
"S" comme Spectacle (La Société du)


« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent
les conditions modernes de production
s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.
Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. »
Guy Debord
(cf. « La guerre Debord »)

« Dans l’esprit de Debord, le Spectacle
[contrairement à l’opinion qui le réduit au médiatique]
[...] c’est l’économie de marché devenue folle [...]
qui excède de loin le médiatique »
Cécile Guilbert
« Pour Guy Debord »
Dans l’entrée « "S" comme Sollers » où j‘avais pris le parti de décliner les différents thèmes sollersiens, que j’avais en-tête, commençant par la lettre S, il manquait, notamment, « Spectacle ». Un manque souligné par AG qui a largement développé le sujet sur pileface. Oui, un oubli qui méritait d’être réparé, sans l’épuiser. C’est l’objet de la présente entrée. Sollers et Debord : une relation « asymétrique » comme on le dit aujourd’hui d’une guerre asymétrique,- il y avait de la guerre entre eux - du côté Debord vis-à-vis de Sollers – et nous reviendrons plus avant sur ce que cela sous-entend. Mais pour commencer, empruntons à A.G. ces mots d’introduction :

En guise d’introduction
En 1958, sort le premier numéro d’Internationale Situationniste, Guy Debord a 26 ans. Philippe Sollers publie son premier roman, Une curieuse solitude, il a 21 ans.
Philippe Sollers, 1958. Année de la rencontre avec Dominique Rolin. In Gérard de Cortanze, Sollers ou la volonté de bonheur, Ed. du Chêne - Hachette Livre, 2001. |
Ajoutons que Guy Debord, est né en 1931, que son livre emblématique " la Société du Spectacle " date de 1967 (traduit en de nombreuses langues), prolongé par « Commentaires sur la société du spectacle’ » en 1988 et de " Panégyrique " (1989.), tome premier d’un livre autobiographique, suivi d’un tome 2 posthume en 1997. Il a fondé l’Internationale situationniste en 1957 et l’a sabordée en 1972. S’est suicidé en 1994.
Une notoriété antispectaculaire est devenue quelque chose d’extrêmement rare
Je suis moi-même l’un des derniers vivants à en posséder une,
à n’en avoir jamais eu d’autre.
Mais c’est aussi devenu extraordinairement suspect.
La société s’est officiellement proclamée spectaculaire.
Être connu en dehors des relations spectaculaires,
cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société »Guy Debord
Commentaires sur la société du spectacle
« La guerre Debord »
Debord est mort il y a onze ans [1994]. Tout ce qu’il a analysé et prédit s’est réalisé point par point, et même très au-delà. La qualité de la vie, désormais, c’est la guerre. Il aura quand même pointé l’essentiel : sans noblesse, pas de révolution. Oui, noblesse de Debord.
Philippe Sollers
La guerre Debord
« La guerre Debord », c’est le titre du premier article que nous avons publié sur pileface. C’était il y a vingt ans, le 1er octobre 2006 . C’était aussi le titre d’un article de Sollers dans Le Nouvel Observateur du 1er décembre 2005. En 2006, venaient aussi d’être publiées les Œuvres complètes de Debord, chez Gallimard, après après le volume 5 de sa Correspondance 1973-1978 chez Fayard, début 2006.
L’occasion pour Ph. Sollers dont la pensée et l’oeuvre ont été influencées par Debord de republier dans l’Infini N° 96, automne 2006, son article du Nouvel Observateur du 1er décembre 2005 intitulé La guerre Debord, après le volume 5 de sa Correspondance 1973-1978 chez Fayard, début 2006.
Ce texte de Philippe Sollers est aussi reproduit, in extenso ICI (dans notre article au titre éponyme)
Sollers et La Société du Spectacle
Il s’agit, bien sûr d’un thème dont Guy Debord est l’initiateur et auquel Sollers adhère, reconnaissant la justesse de vue qui y est développée.
Sollers à propos du livre "La Société du Spectacle" (archive INA)


Cette archive INA du 19.10.2000 (« Un siècle d’écrivains »), montre Sollers lisant des passages de La Société du Spectacle (1967) de Debord, notamment sur la révolution, en alternance avec des extraits du film du même titre — signe d’une appropriation orale et pédagogique du texte, antérieure ou concomitante à l’écriture critique

Transcription
Le livre fondamental de Debord, La Société du Spectacle paraît en 1967. L’auteur qui a alors 36 ans dira de lui modestement, en 1992, que les troubles de 68 l’ont fait connaître. On ne saurait mieux définir un vrai livre dans l’océan inutile des publications.
Sous les modes apparentes qui s’annulent et se recomposent. À la surface futile du temps pseudo-cyclique contemplé, le grand style de l’époque est toujours dans ce qui est orienté par la nécessité évidente et secrète de la révolution.
Le grand style de l’époque est toujours dans ce qui est orienté par la nécessité évidente et secrète de la révolution.
Quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste. Non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu’il avait constituée pour ses membres. Il découvre aussi par l’expérience historique concrète qu’il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir. Il porte la révolution qui ne peut rien laisser à l’extérieur d’elle-même, l’exigence de la domination permanente du présent sur le passé. Critique totale de la séparation, et c’est cela dont il doit trouver la forme adéquate dans l’action. Aucune amélioration quantitative de sa misère aucune illusion d’intégration hiérarchique ne sont un remède durable à son insatisfaction.
Jamais sur l’estrade toujours anonyme, ce personnage-là au cœur de l’émeute, c’est bien Guy Debord, traceur de lignes en première ligne.
La Société du Spectacle et ce livre français traduit dans toutes les langues comme la révolution elle-même.
Attaquée par surprise la Société du Spectacle saura réagir ; elle mettra un certain temps à conjurer un spectre qui lui a fait si peur mais enfin elle y parviendra, et comme la logique le voulait elle ira se célébrer elle-même au Panthéon […] le temple des grandes têtes molles. L’ordre est rétabli dans le foyer on a vu assez vite pour quelle comédie.
L’homme séparé de son produit, de plus en plus puissamment, produit lui-même tous les détails de son monde, et ainsi se trouve de plus en plus séparé de son monde. D’autant plus sa vie est maintenant son produit, d’autant plus il est séparé de sa vie. Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image.
Debord est un stratège. Il sait mener la retraite qu’il faut. Sa vie va devenir errante, en Espagne et en Italie, mais son point fixe est cette maison forteresse où il sera de plus en plus seul avec Alice. Seul, non, la pensée essentielle de la liberté n’est jamais seule. Avoir dit et prédit ce qui ouvertement et cyniquement a lieu, continuer à le dire et à le prédire, voilà la maîtrise du temps, sombre et joyeux, comme une fête maintenue loin du mensonge.
La bibliothèque est ici vaste et précise. Pour savoir écrire, il faut savoir lire, et pour savoir lire, il faut savoir vivre.
Une notoriété antispectaculaire est devenue quelque chose d’extrêmement rare. Je suis moi-même l’un des derniers vivants à en posséder une, à n’en avoir jamais eu d’autres, mais c’est aussi devenu extraordinairement suspect. La société s’est officiellement proclamée spectaculaire. Être connu en dehors des relations spectaculaires, cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société.

Le livre
Petit livre paru en 1967, un an avant que la contestation étudiante se révolte contre la société industrielle de consommation. Il est composé de 221 "versets"... En voici le premier :
1. Et sans doute notre temps... préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être... Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré.
La Société du Spectacle (l’intégrale – pdf) (avec critique et références de Debord en marge )
Commentaires sur la société du spectacle (l’intégrale – pdf)

...


Le film de Guy Debord en version originale et intégrale
L’entretien de référence : « Debord dans le temps » (Yan Ciret)

C’est la source la plus riche et la plus tardive (repris dans Fugues, Gallimard, 2012, p. 471-482 ; également en ligne sur philippesollers.net). Points clés du raisonnement de Sollers
• Sollers situe sa véritable rencontre intellectuelle avec Debord non pas à l’époque « héroïque, romantico-révolutionnaire » liée à l’horizon marxiste, mais à partir du tournant que représente In girum imus nocte et consumimur igni, où l’apparition du « je » commence à le requérir.
• Il établit une hiérarchie explicite entre les deux moments de l’œuvre théorique : le discours des Commentaires sur la société du spectacle (1988) lui apparaît « très vite, plus fondamental que celui de la première version de 1967 ».
• Il relève une nouveauté conceptuelle précise : la notion de mafia est absente de La société du spectacle en 1967, alors que le livre de 1988 anticipe la chute du mur de Berlin et la reconversion mafieuse de l’ex-URSS.
• Sur le plan philosophique, Sollers insiste sur la dimension métaphysique croissante : la pensée debordienne du temps — son irréversibilité vécue à la première personne — le fait rejoindre, dans son propre panthéon, Dante, Rimbaud ou Artaud.
• Il revendique aussi un rôle éditorial et diffuseur : avoir plaidé pour que les livres de Debord soient mis « à la portée de n’importe qui », en poche, contre toute logique de chapelle ou d’appropriation sectaire — une position qu’il dit avoir tenue aussi pour Bataille et Artaud.
Debord dans le temps (l’intégrale -pdf)
Voir aussi
La tribune du Monde (octobre 1989)

« La guerre selon Guy Debord ». Généalogie éditoriale.
Le texte paraît d’abord dans Le Monde des Livres en octobre 1989 sous le titre « Guy Debord, vous connaissez ? » — signé par Sollers dans sa rubrique tenue à l’époque avec la complicité de Josyane Savigneau. Il est repris en volume dans La Guerre du goût (Folio, 1994, p. 443) sous un titre plus solennel, La guerre selon Guy Debord — Sollers remerciant explicitement, dans sa note liminaire sur la provenance des textes, Le Monde des Livres et Josyane Savigneau pour la liberté éditoriale qui lui avait permis cette chronique.
Ce que dit le texte, en substance :
L’ouverture présente Debord comme un auteur confidentiel et clandestin, dont Sollers affirme qu’il est le penseur le plus original et le plus radical de son époque, lu par une poignée de gens dispersés (Jérusalem, Stockholm, Sydney, Paris). Sollers y évoque La Société du spectacle (1967) et ses thèses reprises et approfondies dans les Commentaires de 1988, avant de se concentrer sur la parution du premier tome de Panégyrique, un livre autobiographique.
Le corps du texte est un « article de dictionnaire » fantasmé, une notice biographique inventée par Sollers pour combler l’absence de Debord dans les dictionnaires usuels — exercice de style très sollersien, mêlant portrait admiratif (l’incorruptibilité, le mépris des honneurs, la connaissance de Thucydide, Machiavel, Retz, Gracián, Lautréamont) et quelques traits d’auto-ironie sur sa propre position d’énonciateur mondain écrivant sur un auteur qui l’ignore. On y trouve la formule empruntée à Debord lui-même sur le goût de l’ivresse comme « une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps » — expression que Sollers reprendra ensuite presque à l’identique dans l’entretien avec Yan Ciret, vingt ans plus tard, preuve d’une fidélité de lecture réelle.
La suite du texte bascule dans un registre plus personnel et défensif : Sollers y raconte recevoir des lettres d’insultes anonymes de « pseudo-admirateurs » de Debord, le traitant pêle-mêle de vipère, hyène, maoïste, papiste, prostitué médiatique, etc., et rappelant inlassablement le jugement d’« insignifiant » que Debord lui aurait un jour appliqué — mot que Sollers affecte de porter avec une légèreté ostentatoire
Ce texte est donc doublement intéressant : c’est à la fois un exercice critique sérieux (l’un des tout premiers articles français grand public sur les Commentaires, avant leur reconnaissance institutionnelle) et une pièce d’autoportrait sollersien — l’écrivain se mettant en scène comme passeur solitaire face à l’hostilité d’un lectorat sectaire.
C’est le texte le plus directement autobiographique sur la réception hostile que lui vaut son intérêt pour Debord.
Guy Debord et l’aventure situationniste (Magazine littéraire)



Le Magazine littéraire n°399, daté de juin 2001, explore le parcours de Guy Debord (1931–1994), écrivain, cinéaste et théoricien de l’Internationale situationniste
Ce numéro inclut notamment une discussion sur son œuvre principale La Société du spectacle (1967) et la mise en perspective de ses idées avec les événements de Mai 1968.
Y figure notamment l’entretien avec Yan Ciret évoqué ci -dessus, publié sous le titre « Debord est d’abord un métaphysicien... ».
Les archives de Guy Debord classées « Trésor national »
Janvier 2009. Les archives de l’auteur d’un des textes fondateurs du Situationnisme, Guy Debord (décédé en 1994) viennent d’être classées « Trésor national » par le ministère de la Culture pour éviter leur exportation vers les Etats-Unis. Créé en 1957, le Situationnisme voulait dépasser les révolutions avortées des avant-gardes du début du XXe siècle.
Les manuscrits du situationniste, dont, entre autres, celui de La Société du spectacle, ont ainsi rejoint les collections du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, avec l’aval de l’ancien ministre de la Culture Christine Albanel.
En préface au volume (« Quarto » Gallimard) des Œuvres de Debord, le préfacier, Vincent Kaufmann, écrit : « Qui était Guy Debord ? Un révolutionnaire du Xxe siècle, et un des seuls parmi ceux qui ont pensé et écrit au cours des décennies passées à avoir refusé passionnément la société de son temps, et en connaissance de cause. Il l’a décrite telle qu’elle était, plutôt laide […].Tributaires de Hegel, du jeune Marx et de quelques-uns de ses commentateurs les plus aigus, ses analyses de la « société du spectacle » (…) se sont imposées. Elles ont quelque chose d’irréfutable et rétrospectivement même de prophétique. »
Sollers n’a jamais caché la très forte impression que lui avait faite la lecture de Debord. Dans une suite d’articles, « La guerre selon Guy Debord », dans La Guerre du Goût... et avec pas moins de 30 entrées dans Éloge de l’infini (Gallimard, folio, 3806)... jusqu’au très beau film qu’il consacrera à Guy Debord... sans oublier que, en 2004, Sollers publie plus de 8 pages sur Guy Debord dans le Dictionnaire amoureux de Venise (Plon, éditeur) [9].
C’est dire si les œuvres de l’auteur de La Société du spectacle (1967), des Commentaires sur la société du spectacle (1988) et de Panégyrique I (1989), entre autres, font événement, et se révèlent d’une certaine façon incontournable.
(Marcelin Pleynet, L’Infini 108, Automne 2009, p. 51-64)
Crédit : Plus ICI : Debord, « Trésor national »
Exposition à la BnF : « Guy Debord un art de la guerre »

C’est en 2011 que s’est concrétisé le transfert des archives de Debord à la BnF. Et celle-ci d’organiser l’exposition citée en référence du 27 mars au 13 juillet 2013.
Extrait du communiqué de presse

- Guy Debord, années 50
A la fois poète, artiste, penseur révolutionnaire, directeur de revue et cinéaste, Guy Debord (1931-1994) a livré, avec ses archives, non seulement l’histoire d’une œuvre, mais aussi celle d’aventures collectives dont il se fit souvent le stratège. L’exposition racontera la théorie, les pratiques et les combattants d’une lutte ininterrompue contre la société du spectacle.
Outre les manuscrits, tracts, affiches, documents préparatoires des films, photographies, œuvres de Guy Debord et de ses compagnons de route, l’exposition présentera l’ensemble inédit de ses fiches de lecture, centre permanent de l’œuvre et miroir d’une vie. Autant de documents qui permettront de mieux comprendre le parcours d’un auteur dont les thèses continuent de porter le fer contre nos sociétés contemporaines.
Suivi, entre autres, d’un entretien Nathalie Crom (Télérama)- Philippe Sollers, du 20 mars 2013, sur le thème « La vision du monde de Guy Debord passe par la pensée poétique »
Ecriture et lecture selon Debord

« Pour savoir écrire il faut avoir lu,
et pour savoir lire il faut savoir vivre. »
Guy Debord, 1972.
Formule souvent reprise et citée par Sollers (parfois avec de légères variantes de formulation), en l’attribuant explicitement à Debord.
La version originale de Debord figure notamment dans La Véritable Scission dans l’Internationale (1972) et dans les Thèses sur l’Internationale situationniste et son temps : « Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre » (parfois complétée par : « voilà ce que le prolétariat devra apprendre d’une seule opération, dans la lutte révolutionnaire »)
Sollers-Debord, une relation asymétrique
Il n’y a jamais eu de rencontre personnelle. Debord a refusé jusqu’à sa mort (1994) de voir Sollers. Leur rapport est asymétrique : admiration et promotion publique de Sollers d’un côté ; mépris et distance de Debord de l’autre .
.
• Côté Sollers : découverte progressive (autour de 1968 selon Pleynet ; plus nette vers 1977 avec le film In girum imus nocte et consumimur igni selon Sollers lui-même). À partir de 1989 (Panégyrique), articles élogieux réguliers, contribution à la reconnaissance éditoriale (passage chez Gallimard), film, citations constantes. Sollers affirme avoir « aimé [Debord] malgré lui » et considère que Debord « ne m’avait pas lu ».
La relation semble s’être jouée entièrement à distance — par voie de presse (Le Monde, L’Humanité), de correspondance privée, et, du côté de Sollers, par un travail critique et éditorial mené après la mort de Debord (1994), notamment via son film documentaire Guy Debord, une étrange guerre (série « Un siècle d’écrivains », France 3).

• Côté Debord : allergie marquée. Dans Cette mauvaise réputation… (1993), il écrit à propos d’un éloge de Sollers dans L’Humanité (5 novembre 1992) :
« […] il y a même quelques éloges à mon propos. Mais ce n’est qu’insignifiant, puisque signé Philippe Sollers. »
La correspondance posthume de Debord (Fayard, 7 volumes, éd. Alice Debord) est virulente et s’étend sur près de vingt ans :
• Lettre à Gérard Lebovici (19 août 1976), où Debord commente ironiquement l’enthousiasme de Sollers pour un ouvrage de Sanguinetti-Censor.
• Lettre à Annie Le Brun (5 novembre 1992), à propos de La Fête à Venise (1991) : Debord y accuse Sollers de laisser entendre qu’il aurait participé à la Conférence de Venise des situationnistes clandestins, et reproche à Sollers d’avoir prétendu, auprès d’Antoine Gallimard, le connaître personnellement.
• Lettre à Jean-Jacques Pauvert (30 mars 1993), l’invitant à Venise tout en lui demandant expressément de ne rien en dire à Sollers — détail que Sollers relève lui-même dans l’entretien Yan Ciret comme révélateur d’une forme de mise à distance délibérée, presque de « manipulation ».
Sollers a contribué (par ses articles de 1989 notamment) à élargir le lectorat de Debord au-delà des cercles situationnistes, ce que certains proches de Debord ont plus tard jugé ambigu ou « encombrant ». La relation reste donc celle d’un lecteur/admirateur passionné face à un auteur qui le tenait à distance et le classait du côté du « spectacle » qu’il combattait.
Quelques liens pileface
Pour approfondir le sujet. les liens sont classés dans l’ordre chronologique de leur publicatioon :
Ph. Sollers : La guerre Debord
Debord au cinéma
François Meyronnis : Debord, joueur absolu
L’avant-garde et après ?
Magnétique Debord
Exposition à la BnF : « Guy Debord un art de la guerre »
Situation : Pleynet, lecteur de Debord
Situations. Sur le rapport Sollers/Debord
Guy Debord, vous connaissez ?( 1931-1994)
Agamben lecteur de Debord
La librairie de Guy Debord
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