
Mon poème de Bayeuxà Jean-Jacques Schuhl et à L’Infini
Pas une tapisserie a-t-on dit, une broderie, pas un tap-tap, un bro-bro-brod, et la disparition, l’étincelant, « le temps a laissé son manteau ». Bayeux est un lieu imaginaire, c’est ici.
« Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et beau. »
Charles d’Orléans (1394-1465)Pourtant c’est l’automne
le temps s’est vêtu de roux, de rouge sang,
ils sont descendus de la colline
se sont mis à découvert
le vert teinté de sang
côtes et pèlerinesFil d’or, fil rouge dans le motif
et la main qui protège la flamme
soleil riantdans l’œil, soleil dans le yeux
et la mort, et les cris
c’était écrit, c’est ici
dessinés bêtes et hommes
plutôt brodés, aiguilles point à pointplus tard et à points nommés
(langage d’artisans fervents)
drame dans la trame reposant
nouveau printemps
et le calme maintenant.Broderie familière de broderies étrangères
le même histoire
au fond un récit latéral
déroulé sans transcendance
seulement les faits
brodés sur les faits le momentinstants de laines et de lin
petites mains
garance (c’est l’nom d’une fleur)
gaune et indigo, manivelle ritournellel’Histoire roule poule boule, bas-lieu
les têtes colportées, ensilenciesles bruits proprement obscènes
le soir à la chandelle
rouleau perforé de notes bleutées
dessus, dessous, sens dessus-dessous
ralentisÇa s’approche d’un monde sans l’homme
au bout du rouleau

« au bout du rouleau »

Tapisserie de Bayeux.
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