4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Claude Minière, Mon poème de Bayeux
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Claude Minière, Mon poème de Bayeux

D 15 octobre 2026     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Mon poème de Bayeux

à Jean-Jacques Schuhl et à L’Infini

Pas une tapisserie a-t-on dit, une broderie, pas un tap-tap, un bro-bro-brod, et la disparition, l’étincelant, « le temps a laissé son manteau ». Bayeux est un lieu imaginaire, c’est ici.

« Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et beau. »
Charles d’Orléans (1394-1465)

Pourtant c’est l’automne
le temps s’est vêtu de roux, de rouge sang,
ils sont descendus de la colline
se sont mis à découvert
le vert teinté de sang
côtes et pèlerines

Fil d’or, fil rouge dans le motif
et la main qui protège la flamme
soleil riant

dans l’œil, soleil dans le yeux
et la mort, et les cris
c’était écrit, c’est ici
dessinés bêtes et hommes
plutôt brodés, aiguilles point à point

plus tard et à points nommés
(langage d’artisans fervents)
drame dans la trame reposant
nouveau printemps
et le calme maintenant.

Broderie familière de broderies étrangères
le même histoire
au fond un récit latéral
déroulé sans transcendance
seulement les faits
brodés sur les faits le moment

instants de laines et de lin
petites mains
garance (c’est l’nom d’une fleur)
gaune et indigo, manivelle ritournelle

l’Histoire roule poule boule, bas-lieu
les têtes colportées, ensilencies

les bruits proprement obscènes
le soir à la chandelle
rouleau perforé de notes bleutées
dessus, dessous, sens dessus-dessous
ralentis

Ça s’approche d’un monde sans l’homme
au bout du rouleau

« au bout du rouleau »


Tapisserie de Bayeux.
ZOOM : cliquer sur l’image.