L’Italie fut pour le philosophe Nietzsche une lumière, décisive pour sa vie comme pour son œuvre. Nous le suivons dans ses nombreux séjours, de Sorrente à Venise, en passant par Messine et Gênes, et dans sa dernière année, flamboyante, jusqu’à l’effondrement. C’était à Turin. Une série en quatre épisodes diffusée la première fois en mars 2026 lors de l’émission "Avec philosophie" de Géraldine Muhlmann.
« Nous avons besoin du sud à tout prix,
d’accents limpides, innocents,
joyeux, heureux et délicats. »
« Sud innocent, accueille-moi !
Mais aller pas à pas — ce n’est pas une vie,
Pied à pied, cela rend germanique et lourdaud.
J’ai demandé au vent de m’élever bien haut,
J’ai appris à voguer aux côtés des oiseaux, —
Vers le Sud, sur la mer, j’ai volé, moi aussi. »



Grotte à Sorrente, de Sylvestre Chtchedrine (1791-1830).
Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. ZOOM : cliquer sur l’image.

Sorrente : la première rencontre avec la lumière italienne
À Sorrente, Friedrich Nietzsche découvre la lumière italienne comme une révélation. Elle marque une rupture avec la culture allemande, ouvre un nouvel horizon pour sa pensée. Cette clarté méditerranéenne devient pour lui le symbole d’une renaissance intellectuelle.
Avec
Typhaine Morille, Agrégée de philosophie et professeure en CPGE A/L (Joliot-Curie, Nanterre), Membre du GIRN (Groupe International de Recherches sur Nietzsche)
Ivan Butel, Philosophe, réalisateur, documentariste
Philippe Granarolo, Docteur d’État ès-Lettres en philosophie, écrivain, conférencier

En Italie, le philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900) est d’abord allé pour se soigner. Ses maladies ne sont pas parfaitement claires pour nous aujourd’hui, d’autant qu’il en avait peut-être plusieurs en même temps. Une syphilis sans doute, en évolution, qui serait responsable de sa paralysie des dix dernières années de sa vie. Des migraines, jusqu’au vomissement et à l’évanouissement. Peut-être une tumeur cérébrale (c’est de cela qu’est mort son père, dont le corps a subi une autopsie). Nietzsche dit ne pas supporter l’hiver et le froid, à Bâle, où il est devenu professeur de philologie classique en 1869, à un très jeune âge, 25 ans.
Nietzsche prend un congé pendant l’hiver 1876-1877 et il part pour le sud de l’Italie, à Sorrente, dans le golfe de Naples, où il arrive le 25 octobre 1876. C’est une amie, la baronne Malwida von Meysenbug, qui l’a invité dans sa villa nommée Villa Rubinacci. La chambre de Nietzsche donne sur le Vésuve. Lumière, mer et volcans vont bientôt devenir pour lui le paysage idéal et inspirant, sans parler de la douce chaleur qui lui fait du bien. La bienveillante hôte des lieux avait aussi convié son ami Paul Rée et un de ses étudiants à Bâle, Albert Brenner.
Nietzsche et le dionysiaque

Nietzsche gardera de ce premier voyage italien la sensation qu’il n’a "pas assez de force pour le Nord" où "règnent les âmes balourdes et artificielles", comme il l’écrira dans un fragment de 1881. Fragment où il se rappellera cette "première fois où il voyait monter le soir avec son rouge et son gris veloutés dans le ciel de Naples". Le "Sud" pour lui sera pour toujours l’Italie, car la Corse et la Grèce, à propos desquelles il a beaucoup fantasmé, sont restées des fantasmes. L’Italie, il s’y abreuve sans cesse pour féconder sa vie et son œuvre et, à l’évidence, pour se débarrasser de quelque chose de l’Allemagne.
Pour aller plus loin avec nos invités
Typhaine Morille est agrégée de philosophie et professeure en CPGE A/L (Joliot-Curie, Nanterre), membre du Groupe International de Recherches sur Nietzsche (GIRN). Parmi ses publications :
Logiques du rêve : Nietzsche et la morphogenèse des apparences, Thèse dirigée par Patrick Wotling (2020)
Edition du Gai savoir, Garnier Flammarion 2020, édition commentée.
“Force de vivre, philosophie de l’avenir et gai savoir. Commentaire du livre IV du Gai Savoir”, dans Le Gai Savoir, trad. P. Wotling, Paris, GF-Flammarion, 2020.
Philippe Granarolo est agrégé de philosophie et docteur d’État ès-Lettres, en philosophie (thèse sur Le futur dans l’œuvre de Nietzsche). Après avoir enseigné la philosophie à Ajaccio puis à Bastia de 1971 à 1984, il a exercé en classes préparatoires, à Toulon, de 1984 à 2008. Depuis, il anime des Cafés-philo, intervient dans les Universités du Temps Libre de l’agglomération toulonnaise. Il est l’auteur de :
Le Journal retrouvé de Friedrich Nietzsche, L’Harmattan, 2023 (création littéraire).
En chemin avec Nietzsche, L’Harmattan, 2018.
Nietzsche : cinq scénarios pour le futur, Les Belles Lettres, 2014 (réédition en format poche, 2018).
Ivan Butel est auteur, scénariste et réalisateur, spécialisé dans le documentaire de création. Il a réalisé deux documentaires sur Nietzsche :
Les 9 Folies de Nietzsche à Turin (2002)
Le philosophe qui rêvait d’une île (2025)
Il est aussi l’auteur d’un roman, De silence et d’or, Globe 2025.
Références sonores
Chanson. “Le Voyageur”, Schizo (1972). Composée par Richard Pinhas. Gilles Deleuze lit un extrait de Nietzsche, le § 638 intitulé “Le Voyageur” dans Humain trop humain, Tome 1.
Texte 1. Préparation du voyage à Sorrente. Malwida von Meysenbug (1816-1903), Der Lebensabend einer Idealistin (Mémoires d’une idéaliste), Berlin, Schuster & Loeffler, 1898, p. 44-45 ; la réponse de Nietzsche à Malwida inclue dans ce texte date du 11 mai 1876. Extrait cité p. 20-21 du livre de Paolo D’Iorio, Le Voyage de Nietzsche à Sorrente (CNRS éditions, 2012). Lu par Carla Michel et Nicolas Berger.
Texte 2. Les pensées sont liées aux voyages. Friedrich Nietzsche, Éléments pour la généalogie de la morale (1887), trad. P. Wotling, Paris, Livre de poche, 2000, préface, § 2.
Extrait. Nietzsche à Nice, documentaire Le philosophe qui rêvait d’une île, réalisé par Ivan Butel et co-écrit par Ivan Butel et Thierry Ottaviani, sorti en 2025.
Texte 3. Le carnaval de Naples. Friedrich Nietzsche, Fragment posthume 23 [147] de l’année 1876, trad. Robert Rovini. Lecture Nicolas Berger.
Chanson. “Gare de Lyon” de Barbara (1964).



Le port de Gênes , vue de la mer, de Claude Lorrain, 1630-1635.
Musée du Louvre, París. ZOOM : cliquer sur l’image.

Gênes et Messine : 1882, grande année !
Le séjour de Friedrich Nietzsche à Gênes puis à Messine marque un moment où sa pensée s’ouvre à une affirmation plus joyeuse de l’existence. Face à la mer et à la lumière méditerranéenne, le philosophe développe l’idée d’un "oui à la vie", malgré ses souffrances.
Avec
Stéphane Floccari, Professeur agrégé de philosophie, essayiste, traducteur
Isabelle Mons, Enseignante en littérature
Yannis Constantinidès, Professeur de philosophie (Humanités modernes) à l’Ecole Boulle et d’éthique appliquée à l’Espace éthique Île-de-France

Nietzsche s’est rendu quatre fois à Gênes entre 1880 et 1883. Il y a rédigé son livre Aurore, et une bonne partie du Gai Savoir. Il y a découvert l’opéra Carmen de Bizet au théâtre Paganini, dans un moment où sa rupture avec Wagner était consommée, esthétiquement et politiquement. Pourquoi Gênes ? C’est un port, une ville ouverte sur la mer. C’est la ville d’où est parti Christophe Colomb. Pour Nietzsche, c’est la ville où il a "décidé" qu’il vivrait ses maladies autrement, s’obligeant à une certaine joie qu’il finira, de fait, par éprouver. Car à Gênes en janvier 1882, il ressent véritablement en lui une renaissance, un mieux-être. Et il apostrophe avec gratitude et espoir le "Saint-Janvier".
Oui à la vie !
1882 est une grande année italienne pour Nietzsche. En avril, il se rend trois semaines à Messine, ville à laquelle il dédie des poèmes, Les Idylles de Messine. Trois semaines singulières, dans son "bout du monde", comme il l’écrit à un ami. Nietzsche y élabore aussi les premières idées d’Ainsi parlait Zarathoustra. Cette créativité de Nietzsche à Messine mérite une attention particulière. Ensuite, parce que son ami Paul Rée évoque, par lettre, une femme merveilleuse à Rome, Lou Andrea Salomé, Nietzsche quitte fin avril Messine pour la rencontrer. Quelle année, pour Nietzsche !
Nietzsche : accueillir le nouveau

Pour aller plus loin avec nos invités
Stéphane Floccari, traducteur et commentateur de Nietzsche. Parmi ses publications :
Nietzsche et le nouvel an, Belles lettres, 2017.
Il a également traduit de l’italien, Nietzsche à Messine, du journaliste Marcello Mento, Ipagine, 2025.
il a traduit de l’allemand des textes de Nietzsche rassemblés dans un livre La Bibliothèque idéale de Nietzsche, Belles Lettres, 2025.
Yannis Constantinidès, professeur d’humanités modernes à l’Ecole Boulle des métiers d’arts et du design, et d’éthique appliquée à l’Espace éthique/Île-de-France. Il est l’auteur de :
Le nouveau culte du corps. Dans les pas de Nietzsche, Les Pérégrines, 2013.
Avec Damien MacDonald. Nietzsche l’éveillé, Ollendorff et Dessein, 2009.
Isabelle Mons, enseignante à l’université Sorbonne Paris Nord. Parmi ses publications :
Lou Andreas-Salomé : en toute liberté, Perrin, 2012.
Femmes de l’âme : les pionnières de la psychanalyse, Payot, 2015.
Les Libératrices : Paris, août 44, Ampelos, 2025.

Références sonores
Archive. Gênes, port et ville, "L’échappée belle" sur France Culture (15/05/92). Avec Mario Fazio et Renzo Piano.
Nietzsche à Gênes. Extrait du documentaire Le philosophe qui rêvait d’une île, réalisé par Ivan Butel et co-écrit par Ivan Butel et Thierry Ottaviani, sorti en 2025.
Lecture. Gênes. "La première fois que je mange avec appétit" : Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882), IV, $ 291. Traduction Stéphane Floccari, dans La Bibliothèque idéale de Nietzsche, Belles Lettres, 2025.
Lecture. Carte postale de Nietzsche à Franz Overbeck, le 8 avril 1882, à Bâle. Nietzsche à Messine, Marcello Mento. Traduction Stéphane Floccari, Ipagine, 2025.
Lecture. Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal (1886), § 41. Trad. Cornélius Heim.
Lecture. Lou Andréas-Salomé, Friedrich Nietzsche à travers ses œuvres, 1894. Les textes sont lus par Nicolas Berger.
Musique. Bruni Lauzi, Genova Per Noi (1975).
Comment atteindre le "gai savoir" ?



Venise : "un autre mot pour désigner la musique"

Venise, Le grand Canal et le pont du Rialto en automne (septembre 2017)
Martin Falbisoner. ZOOM : cliquer sur l’image.

Venise incarne pour Nietzsche une ville profondément liée à la sensibilité artistique et musicale. Le philosophe la décrit comme "un autre mot pour désigner la musique", tant l’atmosphère, les sons et le rythme de la ville évoquent une harmonie vivante.
Avec
Stéphane Floccari, Professeur agrégé de philosophie, essayiste, traducteur
Dorian Astor, Philosophe et germaniste, spécialiste de l’œuvre de Nietzsche, dramaturge

À Venise, nous suivons le philosophe allemand dans la lumière italienne qui le sauvait, pensait-il, de ses maux divers et aussi, de l’Allemagne qu’il percevait de plus en plus comme une maladie. Il est possible que Nietzsche nous ait même légué un titre pour cet épisode sur Venise. Dans Ecce Homo, écrit en 1888, publié de manière posthume, Nietzsche écrit : "Quand je cherche un synonyme à musique, je ne trouve jamais que le nom de Venise". En somme, pour lui, Venise est le nom même de la musique.
VOIR SUR PILEFACE
La musique est pour Nietzsche le dernier art qui vient s’épanouir dans une culture, telle "la plante la plus tardive", écrit-il dans un autre texte de 1888, son fameux "Contre Wagner." La musique est l’accomplissement artistique parfait, qui exprime les dernières décennies qui viennent de s’écouler, leur ton, leur vitalité, leur morbidité aussi. Or, à louer Rossini ou Bellini, Nietzsche nous dit aussi : "Richard Wagner a eu des intuitions musicales fulgurantes, peut-être, mais avec son Parsifal, il révèle dans quelle "décadence’ – c’est son mot – il est tombé, et l’Allemagne avec lui." La musique transcende une culture ou dit, au contraire, sa retombée, sa chute – enjeu, entre autres, au cœur des pensées nietzschéennes, lors de ces déambulations vénitiennes.
Pour aller plus loin avec nos invités
Stéphane Floccari, traducteur et commentateur de Nietzsche. Parmi ses publications :
Nietzsche et le nouvel an, Belles lettres, 2017.
Il a également traduit de l’italien, Nietzsche à Messine, du journaliste Marcello Mento, Ipagine, 2025.
il a traduit de l’allemand des textes de Nietzsche rassemblés dans un livre La Bibliothèque idéale de Nietzsche, Belles Lettres, 2025.
Dorian Astor est philosophe, spécialiste de l’œuvre de Nietzsche. Il est aussi dramaturge de l’Opéra national du Capitole de Toulouse. Il a fait paraître :
Nietzsche, (biographie), Folio, 2011.
Nietzsche, la détresse du présent, Folio, 2014.
Il a dirigé le Dictionnaire Nietzsche, Bouquins, 2017.
Références sonores
Archive. Ambiance dans les rues de Venise + Chanson : I gondolieri (Les Gondoliers), extrait des Péchés de vieillesse de Gioacchino Rossini. Les Péchés sont composés entre 1857 et 1868, date de la mort de leur auteur.
Lecture. Nietzsche, Ecce Homo (1888), "Pourquoi je suis si avisé", § 7. Traduction Stéphane Floccari, La Bibliothèque idéale de Nietzsche, Belles Lettres, 2025. Lecture par Nicolas Berger, sur un opéra de Rossini.
Lecture. Nietzsche, Humain, trop humain (1880), "Le voyageur et son ombre"* §168. Trad. Stéphane Floccari, op. cité.
Lecture. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882), II, §80 (trad. Pléiade)
Lecture. Nietzsche contre Wagner (1888), " Une musique sans avenir". Trad. Stéphane Floccari, op. cité.
Musique. Francesco de Gregori &Giovanna Mar, O Venezia che sei la più bella.



Turin : la flamboyance et l’effondrement
Le séjour de Nietzsche à Turin en 1888 constitue l’un des derniers moments de bonheur et de fécondité intellectuelle de sa vie, où il découvre un lieu qui lui apparaît aussitôt comme l’espace idéal pour vivre et penser. Mais cette période prolifique précède son effondrement psychique.
Avec
Patrick Wotling, Ancien élève de l’École normale supérieure, professeur de philosophie, directeur du département de philosophie de l’Université de Reims et fondateur du Groupe International de Recherches sur Nietzsche
Céline Denat, Maîtresse de conférences à l’Université de Reims-Champagne-Ardennes, spécialiste de philosophie allemande moderne, membre et coordinatrice du Groupe international de Recherches sur Nietzsche

C’est au Nord de l’Italie que se retrouve Nietzsche en avril 1888, puis de septembre 1888 à janvier 1889. Fini, Sorrente, fini Messine ! Le port de Gênes ouvert sur le monde est aussi derrière lui. Nietzsche ne va pas bien et il le sent. Il cherche cette fois une Italie proche, mais somptueuse. Une ville à couper le souffle : Turin.
Turin, pour l’ultime geste philosophique de Nietzsche qui consiste en une véritable inversion des valeurs. Un geste qui se veut plus fort encore, plus radical que tout ce qu’il a jamais dit. Pour Nietzsche, l’Occident, depuis qu’il a perdu sa source grecque, s’est terni dans la culpabilité chrétienne, dans la morale comme haine de la vie, dans des désirs morbides de se venger du monde en fantasmant des arrière-mondes : nous ne savons plus dire oui au divers, au hasard, au tragique lui-même. En 1887 Nietzsche a publié sa Généalogie de la morale, où il a dépeint le supposé "bien moral" en morbidité à peine masquée. Il veut aller toujours plus loin. En 1888, à Turin il écrira, l’un après l’autre, L’Antéchrist, le Crépuscule des idoles, Ecce Homo, Dithyrambes de Dionysos (un recueil de neuf poèmes), Le cas Wagner, avant de s’effondrer, paralysé. Il est terrible de se dire qu’il restera en vie encore dix ans, peut-être suffisamment lucide, pour voir sa sœur détestée s’affairer autour de son œuvre, avec des intentions qui la trahissent largement.
Turin, la dernière ville de Nietzsche
VOIR SUR PILEFACE
Après des séjours à Gênes, Sils‑Maria ou Nice, le philosophe découvre le 5 avril 1888, à Turin, un lieu idéal : "La ville m’est infiniment sympathique - écrit-il dans une lettre à son ami, Franz Overbeck, le 10 avril 1888 — Turin est l’unique grande ville que j’apprécie. Quelque chose de calme et de retenu y flatte mon instinct. J’arpente ces rues dignes avec ravissement. Un paradis pour les pieds, pour mes yeux aussi !" Dès son arrivée, il est profondément séduit par l’architecture classique de la ville, la majesté de ses rues et ses vastes portiques, qui offrent des conditions idéales pour la marche et la méditation. Cette expérience correspond à un idéal urbain qu’il avait déjà formulé dans Le Gai Savoir : celui de villes capables d’offrir des espaces de silence et de réflexion propices pour "se promener en lui-même".
Comment atteindre le "gai savoir" ?

L’effondrement
Turin constitue la dernière ville découverte par Nietzsche, essentiellement en raison de la dégradation persistante de son état de santé. Ses maux chroniques et continus le font terriblement souffrir. Le 3 janvier 1889, sur la place Carlo Alberto à Turin, il assiste, selon le récit devenu célèbre, à une scène de violence : un cocher frappe brutalement son cheval. Bouleversé, le philosophe se précipite vers l’animal, l’enlace en sanglotant puis, s’effondre sur le pavé — récit semble t-il inventé, préciseront nos invités, qui n’est fondé sur aucun témoignage, mais s’est répandu un peu partout, jusqu’à ce qu’il finisse par passer pour vérité.
Pour aller plus loin avec nos invités
Patrick Wotling est professeur de philosophie, directeur du département de philosophie de l’Université de Reims et fondateur du Groupe International de Recherches sur Nietzsche. Il est l’auteur de :
Nietzsche, Œuvres complètes, Flammarion (sous la direction de), 2024.
Nietzsche. La conquête d’une pensée, PUF, 2022.
Dictionnaire Nietzsche, avec Céline Denat, Ellipses, 2013.
Nietzsche et le problème de la civilisation, PUF, 2012.
La philosophie de l’esprit libre : introduction à Nietzsche, Flammarion, 2008.
Céline Denat
Maître de conférences à l’Université de Reims-Champagne-Ardennes, spécialiste de philosophie allemande moderne, membre et coordinatrice du Groupe international de Recherches sur Nietzsche. Elle a fait paraître :
Nietzsche. Généalogie d’une pensée, Belin, 2016.
Dictionnaire Nietzsche, avec Patrick Wotling, Ellipses, 2013.
Références sonores
Lecture. Nouvelle phase de travail de 1888 : le renversement des valeurs. Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, § 3-4, trad. Éric Blondel, GF-Flammarion, 1895 p.50-51.
Lecture. Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi je suis un destin", § 8 , GF Flammarion, trad. Éric Blondel, 1908 p.176- 177
Lecture. Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi je suis un destin", § 1, GF-Flammarion, trad. Éric Blondel, 1908, p. 167-168.
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