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Jean-Paul Enthoven : Dictionnaire amoureux du bonheur

Une lecture au prisme sollersien

D 28 septembre 2026     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans le prolongement de l’entrée "B" comme Bonheur de notre abécédaire sollersien, nous vous proposons aujourd’hui, un addendum tiré du « Dictionnaire amoureux du bonheur » de Jean-Paul Enthoven, publié chez Plon, le 27 août 2026 (576 pages), lequel contient plusieurs occurrences évoquant Sollers.

Le livre sur amazon

Quatrième de couverture :

Pourquoi le bonheur, ce " Souverain Bien " qui fut longtemps le but ultime de toute existence, a-t-il désormais si mauvaise réputation chez les Modernes ?
Pourquoi l’esprit du temps tient-il la moindre félicité en grande suspicion tout en lui préférant l’esthétique des mélancolies et des passions tristes ?
L’auteur de ce Dictionnaire amoureux – un biophile situé par tempérament aux antipodes des conformismes du désespoir – prend ici le parti de revisiter les circonstances, les concepts, les hauts exemples, les esthétiques, les épisodes d’hier et d’aujourd’hui, qui portent et légitiment sa conception d’une allégresse possible.
D’où cet ouvrage où l’on croisera, entre cent autres, Sénèque, le prince de Ligne, Camus, Montaigne, Schopenhauer, Apollinaire, Vivant Denon, Hemingway, Stendhal, Philippe Sollers, Lucrèce, ainsi que toute une phalange de femmes intelligentes et joyeuses.
On y croisera également des paysages sublimes, des souvenirs, des raisonnements, des saints, des ritournelles, des affects, des légendes, des mythes, des pessimistes, des poètes illustres ou anonymes, tous escortés d’anecdotes ensoleillées et d’amours réussies sans lesquelles le genre humain s’ennuierait en ce monde.
" Les hommes cherchent toujours leur bonheur, même ceux qui vont se pendre ", écrivait Pascal.
Et si c’était vrai ?

La citation de Pascal (extraite des Pensées) reprise en exergue du livre, avec celle-ci :


« Il est impossible de trouver le bonheur hors de soi
et difficile de le trouver en soi. »
Nicolas de Chamfort,
Maximes et pensées, caractères et anecdotes.

A la lettre S, on trouve notamment « Sollers, Philippe » :

Sollers, Philippe

C’est cet homme charmant à tous égards qui – après Vivant Denon et le prince de Ligne, ses meilleurs intimes – m’apprit en souriant qu’il vaut mieux planter son bivouac dans l’allégresse plutôt que dans la mélancolie.
Il en avait, quant à lui, pris le parti à ses risques et périls. Un parti épatant qui, chevauchant les siècles, recrutait Voltaire et Stendhal aussi bien que Bataille, Barthes et Lacan.
Cet écrivain de haute tenue avait compris que l’époque aurait du mal à lui pardonner son ironie, ses désirs, son rire, son inconvenance, mais il s’y était résigné – en s’improvisant quelques convictions changeantes et parfois scandaleuses qui le firent passer pour une girouette, ce qu’il était peut-être…
L’essentiel, pour Sollers, était ailleurs, dans ce parti pris d’allégresse dont il avait fait son credo, tout en abandonnant les positions en vogue aux spécialistes de la tristesse ou du peine-à-jouir.
D’où lui était venu ce don ? Que signifiait son perpétuel entrain ? Je ne sais. Sans doute en avait-il beaucoup appris des femmes qui ne lui avaient jamais refusé leurs enseignements… Ou de son vrai patronyme « Joyaux » – qui sonne tout de même comme « joyeux ».
En apparence, il était le plus heureux des heureux et, même défunt, il reste Joyaux-Joyeux, danse, sourit, lit, s’amuse, bouge encore – puisque les initiales de son dernier séjour, non loin du carré des aviateurs anglais d’Ars-en-Ré, précisent qu’il fut et reste un fervent de l’Éternel Retour. Génie de la mise en scène posthume…
Il était surtout un incomparable professeur de bonheur. Un peu monstre par ailleurs. Mais monstre gentil, délicieusement égoïste – il avait tant à faire !
Philippe Sollers ne méritait pas de mourir. Il m’a beaucoup aidé à vivre d’une bonne façon. À remiser la pulsion de mort si active en Occident. C’est lui, entre autres, qui m’a involontairement aidé à écrire mon premier livre – mais ce serait une trop longue histoire… En tout cas, merci, cher ami…

A la lettre B, ceci :

Biophile/Biophobe

L’affaire est entendue : le vrai partage des humains n’oppose pas les riches aux pauvres, ni les paysans aux citadins, ni les nordistes aux sudistes, ni les aristocrates aux bourgeois, ni les prolétaires aux patrons, ni les maîtres aux esclaves, ni les gros aux maigres, ni les croyants aux athées, ni les esprits d’envergure aux imbéciles de compétition, ni même les hommes aux femmes – mais les biophiles aux biophobes. .
Je parle ici d’expérience. Et je comprendrais que ce que j’avance, relevant de ma pure subjectivité, soit vivement contesté, voire démenti, par une expérience contraire.
Les biophiles ont simplement le goût de la vie sous toutes ses formes. Ils aiment la saveur du monde, acquiescent à la beauté de l’univers, « placent leur consentement au cœur de leur révolte » (Camus), croient sans naïveté à la bonté, à la Grande Santé, à la saveur des choses et des jours, à l’existence toujours désirable et vivifiante…
À l’inverse, les biophobes ont symétriquement le goût de ce qui se détraque dans l’humain, de ce qui y est amer et mélancolique, esthétiquement glauque, bétonné, gris, toujours tourné vers le dépit et le taedium vitae. Pour cette espèce, la laideur et le désagrément quotidien sont des substances naturelles, inévitables, consubstantielles à l’existence. À leur façon, dans leur style, ils en jouissent.
Chacun pourra illustrer ces deux manières d’être égales en dignité et en lucidité. On pourra également dresser la liste des artistes, ou des simples individus, qui s’y rangent, chacun avec son tempérament, son talent spécifique, sa morale. Afin de ne froisser aucune susceptibilité contemporaine, je ne choisirai ici, à titre d’exemple, et dans les deux ordres, que des figures du passé.
Biophiles : Stendhal, Vivant Denon, Jean d’Ormesson, Voltaire, Albert Camus, Philinte, Casanova, Giono, Colette, Hemingway, le cardinal de Bernis, Philippe Sollers, Matisse, Françoise Sagan, Cimarosa, Victor Hugo, Mozart, Prosper Mérimée, Picasso, Offenbach, etc.
Biophobes : Médée, Alceste, Platon, Rousseau, Artaud, Baudelaire, Flaubert, Otto Weininger, Cioran, Ladislav Klima, Nerval, Louis-Ferdinand Céline, Don Juan, Sade, Roland Jaccard, Élisabeth d’Autriche (alias Sissi), Gustav Mahler, Simenon, Marguerite Duras, Borges, Pessoa, Hamlet, Edvard Munch, Pascal, Kafka, Léon Bloy, Schopenhauer, Albert Caraco (auteur de l’immortel aphorisme antibiophile qui pourrait servir de mantra à cette secte : « Leur amour de la vie me rappelle l’érection de l’homme qu’on pend… »), etc.
Une comptabilité rigoureuse et exhaustive ferait apparaître à coup sûr que le parti biophobe surclasse en quantité le parti biophile. D’où la morosité qui, ces derniers temps, s’est emparée du monde et des êtres.
J’ajouterai enfin que l’espèce de biophobes la plus dangereuse, la plus malfaisante, est celle qui rassemble les individus qui, faisant profession de biophilie, et se revendiquant même d’une école hédoniste ou épicurienne, révèlent au premier regard qu’ils séjournent à la Trappe ou chez les jansénistes de Port-Royal. Le lecteur lettré voudra bien illustrer cette catégorie paradoxale avec quelques patronymes contemporains que je me refuse, pour ma part, à voir figurer dans ce dictionnaire heureux.

Et aussi quelques autres entrées de l’alphabet tant pour y retrouver Sollers que la tonalité du livre :

Masque

Dans la société telle qu’elle est, chacun choisit son masque. Le mien ne me séduit qu’à peine, mais je m’y suis fait, comme on s’habitue à un uniforme que l’on n’a pas forcément désiré, qui a été imposé par le regard des autres, et avec lequel il faut composer sous peine d’être discrédité ou invisible.
Ce masque, qui n’est donc pas moi, mais qui est un peu moi tout de même, m’affuble aux yeux d’autrui de qualités dont je suis dépourvu et de défauts que je ne possède pas davantage.
Ce qui est certain, c’est que le sort m’a réservé le masque d’un homme heureux. Je ne dissimule aucun des privilèges que la vie m’a accordés. Je ne m’en excuse même pas. Je brandis mon masque de bonne mine avec l’arrogance de celui qui n’est pas certain d’en être propriétaire. Et cette stratégie, faute de mieux, me convient. J’en changerai sans doute le moment venu. C’est ce que j’appelle la «  stratégie-Sollers » – « pour vivre cachés, vivons heureux… » (Voir « Mascara », la ville où je suis né et qui, d’emblée, désignait un maquillage, donc un masque…)

Paradis

[…] Au passage, se souvenir de Sollers (citant sans le dire Ezra Pound, puisque l’inverse est improbable) : « Le Paradis n’existe que par fragments inattendus. » Avec ces huit mots, tout est dit.

Denon, Vivant

Ce gentilhomme (1747-1825) fut sans doute, avec le prince de Ligne, l’homme le plus heureux de son temps pourtant si fertile en amateurs de plaisirs intelligents. De tous ses exploits – il inventa le Louvre et le meubla avec un discernement parfait –, je préfère sans conteste le petit chef-d’œuvre qu’il publia à trente ans, tant celui-ci enchante et sert encore de viatique à toute une société d’esprits désinvoltes et éclairés.
Cet opuscule que Denon écrivit à Naples en contemplant une éruption du Vésuve s’intitule Point de lendemain. Denon se vanta si peu d’en être l’auteur que Balzac, un demi-siècle plus tard, se crut autorisé à se l’approprier et à le publier dans sa Physiologie du mariage. Le lire rend heureux. Et rarement une lecture m’aura procuré plus de bonheur que celle-ci. Je ne doute pas qu’elle en procurera autant à toute personne qui acceptera de s’y plonger.
Car il y a dans ce petit livre une intrigue singulière, toute en caprices, et limitée à une seule nuit.
Un jeune héros, qui a les traits de Denon, attend sa maîtresse à l’Opéra, mais celle-ci est en retard et une de ses amies, marquise et perverse, lui propose de patienter en sa compagnie. Docile, le jeune homme va se plier à la fantaisie de cette créature qui, tenant l’amour pour une machinerie agréable, élémentaire et prévisible, « lui promet beaucoup pour se dispenser de donner peu ».
[…]
Vivant Denon, par l’arrogante vigueur de son prénom et la double négation contenue dans son patronyme, voulait par cet opuscule démontrer :
1/ que le bonheur se tisse d’illusions ;
2/ que les femmes sont les meilleures préceptrices du genre humain. Je reproduirai, pour le plaisir, la première et illustre phrase de l’opuscule :
J’avais vingt ans et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes…

Je découvris par la suite que le souvenir de Denon sut fédérer, à titre posthume, une excellente confrérie – de Stendhal à Nimier ou Sollers – toujours prompte à le célébrer et à l’immortaliser en totem hédoniste.
Denon, il est vrai, avait du goût, de la chance, et le don de se porter au-devant de tout ce qui promettait quelque jouissance – ce qui lui permit de faire de son existence une succession ininterrompue de moments agréables.
C’est ainsi qu’il fréquenta le cardinal de Bernis à Venise, Voltaire (qu’il ne trouve pas assez voltairien) à Ferney, Louis XV à Versailles, Robespierre dans un couloir des Tuileries en pleine Commune de Paris, Bonaparte en Égypte… Tout le monde l’aimait. Il rendait aux hommes un peu de l’amour qu’ils lui portaient – mais réservait à l’art, et surtout à la peinture, la part la plus intense de ses sentiments.

Mais aussi, ces entrées où Sollers n’est pas évoqué mais qui éclairent l’esprit du livre :

Soleil (1)

Si j’écarte par pudeur les moments lumineux et intimes que je dois à certaines nuits, je n’ai jamais vécu un seul instant de pure félicité qui n’ait été glorieusement ensoleillé.
Comme si la simple lumière de cet astre donnait existence et consistance au moindre plaisir, à la moindre sensation délicieuse, au moindre frisson de bien-être. Et, d’aussi loin que je me souvienne, je ne trouve dans ma mémoire aucun des bonheurs de brumes, de sous-bois, de promenade en forêt, de solitude ombreuse qui, bien que souvent charmants et propices à de belles rêveries, ne sauraient rivaliser avec mes ciels de feu. D’ailleurs, j’abandonne tout ce qui est brumeux ou forestier à des êtres sans doute plus romantiques ou plus médiévaux que je ne le suis.
À mes yeux, le bonheur est l’ami de midi. Cette hélio-dépendance m’a pourtant coûté des désagréments de peau, avec les méchantes maladies qui se sont ensuivies. Mais j’ai toujours pardonné au soleil le mal épidermique qu’il m’a fait tant ma comptabilité intérieure sait que je reste finalement et à jamais son débiteur.
Le soleil est, après quelques humains chéris, le personnage le plus important de ma vie.
Ce que je redoute le plus, dans la mort, dans la seconde où je basculerai de l’autre côté de la ligne d’ombre, c’est, précisément, qu’il y fasse nuit. « Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile » : tel était le credo camusien, que je fais mien avec enthousiasme.
L’auteur de L’Étranger faisait d’un soleil le témoin implacable du drame dont se nourrit son admirable roman. À l’inverse, j’en fais, moi, le témoin de mes bonheurs. D’où mon respect pour Akhenaton (voir item suivant/i>) qui, le premier… Des médecins, désormais, me prient de rester à l’ombre afin de ménager ma peau usée. Je les écoute respectueusement. Et, dès qu’ils me tournent le dos…

Solitude

Elle ne m’a jamais déçu. Chaque seconde en sa compagnie m’a enrichi, apaisé, rendu plus intelligent.
« Dès que je suis un peu seul, écrit Kafka (…) je sens que mon être intérieur se desserre et se montre prêt à laisser sortir des choses profondes. »
Et Guitry, le génial et très mondain Guitry, d’ajouter : « Ma solitude augmente chaque fois que quelqu’un vient l’interrompre. »
Schopenhauer, pour finir, et malgré son esprit de sérieux : « La solitude offre à l’homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier de ne pas s’infliger la compagnie des autres ; le second d’être avec soi-même. »
J’ajouterais – mais suis-je assez « haut placé » ? – que j’associe toujours le bonheur à une certaine dose, jamais excessive, de solitude car, dans ces moments-là, je peux jouir du sentiment d’exister intérieurement par moi-même – ce qui, quoi qu’on en pense, est un plaisir de roi.

Bonheur (1)

Inutile de le traquer, de l’implorer, de le guetter… Cet état, tout comme l’élan vital qui le porte, appartient à la circonstance et à l’instant…
De toutes les tentatives qui aspirent à le capturer dans un concept clos et bien défini, je ne retiendrai que ce qu’en dit en substance l’aimable philosophie d’André Comte-Sponville :

J’appelle bonheur tout laps de temps pendant lequel la joie est perçue, vécue, tenue comme une note de musique. Et, symétriquement, j’appelle malheur tout laps de temps pendant lequel la joie paraît impossible, neutralisée, défaite. Être heureux, ce n’est pas toujours être joyeux, ni ne l’être jamais : c’est pouvoir l’être. Ou regretter de ne pas l’être. C’est la récompense de ceux qui accueillent le bonheur sans l’avoir attendu.

Définition provisoire : le bonheur est cette joie tiédie, en sourdine, il est un état agréable de l’être, il est en attente de son éruption sereine.

Bonheur (2)

Autant l’avouer humblement : cette notion à laquelle je prétends consacrer un Dictionnaire amoureux est insaisissable.
Nul ne sait même si l’état qu’elle désigne existe et correspond à autre chose qu’à une pure illusion ou à une plaisante fantasmagorie. Faute de pouvoir définir avec rigueur le lexique allant du plaisir à la joie, de la joie au bonheur, du bonheur à la félicité, de la félicité à la plénitude, et de celle-ci à la béatitude ou à l’extase, je me contenterai de rappeler que…
1/ … si la félicité peut être définie comme une joie constante, et si la plénitude désigne la satisfaction de tous nos désirs, on peut en déduire que le bonheur n’est ni celle-ci ni celle-là…
2/ … en effet, comment un humain raisonnablement sensible pourrait-il faire l’expérience d’une joie constante dans un monde envahi par des images de massacres, de déceptions personnelles, d’apocalypses régionales, de violences, de catastrophes, de souffrances ?
3/ De même, si la plénitude suppose la satisfaction de tous nos désirs, elle ne saurait exister puisque, nos désirs étant illimités, rien ne saurait les assouvir complètement…
4/ … d’où il ressort que, pour citer Kant, « le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison ».
5/ Je dirai alors, faute de mieux, que pour moi, le bonheur n’est que le contraire du malheur plus facile à définir puisqu’il n’est pas un « idéal de l’imagination », mais une simple et redoutable expérience.

Ravissement

Rien a priori ne paraîtra plus improbable que la présence de Marguerite Duras dans un Dictionnaire amoureux du bonheur
[…]
Je regrette donc [1] de n’avoir connu que la Marguerite fanée du crépuscule, avec son auréole de Grande Écrivaine en provenance du Vietnam, de la Normandie, du cœur même de la littérature que sa rhétorique évasive réclamait comme unique patrie.
Marguerite Donnadieu (son vrai patronyme) était donc à mes yeux une sorte d’anti-Sollers ou d’anti-d’Ormesson. Aucun humour. Une suffisance produisant grand effet sur les naïfs. La suffocante certitude d’être une écrivaine considérable. Des silences de grande prêtresse. Tout cela m’inspirait instinctivement méfiance et distance. Je l’avais même, d’emblée, rangée dans la catégorie finalement assez peu fréquentée des femmes biophobes.
Or, cette même femme a écrit un livre étrange, Le Ravissement de Lol V. Stein, dans lequel la romancière explore une sorte de bonheur non répertorié à ce jour, sinon dans certaines sectes libertines, puisqu’il lui permet de jouir du plaisir des autres.
Pas question d’entrer ici dans les méandres d’une intrigue où la victime est ravie – au double sens : heureuse et ôtée à elle-même – de souffrir. Cela ressemble à du voyeurisme. À du « clédalisme ». À une variante cérébrale du masochisme. Toujours est-il que, servi par une langue tout en fondu enchaîné, ce roman fit grand bruit. J’ai rencontré au moins dix femmes, et non des moindres, qui s’y contemplaient comme dans un miroir – ce qui reste l’une des grandes énigmes de mes seventies.


GIF Rencontre avec Jean-Paul Enthoven pour son dictionnaire sur le bonheur

L’écrivain et critique littéraire Jean-Paul Enthoven est l’invité des Rendez-vous de La Baule le lundi 28 septembre pour présenter son nouveau livre, « Dictionnaire amoureux du bonheur ».
À quoi reconnaît-on le bonheur ? Et pourquoi semble-t-il être devenu, à l’époque contemporaine, un sujet presque suspect ? C’est autour de ces questions que Jean-Paul Enthoven a écrit son nouveau livre, qu’il présente à Atlantia le 28 septembre

L’Écho de la Presqu’île (SN)
25 Septembre 2026 • 51 of 56
LA BAULE. Rencontre avec Jean-Paul Enthoven pour son dictionnaire sur le bonheur

« Il faut aimer le bonheur malgré lui »

Jean-Paul Enthoven a longtemps été éditeur. Il est désormais écrivain et critique littéraire (au Point). Il a publié tous ses livres chez Grasset : des romans (Aurore, Ce que nous avons eu de meilleur…), des essais (Les enfants de Saturne, Saisons de papier…).
Son Dictionnaire amoureux de Marcel Proust (co-écrit avec son fils Raphaël) a d’ailleurs obtenu le prix Femina de l’essai en 2020.
Et là, il vient donc de publier son Dictionnaire amoureux du bonheur. « Les hommes cherchent toujours leur bonheur, même ceux qui vont se pendre », écrit Pascal.
Jean-Paul Enthoven n’a aucune envie de se pendre et, à contre-courant de la pensée dominante, cultive son bonheur de vivre.
Un bonheur contagieux et nourri des meilleurs exemples, de paysages sublimes, de souvenirs, de raisonnements, d’anecdotes et de résolutions, sans oublier les amours et les lectures.
Dans son livre, on croise, entre cent autres, Sénèque, le prince de Ligne, Camus, Montaigne, Schopenhauer, Apollinaire, Vivant Denon, Hemingway, Stendhal, Philippe Sollers, Lucrèce, Jean d’Ormesson ainsi que toute une phalange de femmes intelligentes et joyeuses.

Je tiens le bonheur pour l’accord harmonieux, invincible et irréfutable qu’un être entretient avec la part la plus lumineuse de soi-même, estime Jean-Paul Enthoven.

Il faut aimer le bonheur malgré lui, et résolument. Il faut lui pardonner d’être toujours fugitif, sans négliger de saisir à pleines mains tout ce qu’il propose par hasard et brièvement.


■ Entrée gratuite. À l’issue de la rencontre, Jean-Paul Enthoven signera ses livres.
Légende de la photo : Jean-Paul Enthoven invité des Rendez-vous de La Baule lundi 28 septembre
Crédit photo : JF PAGA

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Portfolio


[1] cf. la poitrine de Marguerite Duras évoquée dans la paragraphe qui précède en ces termes : « une poitrine dont François Mitterrand et Claude Roy, dans leurs écrits, affirmaient qu’elle avait été superbe et propice à toutes les sensualités de leurs jeunesses »