
« J’ai tant aimé les arts que je suis artilleur »
Guillaume Apollinaire
Bien que 2025 ne soit pas un millésime remarquable pour Guillaume Apollinaire (1880-1918) - l’année du centenaire de sa mort est passée -, pourtant, l’empreinte de l’auteur reste prégnante dans ce premier trimestre 2025 avec trois livres :
- Un pavé de référence de 1824 pages dans la collection Bouquins : Guillaume Apollinaire. « La Beauté de toutes nos douleurs. Poésie, récits, critique, théâtre »
Ce volume, riche d’un appareil critique inédit et accessible, donne à lire la part majeure de l’œuvre de Guillaume Apollinaire : poésie, récits, critique et théâtre.
Parallèlement paraissent également :
- un remarquable essai collectif, « Les Silences d’Apollinaire »(Honoré Champion),
- et un album illustré de Gilles Schlesser aux Éditions Parigrammes, « Apollinaire, le flâneur de Paris ».
I - Guillaume Apolinaire La Beauté de toutes nos douleurs (éditions Bouquins)
A tout seigneur, tout honneur, trois chroniques de choix, parmi d’autres, saluent avec bonheur le pavé des éditions Bouquins : celle de Jean-Paul Enthoven dans Le Point du 29 mars, celle d’ Éric Naulleau dans le JDD du 2 avril, celle de Thierry Clermont, pour Le Figaro Littéraire du 20 mars. Nous nous proposons de vous en présenter les meilleurs passages :
Jean-Paul Enthoven (Le Point) : « Tout Apollinaire (ou presque) en un Bouquins »
Il fut poète, soldat, critique d’art, libertin… Relisons Guillaume Apollinaire (1880-1918), polono-italien devenu français par le droit du sang versé et la grandeur de son œuvre poétique.


Guillaume Apollinaire, poète, soldat, pornographe, critique d’art, libertin…© Archives Charmet / Bridgeman Images

C’était, selon l’expression consacrée, un « homme-époque ». De ceux qui touchent à tout. Qui embellissent, se moquent, inventent, bousculent l’avenir, laissent une trace joyeuse et mélancolique. Le merveilleux Guillaume de Kostrowitzky (1880-1918), alias Guillaume Apollinaire, polono-italien de naissance, devenu français par le droit du sang versé, fut le symbole définitif de cette race-là. À chaque seconde de sa vie trop brève, il s’amusa à être poète, héros, pornographe, critique d’art, libertin, génie absolu, avant de mourir de la grippe espagnole dans son pigeonnier parisien tandis que la foule, sous ses fenêtres, hurlait « À mort Guillaume ! » (Il s’agissait de l’empereur d’Allemagne). Pourquoi n’a-t-on pas songé à lui pour le Panthéon – puisqu’il aurait avantageusement remplacé Maurice Genevoix, son très académique camarade de tranchée ? En tout cas, ce Guillaume-là, qui ressemblait à un moai de l’île de Pâques, est depuis toujours un compagnon idéal pour les biophiles qui aiment l’amour, les vers sublimes et chaque lendemain…
C’est ainsi que les quelque 1 800 pages de ces œuvres (presque) complètes – parfaitement annotées dans la nouvelle édition Bouquins – infligeront à leur lecteur le plus délicieux des vertiges. On peut y suivre à la trace un homme avide de passions et de désinvolture. D’un musicien de mots qui savait composer des poèmes sublimes (Alcools est un recueil qui dissout la plupart des malheurs, chacun peut en faire l’expérience…), des fantaisies coquines (Les Onze Mille Verges ou Les Mamelles de Tirésias), des vers de mirliton (« Tes seins sont les seuls obus que j’aime… »), des Calligrammes, des Méditations esthétiques – et même des « curiosa » d’envergure, comme L’Enchanteur pourrissant ou le fameux poème dit « des neuf portes » – qui sont, bien sûr, celles du corps de Madeleine, l’une de ses maîtresses. En attendant la mitraille, Guillaume taillait des anneaux nuptiaux dans les douilles qui encombraient le Chemin des Dames. Il se persuadait que « la guerre est jolie ». Il remerciait la mort de ne pas trop s’intéresser à lui…
L’amour, la guerre, la poésie
Cette édition permet surtout de partager les épisodes drolatiques de sa vie vagabonde : quand on l’accusa, par exemple, d’avoir volé La Joconde ; quand il errait entre les bordels de Nice, une conversation avec Braque ou Picasso et une bataille parmi les artilleurs de sa compagnie (qui, ne pouvant prononcer le patronyme compliqué de leur lieutenant poète, l’appelaient Kostro-l’Exquis ou Cointreau-Whisky). Entre deux assauts, Guillaume écrivait à Marie Laurencin ou à Louise de Coligny-Châtillon, dite « Lou », aviatrice et fille très libre qui avait du sang de Saint Louis dans les veines. Cet homme avait le don de rester au bord de tout…
Ceux qui le connaissent mal découvriront ici un individu qui inspire d’emblée l’amitié, la générosité, la simplicité du plaisir. Il faut le lire afin d’être amoureux ou, à tout le moins, d’humeur allègre. Préférera-t-on l’original qui inventa le mot « surréalisme » (sur lequel André Breton fit main basse) ? le classique qui versifiait mieux que Musset ou Aragon ? l’ami des cubistes ? l’épistolier dont chaque missive aide à prendre congé des mondes anciens ? Tous les Apollinaire se valent. Ils composent, ensemble, un être humain comme il n’en exista – et, à coup sûr, n’en existera – que de rarissimes spécimens.
« La Beauté de toutes nos douleurs. Poésie, récits, critiques, théâtre », de Guillaume Apollinaire. Édition établie et présentée par Didier Alexandre et Michel Murat (Bouquins, 1 824 pages, 38 €).

Ce volume, riche d’un appareil critique inédit et accessible, donne à lire la part majeure de l’œuvre de Guillaume Apollinaire : poésie, récits, critique et théâtre.
Guillaume Apollinaire (1880-1918) est un " homme-époque ", selon le mot d’Alberto Savinio. De la fin du symbolisme jusqu’à la guerre, il a senti comme personne l’énergie et la fugacité de ce début de siècle. Orphée moderne, créateur de formes multiples, il a étendu le domaine de la poésie aux autres genres littéraires et saisi le " lyrisme ambiant " de la vie quotidienne d’une manière qui devait influencer profondément les surréalistes. Entre les arts, celui qu’il pratiquait et ceux qu’il côtoyait, il a établi une collaboration féconde.
Ce volume rassemble pour la première fois la totalité des genres qu’il a explorés. On découvrira, à côté du poète élégiaque du mal d’amour et de la blessure du temps, de la guerre et des élans érotiques, un conteur chez qui le romanesque, le fantastique, la pornographie, le rire voisinent avec l’érudition. On pourra mesurer aussi combien Apollinaire, critique littéraire et artistique, s’est affirmé comme un représentant de la poésie nouvelle, sinon comme un chef d’école, à travers nombre d’articles consacrés à la peinture, à la littérature, à la musique, à la danse, à la vie sociale et politique, et, plus tard, à l’expérience de la guerre. Le théâtre, dernier genre qu’il a abordé en 1917, est illustré ici par la fable burlesque Les Mamelles de Tirésias et le sombre et singulier Couleur du temps qui ont mis Paris en émoi lors de leur création.
En donnant à lire la majeure partie de son œuvre, ces pages, riches d’un appareil critique inédit, éclairent d’un jour nouveau celui qui a su chanter " la beauté de toutes nos douleurs ".
Ce volume contient :
I. POÉSIE : Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, avec les bois de Raoul Dufy ; Alcools. Poèmes 1898-1913 ; Vitam impendere amori ; Calligrammes. Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) ; Poèmes publiés par Apollinaire ; Poèmes ayant fait l’objet d’une publication posthume.
II. RÉCITS : Les Onze Mille Verges ; L’Enchanteur pourrissant avec les bois d’André Derain ; L’Hérésiarque et Cie ; La Fin de Babylone ; Le Poète assassiné ; Contes écartés du Poète assassiné ; La Femme assise.
III. CRITIQUE : Critique d’art (1902-1918) ; Méditations esthétiques. Les peintres cubistes (1913) ; Critique littéraire ; Manifestes et interventions critiques (1909-1912 : Autour de l’unanimisme ; 1913-1914 : Autour du futurisme ; 1916-1918 : L’Esprit nouveau) ; Portraits ; La littérature féminine : articles de Louise Lalanne ; Articles, comptes rendus, échos.
IV. THÉÂTRE : À quelle heure un train partira-t-il pour Paris ? ; Les Mamelles de Tirésias ; Couleur du temps
Eric Nauleau (JDD) : « Poésie, érotisme et tranchées : le temps d’Apollinaire »
ÉDITION. Établie et présentée par Didier Alexandre et Michel Murat aux éditions Bouquins, « La Beauté de toutes nos douleurs » regroupe la partie la plus significative de l’œuvre d’Apollinaire.
Éric Naulleau 02/04/2025

Guillaume Apollinaire au printemps 1916, après sa blessure à la tempe. Alamy Stock Photo / Abaca / © IanDagnall Computing

Sous le pont Mirabeau coule la Seine et beaucoup plus d’encre qu’il n’y paraît. Car les fulgurances d’Apollinaire (« À la fin tu es las de ce monde ancien », lancé comme une fusée en ouverture de Zone) occultent parfois une œuvre de vaste dimension et un auteur qui excella dans des genres très variés. Aussi la collection « Bouquins » a-t-elle eu la bonne idée de donner à lire en un fort volume non seulement les deux recueils parus du vivant de l’écrivain (Alcools et Calligrammes), mais aussi quantité de textes publiés à titre posthume.
Comme ce poème envoyé en 1915 du front de Champagne, quoique de nationalité étrangère, se battait sous l’uniforme français : « Je te le dis André Billy que cette guerre/C’est Obus-Roi/Beaucoup plus tragique qu’Ubu mais qui n’est guère/Billy crois-moi/Moins burlesque, ô mon vieux, crois-moi c’est très comique/Les Emmerdés/Voilà le nom des vrais poilus quelle colique !/Sont-ils vidés/Ces pauvres cieux chieurs d’obus et d’autres choses ?/Le féminin nous manque un peu/Des chairs des chairs mais des chairs roses… »
Un goût pour la littérature érotique
Parmi les textes en prose figure bien sûr Les Onze Mille Verges, roman érotique et frénétique qui ne connut d’autre diffusion que sous le manteau jusqu’au début des années 1970. Le lecteur en a depuis vu bien d’autres, mais le texte étonne encore par son tranquille mépris du scandale, alors même que l’auteur avait déposé une demande de naturalisation – la sexualité débridée de Mony Vibescu, le personnage principal, ne plaidait guère en faveur des bonnes mœurs de son créateur.
Le texte étonne encore par son tranquille mépris du scandale
Et puisque le théâtre ne saurait manquer au sommaire, on y trouvera Les Mamelles de Tirésias, dont Didier Alexandre et Michel Murat racontent la première, donnée le 24 juin 1917 : « Manifestation d’avant-garde, la représentation fut un événement qui regroupa les artistes d’avant-garde, les amateurs qui les accompagnent, la critique d’humeur plus ou moins bien intentionnée, en une période où les journaux de droite et de gauche faisaient chorus dans la condamnation du cubisme tenu pour un art décadent, quand il n’était pas qualifié d’"art boche". »
Il est ici question d’un temps que les moins de 100 ans n’ont pas pu connaître, quand les adjectifs « subversif » et « dérangeant » n’avaient pas encore été galvaudés au point de perdre toute valeur – ce que Léon Bloy nommait « l’abolition du sens des mots ».
Écrivain mais aussi critique d’art
Aussi passionnant, mais moins connu, le critique d’art. Paru dans L’Intransigeant le 18 mars 1910, Prenez garde à la peinture ! couvre par exemple les 6 000 tableaux exposés lors du 26e Salon des Artistes indépendants. Apollinaire s’oriente avec aisance parmi cette profusion, sépare le bon grain de l’ivraie picturale, témoigne de « la déroute de l’impressionnisme », célèbre Matisse contre les critiques de son propre journal et d’ailleurs l’ensemble de la presse, décoche quelques flèches au curare : « Les tableaux de M. van Dongen sont l’expression de ce que les bourgeois souffrant d’entérite appellent aujourd’hui de l’audace » ou « Rouault expose des tableaux sinistres. Ces caricatures effrayantes des œuvres de Gustave Moreau font vraiment peine à voir. »
Et quelle émotion de voir célébrés dans la pleine lumière de leur actualité le Douanier Rousseau, Signac ou Bonnard. Le poète ne se tient jamais loin du critique, qui en appelle à André Chénier pour évoquer Maurice Denis. Et relate en ouverture de sa chronique une histoire à laisser rêveur tout contemporain. Se croyant pleine d’esprit, la mère d’un lycéen tenta de faire lever la punition infligée par son professeur d’anglais, nul autre que Stéphane Mallarmé.
Le poète ne se tient jamais loin du critique
Si son rejeton était collé, fit-elle valoir, il ne pourrait aller admirer une exposition de Manet devant laquelle on se bousculait – plaidoyer ironique puisque ce peintre était moqué de toute part. Mallarmé doubla la punition. Apollinaire, la beauté de toutes nos douleurs ou le vif souvenir d’un temps où la poésie était partout chez elle en France, des tranchées jusqu’à l’Éducation nationale.
Thierry Clermont (Le Figaro Littéraire) : « Guillaume Apollinaire, poète, artilleur et critique visionnaire »
Par Thierry Clermont,
20 mars 2025
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Guillaume Apollinaire en 1909. Albert Harlingue/Roger-Viollet
CRITIQUE - Un fort volume rassemble l’essentiel de son œuvre.
« Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi / Je vivais à l’époque où finissaient les rois », exhortait Apollinaire, dans Vendémiaire, tiré d’Alcools, recueil vendu alors, c’était en 1913, à quelque 200 exemplaires. Plus d’un siècle après, jamais le « flâneur des deux rives » n’a été aussi présent, vivacement présent, dans les esprits, les bibliothèques et les anthologies. Cette popularité aujourd’hui unanime ne le fut pas toujours, comme le rappellent dans leur présentation Didier Alexandre et Michel Murat, qui ont établi cette édition pour Bouquins, en rassemblant l’œuvre au complet du « poète élégiaque du mal d’amour et de la blessure du temps », emporté par la grippe espagnole, le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice, à 38 ans.
Une popularité également nourrie par les nombreuses adaptations musicales de ses meilleurs poèmes (Le Pont Mirabeau, Zone, La Chanson du mal-aimé, Marizibill, Les Cloches…) chantés par les Ferré, Ferrat, Juliette Gréco, et qui avaient auparavant inspiré Honegger (dès 1915), et Francis Poulenc, lequel lui avait consacré une trentaine de mélodies. On trouvera, dans ce volume baptisé La Beauté de toutes nos douleurs, l’ensemble de ses poèmes, ses contes et récits, son théâtre, ainsi que son importante activité de critique. En attendant un hypothétique volume consacré à sa vaste correspondance, échangée notamment avec André Salmon, ses muses Lou et Madeleine Pagès.
On le sait, le « guetteur mélancolique » a forgé en 1917 le néologisme « surréalisme », au moment de la création de sa pièce à scandale, Les Mamelles de Tirésias, que Poulenc portera plus tard à l’opéra. Il était alors bien familier des avant-gardes, des francs-tireurs de l’art et de la littérature.
Un « homme-époque »
Chroniques, portraits, réflexions, échos, préfaces, conférences… Apollinaire, né en 1880 à Rome, proche de Jarry, de Picasso et des cubistes, de Max Jacob, d’André Salmon (ah, cette Négresse du Sacré-Cœur !), sans oublier Marie Laurencin, a démultiplié son œuvre foisonnante de critique visionnaire, avec cœur et acuité.
Apollinaire était bel et bien cet « homme-époque », pour reprendre le mot lâché en 1916 par Alberto Savinio, frère de Chirico, l’année où le soldat poète, engagé volontaire, est trépané après avoir été blessé par un éclat d’obus en contrebas du Chemin des Dames. Le sous-lieutenant barbichu à la tête bandée est alors immortalisé par Picasso. « J’ai tant aimé les arts que je suis artilleur », aimait-il à répéter. Piochons dans les centaines de pages de critiques laissées par le poète des belles Loreley, des colchiques, des colombes poignardées et des Cosaques zaporogues, le chantre de l’automne et de « la flamboyante gloire du Christ ».
En 1917, Cocteau lui confie la rédaction du programme introductif du ballet Parade de Satie, au scandale retentissant, entre music-hall et fête foraine. Voici ce qu’il écrit : « Je vois le point de départ d’une série de manifestations de cet esprit nouveau, qui, trouvant aujourd’hui l’occasion de se montrer, ne manquera pas de séduire l’élite et se promet de modifier de fond en comble les arts et les mœurs dans l’allégresse universelle. »
« Purifie la réalité »
Un peu plus tard, en mars 1918, juste avant la parution de ses audacieux Calligrammes, il fait l’éloge de Pierre Reverdy, dont s’inspirèrent les surréalistes avant de lui tourner le dos, en soulignant « sa gravité poétique devant les mystères les plus familiers ». Quant au portrait qu’il brosse de son ami André Salmon, c’est un modèle du genre, où il met en avant cette « chanson précise et mystérieuse qui rechante dans sa mémoire, au rythme des battements de son cœur », et qui ressemble tant à ses propres vers, si musicaux.
La liberté d’esprit qui règne dans ce livre à succès est de bon augure pour l’avenir d’une littérature qu’entravent à cette heure trop de science élémentaire, trop de philosophie puérile
Guillaume Apollinaire
Suivent ses souvenirs sur Alfred Jarry : « Ses moindres actions, ses gamineries, tout cela, c’était de la littérature. C’est qu’il était fondé en lettres et en cela seulement. » Lui succèdent Remy de Gourmont, Max Jacob, et la jeune Colette, celle des Vrilles de la vigne, qui lui inspire ceci : « La liberté d’esprit qui règne dans ce livre à succès est de bon augure pour l’avenir d’une littérature qu’entravent à cette heure trop de science élémentaire, trop de philosophie puérile. »
Au rayon peinture, on retiendra ses réflexions sur Braque, Picasso, Picabia, Matisse, Derain (qui avait illustré L’Enchanteur pourrissant) : la crème de l’avant-garde. L’auteur des contes réunis dans Le Poète assassiné défend l’art, qui « purifie la réalité », sans pour autant écarter « rien qui ait été beau dans le passé ».
Comme l’a souligné Laurence Campa dans sa brillante monographie, « Apollinaire défendait sans hésiter la tradition artistique française contre l’influence de l’expressionnisme allemand et les prétentions du futurisme italien (…). Contrairement aux zélateurs de la table rase, il savait que nulle floraison ne sort du néant et que seul est fertile le principe du renouvellement perpétuel. » Ce principe qui frappe et bat encore, faut-il qu’il nous en souvienne. Apollinaire avait raison : « Les poètes et les artistes déterminent de concert la figure de leur époque et docilement l’avenir se range à leur avis. »
II – Les silences d’Apollinaire
de Daniel Delbreil (Sous la direction de), Gérald Purnelle

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- Éditeur : Honoré Champion (29 janvier 2025)
- 238 pages
Résumé
Son ambition d’« être partout » n’a pas empêché Apollinaire de ménager ou de produire, volontairement ou non, des "silences" qui méritent d’être interrogés. De quoi ne parle-t-il pas (se garde-t-il de parler, oublie-t-il de parler) dans ses articles et chroniques ? Quels artistes ont échappé à sa critique ? Quels non-dits habitent sa correspondance ? S’est-il exprimé ou tu sur sa pratique artistique personnelle ? Et pourquoi ces silences ? Désintérêt ? Pudeur ? Autocensure ? Le silence est aussi un motif poétique ou narratif en soi. Il est possible de l’étudier comme tel, d’un point de vue poétique ou narratologique. Présence et formes du silence dans les poèmes, silences contraints ou choisis et ostensibles de certains personnages, silences des fins de récit ouvertes, ou bien, plus stylistiquement, silences via une prétérition, un mot absent, une ellipse : autant de facettes de ces silences aux « significations multiples » et constitutifs du texte. De la biographie à la pure analyse textuelle et à l’approche interne, psychanalytique ou autre, les contributions du présent volume tentent de faire parler ces silences en déclinant et en problématisant le concept et l’objet du "silence".
Souvenir d’une anecdote personnelle sur le silence
En ce temps là, je cheminais sur les chemins de Compostelle à l’approche des Monts d’Aubrac avec trois autres compagnons.
Philippe et moi avions pris de l’avance sur le reste du groupe. Nous montions lentement, herbe verte, rase, la pente était douce. Après plusieurs heures de marche, nous atteignîmes un plateau en surplomb de tous les alentours, sous un ciel bleu ensoleillé, sans aucun nuage. Vision à 360°. Pas une maison en vue dans aucune direction, pas un poteau électrique, pas de route à l’horizon, pas de bourdonnement de flux routier. Rien que le silence, la terre comme aux premiers jours de l’humanité. Instinctivement, nous nous sommes étendus sur le sol, les bras en croix, le visage tourné vers le ciel, instant de grâce en union sacrée avec la nature et je me surpris à dire à voix haute « Et soudain, le silence nous parla », une phrase que j’avais lue quelques heures plus tôt dans le livre d’or – un simple cahier – de la petite chapelle d’une ancienne commanderie de Templiers, et où les marcheurs du Chemin notaient leurs impressions.
C’était celle d’un marcheur qui avait vécu, avant nous, notre cheminement sur les Monts d’Aubrac.
« Et soudain, le silence nous parla » est resté gravé dans ma mémoire.
A propos de l’auteur
Daniel Delbreil est professeur émérite à l’université Sorbonne Nouvelle où il a enseigné la littérature française du XXe siècle. Il a dirigé le Dictionnaire Apollinaire paru aux éditions Honoré Champion en 2019. Gérald Purnelle est professeur à l’université de Liège, où il enseigne la poésie de langue française et l’analyse des formes poétiques.
III – Apollinaire : Le flâneur de Paris
Guillaume Apollinaire, le flâneur de Paris Broché – Illustré, 13 février 2025
de Gilles Schlesser
Résumé

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- 128 pages
Grand amoureux de Paris, Guillaume Apollinaire trouva dans la capitale une source d’inspiration en même temps qu’un esprit nouveau libérant la poésie de ses contraintes.
Zigzagant dans sa vie comme dans ses vers, il collectionna sans relâche les faits divers, les histoires insolites et les rencontres inattendues, indispensables nourritures d’une œuvre volontairement hétérogène et discontinue mêlant le réel et l’imaginaire.
De la Nouvelle Athènes au Quartier latin, de Montmartre à Saint-Germain-des-Prés, la ville devient sous sa plume un terrain de mots où l’imprévu se pare de lumière.
A propos de l’auteur
Gilles Schlesser est romancier et essayiste. Il a notamment publié aux éditions Parigramme Saga parisienne, Mortelles Voyelles, La Mort n’a pas d’amis et Mortel Tabou... Il est par ailleurs auteur du guide culturel Saint-Germain-des-Prés, les lieux de légende (2014), des Promenades littéraires dans Paris (2017),
de Paris dans les pas de Patrick Modiano (2019) et du Paris de Charles Baudelaire (2024).
QUELQUES EXTRAITS

Boulevard du Palais,
le vol de La Joconde

« Tu es à Paris chez le juge d’instruction : Comme un criminel on te met en état d’arrestation. »
En mars 1907, Géry Pieret, aventurier-kleptomane, ancien secrétaire d’Apollinaire et modèle d’un des personnages de L’Hérésiarque et Cie, dérobe deux statuettes ibériques au Louvre et, par l’intermédiaire d’Apollinaire, en vend une à Picasso (pour cinquante francs) et lui laisse la seconde en dépôt. Le peintre comme le poète ignorent évidemment la provenance des statuettes.
Au début du vol de La Joconde, survenu le 21 août 1911, Paris-Journal publie le 29 une lettre de Géry Pieret signée « Ignace d’Ormesan ». Son fantasque auteur y revendique le vol du tableau, mais également celui des statuettes ibériques commis quatre ans plus tôt.
Affolé, Apollinaire craint pour sa situation. Picasso revient en urgence de Céret. Les deux hommes décident de rapporter anonymement les statuettes à Paris-Journal, mais la police, alertée, pense avoir démasqué les coupables. Les vols des statuettes et de La Joconde sont-ils liés à Apollinaire serait-il le cerveau ? Et Picasso ? Un complice ? N’est-il pas lui aussi un étranger fiché comme anarchiste ? Apollinaire est convoqué au Palais, le juge décide de son incarcération.
« Les affres recommencèrent lorsque, mardi, je fus extrait pour aller à l’instruction. La promenade en voiture cellulaire fut un long voyage. J’étais enfermé dans une sorte de cage où il faisait très chaud. Le garde m’avait dit que je pouvais garder mon faux col en poche. Au Palais, on m’enferma dans une de ces loges étroites et sombres de la Souricière, où j’attendis de onze heures à trois heures, le visage collé aux barreaux, pour voir ce qui se passait dans le corridor. Quatre mortelles heures, longues à passer ! À pas lents, elles s’en allaient cependant, et enfin, je fus mené, par un garde, vers le cabinet du juge. Quelle surprise de se voir regarder tout à coup comme une bête curieuse ! Ce furent soudain cinquante appareils. »

Guillaume Apollinaire au Palis de Justice en septembre 1911. © Michèle Beilot, RMN-GP/Musée national Picasso-Paris

Le mariage de Pablo Picasso avec Olga Khokhlova (1918)




Pablo Picasso et Olga Khokhlova, 1917, ©RMN/GP/Misée national Picasso-Paris


VOIR AUSSI
Prolonger la promenade (en interactif)
IV - Musée Guillaume Apollinaire
L’unique musée au monde consacré à Guillaume Apollinaire à Stavelot en Belgique. Pourquoi Stavelot ?
Guillaume Apollinaire, alors âgé de 19 ans, est en vacances à Stavelot, tandis que sa mère, aristocrate polonaise, fréquente le casino de Spa. Cet été 1899 a sensiblement influencé son œuvre.
Le Musée Guillaume Apollinaire, seul musée au monde, évoque le séjour du poète dans la région et plonge les visiteurs dans l’univers artistique de l’auteur de la « Chanson du Mal-Aimé ». Un parcours initiatique dans l’œuvre culte d’une des personnalités marquantes du siècle dernier, à travers ses écrits et le regard de Picasso, Chagall, Marie Laurencin, Cocteau, Zadkine,…
Un centre de documentation qui compte plus de 1000 ouvrages de et sur Guillaume Apollinaire est accessible aux étudiants et aux chercheurs sur rendez-vous.
Au départ de l’abbaye, le visiteur pourra suivre un parcours Apollinaire qui ne manquera pas de le conduire sur les traces de sa « galante » stavelotaine, Marie Dubois, et à l’ancienne pension Constant qu’il quitta à la cloche de bois, aujourd’hui le restaurant « Ô Mal Aimé » imprégné de l’esprit du poète.
[Le site du Musée Guillaume Apollinaire - Abbaye de Stavelot
Le site officiel de Guillaume Apollinaire
le site de l’Association Internationale des Amis de Guillaume Apollinaire
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Lecteur d’Henri Poincaré, Apollinaire engagea le paradigme de la quatrième dimension dans le milieu des peintres d’avant-garde, qui eut des effets dans l’imaginaire cubiste et dans les ratiocinations duchampiennes.
Voir en ligne : http://theoriedelapratique.hautetfo...