
Septembre 2025 : Philippe Forest publie Shakespeare
Philippe Forest
Shakespeare
Quelqu’un, tout le monde et puis personne

De William Shakespeare, on sait tout, c’est-à-dire à peu près rien. À moins que ce ne soit l’inverse. Car que sait-on, au fond, de la vie d’un homme ? Que peut-on en rapporter ? Comment dessiner le portrait de cet auteur, immense, quand ses traits sont ceux de tous – autant que ceux de personne ? Une vie suppose des faits et des gestes. Ils sont tous là. Une vie s’étoile de mots. Ils sont partout. « Words, words, words », dit Hamlet : Philippe Forest sait le vertige des phrases et le mirage de l’identité, quand nous n’avons rien en propre.
Partant, cet essai est une vie de Shakespeare, par-delà la vérité.

Janvier 2026 : Hamnet, un biopic de Chloé Zhao, adapté du roman de Maggie O’Farrell, sort sur les écrans.

De Hamlet à Hamnet : vivons-nous une époque shakespearienne ?

Chloé Zhao parle aux comédiens Jessie Buckley et Paul Mescal
sur le tournage de son film Hamnet.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Les Matins de France Culture. Vendredi 23 janvier 2026


1. Chloé Zhao, réalisatrice

2. Philippe Forest, romancier et essayiste

Ce matin, nous recevons Chloé Zhao pour parler de son film Hamnet puis nous dialoguons avec Philippe Forest qui a consacré un livre à l’énigme qu’est Shakespeare : Shakespeare. Quelqu’un, tout le monde et puis personne chez Flammarion en septembre 2025. Ce livre est une "antibiographie" : non pas la somme de ce qu’on sait – c’est si peu – mais la somme de ce qu’on ne sait pas, de ce que l’on imagine.
À écouter Critique cinéma : "Hamnet" de Chloé Zhao, une publicité longue durée déguisée en grand film à Oscars


Chloé Zhao insiste sur l’absence de familiarité initiale avec Shakespeare et sur le caractère presque accidentel du projet : "Je n’ai pas grandi avec Shakespeare, en revanche, j’ai beaucoup aimé le symbolisme de son œuvre, même si je n’étais pas très familière de son travail jusqu’à ce film. Quand on m’a proposé le film, j’étais dans le désert du Nouveau-Mexique, au volant de ma voiture, la réception était mauvaise, je n’avais pas lu le livre, et on m’a dit : “C’est un projet sur la femme de Shakespeare, la perte d’un enfant.” J’ai dit : “Qu’est-ce qui vous fait penser à moi là-dedans ?” ". Le sens du projet ne s’est révélé qu’après coup : "je crois que ce sont les histoires qui nous choisissent, pas l’inverse."
Chloé Zhao décrit l’évolution de son rapport aux paysages : "Quand j’avais 20 ans-30 ans, j’étais attirée par les grandes plaines, l’horizon, l’expansion. Maintenant que j’ai la quarantaine, j’ai besoin de savoir ce qui est à l’intérieur, et ce que fait la forêt, c’est justement de faire plonger en soi, et aussi à l’intérieur même de la terre." Pour elle, le surnaturel relève d’une sensibilité exacerbée et non du fantastique : "Une sorcière capable de prédire le temps, c’est simplement quelqu’un qui observe le temps, le climat, et qui est sensible à la température, qui observe les animaux, leur comportement, qui reconnaît des motifs récurrents et qui est profondément dans son corps, très incarné. C’est quelque chose qu’on est tous capables de faire, mais qu’on a oublié. C’est quelque chose de tragique. Quand l’on voit cette capacité-là chez quelqu’un d’autre, on essaie de la détruire justement parce que cette perte est si tragique."
Il s’agissait pour la réalisatrice de "montrer une forme de conscience féminine". Elle analyse : "Le corps des femmes est différent de celui des hommes, et nous avons des forces, des atouts différents. La sagesse qui peut sortir du corps d’une femme est la pièce manquante de la conscience collective et elle est essentielle." Hamnet réunit deux archétypes : "Les archétypes appartiennent au mythe, et je crois qu’il y en a deux qui apparaissent après une tragédie, après la perte, le deuil. Il y a l’expression pleine et entière, le chaos émotionnel, ça c’est la part féminine, les émotions qui s’expriment sans la moindre honte, sans la moindre retenue. Ensuite, il y a l’autre approche qui est celle du contrôle, de la répression des émotions, qui est le versant masculin. On pousse les deux personnages vers ces deux extrêmes, et cela passe par une histoire."
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Questions du soir : l’idée, 25 min


C’est une citation de Borges : "Shakespeare était comme tous les hommes, sauf en ceci qu’il ressemblait à tous les hommes", qui a constitué le point de départ du livre de Philippe Forest. Il explique : "Cela m’a semblé un paradoxe amusant, et c’est du côté de cette impersonnalité, de cette universalité que je suis allé voir, parce qu’on ne sait absolument pas qui était Shakespeare en tant qu’être humain. On ne sait absolument rien de sa personnalité, donc quand on veut reconstituer la personnalité de Shakespeare, ce qui est un peu absurde, on est obligé d’extrapoler ce que l’on ne sait pas de sa vie, ce que l’on croit avoir compris de son œuvre." Philippe Forest rappelle que "la vie de Shakespeare n’a longtemps intéressé personne. Les premières biographies sont écrites à peu près un siècle après sa mort. D’autres l’ont fait avant moi, mais j’essaie de déconstruire un petit peu la légende de Shakespeare, telle qu’elle s’est constituée de manière aussi différée, aussi tardive."
Philippe Forest nuance fortement l’idée d’une découverte récente du lien entre Hamlet et la mort du fils de Shakespeare et insiste cependant sur l’incertitude qui entoure cette théorie : "à l’époque où Shakespeare perd son enfant, il écrit ses comédies les plus légères. La vie est toujours plus compliquée que ce qu’en montrent les films." Le romancier analyse Shakespeare sous l’angle politique : "La grande question chez Shakespeare est celle du régicide. Pour nous, cela s’appelle la question de la révolution : faut-il préserver l’ordre à tout prix ou est-ce qu’il faut le transformer ? Si vous mettez en cause l’ordre, ne risquez-vous pas de créer un désordre plus grand encore ? Shakespeare semble un auteur légitimiste, conservateur, chacune de ses grandes pièces politiques se termine par une conclusion tout à fait positive : l’ordre est restauré, la paix est rétablie en Écosse, dans Macbeth ou au Danemark, dans Hamlet par exemple. Cependant, cette conclusion optimiste vers laquelle va Shakespeare et qu’il est obligé de fournir au spectateur est toujours contredite par le grand pessimisme historique, notamment dans le monologue de Macbeth, par exemple."

Interprétation de Chloé Zhao par Marguerite Capelle

« On entre dans un mort comme dans un moulin », écrivait Sartre en tête du livre qu’il consacra à Flaubert. Et c’est vrai. Avec les célébrités du passé, chacun a tous les droits et tout le monde en prend à son aise. Quand il s’agit de relater la vie d’un grand écrivain d’autrefois — à condition, toutefois, d’annoncer clairement la couleur —, nul n’est tenu d’être fidèle à la vérité historique — et particulièrement lorsque de celle-ci, on ne sait à peu près rien.
Une vie, dès lors qu’on la raconte, on en fait un roman. Autant dire : une fable. L’imagination s’en empare et, fatalement, elle transforme les faits en fictions. La seule chose que l’on puisse demander à un artiste, à un écrivain, à un cinéaste, c’est, dans la mesure de ses moyens, de ne pas démériter complètement du modèle qu’il s’est choisi, de ne pas s’en montrer grossièrement indigne et de ne pas en trahir tout à fait l’esprit.
En dépit de quelques voix discordantes, la critique cinématographique fait en ce moment grand cas de Hamnet, le nouveau film de Chloé Zhao, tout comme la critique littéraire porta aux nues, il y a cinq ans, le roman de Maggie O’Farrell dont il est tiré et qui racontait un épisode donné comme méconnu de l’existence de William Shakespeare : le deuil qui frappa le dramaturge avec la mort de son fils, Hamnet, et qui censément le conduisit à l’écriture de Hamlet, son chef d’œuvre.
Disons que lorsque l’on vient de voir le film et si on a lu le livre, on sort un peu rassuré : le film de Zhao se laisse mieux voir que le livre de O’Farrell ne se laissait lire. Entre les deux œuvres, la comparaison, d’ailleurs, est éminemment instructive. C’est un vrai « cas d’école » qui illustre exemplairement la manière dont la littérature, désormais, n’existe plus guère autrement — ou, en tout cas, ne se trouve plus réellement reconnue — qu’à la stricte condition de se conformer aux règles, aux codes et aux exigences de l’industrie du divertissement planétaire.
Avec la manière plate, ennuyeuse et mécanique dont il fait alterner narration et dialogues, racontant tout au présent, faisant l’économie parfaite de toute vraie pensée et de toute vraie poésie, appuyant ses effets et soulignant ses intentions afin de ne jamais laisser ignorer au lecteur le message très moral qu’il lui destine, le roman de Maggie O’Farrell constituait la « novellisation » par anticipation du film qui en serait tiré. C’est fait ! Et lorsque le film sort sur les écrans, l’accréditant par son succès, il confère rétroactivement au livre dont il est adapté le statut littéraire auquel celui-ci prétendait. CQFD. On ne saurait mieux tourner en rond dans un cercle satisfait au sein duquel, à l’ère de la « world-literature », ne subsiste plus aucune place pour des récits qui s’écarteraient un tant soit peu des normes que fixe l’hégémonique « business » de l’« entertainment ».
On ignore à peu près tout de la vie de Shakespeare. Sa biographie tient en quelques lignes. Un siècle et demi après sa mort, un certain George Steevens la résume ainsi et, sur le sujet, depuis, l’on n’en a pas appris beaucoup plus : « Tout ce qui est connu avec quelque degré de certitude le concernant est qu’il naquit à Stratford-upon-Avon, qu’il s’y maria et y eut des enfants, qu’il partit pour Londres où il commença comme acteur, écrivit des poèmes et des pièces et qu’il revint à Stratford, fit son testament, mourut et fut enterré. » Shakespeare ne laissa d’autres traces de son passage sur terre que les pièces et les poèmes qu’il écrivit — et encore ! la publication du Folio qui rassemble son théâtre fut posthume, l’attribution des œuvres est souvent douteuse et nul n’est en mesure de dire avec certitude quand ou dans quel ordre elles furent écrites ou représentées. Si bien que, quand ils racontent Shakespeare, ses biographes se trouvent inévitablement en situation d’extrapoler à ce qu’ils ne savent pas de son existence ce qu’ils croient avoir compris à son œuvre.
Les très rares documents dont nous disposons permettent de savoir, cependant, que Shakespeare épousa en 1582 une femme plus âgée que lui, Anne (rebaptisée Agnès dans le livre et le film) Hathaway, qu’il eut d’elle trois enfants, une fille, puis deux jumeaux — un garçon et une fille — et que son fils unique, Hamnet, né en 1585, mourut en 1596. À partir de là, O’Farrell — comme elle en a le droit — imagine. Tantôt avec bonheur — au sujet du petit couple que forment les deux jumeaux —, tantôt de façon plus douteuse — quand, et on se demande un peu pourquoi, elle fait de William et d’Agnès les souffre-douleurs de leurs propres parents.
Sur la trame que lui fournit le roman, le film invente à son tour. Parfois, la magie du récit et celle de l’image opèrent. Mais, en général et à mesure que l’histoire avance, le spectateur se retrouve plutôt embarrassé par ce qu’il voit et qui lui fait de plus en plus honte pour les acteurs. Quand on en arrive à la mort de Hamnet et au deuil qui le suit, on peut trouver plutôt mélodramatique (sur le plan de l’esthétique) et assez peu réaliste (du point de vue de la psychologie) la représentation qui en est donnée et il faut bien dire que les deux enfants qui interprètent les filles de Shakespeare, toutes en retenue et en finesse, jouent beaucoup plus juste que les deux vedettes qui tiennent le rôle de leurs parents et dont les numéros lacrymaux finissent par prendre quelque chose d’assez gênant. Quant à la représentation d’Hamlet — par laquelle s’achève le film et qui est censé être le clou du spectacle —, le chef d’œuvre de Shakespeare — qui, pourtant, en a vu d’autres — aura rarement été aussi piètrement traité.

Mais le problème est encore ailleurs. Le film de Zhao fonctionne à la façon d’un « biopic » hollywoodien – et l’on ne doit guère s’étonner de ce que Spielberg ait été à l’origine du projet… Aussi triste et tragique que soit l’histoire, il s’agit, encore et toujours, d’une « success story » : le héros s’est mal conduit, il a abandonné sa famille, ne songe qu’à sa carrière, mais il est bien puni, il se rachète, se réconcilie avec son épouse, la sauve et se sauve avec elle, connaît enfin la gloire qu’il mérite. Tout est bien qui finit bien et, invitant les spectateurs à communier dans le culte des valeurs qu’il célèbre, le film exalte, comme il se doit, les consensuelles vertus de la résilience et les bienfaits de l’art-thérapie.
Le roman de O’Farrell a été un « best-seller » international, le film de Zhao est promis aux Oscars. En dire du bien permet sans doute au critique qui en fait l’éloge de montrer à quel point il est doté d’un bel esprit, appréciant Shakespeare, et d’un bon cœur, ne restant pas insensible à la mort d’un enfant. Mais, si l’on n’a pas de raison d’être victime ni d’une telle intimidation intellectuelle ni d’un pareil chantage affectif, on peut se montrer plus dubitatif. C’est le moins que l’on puisse dire.
Maggie O’Farrell ne manque pas, semble-t-il, de mettre en avant le fait qu’elle fut la première à s’intéresser au sort du pauvre Hamnet, le tirant ainsi de l’oubli cruel dans lequel il était injustement tombé, la première à faire sortir de l’ombre l’épouse du poète et la première à établir un lien entre leur histoire et celle d’Hamlet. Aujourd’hui plus que jamais, un auteur se doit, sans doute, d’être investi d’une noble mission, il lui faut héroïquement rétablir une vérité dont nul n’a jamais rien voulu savoir et, à peu de frais, il peut prendre ainsi l’avantageuse pose du redresseur de torts.
O’Farrell doit cependant avoir lu les pages qu’ont consacrés à la mort de Hamnet les spécialistes de Shakespeare — à commencer par Stephen Greenblatt puisqu’elle le cite. Et comme elle est irlandaise, bien que sa propre conception du roman n’en laisse rien paraître, elle a dû également, sur les bancs de l’université ou même sur ceux de l’école, à un moment ou un autre, entendre parler de l’Ulysse d’un certain James Joyce, ouvrage que l’on tient à juste titre, à égalité avec la Recherche de Proust dont il est contemporain, comme le chef d’œuvre avec lequel, à l’aube du XXe siècle, se réinvente le roman européen.
L’idée sur laquelle repose Hamnet — présentée comme une « révélation » voire comme un « scoop » — figure en effet en toutes lettres au chapitre 9 d’Ulysse, « Charybde et Scylla », chapitre qui lui est entièrement consacré. Il ne s’agit donc guère d’une découverte dont puissent se prévaloir les autrices de Hamnet.
Dans le solennel décor de la Bibliothèque nationale à Dublin, à l’intention d’un parterre très choisi d’hommes de lettres, le jeune poète Stephen Dedalus expose son interprétation de Hamlet. Par goût du paradoxe voire de la provocation, développant au passage une théorie trop vertigineuse pour que l’on puisse ici en rendre compte dans le détail, Joyce entend prendre le contrepied des lectures idéalistes qui prévalent de l’œuvre de Shakespeare et qui l’exilent dans le ciel pur des symboles et des signes. Mettant les pieds dans le plat, en dépit des remarques des auditeurs qui reprochent à Dedalus de « fouiner dans la vie privée d’un grand homme », l’auteur d’Ulysse propose d’Hamlet une lecture biographique. Si Shakespeare interprète sur scène le rôle du spectre et non celui du prince, le rôle du père et non du fils, c’est afin de faire revenir sur scène son enfant mort, Hamnet, et, sous le nom de Hamlet, c’est en vue de lui confier ce qui fut le drame de sa propre vie. Il lui révèle la plaie qu’il porte au flanc depuis ce jour lointain où lui, William, il fut « culbuté » et trompé par Anne, sa future épouse, comme Adonis l’avait été par Vénus : « Rien de ce qu’il pourra défaire plus tard ne défera sa première défaite. La défense du sanglier l’a blessé là où l’amour toujours saigne. »
Parmi les ombres où il a pris sa place, le père rappelle dans le monde l’enfant qu’il a perdu afin de lui dévoiler la seule vérité qui soit, une vérité qui ne soigne ni ne sauve personne et pas même celui qui l’a découverte, fût-ce Shakespeare lui-même. Et comme l’écrit magnifiquement Joyce, évoquant le destin du dramaturge et l’horizon vers lequel, vieillissant, il se tourne enfin : « Il s’en retourne, las de cette création qu’il a entassée pour se cacher à ses propres yeux, un vieux chien léchant une vieille plaie. Mais, parce que la perte est son gain, il se retrouve dans l’éternité tout intact, incapable d’avoir tiré leçon de la sagesse qu’il a formulée ou des lois qu’il a révélées. Sa visière est levée. C’est un fantôme, une ombre à présent, le vent près des rochers d’Elseneur ou de ce qu’il vous plaira, la voix de la mer, une voix entendue seulement dans le cœur de celui qui est la substance de son ombre, le fils consubstantiel au père. »
Joyce, sans doute, n’a pas plus raison qu’un autre. Il ignore la vérité sur Shakespeare et il l’imagine à sa guise. Dedalus, d’ailleurs, avoue lui-même ne pas croire à sa propre théorie. Shakespeare appartient à tout le monde. Chacun en use comme il lui plaît. Mais tout dépend quand même de la manière dont s’en sert et de ce que l’on en tire. À tout prendre, plutôt que le Hamnet de Chloé Zhao, je conseillerais au spectateur le récent All Is True (2018) interprété et réalisé par Kenneth Branagh – à qui, comme on sait, l’on doit notamment un Henry V (1989) et un Hamlet (1996).
Le film a connu un succès moindre — au point, je crois, qu’il n’est jamais sorti en salle dans notre pays et qu’il n’y est disponible que sur les plateformes. Je ne prétends pas qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre du septième art. Mais il traite exactement du même sujet que Hamnet — on a du mal à imaginer, là aussi, que, O’Farrell, autant que de Joyce, ne s’en soit inspirée. Modernisant Shakespeare à bon escient, Branagh adopte d’ailleurs la même perspective que l’on peut, si l’on veut, qualifier de féministe — soulevant aussi, au passage, la question de l’hypothétique homosexualité de l’auteur des Sonnets et évoquant la montée en puissance d’un puritanisme dont le poète fut toujours l’ironique adversaire et qui, parvenant au pouvoir quelques années après sa mort, aboutit à l’interdiction du théâtre en Angleterre.
Le scénario que Branagh met en scène est l’œuvre de Ben Elton, écrivain et humoriste qui collabora avec Rowan Atkinson (Mr Bean) et qui, dans l’esprit de son pseudo-feuilleton historique (Blackadder), fut à l’origine d’une série (diffusée par la BBC mais inédite en France) qui, de cette manière dont seuls les Britanniques savent le secret, propose une version délicieusement parodique de l’existence de Shakespeare : Upstart Crow.
L’histoire qu’invente Elton charme par son inventivité et sa subtilité autant qu’elle émeut. Elle évoque les dernières années de la vie de Shakespeare (interprété par Branagh) qui, ayant quitté Londres et renoncé au théâtre, s’en revient à Stratford pour finir ses jours auprès de sa vieille épouse (avec dans le rôle d’Anne : la merveilleuse Judi Dench, la M de James Bond) et de ses deux filles et qui se retrouve, bien des années après, à percer le mystère de la mort de son fils Hamnet.
Une petite énigme a toujours plongé dans la plus profonde perplexité les spécialistes de Shakespeare. Pourquoi, dans son testament, l’auteur d’Hamlet ne légua-t-il à son épouse que son « second-best bed » (le moins bon de ses deux meilleurs lits) ? Je laisse au spectateur de All Is True le plaisir de découvrir la charmante et pathétique solution qu’Elton et Branagh ont imaginée pour cette devinette.
Hamnet, film réalisé par Chloé Zhao, d’après le roman de Maggie O’Farrell, et co-écrit avec celle-ci ; en salle depuis le 21 janvier.
Philippe Forest, AOC, 26 janvier 2026
Hamnet dans Ulysse de Joyce
« L’idée sur laquelle repose Hamnet — présentée comme une "révélation" voire comme un "scoop" — figure en effet en toutes lettres au chapitre 9 d’Ulysse, "Charybde et Scylla", chapitre qui lui est entièrement consacré. Il ne s’agit donc guère d’une découverte dont puissent se prévaloir les autrices de Hamnet », écrit justement Forest dans son article.
Comme il n’est pas sûr que le lecteur se souvienne du chapitre dont il est question, je vous invite à en lire un extrait dans le texte original
et sa traduction par Auguste Morel revue par James Joyce lui-même
. J’ai souligné les passages qui ont trait à Hamnet, fils de Shakespeare et à Anne Hathaway, son épouse. Je les rappelle ici :
— The play begins. A player comes on under the shadow, made up in the castoff mail of a court buck, a wellset man with a bass voice. It is the ghost, the king, a king and no king, and the player is Shakespeare who has studied Hamlet all the years of his life which were not vanity in order to play the part of the spectre. He speaks the words to Burbage, the young player who stands before him beyond the rack of cerecloth, calling him by a name :
Hamlet, I am thy father’s spirit
bidding him list. To a son he speaks, the son of his soul, the prince, young Hamlet and to the son of his body, Hamnet Shakespeare, who has died in Stratford that his namesake may live for ever.
— Is it possible that that player Shakespeare, a ghost by absence, and in the vesture of buried Denmark, a ghost by death, speaking his own words to his own son’s name (had Hamnet Shakespeare lived he would have been prince Hamlet’s twin) is it possible, I want to know, or probable that he did not draw or foresee the logical conclusion of those premises : you are the dispossessed son : I am the murdered father : your mother is the guilty queen. Ann Shakespeare, born Hathaway ?
Traduction :
— La pièce commence. Accoutré d’une cotte de maille mise au rebut par quelque beau luron de la cour, un acteur avance dans l’ombre, un homme bien bâti avec une voix de basse. C’est le spectre, le roi, un roi qui n’est pas roi, et l’acteur est Shakespeare qui a étudié Hamlet pendant toutes les années de sa vie qui ne furent pas vanité dans le but de jouer le rôle du spectre. Il dit les phrases de ce rôle à Burbage, le jeune acteur qui lui fait face de l’autre côté du transparent, l’appelant par ce nom :
Hamlet, je suis l’esprit de ton père,
lui enjoignant de l’écouter. C’est à un fils qu’il parle, le fils de son âme, le prince, le jeune Hamlet, et au fils de sa chair, Hamnet Shakespeare, qui est mort à Stratford afin que vécût à jamais celui qui portait son nom.
Est-il possible que cet acteur, Shakespeare, spectre par l’absence, et sous la chemise de fer du Danois enterré, spectre par la mort, disant ses propres paroles au prénom de son propre fils (si Hamnet Shakespeare eût vécu il aurait été le jumeau du prince Hamlet), est-ce possible, je voudrais le savoir, est-ce probable qu’il n’eût pas tiré ou tout au moins prévu la conclusion logique de ces prémisses : vous êtes le fils dépossédé, je suis le père assassiné ; votre mère est la reine coupable, Anne Shakespeare, née Hathaway ?
Et, plus loin :
Do you think the writer of Antony and Cleopatra, a passionate pilgrim, had his eyes in the back of his head that he chose the ugliest doxy in all Warwickshire to lie withal ? Good : he left her and gained the world of men. But his boywomen are the women of a boy. Their life, thought, speech are lent them by males. He chose badly ? He was chosen, it seems to me. If others have their will Ann hath a way. By cock, she was to blame. She put the comether on him, sweet and twentysix. The greyeyed goddess who bends over the boy Adonis, stooping to conquer, as prologue to the swelling act, is a boldfaced Stratford wench who tumbles in a cornfield a lover younger than herself.
Traduction :
Croyez-vous que l’auteur d’Antoine et Cléopâtre, pèlerin passionné, avait ses yeux dans sa poche quand il a choisi pour partager sa couche la plus laide catau du Warwickshire ? Bon : il la quitte et conquiert le monde des hommes. Mais ses héroïnes jouées par des garçons sont les héroïnes d’un jeune garçon. Leurs vies, leurs pensées, leur langage, leur sont prêtés par des mâles. Il choisit mal ? Je m’imagine qu’il a été choisi. Si les autres ont leur Will, Anne a la manière. Morbleu, à elle le blâme. Elle a mis l’embargo dessus, la douce-de-vingt-six ans. La déesse aux yeux gris qui se penche sur l’éphèbe Adonis, s’abaissant pour conquérir, comme prologue de l’acte ballonnant, est une gaillarde impudente de Stratford qui bouscule dans un champ de blé un amoureux plus jeune qu’elle.
Ce dernier passage est traduit par Sylvie Doizelet dans la nouvelle traduction d’Ulysse dirigée par Jacques Aubert (Gallimard, 2004) :
Pensez-vous que l’auteur d’Antoine et Cléopâtre, pèlerin passionné, avait les yeux dans la poche lorsqu’il a choisi le plus laide catin de tout le Warwickshire pour partager son lit ? Bon : il l’a quittée et a gagné le monde des hommes. Mais les femmes-garçons sont les femmes d’un garçon. Leur vie, leurs pensées, leurs paroles leur sont prêtées par des mâles. Il a mal choisi ? Il a été choisi, à ce qu’il me semble. Si d’autres ont l’art du Will, Ann Hathaway en a la manière. Nom d’une queue, c’est sa faute à elle. Elle a su l’enjôler. Elle lui a bien mis le grappin dessus, la douce de vingt-six ans. la déesse aux yeux pers qui se penche sur le garçon Adonis, s’abaissant pour conquérier, en prologue à l’acte ballonnant, est une donzelle effrontée de Strafford qui culbute dans un champ de blé un amant plus jeune qu’elle...
Forest est un grand lecteur de Joyce. C’est aussi un grand lecteur de Sollers, autre grand lecteur de Joyce. L’un et l’autre citent souvent la fameuse formule de l’Irlandais : « le silence, l’exil, la ruse ». Forest a donc lu Femmes, le best-seller de Sollers publié en 1983, et, bien entendu, Le Nouveau, le roman que Sollers a publié en 2019 et il ne lui aura pas échappé, même s’il ne dit pas, que dans ces romans dont Shakespeare est l’un des personnages principaux, une place particulière est donné à Hamnet et à « l’horreur du trafic matriciel » — dans ce qui me semble la plus évidente filiation joycienne.
Citons Femmes d’abord (Gallimard, 1983, p. 467-469. Folio, p. 547-549.) — je l’ai déjà fait, mais personne ne semble l’avoir relevé [1].
Bon, récapitulons. 1564, naissance. 27 novembre 1582, il est épousé par Anne Hathaway... Elle a vingt-six ans, lui dix-huit. Elle est déjà enceinte de Susanna, qui naît six mois après le mariage... 1585 : naissance des jumeaux. Le fils : Hamnet ; la fille : Judith... Il n’a que vingt et un ans !... Elle a frappé vite, et fort... Le drame, la tragédie essentielle, c’est évidemment la mort de Hamnet à l’âge de onze ans, en 1596... Il n’a plus que deux filles... Dont l’une, donc, on l’oublie trop, ne peut être que le double hallucinant du garçon mort... Son père meurt en 1601... L’année de Hamlet... William a alors trente-sept ans...
Ce qui est le plus étonnant, c’est que personne n’a l’air vraiment à l’aise avec la transposition Hamnet/Hamlet... Soulevée par Joyce dans Ulysse, pourtant... Pas lu... [2] Comment ne pas voir, bon dieu, que Shakespeare est, à ce moment exact et métaphysique, entre son père et son fils, morts ? Qu’il est aussi bien par-delà la vie, au-delà du théâtre, spectre même des spectres, à la fois son père et son fils ? Qu’il peut se demander ce que c’est que d’être avec ces deux cadavres inégaux en mesure, cause et effet, en arrière de lui, en avant de lui ? Je suis vide, peut-il enfin penser, c’est pourquoi la nature a horreur de moi... Sa mère a eu raison de son père, sa femme de son fils... Et comme sa femme l’a épousé de force, rendu père de force, il rentre comme personne les yeux ouverts dans la plainte de son propre père assassiné comme lui dans la mécanique, pour la mécanique, reproduction des vivants et des morts et des vivants par les morts... La vie est un songe ? Pas seulement... Le songe est une vie plus profonde que la vie, puisqu’il permet aux morts de venir révéler comment ils ont été, par violence, en vie... Insémination artificielle... La mort d’Hamnet devenue la vie et la mort d’Hamlet, c’est la manière même dont Shakespeare nous parle de l’horreur du trafic matriciel... Perpétué en toute innocence naturelle ! Bien sûr !... L’horreur qui fait qu’il est là... A la place de ceux qui sont avec lui dans le lien mortel... Il se cache lui-même en spectre sous la scène et, depuis la mort, en vrai souffleur-régisseur , s’envoie régler ses comptes en surface... Il dégage son fils mort, Hamnet, des limbes où il est resté pris, il le délègue, mûri, l’épée à la main, exposer le crime de l’existence... William n’a pas su sauver Hamnet ? Au point de lui préférer sa jumelle au prénom meurtrier, Judith ?... Net ? Filet ? Voilà... II va l’armer, maintenant... D’un heaume... Helmlet ... Il efface une lettre... Ce n... II la remplace ... Par ce l... Histoire de golem... Reste de toute façon, le Ham, l’âme de la volonté de William... William H... Dédicataire des Sonnets... Le spectre est Shakespeare, Hamlet est Shakespeare, mais surtout Shakespeare est refermé sur Shakespeare... La généalogie est rectifiée, la naissance vaincue, remise à la verticale, théâtre dans le théâtre, donc crime dans le crime, mort passant du côté de la vérité, vérité dans la vérité, miroir brisé des ténèbres... Hamnet Shakespeare devenu Hamlet, William est réellement Shakespeare, il occupe son nom de part en part... En pure perte, d’ailleurs !... Disparaissons !... Noyons tout !... « I’ll drown my book ! »... Allons ! Let’s go ! I am ! Let !... D’une lettre, il a délivré de la mort ; d’une lettre il a laissé passer l’autre mort... II y en a deux... Abîme...
Livre tibétain... Excommunication d’Elizabeth en 1570... Massacre de la Saint-Barthélemy, 1572... Assomption du Greco, 1577... Jérusalem délivrée, 1581... Exécution de Marie Stuart, 1587... Destruction de l’invincible Armada, 1588... Mort de la mère de Shakespeare, 1609... Retraite à Stratford, 1610... Procès de Galilée, 1615... On ne peut pas dire que l’époque est terne... Elle hurle de tous les côtés... Toujours la guerre de Troie... Cafouilleuse, louche, inutile, grotesque... Voyez Troïlus et Cressida, dans la foulée d’Hamlet... II enfonce le clou, Shakespeare ; le clou anti-amour, anti-grec... Anti-héroïque et anti-olympique... L’Iliade ridiculisée ... L’Enéide sanglant vaudeville... La carte sexuelle en plein jour... Biblique... King James... Mélange de mensonges, de trahisons loufoques, de vanités ramifiées ... Comédie de la tragédie ... Avec la coquette automatique au centre... Oui, il peut se balader, l’œil clair, sur le champ de bataille, il connaît le ressort, le muscle invisible, l’astuce de l’excitation pour rien...
Magie, peut-être, mais ici, sur la scène, il faut bien subir l’enchaînement des causes et des effets, autrement dit le détour des générations, les péripéties du pouvoir... Encore heureux si, de fils confit de la mère, on peut s’élever, comme Prospero, au rôle détaché de père de fille, sans illusions... Lâcher sa fille, son mirage, sa Miranda, secret des États...
Après quoi, on peut tirer l’échelle de sa propre apparition physique... Dissoudre les formes... Enfouir ses calculs... Envoyer ses formules à vingt mille lieues sous les mers... Et dormir sans rêves... Revenir en somme à la condition qu’on n’aurait jamais dû quitter si les filles ne sortaient pas de leurs gonds pour devenir des mères produisant et assassinant des pères afin d’en obtenir des fils contraints de les saborder elles-mêmes... Le cirque... Not to be... N’avoir jamais souffert d’être... Adieu... Excusez-moi d’avoir été là...
Je lève les yeux... La tempête avec laquelle j’ai débarqué sur l’île vient de s’arrêter... Le laurier est immobile... »
Et maintenant Le Nouveau. C’est l’objet d’un chapitre entier du roman (Gallimard, 2019, p. 42-44). On remarquera, à trente-cinq ans de distance, en plus condensé, la cohérence du propos.
HAMNET Shakespeare a 18 ans lorsqu’il se fait plus ou moins violer par Anne Hathaway, son aînée de huit ans. Elle est pressée, William est beau garçon, elle est tout de suite enceinte (c’était le programme), il l’épouse dans la précipitation pour éviter le scandale, et elle accouche d’une fille, Suzanna, en 1583. Rebelote en 1585, mais, là, ce sont des jumeaux, Hamnet et Judith. Voilà, par ce coup double, William coincé à Stratford.
Coup de génie : il disparaît pendant huit ans. On le dit précepteur dans une famille catholique du Lancashire. Pas de quoi s’en vanter, surtout après l’exécution de Mary Stuart, la sanglante reine catholique, décapitée par la sanglante reine Elizabeth, qui devient chef de l’Église anglicane. Le silence, l’exil, la ruse, la composition, le théâtre, voilà les années obscures de la formation de Shakespeare.
La mère des enfants de William, on s’en doute, est de très mauvaise humeur. Plaquée par son mari, elle peut à peine supporter l’existence de sa réplique enfantine, Hamnet. Elle le contredit sans cesse, le punit à la moindre occasion, lui crie dessus, le bat, et le prive de nourriture. Elle monte ses sœurs contre lui, et surtout sa jumelle, Judith. Maman est ultra-féministe : elle déblatère sans arrêt contre les hommes, et trouve injuste que les filles et les femmes n’aient pas été dotées par Dieu d’un organe viril. Elle n’a aucune nouvelle de son mari, qui doit, pense-t-elle, s’encanailler dans les tavernes de Londres. Aucune rumeur de la ville ne parvient à Stratford.
Anne est très agacée que son petit garçon demande souvent où est son père. Eh bien, voilà : il est mort. Vraiment ? Hamnet a des cauchemars étranges, dans lesquels un comédien le prend dans ses bras, et lui récite des poèmes sans queue ni tête. A part ça, malgré les persécutions dont il est l’objet, c’est un enfant très vif, rieur, supérieurement doué à l’école, parfois fugueur (mais il revient toujours). Il est beaucoup plus intelligent que la moyenne, ce qui exaspère de plus en plus sa mère et ses sœurs.
A force de souhaiter sa mort qu’il doit à Dieu, à la Nature, et à toutes les femmes abandonnées par leurs maris, Anne triomphe : Harnnet meurt rapidement. Juste après, en 1596, Shakespeare achète la grande maison de New Place, à Stratford. Est-il venu parfois, en douce, pour voir ses enfants ? On n’en sait rien, mais c’est possible. Il évite Anne, n’aime pas beaucoup Judith, et va se promener avec Suzanna et Hamnet. Peut-être leur joue-t-il une de ses comédies, en faisant le fou dont il enchante ses pièces. Quand Hamnet a 7 ans, Suzanna en a 10. C’est à Suzanna (sans doute une bonne comédienne en herbe) que son père léguera l’essentiel de sa fortune. Judith se mariera mal (forcément), et Anne n’aura droit qu’à un lit, ce qui parle tout seul.
Cinq ans après la mort de Hamnet (déchirante épreuve), William Shakespeare fait savoir au monde entier l’existence de Hamlet. Il sait que son fils a été poussé au néant par sa faute : il lui offre ce tombeau fastueux. Enlevez la lettre négative n de Hamnet, et remplacez-la par un l et vous obtenez une résurrection. Son fils montera sur scène au nom de tous les pères assassinés par leurs femmes dans l’ombre. Depuis 1601, le succès de la pièce n’en finit pas de questionner la nuit.
Juste après la séquence célèbre du théâtre dans le théâtre, qui permet de démasquer le roi criminel et la mère adultère, Hamlet s’écrie :« Ô merveilleux fils qui peut stupéfier une mère ! » Shakespeare pense ici à son enfance dont on ne sait rien, mais qui devait étonner Mary Arden, sa mère. Mais il pense surtout à son fils mort, Hamnet, qui aurait pu perpétuer son esprit. Un génie dans une famille, c’est désastreux, mais deux, ce serait épouvantable. Une mère s’est dévouée pour qu’il n’en soit pas ainsi.
On ne sait pas grand chose de la vie de Shakespeare. Les écrivains peuvent donc laisser libre cours à leur imagination.
LIRE : Hamnet Shakespeare : ce que les historiens savent de son triste destin
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SUR PILEFACE : Un certain Shakespeare (1564-1616)
[2] Je souligne. A.G.
Chloé Zhao, Philippe Forest, Philippe Sollers
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