
Un tableau de Rubens disparu pendant plus de 400 ans adjugé près de trois millions d’euros aux enchères. C’était le 30 novembre à Versailles.
« Un Rubens sinon rien », pourrait-on dire aujourd’hui avec ce montant au dessus de l’estimation pour ce tableau, un titre qu’avait utilisé Radio France le 15 novembre 2017 pour un entretien avec :• Philippe Forest, romancier et essayiste qui venait de publier Rien que Rubens, dans la nouvelle collection littéraire de la Réunion des Musées Nationaux, à l’occasion de l’exposition « Rubens Portraits princiers », qui se tenait Musée du Luxembourg du 4 octobre 2017 au 14 janvier 2018.• Et Nadeije Laneyrie-Dagen, professeure d’histoire de l’art à l’Ecole normale supérieure (ENS), auteure d’une biographie Rubens (2003) et toujours une référence.
Le « Christ en croix » de Rubens « ressuscité »
Ce chef d’œuvre de Rubens avait disparu depuis 4 siècles. Intitulé "Le Christ en Croix", il avait été retrouvé par hasard, il y a quelques années à Paris, à la faveur d’une succession.
Une histoire fascinante que nous conte le JT de TF1.

"Il dégage quelque chose d’exceptionnel". "C’est très émouvant". "Il y a une lumière, enfin, c’est magnifique"... Une certaine agitation a gagné les travées de l’église Notre-Dame à Versailles lorsque "Le Christ en Croix", un chef-d’œuvre de 1613, signé Pierre Paul Rubens, grand maître du XVIIᵉ siècle, a été exposé sur son chevalet. On assiste même à quelques petites bousculades pour s’approcher au plus près du tableau et le photographier. Cette présentation à Versailles, que l’on peut retrouver dans la vidéo ci-dessus, est l’une des rarissimes l’occasion que le grand public aura eu de contempler ce tableau de Rubens, passé par des collections privées pendant quatre siècles.
Le torse du Christ qui était à l’origine le long de la croix a été déplacé plus tard de façon à arquer le Christ, pour probablement montrer davantage sa souffrance.
Catherine Polnecq, restauratrice
Protégé contre tout vandalisme, il a été présenté au public jusqu’à sa mise aux enchères ce dimanche 30 novembre à Versailles, où il a dépassé son estimation de départ, entre 1 et 2 millions d’euros. Adjugé 2,3 millions d’euros, il frôlera les 3 millions pour son acheteur, avec les frais.
Son découvreur, le commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat, raconte son émotion quand il a posé les yeux sur le tableau pour la première fois. "Je l’ai découvert il y a un an à peu près, quand je suis allé faire un inventaire dans un hôtel particulier à Paris. Et là, il y avait parmi tous les tableaux et les objets d’art ce tableau qui était dans une chambre", raconte-t-il dans le reportage du 20H ci-dessus. Jean-Pierre Osenat ose alors se laisser guider par son intuition. Et s’il avait entre les mains un Rubens, un vrai, pas une copie d’atelier ?
L’enquête commence, et va d’experts en experts. La restauratrice, Catherine Polnecq, voit alors arriver le tableau dans son atelier. Car elle dispose d’un outil absolument unique pour sonder les œuvres : la réflectographie infrarouge. "La photo fait 400 millions de pixels. On ne peut pas aller plus près", montre-t-elle devant la caméra de TF1. Une traversée magique sous la couche de peinture qui nous invite dans l’atelier du peintre. "On est carrément sur le chevalet du peintre dès l’origine de son œuvre. Il a travaillé, puis il a changé d’avis. Il a remis le corps à droite, puis à gauche. Ainsi, le torse du Christ qui était à l’origine le long de la croix a été déplacé plus tard de façon à arquer le Christ pour probablement montrer davantage sa souffrance", explique-t-elle.
TF1
Une recherche qui ne peut appartenir qu’à un travail original. Un copiste ne prend jamais le temps de déplacer ou modifier un volume. Les spécialistes de Rubens sont convaincus, incrédules, de retrouver un tableau disparu des radars pendant 400 ans et dont il ne restait qu’une représentation approximative et inversée sous forme de gravure. "C’est vraiment une découverte. Rubens a fait des choix très spécifiques dans ce tableau. Au microscope, on a détecté des pigments bleu et vert et je peux dire qu’il y a très peu de peintres qui utilisent ces deux couleurs pour peindre la peau", souligne le Dr Nils Büttner, président du Centrum Rubenianum d’Anvers, qui a authentifié le tableau.
Une découverte incontestée, rarissime, qui a donc aussi fait basculer la valeur du tableau. "On passe de quelques dizaines de milliers d’euros à plusieurs centaines de milliers d’euros, peut-être à plusieurs millions d’euros. Donc évidemment, on multiplie la valeur par dix, par cent, c’est incomparable", admet Jean-Pierre Osenat. Les enchères lui ont donné raison ce dimanche. On ignore encore s’il rejoindra à nouveau une collection privée, loin des regards du public.
C’est a priori pour un acheteur privé que la toile avait été réalisée par Rubens, même si le maître flamand a peint de nombreux tableaux pour l’Église. Après un itinéraire inconnu, elle est arrivée en France dans la collection privée de la famille du peintre académique du XIXᵉ siècle William Bouguereau. Elle est depuis restée dans l’hôtel particulier des Bouguereau, sans être vue du public, jusqu’à la récente décision des héritiers de la mettre en vente.
Virginie FAUROUX | Reportage : Florence LEENKNEGT et Loïc GORGIBUS
« Rien que Rubens » par Philippe Forest
Ecouter l’entretien « Un Rubens sinon rien » ICI.
Dans son livre, Philippe Forest va à la rencontre de Rubens, il l’interroge, l’observe, essaie de le comprendre à travers des toiles où l’autobiographie et l’allégorie se mêlent et où s’expriment les peines que l’artiste a éprouvées comme les joies qu’il a connues. Il en résulte un texte personnel qui a tout à la fois valeur de portrait et d’autoportrait et à la faveur duquel le romancier retrouve les sujets qui lui sont chers : la disparition, le deuil et ce qui leur survit.
Ce livre est une commande de la Réunion des Musées Nationaux à l’occasion de l’exposition « Rubens Portaits princiers » au musée du Luxembourg (2017-2018) pour leur nouvvelle collection littéraire Cartels
L’exposition « Rubens Portaits princiers » (2017-2018)

Rubens fut, sans doute un peu malgré lui, un immense portraitiste de cour. S’il se voulait d’abord peintre de grands sujets historiques, il excella dans le domaine du portrait d’apparat, visitant les plus brillantes cours d’Europe. Prisé pour son érudition et sa conversation, il joua aussi un rôle diplomatique important, jouissant d’une position sociale sans égale chez les artistes de son temps. Autour des portraits de Philippe IV, Louis XIII ou encore Marie de Médicis réalisés par Rubens et par quelques célèbres contemporains (Pourbus, Champaigne, Velázquez, Van Dyck…), l’exposition plonge le visiteur dans une ambiance palatiale au cœur des intrigues diplomatiques du XVIIe siècle.
Incroyable parcours que celui de ce peintre flamand qui se fait diplomate, s’élève dans la société et intercède auprès des princes ! Très jeune, Pierre Paul Rubens sillonne de cour en cour une Europe belliqueuse où les alliances entre familles dominantes se font et se défont. Recommandé auprès des uns en Italie, mandaté par les autres en Espagne, adoubé aussi bien par la maison d’Angleterre que par la famille de Habsbourg, Rubens se nourrit un peu plus à chaque séjour des modèles qu’il découvre dans les collections des grands monarques de son temps. Mais Rubens n’est pas seulement peintre virtuose au service du pouvoir car l’art de la couleur rejoint, chez lui, l’art de la politique. Réunir ses portraits, c’est aussi prendre le parti de mettre en avant cet aspect si particulier de sa carrière. Le Musée du Luxembourg, à travers cette exposition sur les portraits princiers de Rubens, met à l’honneur un sujet qui résonne avec l’histoire du lieu comme avec celle de Marie de Médicis.
Rubens par Nadeije Laneyrie-Dagen (2003)
Rubens (1577-1640) est le plus grand peintre européen de la première moitié du XVIIe siècle. Né en Allemagne, formé en Flandre, puis durablement en Italie, il a travaillé non seulement pour les Pays-Bas du Sud, mais pour l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Angleterre. Son œuvre immense n’aurait pu se concevoir sans l’existence d’un vaste atelier, et son talent fut de gérer cet atelier de sorte que chaque tableau pût apparaître comme un chef-d’œuvre unique. Appuyé sur les péripéties d’une vie riche et complexe – l’une des plus passionnantes de son temps –, ce livre veut montrer l’œuvre de Rubens dans sa diversité, depuis les esquisses et les dessins qui révèlent l’esprit de sa création, jusqu’aux gravures et aux tapisseries. S’y trouve soulignée l’exceptionnelle variété d’un travail dont la pièce maîtresse réside dans les retables et les cycles profanes, d’histoire ou de mythologie, et où le portrait, la scène de genre et le paysage occupent une place de choix.
Prix Richtenberger de l’Académie des Beaux-Arts 2004.
La déclaration d’amour de Philippe Muray à Rubens
Par Eric Biétry-Rivierre (Le Figaro)
Dans La Gloire de Rubens ,paru en 1991, Philippe Muray érige le peintre Flamand en allégorie de la régénérescence catholique.
Grünewald a Huysmans, Fragonard a Sollers .Rubens ,lui aussi, a son grand littérateur : Philippe Muray .Les Belles Lettres rééditent son essai, un de ses meilleurs avec son Céline ou Le XIXe Siècle à travers les âges .Paru en 1991, La Gloire de Rubens est beaucoup plus qu’une critique pondérée ou une histoire de l’art rigoureuse. C’est une déclaration d’amour jubilatoire et traversée d’éclairs. Un allegro furioso .Muray érige Rubens en allégorie de la régénérescence catholique.
Le 30 mai 2013
L’intégrale de l’article du Figaro
Repris sur pileface par A.G. ICI
Quatrième de couverture de l’édition 2013
"Je ne parle d’art que parce que j’ai réussi à identifier l’art aux femmes et les femmes à l’art. Je juge les tableaux comme je juge les femmes, je les prends et j’en jouis comme il m’arrive de les prendre, elles, et d’en jouir. De la même façon aussi, je les oublie.
Le Beau a toujours été une femme, quels que soient les prétextes idéalistes ou spiritualistes invoqués par les conceptions d’art successives en usage dans la civilisation. C’est pour représenter des femmes, des "Vénus", que le réalisme a été inventé, qu’un système de représentation mentale de plus en plus raffiné a été élaboré. Je vais à l’art par bouffées. Je ne peux aller à l’art que par bouffées. Je vais, je monte, je désire. Je préfère tel ou tel peintre, celui-ci plutôt que celui-là, comme je préfère telle blonde à telle brune, telle rousse à telle blonde, pour des raisons aussi radieusement futiles. Et, de même que l’"idéal féminin" c’est toujours une fille aussi belle qu’intelligente, de même, en art, l’idéal c’est de la peinture aussi belle qu’intelligente. Donc Rubens. Je réalise, en somme, le souhait de Baudelaire critique d’art : transformer la volupté en connaissance."
Ph. Muray, Journal, 1er mars 1991.
Revue de presse
C’est une déclaration d’amour jubilatoire et traversée d’éclairs. ― Le Figaro Publié le : 2013-05-30
Après tant de livres consacrés à l’horreur contemporaine, ce Rubens glorieux est la bonne nouvelle de Muray. Rubens, sauveur de Muray. Muray, prophète de Rubens. ― Tak.fr Publié le : 2013-05-20
Le Rubens de Muray, "trapésziste transcendant", lui ressemble. Il incarne le plaisir de peindre, en écho au plaisir d’écrire... ― Grande Galerie Publié le : 2013-06-01
Muray revient. Toujours aussi flamboyant, percutant. ― salon-littéraire.com Publié le : 2013-05-10
Le contempteur féroce du festivisme aime Rubens autant qu’il abhorre les nouvelles idoles de l’art contemporain. ― Causeur Publié le : 2013-07-01
La flamboyance d’un verbe corrosif rivalise avec l’exubérance picturale. ― Philosophie magazine Publié le : 2013-07-01
Un livre dont la verve flamboyante, la féroce et joyeuse appétence verbale relèvent du pur plaisir, de l’émotion érotique qui est à la source de l’intérêt qu’on peut ressentir pour l’œuvre d’un peintre. ― Le matricule des anges Publié le : 2013-07-01
... la culture s’en mêle et reconstruit tout l’édifice - à rebours, mais avec intelligence et déraison. Un beau paradoxe. ― L’Humanité supplément Publié le : 2013-09-05
Et la réédition de La Gloire de Rubens (Les Belles Lettres, qui fut son fidèle éditeur) nous rappelle que sa pensée procède d’une immense érudition de lecteur et de critique d’art. ― Le Figaro Littéraire Publié le : 2013-04-25
L’écrivain, trop tôt disparu, aimait cet "énorme brasseur de femmes et d’affaires", et il l’aimait pour s’en prendre encore plus radicalement à son siècle à qui il reprochait son penchant pour le minimalisme. ― Lire Publié le : 2013-05-01
Muray c’est d’abord une langue nerveuse, truculente. Ce charme baroque, est mis ici au service d’un hommage au peintre baroque flamand... ― L’Opinion indépendante Publié le : 2013-05-10
Il n’empêche que ces fulgurances langagières à la Céline mâtiné de Jarry font souvent mouche. ― Marianne (édition belge) Publié le : 2013-05-04
Pour se distinguer des convertis récents et hypocrites, on (re)lira son éblouissant essai La Gloire de Rubens, réédité par les Belles Lettres. ― Figaroscop e Publié le : 2013-04-24
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L’essence du baroque.