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Nathalie Baye dans les films de Jean-Luc Godard

Sauve qui peut (la vie) et Détective de Jean-Luc Godard

D 19 avril 2026     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Nathalie Baye est décédée à l’âge de 77 ans vendredi soir 17 avril. L’actrice a tourné près d’une centaine de films. Plusieurs chaînes vont en rediffuser dans les prochains jours (voir ici). J’ai choisi de vous montrer deux films que Nathalie Baye a tournés avec Jean-Luc Godard et qui ne semblent pas avoir été retenus par les programmateurs : Sauve qui peut (la vie) (1980) qui lui valut le premier César de sa carrière, celui de la meilleure actrice dans un second rôle, et Détective (1985) dans lequel elle joue avec Johnny Halliday dont elle partageait alors la vie.

Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard

Réalisation : Jean-Luc Godard
Scénario : Anne-Marie Miéville, Jean-Claude Carrière
Production : Marin Karmitz, Alain Sarde
Musique : Gabriel Yared
Avec : Isabelle Huppert : Isabelle Riviere ; Jacques Dutronc : Paul Godard ; Nathalie Baye : Denise Rimbaud ; Roland Amstutz : le PDG ; Fred Personne : monsieur Personne, l’autre client ; Anna Baldaccini : La soeur d’Isabelle ; Cécile Tanner : La fille de Paul
Décors de film : Romain Goupil
Son : Luc Yersin, Oscar Stellavox, Jacques Maumont
Directeur artistique : Jean-Bernard Menoud, William Lubtchansky, Renato Berta
Pays : France / Suisse
Année : 1979
Denise Rimbaud abandonne son mari, son travail et la ville pour aller vivre à la campagne. Paul Godard, producteur d’émissions de télévision, a peur de quitter la ville, peur de la solitude depuis le départ de Denise. Isabelle a quitté sa campagne pour venir se prostituer en ville. L’imaginaire, la peur et le commerce sont, à travers le trajet de ces personnages, les trois mouvements du film qui se terminera par celui de la musique.

Dans une grande ville suisse, Denise Rimbaud (Nathalie Baye) quitte Paul (Jacques Dutronc), avec qui elle travaille encore un peu à la télévision, pour changer de vie dans une ferme communautaire, plus haut dans la montagne. Paul, patronyme Godard, souffre de son départ. Ses dîners mensuels, généralement tendus, avec son ex-femme et sa fille préadolescente, aggravent sa peur de la solitude. Dans une file d’attente pour un Chaplin qu’il n’ira pas voir, il rencontre Isabelle Rvière (Isabelle Huppert), qui a quitté son village pour venir se prostituer en ville. "Ce qu’ils aiment, c’est nous humilier", explique-t-elle, impavide, à sa petite sœur qui veut aussi “faire la pute”. Les chemins de tous ces personnages se croisent, puis se séparent.

Chacun pour soi

À l’écoute des pulsations de ces trois solitudes, Jean-Luc Godard, comme l’annonce le générique, "compose" son film pour déployer, comme dans les mouvements successifs d’une partition, les motifs entrelacés de leurs angoisses, désirs, défaites et résistances, face à la brutalité (exploitation, atomisation, consommation) d’une société qui ne croit plus au salut collectif. Jouant en virtuose amusé de tous les instruments à sa disposition, il sonde les résonances du temps dans les êtres et les choses. Après ses années d’expérimentations militantes, il revient aussi à un cinéma de production traditionnelle et à un casting de vedettes, magnifiquement dirigé. Cela ne l’empêche pas de moquer cruellement le système dans une séquence “pornographique” tout sauf obscène, qui a valu au film une interdiction aux moins de 16 ans.

VOIR : Pascale Ferran, à propos de Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard

J-L Godard, Scénario de Sauve qui peut (la vie) (1980)

Jean-Luc Godard, Spécial Cinéma

En 1981, pour parler de Sauve qui peut (la vie), le dernier film du cinéaste Jean-Luc Godard, Spécial Cinéma propose une émission à la forme inhabituelle, car montée, sonorisée, à la façon du style cinématographique du réalisateur franco-suisse. C’est surprenant, et on y retrouve Godard et l’actrice principale Isabelle Huppert.

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Jean-Luc Godard
avec Nathalie Baye et Johnny Halliday
sur le tournage de Détective.
Un film dédié à John Cassavetes, Clint Eastwood et Edgar G. Ulmer.

En 1985, Godard sort un nouveau film, Détective.

Détective

Réalisateur : Jean-Luc Godard
Assistant réalisateur : Reynald Calcagni
Scénaristes : Alain Sarde, Philippe Setbon
Dialoguiste : Jean-Luc Godard
Sociétés de production : Sara Films (Paris), JLG Films
Producteurs : Jean-Luc Godard, Alain Sarde
Directeur de production : Christine Gozlan
Distributeur d’origine : AAA - Acteurs Auteurs Associés
Directeur de la photographie : Bruno Nuytten
Ingénieur du son : Pierre Gamet
Compositeur de la musique originale : Jean Schwarz
Compositeurs de la musique préexistante : Emmanuel Chabrier, Franz Liszt, Franz Schubert, Frédéric Chopin, Richard Wagner, Arthur Honegger, Ornette Coleman
Photographe de plateau : Tony Frank
Interprètes : Nathalie Baye (Françoise Chenal), Claude Brasseur (Emile Chenal), Johnny Hallyday (Jim Fox Warner), Jean-Pierre Léaud (l’inspecteur), Laurent Terzieff (William Prospero), Alain Cuny (Prince, le vieux mafieux), Stéphane Ferrara (Tiger Jones), Eugène Berthier (Eugène, le manager), Xavier Saint-Macary (Angelo, le comptable), Pierre Bertin (le jeune fils), Emmanuelle Seigner (Grace Kelly fiancée), Ann-Gisel Glass (une cousine), Julie Delpy (la groupie sage), Aurelle Doazan (une cousine), Alexandra Garijo (la petite fille), Cyril Aubin (le groupie punk)

Jim Fox Warner (Johnny Halliday) n’a plus que la victoire à la boxe de son poulain Tiger Jones (Stéphane Ferrara) sur laquelle compter pour éponger les dettes qu’il doit à la mafia. Autour de lui, échange tout un microcosme lié de près ou de loin au mauvais côté de la loi, d’un pilote impliqué dans des affaires louches (Claude Brasseur) et son épouse (Nathalie Baye) ayant accepté la prostitution occasionnelle, à l’Inspecteur Neveu (Jean-Pierre Léaud) empêtré dans son enquête sur des meurtres.

Analyse du film

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Nathalie Baye et Johnny Halliday dans Détective.

Sollers salue le film dans Le Nouvel Observateur du 17 mai 1985.

LA « BONNE NOUVELLE » DE GODARD

Godard a toujours été, mais il est maintenant de plus en plus, le cinéaste de l’instant. De ce que Joyce appelait des « épiphanies », brusques, révélations discordantes, verticales, d’images et de sons. L’enquête de « Détective », ne cherchez pas plus loin, est là, de même que la grâce tordue de « Je vous salue Marie ». Le projet est encore plus clair : désorienter l’histoire, la story interminable et fadasse du « Dallas » universel, capter des blocs, de temps, des fleurs de temps. Des mains dans un lavabo ; l’existence fourrée d’un peignoir ; des seins jouant avec la soie ; une tasse de café ; des doigts ; des cheveux ; un couple légitime au lit, le matin ; un profil dans le noir éclairé au briquet ; un homme nu à la baignoire. La seule vérité est celle non pas du personnage mais de la posture ; non pas du sens de telle ou telle scène, mais de la sensation vive, fraîche, éclatante qui la déborde chaque fois de toutes parts. Une lampe, chez Godard, en arrière-plan, est une lampe qui vient « proustiennement » d’une mémoire qui ne se savait pas être là. Un « oui » prononcé par une voix de femme au téléphone est un « oui » que vous entendez enfin pour la première fois. L’intrigue continue ? Le temps réel, bruit et fureur, raconté par un idiot et ne signifiant rien ? Sans doute. Mais à contre-courant, par-dessous, surgissant avec la musique, musique sur musique, il y a, sans fin, des visages, des jambes, des regards, des voix. Acteurs connus ou inconnus peu importe. C’est la présence qui compte, la présence pour la présence ; la présence têtue, prophétique. Bien entendu, l’intention est ici carrément mystique. Ce que les cons ne supportent pas, ce qu’ils vont siffler encore une fois (cons idiots ou intelligents ; cons stéréotypés ou branchés ; cons analphabètes ou cultivés), c’est cette récusation du calcul intéressé, cette glorification, comme chez Manet, de la sensation vibrante. Le film commence et vous l’entendez. Un film doit se lire et s’entendre. Voilà la « bonne nouvelle » de Godard.
D’où l’importance de la bande son, véritable défi à la surdité ambiante. Le con, vérifiez-le, est d’abord un sourd. C’est tout. Un avion et Dvorak dans « Je vous salue Marie », et, il y a enfin « de l’avion ». Un hall d’hôtel, un billard, et Schubert dans « Détective », et vous êtes dans cet espace intermédiaire, obstiné, enthousiasmant, de la vie vécue pour elle-même, comme elle devrait l’être. Ce que Godard détruit, avec naturel, c’est la grande machine de l’imposture imagée, le crime de la société comme spectacle. Johnny Hallyday mourra, c’est dit et montré, sans avoir pu lire « Lord Jim ». Impossibilité d’écouter, de lire, voilà ce que le cinéma devait enfin révéler, c’est-à-dire l’aliénation dérisoire de tout le système qui l’anime. Godard est un scandale qui dure, à la grande surprise des cons, parce qu’il ne cède pas sur sa sensation intime, donc sur son désir. C’est, tout simplement, un des plus grands artistes de notre temps.

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Nathalie Baye et Johnny Halliday dans Détective.

Nathalie Baye à propos du caractère de Godard

20 novembre 1985.

Même si Jean-Luc Godard a parfois des paroles méchantes pour les acteurs, Nathalie Baye pense qu’il les aime car il sait les magnifier dans ses films. Ses films sont très particuliers, mais la comédienne apprécie la manière dont il filme les visages et les mots.

Johnny Hallyday & Nathalie Baye - Souvenir de Jean-Luc Godard

Vidéo Club TLT (avril 1993)

Dans cette archive rare de l’émission Vidéo Club diffusée sur TLT en avril 1993, Johnny Hallyday et Nathalie Baye évoquent avec émotion le cinéaste Jean-Luc Godard. Un témoignage précieux et spontané sur l’influence du réalisateur, entre confidences et admiration artistique.

LIRE AUSSI : « Ecoutez, je n’ai jamais été une midinette… » : quand Nathalie Baye nous parlait de Johnny, de Godard et d’Amérique (Propos recueillis par Jean-François Josselin, parus dans « le Nouvel Observateur » du 2 novembre 1984)

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