Henri Lévy, lors de la manifestation en mémoire à Malik Oussekine, à Paris, le 6 décembre 1986. PATRICK AVENTURIER/GAMMA-RAPHO

VOIR AUSSI
Abécédaire sollersien : "L" comme Lévy (Bernard-Henri)
* Version imprimable





2 Messages
Il va y avoir des tentatives, car respecter "l’isolé absolu" est INSUPPORTABLE. Lisons plutôt : "Je suis mort en devenant père". Puis il s’échappe en Simca.
Dans Les aventures de la liberté de Bernard-Henri Lévy (Grasset, 1991) : « Philippe Sollers » (RAPPORT - PARTIELLEMENT IMAGINAIRE - ÉTABLI LE 1ER JANVIER 2001, A LA DEMANDE DU MINISTÈRE DE L’INDIVIDU ET DES COMPORTEMENTS)