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David Lynch, réalisateur et artiste américain (1946-2025)

Une brève évocation

D 17 janvier 2025     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Pierre Lescure, notre mémoire du cinéma, réagissant en direct à l’annonce du décès du cinéaste David Lynch, sur le plateau de C à vous (France 5 ), en évoquant quelques souvenirs partagés avec lui.
Ecoutez aussi la voix de David Lynch dans un entretien avec Rebecca Manzoni pour Eclectik, en 2010. Une voix magnétique qui vous aimante et vous attire dans son univers avec une force envoutante.
Et puis, les sept œuvres cultes du cinéaste américain rassemblées par France info.
Et enfin, quelques liens pour aller plus loin :


"Hollywood m’aime tellement ! J’ai eu la chance de pouvoir faire en toute liberté les films que je voulais. Et c’est la seule façon de les faire. Si vous n’avez pas la liberté de faire le film que vous voulez faire, il vaut mieux de ne pas le faire du tout. Donc, la liberté, c’est primordial ; et travailler avec des gens qui sont de votre côté."

Blue Velvet, Mulholland Drive, Lost Highway… dix films seulement mais autant de jalons marquants du cinéma américain du 20e et 21e siècles : des histoires d’amours dysfonctionnelles, de jalousies destructrices, des mises en abyme, des boucles et des réversibilités fantastiques toutes plus renversantes les unes que les autres - bref des films perturbants à la première vision comme si peu de films le sont. Sa mort de ce point de vue instille une sensation paradoxale mêlée de tristesse et de soulagement : celle d’avoir perdu un grand pourvoyeur de cinéma, mais aussi le marchand de bien de nos cauchemars.

Une première réaction de Pierre Lescure


Pierre Lescure, David Lynch

Pierre Lescure était sur le plateau de l’émission de C à vous (France 5) quand est tombée la dépêche annonçant la mort de David Linch.
Première réaction, à chaud, en direct.

« On vient d’apprendre la mort de David Lynch », annonce en direct ce jeudi 16 janvier Anne-Elisabeth Lemoine, aux alentours de 19h30. Le réalisateur américain s’est éteint à 78 ans. Il avait reçu la Palme d’Or du Festival de Cannes en 1990 pour son métrage Sailor et Lula, le César du meilleur film étranger pour Mulholland Drive en 2002, un Lion d’or d’honneur et un Oscar d’honneur en 2006 et 2020.

« On n’est pas peu fier à l’époque d’avoir accompagné David Lynch dans la production de Mulholland Drive », se rappelle ce soir Pierre Lescure dans « C à vous » en sa qualité de « dirigeant du cinéma français pendant des décennies », comme le qualifie Lorrain Sénéchal.

« La dernière fois que ceux qui nous regardent ont vu David Lynch, c’était à la télévision. Il y a dix jours quand France 2 a proposé The Fabelmans, l’histoire de Steven Spielberg qui raconte sa famille. À la fin, le jeune Spielberg va dans les studios de Hollywood, il est reçu par John Ford et c’était David Lynch qui jouait John Ford avec sa casquette et son gros cigare », poursuit Pierre Lescure.

De l’émotion dans « C à vous »

« C’est sans doute l’un des cinéastes les plus originaux. On espère qu’un cinéaste va vous apporter son monde. Lui, il a apporté son monde dans chaque film », estime Pierre Lescure avec une réelle émotion. Sa voix tremble un peu.

Le chroniqueur cite ensuite Dune, Blue Velvet, Lost Highway, Une histoire vraie. « Ce sont des films qu’on revoit parce qu’on n’en trouve pas toujours la vérité. On a toujours un mal fou à comprendre ce que le film est en train de nous expliquer ». « C’était un homme d’images aussi, de direction d’acteurs extraordinaire, et un type extra dans la vie », conclut-il.

Laura Terrazas
lefigaro.fr

Un entretien avec Rebecca Manzoni (France Inter, Eclectik, 2010

David Lynch était à l’honneur à la cinémathèque française de Paris avec une grande rétrospective de ses films. C’est dans une ancienne imprimerie au coeur du quartier Montparnasse où il passait la plupart de son temps lorsqu’il vennait à Paris que Rebecca Manzoni l’avait rencontré dans le cadre de son émission "Eclectik"  :


Avec
David Lynch Réalisateur et artiste américain (aussi musicien, photographe ou encore peintre),

"David Lynch avec sa barbe de la veille, ses clopes et son pantalon taché de peinture. Lynch, heureux de fumer là, dans ce lieu. Emission lynchienne, donc avec un gars plutôt rétif à livrer explications ou analyses sur ses films. Dans un livre d’entretien remarquable paru aux éditions des Cahiers du cinéma, un ami lui demande : « Que représente Sailor et Lula ? ». Réponse de David Lynch : « 1h45 de pellicules à peu près ». EclectiK aujourd’hui, c’est quoi ? 3000 secondes de Lynch. Ou à peu près. Et on commencer par la fin. Par la minute de solitude ? Non, ça c’est vraiment pour la fin. Mais commencer par ce qui se dit, quand l’interview est censée être finie, la minute de solitude accomplie, qu’on a le manteau sur le dos, et le micro presqu’éteint. J’ai dit presque…éteint. Quelques paroles d’un Américain à Paris en Octobre 2010." -
Rebecca Manzoni

Une rencontre intime qui explore sa relation à la création, au son, à la musique et à la ville de Los Angeles.

Dans cette ancienne imprimerie de Montparnasse, David Lynch travaillait depuis trois ans sur des pierres lithographiques qui ont jadis accueilli les œuvres de Picasso, Matisse et Miró. Une centaine de créations étaient déjà nées de ce travail minutieux avec la matière. « On dit que chaque pierre garde la mémoire du passé », confie-t-il, évoquant la magie du processus créatif, comparable selon lui aux débuts de la photographie.

Le son, élément vital du cinéma

Pour Lynch, le son était un composant essentiel du 7e art, qu’il s’agisse des bruitages concrets comme l’ouverture d’une porte ou des effets sonores proches de la musique. « Il faut que le son épouse l’image », explique-t-il. Le réalisateur de Mulholland Drive souligne l’importance de la musique sur ses tournages, guidant tant les mouvements de caméra que le jeu des acteurs.

Los Angeles, terre d’inspiration

Si New York lui a inspiré la peur dans sa jeunesse, Los Angeles était devenue sa terre d’élection. « La lumière y est sublime [...] Cette ville étendue incarne pour lui un espace où « tout est possible », essentiel à sa créativité.

Rebecca Manzoni

Crédit : David Lynch, l’art au-delà du cinéma

ET AUSSI

le-regard-culturel-chronique-du-vendredi-17-janvier-2025

Le cinéaste américain en sept œuvres cultes

Les iconiques "Blue Velvet" et "Sailor & Lula", Palme d’or en 1990, "Elephant Man" et ses 8 nominations aux Oscars ainsi que la série "Twin Peaks" racontent les obsessions visuelles de David Lynch.



Le réalisateur américain David Lynch, à Londres, le 7 mars 1984.

David Lynch s’est éteint jeudi 16 janvier à 78 ans. Il laisse derrière lui une galerie de personnages tordus ou monstrueux, les deux à la fois souvent, qui ont fasciné plusieurs générations de cinéphiles. Entre 1977 et 2006, il a signé dix longs-métrages dont la plupart sont devenus cultes. On y retrouve de longues routes, bitumées la plupart du temps, lui-même, mais surtout ses acteurs fétiches : Laura Dern et Kyle MacLachlan.
Nommé trois fois aux Oscars (pour Elephant Man, Blue Velvet et Mulholland Drive), il a reçu un Oscar d’honneur en 2019. En France, il a obtenu deux fois le César du meilleur film étranger (Elephant Man en 1982 et Mulholland Drive en 2002). Retour sur les œuvres marquantes de celui qui a "radicalisé" le cinéma américain

"Eraserhead" (1977)

C’est avec cet ancêtre du body-horror, dystopique et en noir et blanc, que tout a commencé pour David Lynch. Le film, financé par les revenus tirés de ses petits boulots, suit les pérégrinations de Henry Spencer (Jack Nance). Ce dernier tente de survivre dans un environnement industriel hostile et de s’occuper de son bébé mutant abandonné par sa petite amie.

"Elephant Man" (1980)

Avec son premier film, Lynch s’est fait remarquer par la maison de production de l’humoriste américain Mel Brooks. Elle finance son deuxième film, Elephant Man, un biopic qui se situe dans l’Angleterre victorienne, à Londres en 1884. Le chirurgien Frederick Treves rencontre John Merrick. Difforme et défiguré, il est surnommé "Elephant Man" et devient une attraction continuellement moquée. En l’arrachant à son sort, le médecin découvre un individu sensible, intelligent et bien évidemment en souffrance.
Avec John Hurt, méconnaissable en "Elephant Man", et Anthony Hopkins dans les rôles principaux, le film décroche huit nominations aux Oscars, dont celui du meilleur réalisateur (la première pour Lynch). Il remporte également le César du meilleur film étranger en 1982.

"Blue Velvet" (1986)

Le film, qui a décroché le Grand Prix du Festival d’Avoriaz en 1987, est le quatrième long-métrage du cinéaste américain, qu’il a réalisé et écrit. À Lumberton, banlieue américaine sans histoires, Jeffrey (Kyle MacLachlan) découvre une oreille humaine infestée de fourmis en emmenant son père à l’hôpital. Sandy (Laura Dern), la fille de l’inspecteur qui enquête, met Jeffrey sur la piste d’une séduisante chanteuse, la troublante Dorothy Vallens (Isabella Rossellini) et célèbre interprète du titre Blue Velvet. Les couleurs vives du film tranchent avec le blanc et noir de ses deux premières réalisations.
Après l’échec retentissant de son précédent long-métrage, Dune, David Lynch "pose les jalons de ce que deviendra son œuvre et signe un film devenu à la fois classique et objet de culte",rappelle l’Institut Lumière. C’est sur le film suivant, Sailor & Lula.

"Sailor & Lula" (1990)

Avec Blue Velvet et Sailor & Lula (Wild at Heart) sont des œuvres qui définissent le style Lynch. Le long-métrage remporte la Palme d’or à Cannes. Le jury est sensible à cette histoire d’amour que veut à tout prix empêcher la mère de Lula, Marietta (Diane Ladd). Elle est même prête à faire éliminer Sailor, incarné par Nicolas Cage qui donne la réplique à Laura Dern, l’interprète de Lula. Les deux jeunes amoureux doivent affronter une cohorte de méchants, les uns plus tordus que les autres, dans une longue cavale.

"Twin Peaks" (à partir de 1990)

L’imagerie de Lynch s’installe bientôt dans le petit écran avec Twin Peaks. Très tôt, ce pionnier a compris que la télévision pouvait être un fantastique relais pour les cinéastes qui vont, aujourd’hui, de plus en plus vers les séries avec le développement des plateformes de streaming.
Qui a tué Laura Palmer, la plus belle lycéenne de Twin Peaksdans l’État de Washington (nord-ouest des États-Unis) ? L’officier du FBI chargé de l’enquête, Dale Cooper alias Kyle MacLachlan, aime les pâtisseries et se fie à son instinct. La première saison fait un carton, la deuxième beaucoup moins. Au total, 30 épisodes aideront à tenter d’élucider le meurtre de Laura Palmer. Après le long-métrage Twin Peaks : Fire Walk with Me (1992), préquel de la série, une troisième saison de 18 épisodes arrive sur les écrans, un quart de siècle plus tard, en 2017. Twin Peaks< est considérée comme une série ayant révolutionné le paysage audiovisuel.

"Lost Highway" (1997)

Après avoir reçu d’étranges cassettes, le saxophoniste Fred Madison (Bill Pullman) est soupçonné du meurtre de sa femme Renée (Patricia Arquette). En prison, le jeune mécanicien Pete Dayton (Balthazar Getty) se substitue à Fred. Libéré, il rencontre Alice Wakefield qui ressemble étrangement à Renée. L’univers anxiogène et obsessionnel de Lynch se déploie de nouveau autour de personnages toujours aussi singuliers et tortueux.

"Mulholland Drive" (2001)

Nouveau néo-noir, cette fois-ci sur les travers de Hollywood, le film a décroché le César du meilleur film étranger en 2002. La coproduction franco-américaine a révélé Naomi Watts qui incarne une jeune actrice. En débarquant à Hollywood, son chemin croise le chemin d’une femme amnésique incarnée par Laura Harring. Ensemble, elles tentent d’éclaircir le mystère qui les entoure et s’engagent dans des chemins sinueux. Mulholland Drive,"le plus grand film tourné sur Hollywood l’a été, paradoxalement, sans Hollywood", note la Cinémathèque française. Le film a été coproduit par StudioCanal.

franceinfo Culture et France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 17/01/2025


Pour aller plus loin

Philosopher avec David Lynch

David Lynch est le réalisateur culte par excellence, dont le mythique Mulholland Drive (2001) a contribué à faire entrer le cinéma dans le vingt-et-unième siècle. Son cinéma invite le public à de nouvelles expériences sensorielles, où la logique narrative se désagrège pour mieux mystifier le spectateur. S’il appartient bel et bien au système des studios hollywoodiens, Lynch n’a jamais cessé d’en explorer les marges. Sa philosophie et son talent aux multiples facettes sont explorés en quatre émissions (Les Chemins de la connaissance, France Culture) :

Philosopher avec David Lynch : un podcast à écouter en ligne

Épisode 1/4 : David Lynch, cinéaste de l’âme et du corps (8 oct. 2012, 59 min)
Le philosophe Mathieu Potte-Bonneville vient réfléchir au problème de l’union entre l’âme et le corps, à partir de l’univers fictionnel, donc bien réel, d’un cinéaste qui fait du point de vacillement entre la réalité et le rêve la meilleure façon de penser le réel.

Épisode 2/4 : Lost Highway, identité et subjectivité (9 oct. 2012, 58 min)
L’univers lynchéen pose la question de l’identité des personnages, le décalage entre ce qu’ils sont, ce qu’ils rêvent d’être, ce qu’ils n’arrivent pas être, et le récit fragmentaire et sinueux qui en résulte. Le spectateur se fait détective et tente de construire un récit d’une subjectivité éclatée.

Épisode 3/4 : David Lynch ou le temps d’un cauchemar (10 oct. 2012, 59 min)
C’est en jouant avec les limites du réel que Lynch crée l’horreur. Le rêve n’est pas le contraire de la réalité, le virtuel ne s’oppose pas au réel, nous dit Bergson, et Lynch joue de cette continuité pour rendre fou, en noyant la banalité du réel au milieu de fantasmes éveillés.

Épisode 4/4 : Twin Peaks, vices et vertus de l’Amérique (11 oct. 2012, 59 min
Avec "Twin Peaks", Lynch a brillamment mené la rencontre, 30 épisodes durant, entre l’univers absurde, onirique et angoissant du réalisateur et la logique industrielle des images. Mais Lynch se serait-il pris au piège d’un poste qui l’aurait happé pour mieux l’en éjecter, mais sous une autre forme ?

« David Lynch, l’oracle du temps »

Monica Belluci, Christian Louboutin et la productrice Mélita Toscan du Plantier
y racontent l’homme derrière l’artiste.

L’article (pdf)

oOo

4 Messages

  • Viktor Kirtov | 22 janvier 2025 - 21:17 1

    22 janvier 2015
    Yannick Haenel
    Charlie Hebdo

    Le monde n’en finit plus de brûler, et il aura fallu ces derniers jours pour que l’incendie qui le ravage désormais intégralement atteigne Hollywood, c’est-à-dire le cœur pourri du capitalisme, et emporte dans son sacrifice le dernier génie du septième art. Atteint depuis plusieurs mois d’un emphysème pulmonaire, David Lynch (né en 1946) a été chassé de sa maison de Laurel Canyon par les flammes qui ravageaient ce secteur de Los Angeles : le monde est devenu irrespirable, Lynch en est mort.

    Il avait beau être l’un des cinéastes les plus célèbres au monde, et sans doute le plus grand, il demeurait étranger à l’industrie : depuis 2006 et l’échec commercial d’Inland Empire, plus personne ne voulait produire ses films. Mais il était le contraire d’une victime du système : il était marginal dans son art, c’est-à-dire qu’il jouait avec le feu, comme le font les grands poètes.

    Ses films, 10 en trente ans (plus une série en trois saisons, l’époustouflant Twin Peaks, aussi crucial dans ma vie qu’À la recherche du temps perdu), sont tous des chefs-d’œuvre. Eraserhead (1977), film préféré de Kubrick, Elephant Man (1980), Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990), Lost Highway (1997) ou Mulholland Drive (2001) sont des thrillers schizoïdes, des poèmes déchirants, des gestes illuminés de rupture : leur innocence est avant tout réfractaire à la représentation, c’est-à-dire au principe d’un cinéma à rentabilité automatique.

    Images illuminées

    Visions soudaines d’une oreille humaine rongée par des fourmis sur une pelouse, d’une femme qui porte une bûche comme un bébé, d’un inspecteur du FBI qui enquête à l’aide de ses rêves, d’un vieil homme qui traverse l’Amérique en tondeuse à gazon pour rejoindre son frère malade.

    On ne se remettra jamais de la mort de Laura Palmer, l’héroïne de Twin Peaks : tous les hommes l’ont tuée. La réalité, c’est le crime. L’origine, c’est le féminicide. Derrière le rideau, dans la Red Room où se fomente la diffraction vénéneuse des perceptions, des démons nains orchestrent un cauchemar.

    Parfois, un lampion quantique s’allume dans un motel qui, en clignotant, fait surgir un champignon atomique dans le désert. C’est juste un rappel : nos sensations nous embarquent dans un labyrinthe dont personne n’a la clé. Le diable lui-même n’est qu’un crétin qui ne sait plus pourquoi il rit : sans doute a-t-il vu trop de mauvais films.

    Lynch est mort quelques jours avant l’investiture de Trump. Ainsi ne l’aura-t-il pas vu rafler la mise d’un désastre qu’il a organisé consciencieusement avec Elon Musk afin d’en tirer profit. Une telle mise à sac implique une confiscation des images : pullulent déjà sur tous les écrans du monde celles, binaires, misogynes et xénophobes, qui attaquent nos cerveaux. Quelles autres images est-il possible de leur opposer ? David Lynch en avait le secret : rouvrons la boîte bleue


  • Viktor Kirtov | 19 janvier 2025 - 20:14 2

    Le réalisateur aura marqué de son empreinte singulière l’histoire du cinéma. Adieu subjectif en dix lettres : l’abécédaire de David Lynch.
    Un texte très pertinent signé Aurélien Cabrol dans la Tribune Dimanche du 19//01/2025, qui a toute sa place dans l’évocation de David Lynch ci-dessus.

    Le réalisateur en 2010, à Paris

    Tous les fims sont des rêves.
    Mais certains un peu plus que d’autres

    David Lynch

    A COMME ANIMAUX
    L’univers visuel de David Lynch est peuplé de figures animales. Au premier rang desquelles on trouve bien évidemment le flm Elephant Man, sorti sur les écrans sen 1980 et qui, dans un superbe noir et blanc digne de l’esthète Lynch, raconte I’histoire de John Merrick, l’homme à la tête monstrueuse. Et que dire de la veste en python que porte Nicolas Cage dans Sailor et Lula ? Mais bien d’autres bêtes, des vraies cette fois, hantent l’univers baroque du cinéaste comme le poulet rôti qui remue ses pilons dans l’assiette du personnage principal d’Eraserhead, les vers géants de Dune, ou bien encore les lapins en costume-cravate ou peignoir de bain qui s’assoient sur un canapé ou repassent des chemises dans Inland Empire, son ultime film, en 2006.

    B COMME BACON
    Francis Bacon, le peintre britannique des visages et des corps anamorphosés, le préféré de David Lynch, qui lui-même peignait quand il n’était pas cinéaste. « Le brun est une couleur, disait-il. J’aime aussi les couleurs de terre. et quelquefois j’utilise du rouge et du jaune, le rouge pour le sang et le jaune pour le feu. » Autant de teintes que l’on retrouve bien évidemment dans tous ses films ou presque. Tel justement le rouge sang de ces tentures qui envahissent régulièrement l’image dans Twin Peaks.

    C COMME CHEMISE BLANCHE
    Plus emblématique encore que celle de BHL la chemise immaculée de David Lynch, confectionnée par la styliste Agnès b., est devenue iconique au fil du temps. Chacun des interlocuteurs de Lynch décrivait son extrême élégance, finalement bien plus britannique qu’américaine. Un souci de l’esthétisme tourné donc d’abord vers lui-même, mais dont on voit bien combien il traverse sa courte filmographie : dix longs-métrages en trente ans, c’est peu comparé à d’autres géants hollywoodiens comme Spielberg ou Eastwood, mais c’est aussi le prix à payer pour des films dont chaque image ou presque évoque un tableau.

    D COMME « DUNE »
    Désormais coincée entre le film de Jodorowsky qui ne vit jamais le jour et celui au succès colossal de Denis Villeneuve, la version lynchienne de Dune d’après la saga de Frank Herbert a d’abord déçu ses propres fans et plus encore ceux du livre. Le temps passant, l’œuvre est cependant devenue culte auprès des cinéphiles qui louent son rythme lent et vertigineux, véritable marque de fabrique du cinéaste et qui tranche avec les autres films de science-fiction de l’époque. Entre new age et kitsch, le Dune de Lynch incarne l’esprit des années 1980, quand le numérique n’avait pas encore envahi et uniformisé les effets spéciaux.

    E COMME EGERIE
    Chez Lynch, on compte plus d’héroïnes que de héros, et c’est une autre de ses remarquables singularités. Certes, des personnages masculins existent pleinement dans Elephant Man ou Une histoire vraie, par exemple, mais comment oublier, entre autres, Isabella Rossellini dans Blue Velvet, Laura Dem dans Sailor et Lula puis Inland Empire, Sheryl Lee dans Twin Peaks, Patricia Arquette dans Lost Highway, Naomi Watts et Laura Harring dans Mulholland Drive ? Autant d’actrices de premier plan au centre des films les plus importants de Lynch. Impénétrables, impossibles à capturer et objets de désir et de frustration.

    F COMME FARMER
    On le sait peu, mais la chanteuse Mylène Farmer était une proche de David Lynch. Pour preuve, te remix composé par le cinéaste pour le titre Je te rends ton amour dans l’album Remix XL. Par ailleurs, la musique est l’un des éléments essentiels de l’univers cinématographique lynchien. Avec notamment la belle complicité entre. le réalisateur et Angelo Badalamenti, compositeur et arrangeur musical américain, auteur de sublimes musiques entêtantes à souhait pour Blue Velvet, Twin Peaks, Mulholland Drive, entre autres.

    I COMME IMAGES CHOCS
    Dès son premier long-métrage, Eraserhead, en 1977, David Lynch a multiplié des images propres à impressionner la rétine de ses spectateurs jusqu’à la fin de leur vie, à l’instar de Bunuel en son temps avec Un chien andalou, par exemple.
    Chez Lynch, on croise pêle-mêle un bébé absolument monstrueux dans Eraserhead, un baron au visage purulent dans Dune, une victime dans la tête de qui on tire une balle à bout portant dans Blue Velvet, le visage d’une femme qui émerge du plastique dans Twin Peaks, un crâne fendu par le coin d’une table en verre dans Lost Highway et tant d’autres scènes plus ou moins violentes qui n’en finissent pas de nous hanter.

    L COMME LOS ANGELES
    David Lynch est mort juste après que les incendies de Los Angeles ont défiguré notamment la célèbre route de Mulholland Drive. Longue de 34 kilomètres, elle est l’un des personnages principaux du film qui porte son nom. Elle apparaît dès les premières scènes et un plan est consacré au panneau qui annonce cette voie fameuse. En véritable amoureux de cette route, Lynch a confié que pour lui elle dégageait « quelque chose de mystique et d’irréel à la nuit tombée ». Los Angeles était en outre la ville de résidence du cinéaste.

    M COMME MYSTÈRE
    « Je suis au milieu d’un mystère  », dit le personnage de Jeffrey (Kyle MacLachlan) exactement au milieu de Lost Highway. Cette phrase pourrait être présente dans toutes les euvres ou, presque de David Lynch, et l’adjectif « lynchien » pourrait la résumer. Le cinéaste prenait un malin plaisir à brouiller les pistes d’histoires compliquées à souhait et d’enquêtes ténébreuses. Au point d’ailleurs de déclarer un jour à propos du labyrinthique Mulholland Drive que « le film pourrait très bien faire l’objet d’un tout autre montage, il serait tout aussi bien  ». Alors, esprits cartésiens s’abstenir et, comme on l’entend chez Claudel : « C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau.  »

    P COMME PALME D’OR
    C’est en 199O que David Lynch, le plus européen des cinéastes américains, reçut au Festival de Cannes la prestigieuse Palme d’or pour Sailor et Lula, avec Nicolas Cage et Laura Dem dans les rôles principaux, l’histoire d’un couple amoureux fou que poursuivent une mère psychopathe et son amant assassin. Le tout dans un road movie halluciné et hallucinant qui semble un condensé de tous les genres de cinéma. Cette récompense couronne aussi la carrière d’un réalisateur à l’exact mitan de sa filmographie comme pour mieux signifier qu’il est alors admis parmi les grands noms du cinéma mondial


    Nicolas Cage et Llaura Dern dans « Sailor et Lula ».
    Palme d’or du Festival de Cannes en 1990

    Crédit : LA TRIBUNE DIMANCHE


  • Viktor Kirtov | 18 janvier 2025 - 21:35 3

    A l’heure des grandes manœuvres pour les agents conversationnels pilotés par l’IA, où les sociétés qui les propulsent nouent des accords stratégues avec les grandes agences de presse et journaux :

    - l’AFP (Agence France Presse) pour l’IA Mistral qui pourra se ‘nourrir’ d’une base de 38 millions de dépêches, ‘sourcées’, depuis 1983.
    - en même temps que Google annonce un partenariat avec l’agence de presse AP (Associated Press) pour que son IA Gemini puisse profiter de son contenu,
    - et que Le Monde ou le Financial Times ont déjà pactisé avec OpenAI (ChatGPT)
    VOIR notre note sur l’IA et la presse ICI

    par curiosité, nous avons soumis la même question
    à l’IA Mistral – Le Chat
    et à ChatGPT d’Open AI.
    Résultat :

    AI Mistral – Le Chat

    QUESTION : Le cinéaste et artiste américain David Lynch, vient de décéder. Peux-tu STP m’établir une note de synthèse sur l’apport du cinéaste et artiste, ainsi que sur l’homme qu’il a été ?


    MISTRAL - Le Chat :

    Je ne peux vous fournir qu’une note de synthèse sur David Lynch basée sur les informations disponibles jusqu’à ma dernière mise à jour en 2023.

    Introduction

    David Lynch est un cinéaste et artiste américain reconnu pour son style unique et surréaliste. Ses œuvres ont profondément influencé le cinéma et l’art contemporain, laissant une empreinte indélébile dans l’histoire culturelle.

    Cinéma

    David Lynch est surtout connu pour ses films qui explorent les thèmes de la psyché humaine, du rêve et de la réalité. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on trouve :


    - "Eraserhead" (1977)
     : Un film culte qui a lancé sa carrière avec son atmosphère surréaliste et ses images troublantes.


    - "Elephant Man" (1980)
     : Un drame biographique qui a été acclamé par la critique et a reçu plusieurs nominations aux Oscars.


    - "Blue Velvet" (1986)
     : Un thriller néo-noir qui explore les aspects sombres de la vie américaine.


    - "Twin Peaks" (1990-1991, 2017)
     : Une série télévisée révolutionnaire qui a mélangé le mystère, l’horreur et le surréalisme.


    - "Mulholland Drive" (2001)
     : Un film qui a été initialement conçu comme une série télévisée et qui est devenu un classique du cinéma d’auteur.

    Art

    En plus de son travail cinématographique, David Lynch est également un artiste visuel, un musicien et un photographe. Ses œuvres d’art incluent des peintures, des dessins et des installations qui reflètent son style surréaliste et souvent sombre. Il a également réalisé plusieurs albums de musique et a collaboré avec divers artistes.

    L’Homme derrière l’Artiste

    Philosophie et Influences

    David Lynch est connu pour son approche intuitive de la création artistique. Il puise souvent son inspiration dans ses rêves et ses méditations transcendantales, une pratique qu’il a adoptée depuis de nombreuses années. Sa philosophie de la vie et de l’art est profondément influencée par cette pratique spirituelle.

    Engagement et Héritage

    Lynch est également un défenseur de la méditation transcendantale et a fondé la David Lynch Foundation for Consciousness-Based Education and World Peace, qui promeut l’utilisation de la méditation pour améliorer la vie des gens, en particulier ceux qui sont en situation de stress ou de traumatisme.

    Conclusion

    David Lynch est une figure emblématique du cinéma et de l’art contemporain. Son style unique et sa vision artistique ont inspiré des générations de créateurs. Son héritage perdurera à travers ses œuvres et son engagement envers la méditation et la paix dans le monde.

    N’hésitez pas à me faire savoir si vous souhaitez des modifications ou des ajouts supplémentaires !

    ChatGPT (Open AI)

    REPONSE A LA MEME QUESTION :

    David Lynch, né le 20 janvier 1946 à Missoula, Montana, est décédé le 15 janvier 2025 à l’âge de 78 ans.
    The Times

    Réalisateur, scénariste, peintre et musicien américain, il a marqué le monde artistique par son style unique et sa vision singulière.

    Apport artistique

    Lynch est surtout connu pour ses œuvres cinématographiques qui plongent le spectateur dans des univers à la fois étranges et fascinants. Parmi ses réalisations les plus emblématiques :


    - Eraserhead
    (1977) : Son premier long métrage, un film d’avant-garde qui a rapidement acquis un statut culte.
    The Times


    - The Elephant Man
    (1980) : Ce film biographique poignant lui a valu une reconnaissance internationale et plusieurs nominations aux Oscars.
    The Times


    - Blue Velvet
    (1986) : Une exploration sombre des dessous de la banlieue américaine, saluée pour sa narration audacieuse.
    The Times


    - Twin Peaks
    (1990-1991) : Série télévisée révolutionnaire qui a redéfini les standards du genre et est devenue un phénomène culturel.
    The Times


    - Mulholland Drive
    (2001) : Considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre, ce film complexe et onirique a renforcé sa réputation de maître du surréalisme.
    The Times

    Son style, souvent qualifié de "lynchien", mêle le familier à l’inquiétant, créant des atmosphères uniques qui interrogent la réalité et le subconscient.
    Architectural Digest

    L’homme derrière l’artiste

    Au-delà de sa carrière cinématographique, David Lynch était un artiste polyvalent, s’exprimant également à travers la peinture, la musique et la photographie. Pratiquant assidu de la méditation transcendantale, il a fondé la David Lynch Foundation pour promouvoir cette pratique.
    Architectural Digest

    Sa disparition a suscité de nombreuses réactions émues dans le monde du cinéma. L’acteur Nicolas Cage a salué en lui un "génie singulier du cinéma" et un "anticonformiste doté d’un sens de l’humour joyeux". Naomi Watts, star de "Mulholland Drive", a exprimé sa gratitude envers celui qui lui a offert un rôle déterminant dans sa carrière.
    France Info

    David Lynch laisse derrière lui un héritage artistique immense, ayant influencé des générations de cinéastes et d’artistes à travers le monde.

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  • Viktor Kirtov | 18 janvier 2025 - 08:59 4

    Libération consacre un dossier de 13 pages à David Lynch mort jeudi à l’âge de 78 ans

    EXTRAIT

    Visionnaire au sens propre, inventeur de mondes dont personne, pas même lui, n’avait la clé, le cinéaste de génie laisse une œuvre inquiétante et labyrinthique, l’une des plus importantes de notre époque.


    David Lynch en 1999 à Paris. (Richard Dumas/VU’ pour Libération)

    par Elisabeth Franck-Dumas, Olivier Lamm, Sandra Onana, Didier Péron et Lelo Jimmy Batista

    publié le 17 janvier 2025

    « Tout ce qui concerne David est nimbé de mystère et de magie. La plus formidable expérience de ma vie d’artiste », disait Laura Dern dans un entretien en 2003 sur France Culture. Depuis l’annonce de la mort du génial auteur de Blue Velvet et Mulholland Drive, les hommages pleuvent « Je suis en morceaux mais éternellement reconnaissante pour notre amitié », a posté une autre star révélée par Lynch, Naomi Watts, tandis que Kyle MacLachlan qui fut véritablement l’alter ego du cinéaste, celui en qui il s’est en quelque sorte reconnu et incarné, relation fusionnelle puis interrompues jusqu’aux retrouvailles sur Twin Peaks, exposait  : The Return  : « Il me manquera plus que les limites des mots ne peuvent le dire et que mon cœur ne peut le supporter. » Lynch suscitait ce genre d’enthousiasme, il suffisait de l’approcher pour mesurer l’incroyable aura qu’il dégageait. Son sens de l’humour très bizarre, ses coups de sang chaque fois que quiconque tentait de remettre en question la radicalité d’un geste d’art quel qu’il soit, sa passion pour les sandwichs au thon, le café et les cigarettes, sa silhouette de dandy ne supportant pas que le premier bouton du haut de la chemise ne soit pas fermé, le secret bien gardé de sa tenue capillaire endiablée (comme si une équipe invisible s’activait tous les matins à reconstituer l’édifice flamboyant), comment ne pas tomber amoureux pour une fois ensemble, de l’homme et de ses œuvres, indissociables. « Rien ne meurt jamais… », soufflait la voix-off à la fin sublime d’Elephant Man après la mort de John Merrick. On veut y croire encore.

    I. les débuts du monstre

    Martha, la petite sœur de David Lynch, avait peur des petits pois. Quand Chris Rodley, dans le livre d’entretien qu’il a réalisé avec le cinéaste et plasticien lui demande s’il a ce souvenir d’enfance, il répond : « Je crois que ça avait quelque chose à voir avec la consistance et la dureté de la surface extérieure, et avec ce qu’il y a l’intérieur… » Le sentiment du caractère inquiétant de toute réalité s’est insinué très tôt dans les perceptions du jeune Lynch. Peut-être que sa sœur craignait les petits pois mais ce rapport du dedans-dehors, de ce qu’on voit de la surface et de ce qui se révèle si on la gratte ou la perce est une obsession toute personnelle.

    Né le 20 janvier 1946, à Missoula, bourgade du Montana, David Keith Lynch est décrit par les proches qui l’ont connu enfant comme un garçon plein d’énergie, charismatique, imprévisible mais les sens aux aguets, captant au centuple ce qui pour n’importe quel autre gamin n’aurait aucune importance. Il se décrit moins comme quelqu’un d’effrayé que de « troublé ». « Je pensais : "Ça ne se passe pas comme ça devrait se passer." » Une insécurité qui trouvera sa source notamment dans les incessants déménagements du couple parental, son père étant un biologiste rattaché au ministère de l’Agriculture qui est affecté à plusieurs postes successifs, deux ans à Sandpoint (Idaho), Spokane (Etat de Washington), Durham (Caroline du Nord), Boise (Idaho), Alexandria (Virginie)…Dans les années 50 d’une Amérique blanche qui croit encore dur comme fer au grand rêve américain, quelque chose d’idéal flotte dans ces existences confortables, ces intérieurs remplis de tous les biens de consommations du moment avec la pelouse savamment tondue, le laitier du matin et les voisins qui font, de loin, des petits signes amicaux de la main. Mais ce calme l’inquiète : « Quand j’étais enfant, la maison me donnait des crises de claustrophobie mais pas parce que ma famille était mauvaise. »

    « Parfois vous entrez dans une pièce et vous sentez que quelque chose ne va pas », « il y a de la bonté dans les ciels bleus et les fleurs, mais une autre force – une douleur folle et une pourriture – accompagne toute chose dans le même temps. » On pourrait multiplier ses déclarations évocatrices d’un tumulte intérieur qui pourtant ne l’empêche pas d’être constamment en activité et d’être séducteur, vedette de son lycée, déjà si singulier dans sa manière de s’habiller et de s’exprimer. Très tôt, il dessine tout le temps et pour le coup, ses parents jamais ne l’empêchent de s’adonner à cette passion précoce, lui achetant le matériel dont il a besoin.

    « Mystères du personnage »

    Alors qu’il est en seconde, un de ses camarades de classe, Toby Keeler lui présente son père, Bushnell Keeler, qui se consacre complètement à la peinture et qui va pousser David sur cette voie en le laissant peindre chez lui régulièrement. Lynch évoquera toujours cette rencontre comme un déclic existentiel majeur, il n’a plus l’ombre d’un doute alors, il sera artiste ou rien. Il réussit à convaincre ses parents de lui payer un local pour en faire son atelier personnel alors qu’il n’a que 16 ans. Il fait équipe avec un certain Jack Fisk qui deviendra plus tard son directeur artistique (et le mari de Sissy Spacek) qui dans la bio de Lynch l’Espace du rêve raconte : « David a toujours eu un caractère joyeux et une personnalité solaire, mais il a aussi toujours été attiré par le côté obscur des choses. C’est l’un des mystères du personnage. »

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    La ville de Philadelphie avec son côté industriel et décati, sa violence latente ou explosive, va le fasciner et c’est dans ce cadre que, marié du jour au lendemain avec Peggy Ravey, père d’une petite fille, Jennifer, née en 1968, il a l’année précédente la révélation d’une toile mouvante, associant l’image et le son. Jusqu’alors pur plasticien, il s’équipe d’une caméra et se met à tourner deux courts métrages (Six Men Getting Sick puis The Alphabet) que découvre celui qui vient d’être propulsé à la tête de l’American Film Institute, Antonio Vellani. Il va être une des rencontres cruciales de Lynch, car non seulement il le presse de rejoindre son institution à Los Angeles mais il propose au pote de Lynch, Alan Splet, qui fait les sons trafiqués des courts, de prendre la tête du département sound-design de l’école. Plus tard, Vellani sera l’intermédiaire entre le jeune étudiant chef opérateur Frederick Elmes et Lynch, constituant le début d’une collaboration qui passera d’Eraserhead à Blue Velvet puis Sailor et Lula.

    Aventure dingue de quatre ans
    En 1971 Lynch débarque à L.A. qui va devenir sa ville d’élection, celle dont il vénère le climat de glamour délétère, la météorologie chaude, l’immensité labyrinthique. Il emménage dans d’anciennes écuries, installe un studio de tournage, une salle de montage. L’école se soucie peu de le former et lui donne en revanche un budget de 10 000 dollars pour tourner Eraserhead.

    La légende s’inscrit dans les photographies sidérantes du jeune dandy aux allures d’étudiant latiniste anglais, chapeau sur la tête, les cheveux encore coiffés en mode néoromantique, impeccablement cravaté au milieu de ce qui semble des hangars charbonneux remplis d’accessoires de récupération et de meubles chinés chez des vieilles personnes du quartier. L’aventure est dingue, elle va durer quatre ans avec le secours et la persévérance de l’acteur Jack Nance (qui tient le rôle principal) et de sa femme Catherine Coulson (future Femme à la bûche de Twin Peaks).

    Sculpture de boue
    Le film est construit comme une sorte de drame intimiste dessinant la vie d’un couple dont le bébé est une sorte d’avorton emmailloté hurlant en permanence tandis qu’à l’extérieur, la ville gronde et souffle comme une machinerie de l’enfer. Lynch a toujours refusé d’expliquer comment il avait construit et animé ce « bébé » horrifique. Un premier chef op jette l’éponge et Fred Elmes débarque dans l’aventure. Lynch lui montre les rushs : « Tout ce que j’ai vu m’a tellement sidéré que je n’aurai jamais songé à refuser. » Le film est tourné de nuit, car le jour il y a trop de bruit (le plateau est près d’un parking). Le couple Lynch et Peggy Ravey bat de l’aile. Le cinéaste est dévoré par son œuvre, la vie n’est pas simple car ils n’ont pas d’argent. L’excentricité du personnage en revanche est déjà bien installée. Un jour pour un anniversaire, Lynch construit sur la table de la cuisine une sculpture avec de la boue trouvée dans les alentours de l’école : « Nous devions prendre nos repas au salon, les assiettes sur les genoux, parce que personne ne voulait démonter cette pyramide de boue. »
    Une fois Eraserhead terminé, il peinera à trouver preneur dans les grands festivals (Cannes le refuse) mais le film se met à être projeté comme une sorte de série B fantastique dans des séances de minuit et les gens sont si choqués, emportés, par ce qu’ils voient, entendent dans ce cauchemar paraissant prélever à même la source d’une conscience en plein naufrage que le culte ne cessera de grandir. Kubrick se fait livrer une copie du film et le projette dans son manoir en disant que c’est son « film favori » .

    […]
    David Lynch, c’est sa faute, aura passé sa vie à nous en mettre plein la vue, plein les rêves, et les cauchemars, et à nous faire croire que les visions de ses films étaient issues d’un imaginaire éloigné, fumeux, sans conséquence. La bonne blague. Il nous quitte et nous laisse seuls au moment fatidique où elles se révèlent dans leur réalité la plus crue et la plus inexorable, puisque le monde n’a jamais été si cruel et si laid, si proche de l’annihilation.
    Libération

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